28 jours


28 jours de David Safier

412 pages, éditions Presses de la cité, à 21,50€


Résumé : Mira, seize ans, passe de la nourriture en fraude pour survivre dans le ghetto. Lorsqu’elle apprend que toute la population juive est condamnée, elle décide de rejoindre les combattants de la Résistance. Aux côtés de Daniel, Ben, Amos, et tous ces jeunes gens assoiffés de vivre, elle tiendra longtemps tête aux SS, bien plus longtemps que quiconque aurait pu l’imaginer. En tout, 28 jours. 28 jours pendant lesquels Mira connaîtra des moments de trahison, de détresse et de bonheur. 28 jours pendant lesquels elle devra décider à qui appartient son coeur. 28 jours pour vivre toute une vie. 28 jours pour écrire son histoire.
Fils de déportés juifs, David Safier revient sur la pire tragédie du xxe siècle en mêlant la petite à la grande histoire. Si l’auteur de comédies désopilantes a changé de registre, il n’a rien perdu de son ambition : confronter le lecteur aux grands questionnements de l’existence en l’arrachant au confort de son quotidien. Avec ce roman d’initiation bouleversant et humaniste, basé sur des événements authentiques, c’est chose faite.


Extraits  « Elle voulait chasser la cendre de son corps, mais elle avait beau tousser, elle n’y parvenait pas. Parce que les morts n’étaient pas dans ses poumons, ils étaient dans sa tête. Pour toujours. »

« Oui, nous avions compris. Mon père savait maintenant qu’on ne pouvait se fier à aucune règle décidée par les Allemands. Saluer, ne pas saluer, c’était pareil, la règle était toujours fixée de façon à leur permettre de nous tourmenter. »


Mon avis : Je tenais à remercier Babelio de m’avoir permis de remporter ce titre lors d’une édition Masse Critique. Grâce à eux, j’ai pu me plonger, le temps de quelques jours, dans une histoire aussi intense qu’atroce.

Retour dans les années 1942, où la guerre fait rage et le monde se déchire. Mira, une jeune adolescente de 16 ans, est condamnée à l’enfermement dans le ghetto de Varsovie. Elle est accompagnée de sa petite soeur Hannah, et de sa maman, qui a légèrement perdue la raison. Pour pouvoir sauver sa famille d’une condamnation certaine aux camps de la mort, Mira décide de rejoindre la Résistance. Elle va faire la rencontre de jeunes tout aussi téméraires qu’elle, et tous vont se battre contre les SS pour sauver leur peau et celle de leur peuple.

Mira, notre protagoniste, est exceptionnelle, tant dans sa façon d’être que dans sa façon de penser et de voir la vie. Elle se montre courageuse, vaillante et pleine de fougue. C’est un bout de jeune femme à part entière, qui est un véritable exemple de persévérance, de ténacité mais surtout de loyauté. Elle est prête à sacrifier sa vie pour celle des personnes qu’elle aime et ça, c’est quelque chose de très fort. J’ai beaucoup de respect pour cette jeune fille, à la fois solide combattante et fragile petite fille.

Durant 28 jours, Mira va se battre aux côtés des jeunes de la Résistance, avant de retrouver la liberté. 28 jours, cela paraît court à nos yeux, mais se révèle horriblement long pour ces jeunes, qui se battent sans relâche, sans cesse sur le qui-vive et qui n’ont aucune certitude de se réveiller vivant un jour de plus. Dans ce ghetto de Varsovie, tout n’est que chaos : les SS attrapent tous les juifs pour les emmener dans les trains, qui les déporteront dans les chambres à gaz. Pour arriver à leurs fins, ils usent de stratagèmes tous plus affreux les uns que les autres : ils brûlent les maisons pour contraindre les juifs à se rendre, ils abusent du mensonge mais surtout de leurs armes.

Ghetto de Varsovie, 1944. Les SS détruisent les habitations pour contraindre les juifs à se rendre. Ghetto de Varsovie, 1944.
Les SS détruisent les habitations pour contraindre les juifs à se rendre.

