Le Chinois


Le Chinois de Henning Mankell
562 pages, éditions Points, à 8,20€


Résumé : Par un froid matin de janvier 2006, la police de Hudiksvall, dans le nord de la Suède, fait une effroyable découverte. Dix-neuf personnes ont été massacrées à l’arme blanche dans un petit village isolé. La policière Vivi Sundberg penche pour l’acte d’un déséquilibré. Mais la juge de Helsingborg, Birgitta Roslin, qui s’intéresse à l’affaire car les parents adoptifs de sa mère sont parmi les victimes, est persuadée que ce crime n’est pas l’œuvre d’un fou. Elle mène une enquête parallèle à partir d’un ruban de soie rouge trouvé sur les lieux qui raconte une tout autre histoire et l’entraîne dans un voyage vers d’autres époques et d’autres continents, et surtout en Chine, cette nouvelle superpuissance en pleine expansion sur la scène mondiale. À son insu, Birgitta Roslin est prise dans l’engrenage d’une machination géopolitique qui finira par mettre sa vie en danger.


Extraits« Tout glisse, la mémoire va et vient sans cesse, croît, diminue, perd sa signification, la retrouve. »

« Finalement, qui peut trouver le temps de mettre un point final à son histoire avant de se coucher sur son lit de mort ? »


Mon avis : Le Chinois, c’est l’histoire d’une tuerie sanglante d’un petit village suédois, anéanti de manière barbare. La policière Vivi Sundberg mène l’enquête, sans pour autant trouver d’explication rationnelle au massacre des dix-neufs personnes, essentiellement toutes âgées, d’Hesjovallen. A plusieurs centaines de kilomètres de là, à Helsingborg, une juge suédoise prénommée Birgitta Roslin, s’intéresse à l’enquête, suite au décès de ses parents adoptifs, natifs du village. Après quelques recherches, elle découvre une piste intéressante : un ruban de soie rouge, trouvé sur les lieux du crime, serait relié à un restaurant chinois, où aurait mangé un homme seul. Elle se lance seule, téméraire, dans une enquête parallèle, qui la mènera sur un autre continent : jusqu’à Pékin.

Outre les parties strictement délimitées par Henning Mankell, j’ai trouvé que le récit se découpait en deux parties. Une première partie parfaitement addictive, qui raconte avec précision le massacre du village. C’est sans doute la partie que j’ai préféré, pleine d’une tension croissante, dotée d’un rythme effréné, de beaucoup de mystères. Ce n’est pas la partie la plus facile à lire, puisque certaines descriptions peuvent choquer les esprits les moins avertis. J’ai néanmoins beaucoup apprécié l’atmosphère lugubre, le cadre atypique des événements, qui se déroulent dans une Suède profonde, reculée, désertée par ses habitants.

La deuxième partie est quant à elle tout autre. Nous suivons la juge Birgitta Roslin dans son enquête parallèle, éloignée du lieu du crime originel. Une enquête qui nous emmène sur un autre continent, en Chine, puis en Afrique, bien loin de la Suède originelle et bien éloignée des éléments principaux de l’intrigue. Cet éloignement forcé nous fait perdre le fil du récit ; j’avais l’impression d’avoir commencé une nouvelle histoire, totalement différente du massacre narré au début.

De fait, mises bout à bout, les deux parties manquent clairement de cohérence et de liant. Séparément, elles peuvent rendre quelque chose de bien, mais ensemble, cela ne fonctionne pas. Les sujets sont trop multiples – mondialisation, vengeance, secrets familiaux, corruption, capitalisme… -, le lecteur s’y perd. La construction globale est clairement à revoir ; l’intention est présente, mais l’ennui l’était aussi parfois.


Un roman policier qui a du potentiel, mais la multiplicité des sujets abordés le font manquer de cohérence. le socle du récit est solide, mais le développement est trop chancelant : dommage !

