Quand j’avais cinq ans je m’ai tué


Quand j’avais cinq ans je m’ai tué d’Howard Buten

207 pages, éditions Points, à 6€


Résumé : Il voulait voir s’envoler les minutes… Gil n’a que huit ans. Mais son petit cœur a déjà connu de bien grands sentiments. Trop grands. Trop forts… A cause de ce qu’il a fait à Jessica, le voici dans une résidence spécialisée. Seul, face à la bêtise des adultes qui transforment ses rêves en symptômes cliniques, et son amour en attentat. Seul dans une forteresse de silence. Qui pourra l’y rechercher ? Une émotion pure, dans une langue merveilleusement préservée.


Extraits : « – Papa, combien ça coûte des volets bleus ? que j’ai demandé pendant le dîner.
– Pourquoi ?
– J’vais en mettre à mon château.
– Moi vivant tu ne construiras pas un autre château.
– D’accord, que j’ai dit. Mais pour quand tu seras mort ? »

« La porte d’entrée s’est ouverte. Un monsieur et une dame sont sortis. Ils avaient un gros parapluie. Ils avaient des chapeaux. Ils avaient des habits noirs pasque c’était des funérailles. Jeffrey m’a dit qu’on s’habille en noir pour que ce soye sombre et que la personne morte se réveille pas. »


Mon avis : Gil est un petit garçon de huit ans, qui a été enfermé de force dans un hôpital psychiatrique pour jeunes enfants, suite à un comportement mystérieux qu’il aurait eu avec Jessica, une jeune fille de sa classe. On va suivre le quotidien de ce petit garçon, tentant de comprendre son état d’esprit, ses motivations et tout ce qui l’a conduit dans sa situation actuelle.

Ce roman est écrit du point de vue de Gil, dans une syntaxe enfantine qui lui est propre.  J’avoue avoir été déstabilisée au début de ma lecture par les contractions de mots, comme « pasque », « ousquon » et les « Manman »… mais finalement, ils participent davantage à l’immersion dans l’histoire et rendent encore plus touchant son personnage.

C’est un petit garçon à part entière. Il semble légèrement autiste, sans pour autant que rien ne vienne affirmer véritablement cette information. En tout cas, le personnel médical de l’institut Home d’Enfants les Pâquerettes dans lequel il est interné, le traitent comme s’il était atteint d’un handicap mental. Il y a de quoi aussi, puisque l’enfant réagit bizarrement et témoigne d’un comportement violent, étrange, il reste mutique, se referme sur lui sans se livrer aux personnels qui souhaitent l’aider à aller mieux.

Mais pourtant, il semblerait que Gil ne soit pas autiste, simplement incompris des adultes. Sa naïveté, sa candeur et son imagination débordantes m’ont touchés. Par moment, on arrive à percevoir son monde avec ses yeux et c’est assez effroyable de se dire qu’à huit ans à peine, il est « en prison » psychiatrique, comme il aime le souligner, pour un acte qui lui semble anodin.

Malheureusement, je pensais apprécier davantage ce roman, voire être émue aux larmes de cette histoire. Mais ça n’a pas été le cas, je suis restée un peu étrangère à tout ce qui se jouait sous mes yeux, sans vraiment m’attacher à Gil, ne ressentant ni compassion ni tristesse… Quant au dénouement de l’histoire, celui-là même qui nous permet de découvrir l’acte dont on accuse Gil, il reste finalement assez flou. À nous de nous faire notre propre avis et d’activer notre imaginaire pour dresser le portrait de cette scène finale, pourtant si capitale. Un peu déçue de cette fin si ambiguë !

Howard Buten a sorti une suite à cette histoire, nommée Le coeur sous le rouleur compresseur, dans laquelle nous pourrons retrouver Gil, Jessica et l’ensemble de leurs petits camarades devenus adultes. Je ne sais pas si je le lirai un jour, vu que l’histoire ne m’a pas plus transcendée qu’espéré, mais si je le trouve d’occasion, je pense l’acheter, par pure curiosité !


Un roman à la fois bouleversant et dérangeant sur un petit garçon incompris, envoyé en hôpital psychiatrique. Je ressors mitigée de cette lecture, m’attendant à être plus touchée que je ne l’ai été. 

Ma note : 6/10

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