David Safier arrive à nous faire pénétrer dans le ghetto, en nous décrivant avec réalisme les lieux et l’atmosphère étouffante qui s’en dégage. Je peux vous affirmer que c’est une véritable expérience de vie : j’ai eu l’impression d’être aux côtés de ces jeunes, à me battre moi aussi pour ma survie. C’est quelque chose d’intense et à la fois de très émouvant. Sans rien vous cacher, mais surtout pour ne pas surprendre les personnes à l’âme sensible, sachez que vous croiserez beaucoup de morts durant votre lecture. Des personnes mortes pour rien, à cause du desiderata d’un tyran sans coeur.


28 jours, c’est une lecture dynamique, intense, et très émouvante. David Safier nous plonge dans les affres de la Seconde guerre mondiale, aux côtés de jeunes, engagés dans la Résistance pour la survie de leur peuple. Et vous, quelle sorte d’être humain auriez-vous été ? 

Ma note : 9/10

 

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Quelques jours de nos vies


Quelques jours de nos vies de Clare Swatman

351 pages, éditions Presses de la cité, à 20,50€


Résumé : Si vous pouviez revenir en arrière, que changeriez-vous ?

Zoe et Ed se sont rencontrés à l’université et sont mariés depuis plus de dix ans. Un matin, après une violente dispute, Ed, en route pour le travail, est victime d’un accident. Inconsolable, Zoe fait un malaise. Quand elle reprend connaissance, elle a dix-huit ans et se prépare à entrer à l’université. La vie vient de lui offrir un cadeau : tout recommencer.


Extraits :  « Le destin ? C’est une chose qu’on crée soi-même.« 

« Ed m’a quittée, mais il m’a laissé le plus beau des cadeaux. Une part de lui-même. »


Mon avis : Avant de vous divulguer mon avis sur ce roman, je souhaitais remercier le site Babelio, qui m’a proposé ce partenariat, ainsi que les éditions Presses de la cité, qui m’on fait parvenir ce livre. Lorsqu’ils m’ont envoyé cette demande de partenariat, j’ai immédiatement été charmée par la sublime couverture. J’ai également été intriguée par le résumé, qui en disait juste assez pour titiller la curiosité. Ni une ni deux, j’ai accepté et attendu fébrilement, chaque jour, la venue de mon facteur, jusqu’à recevoir ce roman tant désiré, et le débuter dans la foulée.

Le speech a de quoi séduire : Ed et Zoé, en couple et mariés depuis de nombreuses années, vivent un amour passionnel, qui connaît, comme tous les couples, des hauts et des bas. Sauf qu’un matin, à la suite d’une dispute, les deux jeunes gens se séparent pour une journée de travail, et ne se verront plus jamais. Et pour cause : un accident de la route, qui a fauché la vie de Ed. Zoé, bouleversée par la nouvelle, va se morfondre nuits et jours, pendant des mois. Jusqu’au moment où il lui est permis de revivre entièrement les grands moments de sa vie, pour tenter d’en modifier le cours et de changer le drame final.

Cette idée de créer une histoire réaliste avec un zeste de fantastique (qui permet de voyager dans le temps, de revenir dans le passé et de modifier le cours des choses), est bonne. Cela permet d’incorporer une dose de magie dans l’histoire ordinaire qui est racontée.

A travers un couple d’amoureux banal, Clare Swatman retrace l’évolution que connaît chaque histoire d’amour : la rencontre initiale, la façon de s’apprivoiser, l’amour passionnel, l’engagement, le désir d’enfant… Bien évidemment, cette rétrospective ne serait pas fidèle à la réalité si on n’y incorporait pas quelques mauvais moments, comme en connaissent chaque couple. Engueulades, opinions divergentes… s’immiscent aussi dans chaque histoire d’amour et aident parfois, au sortir des tempêtes, à resserrer davantage les liens amoureux.

Au-delà de l’histoire narrée, c’est une véritable leçon de vie que l’auteure souhaite nous faire passer. La mort soudaine de Ed nous fait prendre conscience qu’il faut profiter de chaque instant de notre vie, pour ne rien avoir à regretter par la suite. Une bonne manière de se remettre en question et de profiter davantage de chaque instants vécus.