Ma note : 5,5/10

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ISBN : 978-2-7578-3211-0
Traduction : Rémi Cassaigne

Le soir du chien


Le soir du chien de Marie-Hélène Lafon
140 pages, éditions Points, à 5,90€


Résumé : Dans un petit village du Cantal, Laurent, la trentaine, vit encore chez sa mère. Il rencontre Marlène, qui vient de Normandie, et dont il tombe amoureux. Ensemble, ils s’installent en haut du village, dans une maison isolée, pour des mois de bonheur lumineux. Mais bientôt leur amour se heurte au conformisme des villageois d’en bas. Un soir, leur chien se fait renverser par une voiture, Marlène rencontre le vétérinaire, et tout est changé…

Dans ce premier roman à l’écriture concise, Marie-Hélène Lafon multiplie les points de vue et confronte les voix de ses personnages pour mieux faire affleurer leur part d’intimité.


Extraits« Aujourd’hui, 18 juin 1967, j’ai eu dix ans. Mamie m’a offert ce carnet et je commence ce journal pour me souvenir de tout. Mamie dit qu’il faut se souvenir. Elle me parle souvent de mon oncle Georges que je n’ai pas connu parce qu’il est mort avant ma naissance. Il est mort très jeune, à seize ans. Il avait six ans de plus que moi. Elle dit qu’il faut se souvenir pour que les morts soient moins morts. Moi je crois qu’on n’est pas plus ou moins mort ; on est mort et c’est tout.« 

« Les hommes sont comme ça ; le plaisir, et après, les femmes se débrouillent ; bien bêtes aussi. Moi je l’ai coincé le Georges ; je l’ai tenu ; la dragée haute ; ça c’est beau. On se marie, on se fixe, on s’installe ; avec une bonne mise de fonds, on s’établit, on travaille, on a rien sans rien. »


Mon avis : Le soir du chien est le premier roman écrit par Marie-Hélène Lafon, qui reçoit immédiatement un accueil enthousiaste vis-à-vis du public et notamment des jeunes, qui lui octroient le Prix Renaudot des lycéens en 2001. Curieuse de découvrir cette auteure, je me suis lancée dans la lecture de cette histoire, sans me douter un seul instant que j’allais être déçue.

Car oui, je n’ai pas aimé ce livre. Le récit est simple : Laurent et Marlène vivent une jolie histoire d’amour, jusqu’à ce que leur chien se fasse renverser par une voiture. Marlène se rend chez le vétérinaire pour le faire ausculter et tombera sous le charme du soignant. Vous l’aurez compris, ce n’est pas une histoire remplie d’actions, mais bien un récit psychologique, qui s’appuie sur des sensations profondes, sur une psychologie des personnages, sur une définition personnelle des sentiments amoureux.

Je n’ai absolument pas ressenti d’émotions et me suis ennuyée durant l’ensemble de ma lecture. Heureusement que celle-ci ne faisait que 140 pages, sinon, j’aurais abandonné depuis longtemps. La trame narrative était en elle-même assez complexe à suivre, avec une alternance des personnages et des points de vue qui n’était pas marqué ; si bien qu’on se perdait facilement entre chacun. Impossible de comprendre qui prenait la parole à quel moment, impossible de s’y retrouver entre les personnages, de comprendre leurs sentiments, leurs déboires, leurs objectifs… Aucun cheminement logique, c’est bien dommage !


Un roman qui a sans doute mal vieilli : malgré un prix Renaudot des lycéens en 2001, je l’ai trouvé sans saveur, ennuyant, je suis passé à côté de toute trace d’émotions.

