La fille qui en savait trop

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La fille qui en savait trop de Nils Barrellon
285 pages, éditions City, à 16,50€

 

Résumé : Une main de femme aux ongles vernis de rouge, tranchée net au niveau du poignet, est retrouvée dans la ménagerie du Jardin des Plantes, à Paris. Dans l’enclos des cochons? La victime a-t-elle été tuée ici avant d’être dévorée par les porcs ? Pour le commissaire Kuhn, ce n’est que le début d’une affaire tortueuse. Du bois de Boulogne aux salons feutrés des ambassades, des squats de camés aux bureaux survoltés du 36 quai des Orfèvres, le commissaire se débat dans un n?ud de vipères. Le meurtre semble avoir un lien avec un ignoble trafic aux multiples ramifications. Pour Kuhn, il n’y a qu’une seule manière de dénouer l’affaire : découvrir ce que cette fille avait bien pu apprendre avant de finir découpée en morceaux ? Elle a le droit de garder le silence. À jamais ?
Extraits : « Il me tend une main froide que je serre pourtant avec chaleur. Le résultat est tiède. »
« Dans un crissement de pneus digne des meilleures séries américaines, Lefort pile à mon niveau. Pour rester dans l’esprit, je saute sur le capot, y glisse sur les fesses pour passer côté passager, puis m’engouffre dans l’habitacle.« 

Mon avis : Nils Barrellon, fidèle à lui-même, s’initie une nouvelle fois dans l’écriture d’un extraordinaire polar, à la lisière du thriller.

A l’intérieur d’un zoo, une main de femme est découverte dans l’enclos des cochons. C’est à partir de ce moment que l’inspecteur Kuhn, résidant au 36 quai des Orfèvres, entre en scène pour dénouer cette affaire bien surprenante. Au fil des pages, on peut découvrir un gros réseau de traficants de femmes, venants des pays de l’Est, emmenées en France pour servir de prostituées. Une course contre la montre est lancée, pour stopper ce trafic au plus vite, qui risquerait de coûter la vie à bien plus d’une femme inoccente.

A travers une histoire fictive, l’auteur nous incite à y voir une réalité concrète. En effet, ces genres de procédés – trafic de femmes, prostituées sous la commande d’hommes haut placés… – sont fréquemment visibles dans des pays tels que l’Espagne, très touchés par ces proxénètes, ou même en France, où l’on peut croiser en bord de route de jeunes femmes attendant un client. Nils Barrellon appuie gravement sur la jeunesse de ses personnages – ayant une vingtaine d’années, voire même, plus choquant, une jeune fille de dix-sept années à peine -, ainsi que sur le traumatisme nettement perceptible que ces situations leur inflige. Des jeunes filles en état végétatif, privées de leurs droits et de leur liberté, condamnées à se droguer pour échapper à la triste réalité de la condition qui s’offre à elles.

La fille qui en savait trop déjà parfaitement rattaché à la réalité par le thème abordé, est également situé dans un espace socio-spatialement bien définit, qui se raccroche idéalement à la réalité – des noms de rues précises, qui existent réellement, des descriptifs détaillés, un langage populaire pour Jérémy… Le lecteur est en symbiose avec l’écriture de l’auteur, plongé complètement dans l’intrigue racontée.

On suit ainsi avec enthousiasme les avancées de l’enquête mené par le commissaire Kuhn. On se retrouve dans la peau d’un policier, balloté dans des endroits sombres, où nul n’aurait idée d’aller – dans les antichambres des sex shops, dans des bâtiments à la façade peu accueillante -, avec la boule au ventre, mais toujours l’envie d’en savoir davantage sur l’affaire. Malgré quelques scènes assez perturbantes – vous regarderez les cochons différemment après cette histoire -, le récit semble en retenu, gardant une certaine pudeur intime, et ne dévoile pas des scènes trop choquantes. Bien au contraire, l’auteur nous entraîne dans un rythme d’enquête soutenu, enchaînant les courses-poursuites, les filatures, les interrogations… pas une seconde de répit n’est donné au lecteur, qui doit avoir le coeur et les poumons bien accrochés, sous peine de ne pas pouvoir terminer sa lecture.

Comme je l’avais déjà souligné lors de ma lecture de Le Jeu de l’assassin du même auteur, Nils Barrellon maîtrise sa plume, usant tantôt d’un langage professionnel et soutenu, ou tantôt plus populaire et comique. Une panoplie de style littéraire qui s’emboîte avec facilité dans ce récit parfaitement mené.
Bien que le style d’écriture de l’auteur soit parfaitement marqué, le thème peut paraître lui aussi redondant. En effet, dans son roman précédent, que j’ai cité plus avant, des prostituées étaient également au coeur de l’intrigue. J’aurais préféré découvrir un protagoniste sur une toute autre enquête, plus éloigné de ce secteur-là… dommage !