Hélas, malgré que l’histoire ait été sympathique à découvrir, je n’ai pas tellement aimé ma lecture. Retourner dans le passé pour tenter de changer des choses, je trouve l’idée bonne, mais elle est mal mise en place ici. J’avais l’impression que les jours se suivaient, mais que rien changeait vraiment. J’ai eu l’impression que l’auteure nous déroulait seulement les grands moments de la vie passée des deux jeunes gens, mais sans rien modifier. C’est surtout que ce n’est pas évident de percevoir les modifications si nous n’avons pas l’histoire de base… J’ai donc ressenti une certaine gêne tout au long de ma lecture, qui ne s’est estompée qu’à la fin, lors du retour dans le « moment présent ».

De plus, j’ai gardé une certaine distance avec les personnages. Le fait qu’ils racontent leur histoire d’amour, singulière, certes, mais universelle dans les grandes lignes, m’a fait m’identifier à l’histoire narrée, et non aux personnages maîtres de cette histoire. Ainsi, je n’ai pas forcément adhéré à leurs sentiments, que j’ai trouvé trop peu développés, voire superficiels. Seul l’un des éléments central du récit : le désir d’enfant du couple, mais leur échec à chaque tentative, m’a fait ressentir quelques touches d’émotions à l’encontre des deux personnages. On voit leurs désirs d’enfant s’intensifier, leurs déceptions lorsqu’ils comprennent qu’ils ne pourront pas en avoir par voie normale, leurs espoirs en l’avancée médicale, puis leurs désillusions à chaque échecs. Tout cela les rend très touchants.


Un roman sympathique, qui fait réfléchir sur le temps qui passe, le deuil, sur son rapport à l’autre, sur l’amour que l’on donne et que l’on reçoit. Une jolie histoire, agréable à lire, mais qui manque quand même de vitalité et de profondeur.

Ma note : 5,5/10

Les vacanciers

Les vacanciers d’Emma Straub
284 pages, éditions Presses de la Cité, à 21€
Résumé : Pour les Post, des vacances à Majorque, en famille et avec des amis, c’est quelque chose qui se mérite ! Cela tombe bien, Franny et Jim ont leurs trente-cinq ans de mariage à fêter, et leur fille, Sylvia, vient d’obtenir brillamment son baccalauréat. L’île ensoleillée, ses montagnes et ses plages, ses tapas et ses courts de tennis, promettent une échappatoire aux tensions latentes du quotidien à Manhattan. Pourtant, rien ne se passe comme prévu. Les soucis ne restent pas longtemps tapis dans les bagages : des secrets sont révélés, des rivalités et d’anciennes blessures refont surface…
Extraits : « Attendre l’arrivée d’un bébé adopté, c’est comme vivre dans l’attente d’une crise cardiaque : il faut capituler et accepter de faire d’autres projets sans savoir s’il faudra les annuler. »
« Les familles des autres étaient un mystère, des spécimens extraterrestres ayant leurs codes secrets et leurs histoires. »

Mon avis : Avec l’arrivée inopinée du beau temps, de la chaleur et des vacances, quoi de mieux que de suivre les aventures d’une famille, partie ensemble se ressourcer le temps de deux semaines de vacances, dans une villa de Majorque ?

Si vous cherchez de la grande littérature, passez tout de suite votre chemin. Les vacanciers, comme son titre l’indique, est un roman tout destiné pour l’été, à lire au bord de sa piscine, ou bercé par les vagues de la mer. L’histoire racontée n’est pas très intéressante, mais le livre en lui-même est sympathique à lire – du moins, il fait passer le temps.

Franny, Jim, leurs deux grands enfants, Bobby et Sylvia, la petite amie de Bobby, Carmen, et un couple d’amis homosexuels de la famille, Charles et Lawrence, ont déposés leurs bagages à Majorque, dans les îles Baléares d’Espagne. Ils vont séjourner dans la demeure de Gemma durant deux semaines. Sylvia va en profiter pour travailler son espagnol avec Joan, son jeune professeur particulier, Jim va essayer de se faire pardonner auprès de Franny pour son infidélité, Charles va retrouver la complicité qu’il a toujours eu avec sa grande amie Franny, et Carmen va essayer – en vain – de se faire accepter par cette famille.

