Le goût de vivre – L’anorexie n’est pas un combat sans faim


Le goût de vivre – L’anorexie n’est pas un combat sans faim de Sabrina Missègue

285 pages, éditions Favre, à 19€


Résumé : L’anorexie est une maladie principalement féminine (90 % des patients anorexiques) et se déclenche le plus souvent entre 14 et 17 ans, mais concerne aussi des personnes plus âgées. En France, elle touche environ 1,5 % de la population féminine de 15 à 35 ans, soit près de 230’000 femmes à travers le pays. Le taux de suicide associé à l’anorexie est le plus important de toutes les maladies psychiatriques.
Adolescente à la sensibilité à fleur de peau, Sabrina rêve d’être danseuse. Pour se donner les moyens de vivre sa passion, elle entreprend seule, à 16 ans, les démarches pour s’exiler une année aux États-Unis afin d’intégrer une école de danse.
Elle reviendra de ce séjour avec une silhouette cadavérique de 25 kilos pour 1,59 m. Un combat ardent va ainsi commencer. Contre l’entourage, contre les médecins et les médicaments, contre la maladie et la mort. Contre ce mal pervers et ravageur qu’elle compare à un cancer de l’âme. Pour préserver sa vie.
En 2003, un livre marque un tournant dans sa vie : Lettres à l’absente, de Patrick Poivre d’Arvor, adressé à sa fille Solenn décédée de la même maladie en 1995. Touchée par ce témoignage d’un père si aimant et respectueux alors qu’elle-même avait été mise à la porte, Sabrina décide d’écrire une lettre au journaliste.
Réfugiée chez son grand-père dans le Périgord, elle reçoit quelques jours plus tard un appel de PPDA, qui lui propose de venir à Paris. De cette rencontre décisive naîtra une relation de soutien sur plus de 15 ans, des encouragements constants pour qu’elle n’abandonne pas. « Tu as une signature dans l’écriture, fais-en ton projet, ça va t’aider…tu es une visionnaire qui se projette… ». Une relation qui l’a sauvée du geste fatal et qui lui a dévoilé son identité. Un pilier auprès duquel elle s’est ressourcée, reconstruite, inspirée.
« C’est le récit d’un bout de vie qui évoque comment l’anorexie s’est immiscée dans mon corps à mon insu.
Comment ce trouble est devenu ma raison d’être et comment elle a dirigé tous mes faits et gestes. La portée de mon témoignage se veut positif, c’est pourquoi je confie les choix qui m’ont permis d’avancer. Je livre des pistes qui pourront aider toutes personnes touchées, de près ou de loin, par une tumeur qui affecte leur identité jusqu’à la leur voler. »


Extraits : « On m’avait balancé le mot « anorexie » une bonne centaine de fois par jour, on m’avait proposé des médicaments susceptibles d’abrutir un mal que je ne soupçonnais pas mais on ne m’avait jamais confrontée à celle que je devais, dans mon inconscient, redouter le plus, moi-même. »

« Quand l’anorexie se voit, c’est un aveu de son obstination. Il n’est pas trop tard, jamais, mais ça dénonce les années de silences douloureux. »


Mon avis : Il y a quelques mois, j’ai lu le puissant témoignage du très célèbre journaliste Patrick Poivre d’Arvor, Elle n’était pas d’ici, qui m’avait beaucoup ému. C’est le récit d’un père, qui raconte l’indicible : le décès brutal de sa fille Solenn, suite à une maladie mentale souvent pointée du doigt mais peu reconnue dans le monde médical : l’anorexie. Sorte d’exutoire cathartique, PPDA dévoile avec pudeur toute la souffrance ressentie suite au décès brutal de sa fille. Sabrine Missègue lit ses écrits et se sent immédiatement happée par ses mots, pudiques mais intenses, qui arrivent à expliquer l’inexplicable. Elle prend alors son courage à deux mains et décide d’écrire à TF1 une lettre destinée à PPDA, dans laquelle elle se présente comme une jeune femme atteinte d’anorexie. Alors qu’elle ne s’y attend pas, le journaliste lui répond et lui donne rendez-vous quelques temps plus tard à la Tour TF1. S’ensuivra d’autres rencontres, parsemée de confessions, d’émotions et de beaucoup d’espoir.