Ma note : 2/10

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ISBN : 978-2-02-061203-6

Conversations entre amis


Conversations entre amis de Sally Rooney
339 pages, éditions Points, à 7,80€


Résumé : En 2017, le premier roman d’une parfaite inconnue a constitué l’événement de l’année dans le monde des lettres anglo-saxonnes. Son titre ? Conversations entre amis. L’auteur ? Sally Rooney, alors âgée de 26 ans.
Peu de jeunes écrivains parviennent à raconter à la fois une histoire et une époque, ce que Sally Rooney a brillamment réussi avec ce premier texte.
L’action prend place à Dublin. Nous sommes loin du Dublin de Joyce, plutôt dans une capitale post-crise économique où la jeunesse débat sur les ravages du capitalisme entre deux flirts et intrigues amoureuses. Frances (la narratrice) et Bobbi, son ex-amante, font partie de cette jeunesse, de ces millennials qui peinent à trouver une place dans le monde laissé par leurs aînés. Quand elles rencontrent Melissa et Nick, un couple plus âgé qu’elles, le cours de leur vie change : commence alors un « ménage à quatre » mouvant où la confusion des sentiments fait rage. Ensemble, Frances, Bobbi, Nick et Melissa écrivent, s’aiment, vivent… et s’interrogent. Sur le monde, mais surtout sur eux-mêmes.


Extraits« Tu souffres, a-t-elle dit.
Tout le monde souffre.
Ah. C’est profond. »

« Nick : de toute évidence on ne peut pas se voir très souvent
Nick : et avoir une liaison est assez stressant
Moi : ahah
Moi : tu es en train de rompre ?
Nick : si on ne se voit jamais vraiment
Nick : alors cette liaison consiste juste
Nick : à se prendre la tête sur cette liaison
Nick : tu vois ce que je veux dire »


Mon avis : Après avoir adoré Normal people de Sally Rooney début mars, je souhaitais découvrir son deuxième petit bébé : Conversations entre amis. Une seconde rencontre littéraire avec l’auteure qui vient confirmer mes appréciations lors de ma première lecture : j’aime énormément l’écriture et le style narratif de Sally Rooney, sa façon de raconter une histoire, de manière à la fois détachée, mais chaleureuse. Un talent que peu arrivent à acquérir.

Dans Conversations entre amis, nous faisons la découverte de Frances, la narratrice et Bobbi, son ex-petite amie. Ensemble, elles font faire la rencontre de Melissa et de son mari Nick, un couple explosif mais dissonant, qui se complaisent néanmoins dans leur équilibre de vie. Sans se l’expliquer, Frances ressent une attirance charnelle envers Nick, avec qui elle va commencer à entretenir une liaison, dans le secret le plus total. Une aventure passionnelle, difficile à décrire, va naître entre nos deux héros. À travers des échanges de mails, de sms, via des rencontres fortuites dans des dîners mondains ou dans des chambres d’hôtel, le triangle amoureux se met en place entre Nick, Frances et Melissa. Mais ce n’est pas tout : Bobbi ressent elle aussi une attirance toute particulière pour Melissa, la femme de Nick. C’est un quatuor aux relations imbriquées qui nous fait face, où les jalousies, les ressentiments, l’adultère, sont plus que jamais présents.

Comme dans Normal people, Conversations entre amis est plus un roman psychologique, où l’introspection et la réflexion priment sur l’action. Sally Rooney nous donne à repenser les relations amoureuses et les attaches sentimentales, à travers des histoires d’amour différentes que ce que l’on peut lire, voir ou vivre d’ordinaire. Une lecture moderne, qui s’ancre totalement dans l’ère du temps, où l’ouverture d’esprit est de mise pour apprécier l’ensemble des tenants et aboutissants de l’histoire ! 

Encore une fois, j’ai été totalement envoutée par le style narratif de l’auteure, je me suis laissé glisser dans sa prose et j’ai finalement terminé ma lecture en moins d’une journée. Les personnages sont attachants et les thématiques qui les traversent sont nombreuses. Outre la complexité des liens d’amour et d’amitié, on y parle également de féminisme, de confiance en soi, de repères familiaux… Autant de sujets qui viennent étoffer l’histoire et donner une plus grande part de réflexions aux lecteurs.