Malgré les plus ou moins graves problèmes, l’ambiance est au beau fixe dans ce roman. On sent une atmosphère conviviale, intime et familiale, agréable à parcourir. Malheureusement, la bonne humeur de façade du début laisse progressivement la place aux dessous véritables de chaque famille. C’est ainsi que le lecteur se rend compte que cette famille est loin d’être une famille modèle et exemplaire. Entre secrets, honte, mépris ou mensonges, la famille Post cumule de nombreux griefs familiaux ; souvent banals, originaux, ou plus graves.

Mais le gros point noir de ce roman, c’est l’inutilité des personnages, leur manque de personnalité, leur banalité effarante. En effet, personne ne se détache du lot ; ils sont prévisibles, pas du tout travaillés, peu approfondis. Un livre de Madeleine Chapsal que j’ai lu il y a quelques années, qui s’intitule Nos enfants si gâtés décrivait également des vacances en famille à l’île de Ré. Comme ce roman-ci, j’ai trouvé l’intégralité du livre peu exploité. Néanmoins, comme écrit dans ma chronique de Nos enfants si gâtés, « il est frais, il sent le soleil et les vacances« .

Même si j’ai passé un bon moment à lire ce livre, il ne restera pas dans les annales. Une lecture quelque peu banale, sans grand intérêt, mais que les lecteurs saisonnier devraient pouvoir apprécier.

Ma note : 5/10

A couteaux tirés

A couteaux tirés de Olen Steinhauer
293 pages, éditions Presses de la cité, à 21€

 

Résumé : Henry se rend en Californie et revoit à cette occasion l’amour de sa vie, Celia. Tous deux ont travaillé pour une cellule de la CIA à Vienne et ne se sont pas revus depuis l’attentat tragique qui a coûté la vie à cent vingt personnes dans un avion, cinq ans plus tôt. Celia a quitté la CIA et a fondé une famille. Malgré l’affection qu’il lui porte, Henry a une mission à remplir : découvrir si elle est la taupe à l’origine de la mort des otages…

Extraits :  « On se sent toujours plus seul dans un paysage sublime, je l’ai déjà remarqué. Peut-être tout simplement parce qu’on ne peut partager avec personne l’émotion suscitée par la beauté de la nature ? Je ne sais pas. »
« C’est montré dans les films, écrit dans les livres… Être parent, c’est un boulot de quarante heures par semaine, et autant en heures supplémentaires. »

Mon avis :  A couteaux tirés est vraiment digne de grands films d’espionnage. Cela ne m’étonnerait pas qu’il soit adapté au cinéma dans quelques années…

L’histoire est narrée par deux narrateurs, tous deux protagonistes, tous deux ayant été agents secrets à Vienne, en Autriche. D’un côté, nous avons Henry, toujours membre de la CI. D’un autre, Célia, qui a arrêtée de travailler pour l’agence d’espionnage pour fonder une famille loin de ce métier dangereux. Cinq années plus tard, les ex-amants et collègues se retrouvent dans un bistrot, pour parlementer. Mais surtout, ils veulent tout deux percer à jour le mystère de l’attentat terroriste qui a fait cent vingt morts, cinq ans plus tôt. Une taupe de l’agence a donnée des renseignements aux terroristes. Célia et Henry se soupçonnent mutuellement, sans jamais s’être dénoncé.

L’histoire se déroule en plein huis-clos, dans un bistrot, où Henry et Célia se retrouvent à dîner après cinq ans sans s’être revus. C’est à partir de ce présent que se reforme le passé. L’auteure jongle donc entre présent et passé, tout comme les personnages, qui eux, jonglent en discussions personnelles et discussions professionnelles, entre mensonges et vérités. C’est à celui qui sera le meilleur comédien, celui qui sera le plus convainquant et le plus convaincu.

Le lecteur est plongé dans le monde obscur des espions. On se retrouve dans les bureaux, comme simples spectateurs, regardant avec appréhension les événements se dérouler sous nos yeux.

Des terroristes ont prit les commandes d’un avion, à bord duquel se trouve cent vingts innocents passagers. Que doivent faire les agents secrets ? On découvrir les méthodes employées, le travail auquel ils doivent faire face, ce qu’ils doivent gérer ; le tout dans l’ombre, sans jamais être découverts. Car un agent secret doit rester secret, c’est là sa première mission.
Le jour de cette prise d’otages phénoménale, un coup de téléphone a été passée du bureau de la CIA, en direction d’un terroriste liée à l’affaire. Le roman d’espionnage se transforme aussitôt en roman policiers ; on s’interroge, on cherche le coupable.