Car Sabrina est atteinte d’un mal qui la ronge depuis des années : l’anorexie. Sans s’expliquer vraiment son apparition, elle vit depuis avec sa jumelle maléfique, celle qu’elle surnomme Elle durant l’ensemble de son témoignage. Malgré le soutien de ses proches, ses nombreux séjours en hôpital spécialisé, elle n’arrive pas à se défaire de cette maladie. Ses seuls moments d’accalmie apparaissent lors de ses rencontres avec Patrick Poivre d’Arvor, des moments chargées d’intensités, où le journaliste arrive à trouver les mots justes pour lui intimer de continuer le combat. Autre exutoire : son projet d’écriture autobiographique, qu’elle espère pouvoir faire éditer un jour pour venir en aide à d’autres jeunes filles accablées par ce mal.

Pour information, l’anorexie mentale est un trouble qui touche 1 à 2% des femmes et qui concerne essentiellement les jeunes filles de 12 à 20 ans. Elle se caractérise pas la restriction volontaire, pas forcément consciente, de l’apport alimentaire, ainsi qu’un refus de prise de poids, caractérisé par une hyperactivité sportive ou des vomissements forcés, dans le cas de Sabrina. Pas d’inquiétudes : si certaines scènes provoquées par la maladie peuvent être violentes, Sabrina les narre d’une manière feutrée, douce, de façon à ne pas choquer les lecteurs.

C’est là toute la subtilité du récit de Sabrina, qui narre avec justesse et douceur des épisodes terribles de sa vie. Le paradoxe entre brutalité des scènes et douceur des mots est brillamment illustré sous forme de dessins en noir et blanc, réalisées par Sabine Fèvre, qui représentent une silhouette fine, élancée, archétype de l’auteure. Une façon toute personnelle de mettre en image le mal-être qui la ronge.

Sabrina Missègue aura mis plus de 10 ans à écrire et éditer son livre. C’est également le temps qu’a durée sa soumission à cette maladie mentale. De ce fait, ce livre s’étant écrire sur le long terme, il est évident qu’il comporte certains passages assez lents, qui ont tendance à s’étirer dans le temps et à devenir redondants. C’est le seul point négatif que je retiendrai de cette lecture, point noir noyé parmi les messages optimistes et plein d’espoirs de Sabrina.

Aujourd’hui, bien qu’elle ne soit pas totalement guérie d’Elle, Sabrina va mieux : elle a compris qu’Elle sera toujours là, à ses côtés, mais qu’une introspection intérieure et une connaissance poussée de soi et de sa maladie est nécessaire pour espérer pouvoir s’en sortir. J’admire véritablement son courage ; son courage face à la maladie, pour l’avoir combattu durant plus de dix ans, presque seule, sans beaucoup d’aide extérieur ; puis son courage d’avoir osé retranscrire son parcours archaïque, de s’être dévoilé, dans des situations parfois cocasses, peu valorisantes, avilissantes. Il faut une force de caractère particulière pour se mettre à nu de cette façon. 

Enfin, j’ai particulièrement apprécié les dernières pages du récit, que j’ai trouvé les plus poignantes : elles m’ont fait venir les larmes aux yeux. Sabrina écrit une lettre touchante à sa « jumelle » et conclue par une exclamation teintée d’émotions déclamée par Patrick Poivre d’Arvor : « Au moins une qu’elle n’aura pas emportée !« . Sabrina Missègue reste très impliquée dans la lutte contre l’anorexie, allant jusqu’à conclure son récit par quelques conseils pour les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire, ou pour accompagner des connaissances qui se battent contre Elle. PPDA reste lui aussi engagé dans cette lutte, il a notamment contribué à la fondation de La Maison de Solenn, en hommage à sa fille décédée, qui est un espace d’accueil et de soutien pour les adolescents souffrant de troubles divers (anorexie, dépression nerveuse, état suicidaire…).


Un témoignage intime et poignant qui dévoile avec pudeur le combat haletant de Sabrina contre l’anorexie. Avec justesse, elle met des mots sur ses maux afin de susciter une prise de conscience sur les ravages de cette maladie destructrive.