Un roman psychologique au style narratif contemporain, qui tend à analyser avec subtilités la complexité des liens entre les différents personnages. Une lecture moderne, voire avant-gardiste, qui saura séduire les lecteurs les plus ouverts d’esprit. 

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-7578-8271-9
Traduction : Laetitia Devaux

Un autre jour


Un autre jour de Valentin Musso

327 pages, éditions Points, à 7,70€


Résumé : Que peut-on encore perdre quand la vie vous arrache le seul être que vous avez jamais aimé ?

Adam Chapman, architecte de 41 ans, a tout pour être heureux. Il vit depuis huit ans un amour sans nuages avec sa femme Claire. Mais, un matin, un coup de téléphone vient lui annoncer l’inimaginable. Alors qu’elle passait le week-end dans la maison de campagne de ses parents, Claire a été assassinée en lisière d’un bois. En quelques secondes, l’existence d’Adam vole en éclats. Mais ce qui pourrait être une fin n’est qu’un début. Car Adam n’a aucune conscience de la véritable tragédie qui a commencé à se jouer.
Dès le lendemain de la mort de Claire, il va découvrir qu’il existe pire que de perdre ce que l’on a de plus cher au monde : le perdre une seconde fois…


Extraits : « Voilà peut-être le drame de l’existence : se croire toujours différent des autres. Personne, pourtant, ne fait exception sur cette terre. »

« Il n’y a rien qui nous rende plus vulnérables que les enfants, Adam. Tout ce que l’on prend pour des problèmes n’en est pas tant que la chair de notre chair est en sécurité. »


Mon avis : J’étais particulièrement impatiente de découvrir l’écriture de Valentin Musso, le frère cadet du célèbre écrivain, Guillaume Musso, romancier le plus vendu en France, dont les titres, exportés dans le monde entier, connaissent un terrible succès. Son frère, Valentin, bien moins connu dans la sphère littéraire, se différencie de ce dernier par son attrait pour le roman noir. Il  jouit notamment depuis quelques années d’une notoriété croissante en France et dans le monde.

Adam Champan est marié à Claire. Un beau matin, un terrible pressentiment le prend : il sent que Claire est en danger. Ni une ni deux, il part chez ses beaux-parents, où Claire a trouvé refuge le temps d’un week-end. Et l’indicible se produit : on lui apprend que sa femme a été retrouvée morte, étranglée, sur la plage, alors qu’elle faisait son jogging quotidien. Une nouvelle qui l’anéantit littéralement. Sauf que la vie nous réserve parfois de drôles de surprises. Le lendemain matin, ouvrant les yeux, il se rend compte que son réveil affiche la même date que la veille. Comme dans le célèbre film américain Un jour sans fin, réalisé par Harold Ramis, notre héros semble bloqué dans une boucle temporelle qui l’oblige à revivre la même journée. Une situation tout a fait profitable à Adam, qui  va pouvoir sauver sa femme avant qu’elle ne se fasse tuer.

Valentin Musso nous projette dans un univers suffocant et énigmatique, au coeur d’une enquête pour le moins incompréhensible. Deux temporalités parallèles se confrontent, sorte de faille spatio-temporelle comme on en trouve dans les plus grands romans de science-fiction. Mais attention, il s’agit bien ici d’un polar : peuplée de rebondissement et doté d’un suspense qui captive et effraie tout à la fois. On se perd en conjectures, tentant vainement de comprendre ce qu’ils se passe : quelle est la véritable temporalité ? Claire est-elle vraiment morte ? Que s’est-il passé pour qu’Adam revive la même journée ? Autant de questions qui ne trouveront réponse qu’au dénouement du récit. Ce dernier, bien que quelque peu surfait, tiré par les cheveux, comme on dit – je ne vous en dirais pas plus, pour ne pas gâcher la surprise, dans le cas où vous seriez intéressé pour le découvrir. Sachez seulement que l’expérience vécue par Adam est expliquée de façon désordonnée et peu cohérente et ne m’a pas convaincue. Une histoire de manipulation mentale qui aurait bien être mieux travaillée.