Sans vouloir vous révéler le dénouement, je dirais seulement qu’il est vraiment unique en son genre. Je ne m’attendais pas à une fin telle que celle-là. Vraiment, j’ai été bluffée et estomaquée. Je ne dirais seulement ceci : un agent secret reste agent secret durant toute sa vie.

Dans ce livre d’espionnage, la parole prime sur l’action. L’auteur soumet ses lecteurs à une épreuve majeure : serons-nous assez lucides pour détecter le vrai du faux, l’illusion de la vérité, l’innocent et le coupable ? Plongez au coeur de la CIA et laissez-vous porter par ce huis-clos phénoménal. J’ai adoré !

 

Ma note : 7,5/10

Fête fatale

Fête fatale de William Katz.
291 pages, éditions Presses de la cité, à 19,50 €

 

Résumé : Pour les quarante ans de Marty, son mari, Samantha décide de lui préparer en secret une fête. Elle se lance alors à la recherche de ses amis d’enfance et réalise avec stupeur que tout ce que son mari lui a raconté sur son passé semble n’avoir jamais existé. Perturbée, Samantha se sent mal à l’aise en compagnie de son époux, dont le comportement devient de plus en plus étrange. Quels terribles secrets essaie-t-il de cacher ? Samantha est-elle en danger ?

Extraits :  « Un homme ne dit jamais rien si l’argent est dépensé pour lui. C’est seulement dans le cas où les femmes se font plaisir qu’ils sortent leur fouet. C’est la règle, je t’assure. »
« La vie humaine ne tient parfois qu’à un peu de chance. »

Mon avis : Quel bon thriller, un thriller qui tient en haleine, avec des questions, des suspicions et une fin plus qu’étonnante…

Le mari de Samantha, Marty, va bientôt fêter ses quarante ans début décembre. Pour célébrer cet évènement, elle décide de lui organiser une fête, et de préparer une petite surprise en regroupant tous ses amis d’enfance, ainsi que ses professeurs et autres personnes qui l’ont accompagnés durant toute sa vie. Mais, surprise : elle ne trouve personne ! Les écoles dont parle si souvent Marty ne l’ont jamais accueillit, et son diplôme d’université est un faux. Mais qui est réellement ce Marty ? Pourquoi cache-t-il son passé ?

Le prologue donne directement le ton du roman, il infuse une bonne dose de questions au lecteur, et attise sa curiosité.
Puis, nous découvrons les deux protagonistes de l’histoire, le couple Samantha/Marty. Ils ne sont pas ensemble depuis longtemps, mais on sent déjà qu’ils sont très intimes, proches, mais nous n’avons pas l’impression qu’ils partagent et discutent beaucoup entre eux. La preuve : Samantha ne connaît rien de son passé, et n’a pas été plus curieuse d’en apprendre davantage (avant de téléphoner aux « ex-amis » de Marty).

Le personnage de Samantha m’a plutôt énervée. Je l’ai trouvée naïve, pas vraiment mature, et de ce fait, je n’ai pas accroché à son caractère.
Par contre, j’ai adoré Marty ! Mystérieux, très étrange, il regorge de secrets, et se perd dans ses nombreuses identités. Martin Everett Shaw, Frankie Nelson… mais, qui est vraiment cet homme au passé si trouble ?

Je ne sais pas du tout si la « schizophrénie à date fixe » existe vraiment, mais j’ai adoré l’idée. Rien que d’y penser, ça me fait froid dans le dos… Imaginez un homme qui tue des femmes avec certains critères apparents, chaque année, à la même date. Il faut avouer que ça fait peur.

Une tension incroyable, un thriller très bien mené. Le suspense est maintenu jusqu’au bout. Même si les rebondissements sont rares, la fin devrait tous vous surprendre.
Une lecture très agréable, j’ai plutôt bien accroché à l’écriture de William Katz, que je trouve fluide, simple et efficace !

Malheureusement, bien que le suspense était au rendez-vous, j’aurais aimé connaître davantage de détails sur le meurtre des victimes, par exemple, la façon de procéder du meurtrier… La majeure partie du roman a été consacrée à chercher l’assassin et à comprendre son passé et ses motivations. Si quelques pages d’action auraient été ajoutées, je pense que ce livre aurait été parfait !