Ma note : 7/10

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ISBN : 978-2-8289-1838-5

Elle n’était pas d’ici


Elle n’était pas d’ici de Patrick Poivre d’Arvor

164 pages, éditions Albin Michel


Résumé : « Puisque Solenn a choisi de mettre fin au combat qu’elle menait depuis trois ans contre les démons de sa maladie, je voudrais, comme Patrick, que sa disparition soit un signal d’alarme. J’aimerais que ce livre, écrit dans l’urgence de la douleur, soit un cri vers tous ceux et celles, adolescents ou préadolescents, qui seraient tentés par la terrible impasse du suicide. La souffrance qui se lit dans ces pages, à travers les lettres reçues, est celle, indicible, de Solenn et de milliers d’autres. C’est celle aussi des parents qui assistent, impuissants, à la destruction de leur enfant. Si cette souffrance qui a été la nôtre peut aider tous ceux qui ont été ou vont être confrontés à l’anorexie ou à la boulimie, alors Solenn ne sera pas morte pour rien.  » Véronique Poivre d’Arvor


Extraits : « Écrire, ça soulage. On appuie là où ça fait mal, on se mord la lèvre, mais ensuite, on supporte la douleur. »

« Quand je chante, disais-tu, j’oublie tout, j’y trouve une manière de sérénité.« 


Mon avis : Tout le monde connaît Patrick Poivre d’Arvor, ou PPDA pour les intimes, le présentateur vedette de TF1, qui a animé le journal de 20h pendant plus de 20 ans. Mais peu de personnes peuvent se targuer de connaître une partie de sa vie privée. PPDA n’a pas eu une existence facile. Père de sept enfants, il a du faire face à ce qu’il y a de plus horrible dans la vie d’un père de famille : la mort de deux de ses filles.

Il voit d’abord disparaître Tiphaine, décédée dans son sommeil de la mort subite du nourrisson alors qu’elle était âgée d’un an à peine. Des années plus tard, c’est son autre fille, Solenn, anorexique et boulimique, qui mettra fin à ses jours en sautant devant la rame d’un métro, alors qu’elle était âgée de dix-neuf ans à peine. Comme moyen cathartique pour apaiser ses douleurs, PPDA se jettera à corps perdu dans l’écriture. Il publiera d’abord Lettres à l’absente, un témoignage bouleversant sur la souffrance d’un père, ses angoisses et ses peurs, puis Elle n’était pas d’ici, sorte d’exutoire salutaire où il dévoile tout son amour pour sa fille, sa maladie mentale et ce qu’il a ressenti suite à son décès brutal.

Patrick Poivre d’Arvor et sa fille, Solenn

Il est toujours compliqué de juger un témoignage, d’autant plus quand celui-ci aborde un sujet aussi tragique que le suicide d’un enfant. Je peux dire que j’ai été très émue de découvrir pour la première fois la plume de PPDA, un auteur prolifique, mais peu plébiscité en France. À travers ce recueil, il nous ouvre son coeur et sa vie et raconte, avec beaucoup d’émotions et de pudeur, les jours qui ont suivis et précédés le décès de Solenn. On ressent tout l’amour que ce père porte à sa fille et le regret de son départ précipité.

Plus qu’un élément cathartique pour l’auteur, il souhaitait également que ce témoignage soit bénéfique aux personnes qui, comme lui, auraient eu le malheur de subir la perte d’un enfant. Dans Elle n’était pas d’ici, il regroupe de nombreux extraits de poèmes, des témoignages d’affection et d’amour de ses proches, qui lui redonnent espoir et confiance en la vie.

Solenn s’est suicidée à cause d’une maladie mentale : les troubles de l’alimentation, autrement l’anorexie et la boulimie. Bien que cette maladie ne soit que partiellement évoquée, l’auteur met en garde les parents sur les caractéristiques et les conséquences de cette maladie, et les rassure en quelque sorte : ils peuvent être présents pour leurs enfants, les encourager, les porter, les entourer d’amour… mais ils restent tout de même impuissants et démunis face à la psychée mentale subie par l’enfant. Une maladie bien trop présente dans notre quotidien, véhiculée en grande partie par l’image du corps parfait, l’obsession de la minceur comme gage de beauté.

 


Comment continuer à vivre après le décès brutal d’un enfant ? Le journaliste Patrick Poivre d’Arvor nous offre une belle leçon de courage à travers un témoignage touchant, intime et pudique, où il déclare sans emphase tout l’amour d’un père pour sa fille. Très touchant !

Ma note : 6,5/10

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