Si vous décidez de commencer à lire ce roman, ne le laissez pas tomber une seule seconde : le temps est compté, la vie d’une jeune fille, maltraitée, traumatisée et soumise à un proxénète terrifiant est entre vos mains. Ne vous laissez pas impressionner par l’obscurité ambiante du récit, et plongez tête baissée dans les méandres de l’enquête en cours.

Ma note : 6/10

Le Jeu de l’Assassin

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Le Jeu de l’Assassin de Nils Barrellon
285 pages, éditions City, à 17,50€
Résumé : Le cadavre d’une femme poignardée avec une violence extrême est retrouvé sur les rails, près de la gare du Nord. Elle n’est que la première victime d’une longue liste. A chaque fois, les proies sont des prostituées dont le tueur sème les corps dans différents quartiers populaires de Paris. Des meurtres sordides sans motif apparent. Le commissaire Kuhn n’a pratiquement aucun indice et l’enquête s’enlise. Jusqu’à ce que le meurtrier fasse en sorte que l’on retrouve sa trace. Il relance la partie dans un jeu macabre avec la police. Un jeu de piste infernal au dénouement inattendu. Il assassine sans pitié. Et Paris est devenu son terrain de jeu.

Extrait : « Non pas qu’en vieillissant on se foute de tout, mais on apprend à se blinder. La carapace s’épaissit. Question d’équilibre, pour paraphraser Francis Cabrel. »

Mon avis : Une couverture énigmatique, à l’effigie d’un thriller sombre, une phrase accrocheuse « il tue sans pitié et Paris est devenu son terrain de jeu« , un résumé percutant… tant de tentation pour un livre promu finaliste du Prix Quai des Orfèvres.

Plongé dans la folie meurtrière dès le commencement du roman, le lecteur n’a pas le temps de s’acclimater à l’atmosphère semi-pesante du livre, que Nils Barrellon débute manu militari son intrigue. Pour ajouter une certaine légèreté à son incipit, il use d’une dose d’humour totalement inattendu dans ce genre d’histoire (l’excrément du petit chien d’une vieille dame devant sa porte), qui risque de faire hurler de rire plus d’un. Profitez de ce moment déjanté, seul point d’accalmie dans Le Jeu de l’Assassin.

L’enquête entière est maintenue sous pression, dans l’obscurité la plus complète. L’auteur dresse la description d’horribles meurtres sanguinaires, allant crescendo dans leur abject déroulement. De faibles indices sont parsemés çà et là, sans toutefois laisser une ouverture assez large pour l’élaboration du potentiel criminel.

Le scénario, tourné de façon imitatrice à la manière de procéder de Jack l’Éventreur, peut, à première vue, ressembler à du réchauffer, à une copie conforme (modifiant les lieux : de Londres à Paris). Mais Nils Barrellon y appose son empreinte personnelle, sa touche d’identité, qui rend Le Jeu de l’Assassin unique en son genre. La recherche et le travail qu’on dû nécessiter certains passages, plus pointus, ne se ressentent pas outre-mesure, rendant au contraire plus fluide et réaliste le contenu sous-jacent.

Sans en faire trop, ni trop peu, l’auteur mène d’une main de maître son enquête. Le suspense est préservé jusqu’au dénouement, les actions s’enchaînent sans interruption, le rythme est soutenu, dynamique et haletant. Cocktail parfait pour un roman policier réussi !

Bien que le protagoniste reste une zone d’ombre énigmatique, ses sentiments transpercent les pages et viennent se ficher dans l’âme du lecteur. On le suit, on a peur, on transpire pour lui, on fuit, on s’essouffle… Ses aventures sont les nôtres ; il nous entraîne dans son ascension à la révélation, nous prenons facilement au jeu de la découverte.

Le dénouement aurait pu être décevant, mais l’auteur soulève bien la barre en menant une vraie course poursuite, un sprinte final qui booste davantage le ton énergique du livre. Même si la découverte du tueur était partiellement envisageable, Nils Barrellon estompe cette partie de l’intrigue, pour la remplacer par la recherche de l’affirmation du prétendu meurtrier. Ne vous faites pas avoir le surprenant retournement final, qui m’a laissé complètement déstabilisée durant toute la continuité de ma lecture.

Ce jeune auteur signe là un roman tout à fait prenant, au rythme détonnant, à l’intrigue stupéfiante, qui débute, je l’espère, la série d’une longue gamme de futurs thrillers.

Ma note : 7,5/10