Digne d’une série télé, William Katz écrit ici un roman captivant, qu’on ne peut lâcher qu’une fois l’intrigue découverte.

 

Ma note : 8/10

Quatre naissances et un enterrement

Quatre naissances et un enterrement de Lisa Jewell.
453 pages, éditions Presses de la cité, à 21,50 €

 

Résumé :Lydia, Robyn et Dean ne se connaissent pas et mènent des vies diamétralement opposées. Chacun d’eux a toujours eu l’impression qu’il manquait quelque chose à son existence… et pour cause : ils sont en réalité frère et sœurs. C’est en s’inscrivant simultanément sur un site Internet permettant de retrouver les personnes nées d’un même don de sperme qu’ils le découvrent. Ensemble, ils vont comprendre ce que l’amour, la famille et l’amitié signifient vraiment. Parallèlement, leur père biologique, Daniel, qui est atteint d’un cancer incurable, a émis le souhait de rencontrer ses « enfants ». C’est une course contre la montre qui s’engage alors pour les retrouver à temps…

Extraits :  « La vie distribuait souvent un jeu difficile, mais tout le monde n’aboutissait pas forcément à l’échec. […] Certaines personnes parvenaient tout de même à tirer partie de ce que le destin leur avait donné. »
« Vous savez, on reproche beaucoup de choses à la race humaine, mais vraiment, la plupart du temps, les gens sont absolument extraordinaires, et on ne le sait pas. »

Mon avis : Si vous recherchez un livre léger, capable de vous faire passer un très bon moment et qui contient, dans un même temps, une morale, une petite leçon de vie, n’hésitez pas à choisir ce roman de Lisa Jewell. Il est juste sublime…

Nous faisons la connaissance de plusieurs personnes simultanément. Chaque partie/chapitre est dédiée à une personne en particulier. De cette façon, nous pouvons découvrir, décortiquer et analyser la vie de chacun sans que les personnages soient liés instantanément.

Commençons par parler de la plus jeune protagoniste de l’histoire, Robyn. Etudiante en médecin, travaillant le soir dans un magasin Zara, est quelqu’un qui semble fragile et vulnérable au plus au point. S’ajoute à ça sa naïveté dû à sa jeunesse, et à la sensibilité qu’elle dégage de sa personne. Elle apprend à sa majorité qu’elle a été conçue par insémination artificielle, grâce à un donneur anonyme.

Vient ensuite le tour de Dean, un jeune homme dégingandé, à l’aspect normal, mi-rebelle mi-sensible. Il se cache sous une carapace pour se protéger des coups de la vie, et ne laisse transparaître que très peu d’informations sur sa façon de penser. Comme sa demi-soeur, Dean n’a apprit l’existence de son père biologique qu’à l’âge de 18 ans…

Lydia, la plus âgée des frères et soeurs, apprend au tout début du roman, par une lettre anonyme que quelqu’un lui a envoyé chez elle, qu’elle a été conçue par un donneur de sperme. Un choc qu’elle va devoir supporter toute seule, dû au suicide de sa mère quand elle n’était qu’une enfant et à la mort précipité de son père quelques années plus tard. Mais Lydia, du haut de ses 29 ans, va se montrer très mature, la tête sur les épaules et extrêmement réfléchie.

Nous allons suivre le cours de leur vie, les péripéties qu’ils rencontrent et les conséquences de la découverte qu’ils ont faites.

En parallèle, nous rencontrer Maggie, une femme assez âgée qui s’occupe depuis plus d’un an d’un vieil homme mourant, un certain Daniel. Très attachée à Daniel, elle éprouve bien plus que de l’amitié pour lui, mais sait pertinemment qu’une histoire n’aura jamais lieu entre eux. Il ne reste que quelques mois à vivre à Daniel, et il va profiter de ce court laps de temps pour faire une choquante confidence à Maggie : il est un donneur de sperme, qui a enfanté indirectement quatre enfants. Cette secret intime est une marque d’amour et de confiance qui prouve une nouvelle fois l’attachant des deux individus entre eux. Maggie va tout mettre en oeuvre pour regrouper les enfants de Daniel avant qu’il ne meurt…

Lisa Jewell décrit dans ce livre un procédé qui semble assez simpliste, pour que les personnages puissent se retrouver mutuellement. Il s’agit du Registre des fratries, un site Internet qui regroupe tous les frères et sœurs nés de donneurs de sperme.