J’avoue avoir été passablement perturbée par l’univers parallèle, proche de la science-fiction, que je n’attendais pas dans un roman policier comme celui-ci. Mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier ma lecture, bien au contraire : en pleine confusion narrative, j’ai pris plaisir à décortiquer les tenants et aboutissants de l’intrigue. Celle-ci est bien ficelée, haletante comme je les aime. Je déplore seulement la construction du protagoniste Adam, que je n’ai pas trouvée aboutie. Manque de profondeur, de vraisemblance, d’empathie… je n’ai pas accroché avec lui, ni avec aucun des autres personnages, qui ressemblent à monsieur et madame tout le monde : banals, simples, caricaturaux à souhait.


Entre réel et imaginaire, Valentin Musso nous ballotte au coeur d’une intrigue captivante et énigmatique. 

Ma note : 6,5/10

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ISBN : 978-2-7578-8091-3

La fabrique du crétin digital


La fabrique du crétin digital de Michel Desmurget

558 pages, éditions Points, à 8,90€


Résumé : La consommation du numérique sous toutes ses formes – smartphones, tablettes, télévision, etc. – par les nouvelles générations est astronomique. Dès 2 ans, les enfants des pays occidentaux cumulent chaque jour presque 3 heures d’écran. Entre 8 et 12 ans, ils passent à près de 4 h 45. Entre 13 et 18 ans, ils frôlent les 6 h 45. En cumuls annuels, ces usages représentent autour de 1 000 heures pour un élève de maternelle (soit davantage que le volume horaire d’une année scolaire), 1 700 heures pour un écolier de cours moyen (2 années scolaires) et 2 400 heures pour un lycéen du secondaire (2,5 années scolaires).
Contrairement à certaines idées reçues, cette profusion d’écrans est loin d’améliorer les aptitudes de nos enfants. Bien au contraire, elle a de lourdes conséquences : sur la santé (obésité, développement cardio-vasculaire, espérance de vie réduite…), sur le comportement (agressivité, dépression, conduites à risques…) et sur les capacités intellectuelles (langage, concentration, mémorisation…). Autant d’atteintes qui affectent fortement la réussite scolaire des jeunes.
 » Ce que nous faisons subir à nos enfants est inexcusable. Jamais sans doute, dans l’histoire de l’humanité, une telle expérience de décérébration n’avait été conduite à aussi grande échelle « , estime Michel Desmurget.
Ce livre, première synthèse des études scientifiques internationales sur les effets réels des écrans, est celui d’un homme en colère. La conclusion est sans appel : attention écrans, poisons lents !


Extraits : « La consommation récréative du numérique – sous toutes ses formes (smartphones, tablettes, télévision, etc.) – par les nouvelles générations est absolument astronomique. Dès 2 ans, les enfants des pays occidentaux cumulent chaque jour presque 3 heures d’écran en moyenne. Entre 8 et 12 ans, ils passent à près de 4h45. Entre 13 et 18 ans, ils effleurent les 6h45. Exprimé en cumul annuel, cela représente autour de 1 000 heures pour un élève de maternelle (soit davantage que le volume horaire d’une année scolaire), 1 700 heures pour un écolier de cours moyen (2 années scolaires) et 2 400 heures pour un lycéen du secondaire (2,5 années scolaires). Exprimé en fraction du temps quotidien de veille, cela donne respectivement un quart, un tiers et 40%. »

« Penser dans le vide, ce n’est pas penser, c’est divaguer. »


Mon avis : Nous passons de plus en plus de temps derrière nos écrans. Télévision, téléphone portable, tablette… ils sont partout, monopolisent notre temps, notre concentration, perturbent notre sommeil, interfèrent sur nos pratiques langagières, sans que nous arrivions à les en empêcher. La fabrique du crétin digital est un essai condensé, hyper documenté, sur tous les aspects du numérique et de son influence sur les nouvelles générations en particulier. À travers des exemples concrets, des graphiques, statistiques et expériences scientifiques, comportementales, physiques et psychiques, Michel Desmurget, docteur en neurosciences cognitives, directeur de recherche de l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médical), nous dresse  un état des lieux global de la situation actuelle.