Quatre naissances et un enterrement est un roman bourré d’émotions et de sentiments contradictoires. Entre la surprise de la découverte d’un père donneur de sperme, la joie d’avoir des frères et soeurs, l’excitation de découvrir une nouvelle famille, la peur de la rencontre avec leur vrai père, les pleurs (autant de joie que de chagrin) suite à leur rencontre… que de forts sentiments qui se croisent et se recroisent inlassablement. On ne peut que s’attacher aux personnages et compatir avec eux. Il s’en dégage un tel amour et une telle fierté que le lecteur ne peut être qu’abasourdir et ému par cet élan de sentiments.

Outre le fait qu’il soit très touchant, il aborde, de surcroît un message fort, qui marque les esprits.
Je n’avais jamais eu le plaisir de lire un livre traitant du thème d’un donneur de sperme, qui fonde indirectement une famille. On voit bien que les gènes suivent leur route, et font leur petit bout de chemin. La compréhension de certains pères est étonnante, je ne peux qu’être admirative et respectueuse envers ces hommes, qui traitent ces enfants comme la chair de leur chair. Même les « enfants », suite à la rencontre avec leur père biologique, n’ont pas changés leurs habitudes : le père qui les a élevés est leur vrai père, le seul et l’unique qui peuple leur vie. Une fidélité est un amour sans faille transparaît entre eux, ce qui fait passer de superbes moments, qui touchent et émeuvent le lecteur.

Ces personnages, aux vies diamétralement opposées vont se rencontrer une seule et unique fois, et le courant va directement passer entre eux. Un moment fort, très fort, qui prouve avec brio les liens invisibles qui unissent les familles.

L’écriture de l’auteure est captivante, attirante et très agréable. Elle arrive à faire passer des sentiments à travers les pages de son livre, est arrive à créer des moments uniques, et touchants. De plus, son style d’écriture est réaliste, de sorte que l’histoire aurait très bien pu se dérouler dans la vraie vie.

Une atmosphère chaleureuse, chaude, remplie d’amour, avec un trop plein de sensibilité, qui ne laisse personne indifférent. Je vous conseille et vous recommande ce livre, vous ne serez pas déçu.

 

Ma note : 10/10

La femme à 1000°

La femme à 1000°
d’Hallgrimur Helgason.
640 pages, éditions Presse de la cité, à 23€

 

Résumé : Herbjörg Maria Björnsson. Un nom imprononçable que vous n’êtes pas près d’oublier.

Condamnée à vivre dans un garage avec pour seule compagnie son ordinateur portable, une provision de cigarettes et une grenade datant de la fin de la Seconde Guerre mondiale, une octogénaire islandaise atteinte d’un cancer en phase terminale revient sur sa vie en attendant la mort. Car Herra, comme on l’appelle, a beaucoup de choses à raconter. Petite-fille du premier président d’Islande, fille d’une paysanne et du seul nazi islandais avéré, elle a, au fil de son existence mouvementée, vécu la guerre et l’exil, connu beaucoup d’hommes, parfois célèbres, et vu la mort, de bien trop près. Avant de s’envoyer en l’air pour de bon, elle passe en revue son passé et celui de son pays,
l’occasion pour elle de régler au passage quelques comptes.

Extraits : « Lorsqu’il s’agit d’amour, nous sommes tous plus idiots les uns que les autres. »
« Comme il serait agréable que les hommes puissent voir en nous leurs égaux, leurs frères de sang, une autre forme masculine avec une peau bien plus belle. Ils pourraient se rappeler cet état de fait une fois de temps en temps, et apprécier autre chose que notre paire de hanches. »

Mon avis : La femme à 1000° prônait l’originalité de la plume de l’auteur, et de ce fait, promettait bien des choses. Malheureusement, comme vous allez le voir ci-dessous, malgré un fond d’histoire intéressant, les quelques longueurs sont venues à bout de mon plaisir.

Tout, dans l’aspect visuel de ce roman, encourageait à la lecture. La couverture est noire, ce qui rend le livre mystérieux, la photographie d’une femme âgée est originale, mais en même temps, sa posture est basique. De plus, la phrase écrite en orange vif au dos du livre pousse notre curiosité à bout. Que cache ce (gros) livre ?

J’ai été assez étonné de découvrir que les chapitres de ce livre n’excellent pas plus de 5 pages. Ce concept singulier de mettre des chapitres à courtes fréquences d’intervalles ne m’a pas gêné outre-mesure, bien au contraire. Une pause de lecture se fait plus fréquemment, une nouvelle petite « histoire » débute alors, et nous ne nous lassons pas. Bien au contraire, certaines personnes pourraient être troubler dans le rythme de leur lecture, et ces petits chapitres constitueraient alors une rupture de l’histoire… à chacun son ressenti !

La seconde chose qui a particulièrement attiré mon attention, ça a été les dates et les années, qui se suivent, se chevauchent et s’entrecroisent. Car il faut savoir qu’à la base, ce livre est une sorte d’autobiographie, mais d’un personnage fictif, qui sort tout droit de l’esprit de l’auteur. En quelques minutes, on peut très bien passé de l’année 2009 (qui constitue le présent dans ce récit), jusqu’en temps de guerre en 1940, ou avant, en 1929. Il faut s’accrocher, car ces changements brutaux de dates (et de chapitres), peuvent facilement embrouillé le lecteur.

Autre chose, qui requiert de l’attention de la part des lecteurs, c’est le vaste champ lexical des divers pays tels que l’Islande, le Dannemark ou encore l’Allemand. Hallgrimur Helgason étant d’origine islandais, il n’hésite pas à citer divers villes, qui comportent des noms particuliers (et imprononçables pour nous, pauvres français), ainsi que des mots ou phrase typiquement Allemand (ou islandais, ou danois…). Il faut connaître un minimum de coutume de ces divers pays pour ne pas se noyer dans le flot d’informations. Je salue et applaudis le talentueux traducteur Jean-Christophe Salaün, qui a accomplie un superbe boulot en retranscrivant parfaitement le récit, sans le déstructurer pour autant.

Vous l’aurez sans doute compris, ce roman fait preuve d’une grande originalité, qui ne laisse pas indifférent. Mais outre ces petits aspects extérieur du livre, la protagoniste est elle-même un personnage hors du commun. Déjà, c’est une personne âgée (très rare dans les romans), qui vit dans un garage (encore plus rare), qui se sert d’Internet quotidiennement, et qui est encore plus calée en informatique qu’une jeunette de 30 ans (ça existe ?). Ces quelques indications font de cette femme quelqu’un de singulière, mais alors, avec l’histoire de sa vie qu’elle nous narre, elle devient tout simplement exceptionnelle. Sa vie semble remplie de problèmes et d’obstacles contraignants sa progression. Néanmoins, elle arrive à tous les tourner en avantages, qui lui font aimer la vie, et la découvrir en profondeur. Elle se montre courageuse, ouverte, gentille, sociale et habile.

Surtout que ce livre se situe presque totalement en temps de guerre. Bien évidemment, si vous ne voulez pas être perdu au milieu de ce flot d’informations politiques, essayez de connaître un minimum les grandes idées des deux Guerres mondiales. Dans un décor noir, obscur et cruel, notre héroïne va vivre bien des aventures, qui n’arrivera sans doute plus jamais aux êtres d’aujourd’hui. Un roman fort intéressant, qui relate parfaitement une partie de l’histoire de l’Islande (et bien sûr, de notre héroïne).

J’avoue avoir repéré quelques longueurs qui m’ont bien embêtées. Certains chapitres, par exemple, étaient tellement futiles et inutiles, que je me demandais pourquoi l’auteur les avait ajoutés. En outre, je n’ai pas totalement accroché au style particulier de l’auteur (je ne suis sans doute pas assez habitué aux récits Islandais), et Herra, notre personnage principale, ne m’a pas attiré plus que ça. Bien que cette histoire soit sympathique à lire, je ne pense pas en garder longtemps un souvenir…

Un retour poignant en arrière, dans la mémoire d’une vieille femme unique en son genre, qui raconte sa formidable histoire.

 

Ma note : 6/10