Sous forme de pamphlet contestataire, il alerte sur les dangers du numérique pour nos jeunes générations. En effet, à travers des tableaux statistiques et comparatifs, on se rend compte avec effarement de la consommation excessive des écrans pour les loisirs chez les enfants en priorité, mais aussi très clairement chez les adultes. Mais c’est chez les jeunes que cela est le plus dangereux, puisque les écrans contribuent à freiner leur épanouissement intellectuel, émotionnel et sanitaire.

Attention, cet ouvrage n’est pas moralisateur, il tend avant tout à informer et alarmer les parents, futurs parents et/ou adolescents, pour permettre une prise de conscience, et pourquoi pas, un changement de comportement vis-à-vis des écrans. Pour appuyer ses bonnes intentions, l’auteur va même jusqu’à regrouper plusieurs solutions aux nombreux problèmes cités : pas d’écrans avant 6 ans, un temps limité au-delà, un accès surveillé, des créneaux-horaires aménagés (pas le matin ni le soir)… autant d’éléments qui peuvent permettre d’améliorer les situations de chacun.

C’est un ouvrage instructif, que ce soit pour moduler nos consommations des écrans, pour les adapter à nos proches, à nos enfants, ou seulement pour enrichir notre culture générale sur les pratiques marketing modernes, sur leur influence néfaste et les dangers qu’ils peuvent produire sur l’être humain. C’est une thématique large, pas facile à aborder, qui demande de la réflexion et une bonne part de disponibilité. La plupart d’entre nous sommes conscients de la part nocive des écrans sur notre quotidien, mais cet ouvrage apporte maintes preuves troublantes sur les conséquences que peuvent avoir l’usage abusive des écrans. Bien que conscients, le plus dur reste de se désintoxiquer soi-même, ou du moins de réduire en partie notre temps passé devant les écrans récréatifs, avant de pouvoir faire une quelconque morale à nos jeunes.

Bien évidemment, cet essai ne se lit pas forcément comme un roman, libre à vous de choisir les chapitres qui vous intéressent en particulier, d’en sauter certains, de revenir sur d’autres. Il peut se lire de façon désordonné, sans toutefois que l’on se perde dans les paroles de l’auteur et c’est bien là tout l’intérêt du format.

Néanmoins, j’ai eu du mal à accrocher au ton de Michel Desmurget. Attention, je ne reproche absolument rien à son style narratif, que j’ai trouvé extrêmement bien travaillé, ciselé avec précision, mais à son ton de voix. Je l’ai trouvé accusateur, sarcastique, froid, pessimiste et très alarmant. Il ne consacre qu’un seul chapitre – un des plus courts, au demeurant -, aux solutions possibles pour contrer ces nombreux problèmes. À mon sens, il est bon d’être alarmiste et de pointer du doigt ce qui ne fonctionne pas, mais il est tout aussi important d’apporter des solutions à mettre en pratique immédiatement pour contrer ces dangers. J’ai parfois été agacée par l’auteur, je l’avoue, par son verbiage vitupérant, qui attaque frontalement et peut démoraliser les esprits les plus faibles. Ajoutons à cela les quelques passages rébarbatifs qui s’étirent tristement en longueurs… heureusement que le saut de pages était permis et que le fond du sujet était quand même intéressant !


Un essai instructif mais alarmant sur la nocivité des écrans. Bien documenté, doté de réflexions approfondies et facilement intelligibles, ce livre, provocateur, accusateur, est à mettre entre toutes les mains !

Ma note : 6,5/10

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ISBN : 978-2-7578-8683-0