Les blessures du silence

 


Les blessures du silence de Natacha Calestrémé

338 pages, éditions Albin Michel, à 19,90€


Résumé : Amandine Moulin a disparu. Son mari évoque un possible suicide, ses parents affirment qu’elle a été tuée, ses collègues pensent qu’elle s’est enfuie avec un amant, et autant de témoignages contradictoires qui ne collent pas avec la description qui est faite de cette mère de trois petites filles. Et puis il y a sa voix, que le lecteur découvre, en filigrane du roman, qui nous raconte une indicible vérité…

Un roman qui dépeint subtilement les affres du harcèlement conjugal. Par le biais d’une enquête de police entraînante, l’auteur parvient avec brio à nous plonger dans le mécanisme de destruction implacable qui se met en place autour de la victime. Elle dépeint la réalité d’un couple rongé par l’emprise, la manipulation et la perversion.


Extraits  « Les coups, ça se constate et il y a des lois contre ça. Les mots sont beaucoup plus violents. Ils ne marquent pas la peau mais ils laissent des traces monstrueuses dans le coeur, pour l’estime de soi et, malheureusement, ils sont invisibles devant la justice. »

« Un pervers garde le même objectif, quoi qu’il arrive. Il manipule la vie de l’ensemble de son entourage. Il est fier de ce qu’il est et de ce qu’il fait subir aux autres. Il ne ressent pas de culpabilité et quand il prétend s’en vouloir, c’est pour qu’on s’apitoie sur son sort. Tout est calculé. Il maîtrise tout, c’est ça qui compte pour lui. La manipulation de l’autre est jubilatoire pour lui. Il est capable de faire croire tout et son inverse, c’est sa manière de tester son pouvoir sur autrui. Et ça marche si bien que l’autre peut avoir l’impression qu’il est affectueux à son égard. C’est faux. Il en est incapable. »


Mon avis : Amandine Moulin a disparu. Son mari pense qu’elle s’est suicidée, alors que sa famille pense qu’elle a été tuée par son mari. Une enquête est ouverte pour découvrir ce qui lui est arrivé. Les enquêteurs découvrent très vite que Amandine subissait des violences psychologiques de la part de son mari. Mais sans preuve, comment l’affirmer ?

L’histoire s’inspire de faits réels. Amandine, est une jeune femme maltraitée psychologiquement par son mari. Avec deux petites filles à charge et un travail prenant, qui lui permet seulement de survivre financièrement parlant chaque mois, il est impensable pour elle de quitter son mari. Pourtant, elle disparaît un beau jour, laissant ses filles et son mari, seuls.

Le rythme est intense et soutenu. En effet, pour augmenter la tension de son récit, l’auteure alterne des chapitres dans le présent, où l’on voit l’évolution de l’enquête en cours, et des chapitres dans le passé, où l’on voit Amandine dans son quotidien. Le récit se construit donc comme un entonnoir, avec une tension toujours croissante : j’adore ça !

Natacha Calestrémé met en lumière les violences psychologiques que subissent chaque jour de nombreuses femmes, en France et dans le monde. Ces violences se matérialisent sous forme de menaces ou d’insultes, qui visent à rabaisser la femme et à la rendre dépendante, dans le but de la contrôler totalement. Ces violences psychologiques ne sont pas reconnues par le droit français, les bourreaux ne peuvent donc pas être inculpés pour ce qu’ils font subir aux femmes. Une loi insensée et désuète, que dénonce ici l’auteure.

Natacha Calestrémé dédie ce livre aux femmes et aux hommes qui subissent des violences psychologiques au quotidien. Elle le dédie également à ceux qui y sont restés et n’ont pas pu s’en sortir. Un récit émouvant, intense et prenant, qui j’espère, pourra aider certaines personnes à ouvrir les yeux sur leur situation.

Finalement, ce livre est rempli de surprises. Je ne vous révèlerai pas le dénouement final, mais vous risquez d’être surpris !


Natacha Calestrémé prend la parole pour dénoncer les violences psychologiques subies par de trop nombreuses personnes. Un roman policier émouvant et intense, que je recommande !

Ma note : 8/10

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Les racines du sang

Les racines du sang de Natacha Calestrémé
325 pages, éditions Albin Michel, à 19,90€

 

Résumé : Un homme est retrouvé assassiné d’un coup de couteau à la jugulaire dans le parking sous-terrain de l’immeuble où vit sa maitresse. Une rose est enfoncée dans la plaie et du sucre est découvert dans la gorge de la victime… Assez vite, un deuxième puis un troisième cas apparaissent, présentant le même modus operandi.
S’agit-il d’une vengeance familiale, professionnelle ou la signature d ‘un tueur en série ?
De l’Afrique au prise avec Ebola, en passant par des magouilles de laboratoires, de manipulations et de guerre des polices, on s’aventure avec délectation dans un enchevêtrement de pistes, formidablement rythmées, et l’on retrouve l’attachant major Yoann Clivel, avec ses zones d’ombre et son passé douloureux qui s’ouvre enfin à ses perceptions extrasensorielles.
Extraits :  « Inutile d’écouter les conversations. On peut tout savoir d’une personne et déterminer avec certitude lorsqu’elle tombe amoureuse, par exemple.
– Comment ?
– On se met à passer des coups de fil à minuit ou à trois heures du matin, juste après avoir quitté son nouvel amour. Quinze textos d’affilée, ça signifie « Je t’aime, moi aussi et tutti quanti ». Le dimanche, on appelle sa famille. Le meilleur ami ou la bonne copine, c’est celle qu’on sollicite en fin de journée, juste avant de rentrer chez soi, en conduisant. Tout ça, ce sont des statistiques, ils n’ont pas besoin du contenu des appels. La durée de chaque coup de fil donne de sérieuses indications. Une heure non stop, c’est une femme ou un gamin. Avec le nom et l’âge de celui qui les passe, ils émettent des hypothèses. Ce que je veux dire, c’est que l’utilisation du téléphone nous rend extrêmement prévisibles.
 »
« – Valentin est en dépression, ajouta Alisha, comme pour faire diversion.
– C’est parce qu’il est marié, dis-je en éclatant de rire.
« 

Mon avis :  Un homme a été tué sur un parking ; la gorge tranchée et une rose plantée dans la carotide. Est-ce un crime passionnel ? Yoann Clivel en doute. Lui et tous ses collègues vont découvrir que ce meurtre est le fait d’un tueur en série mystérieux. L’enquête va amener Yoann jusqu’en Afrique, terre du virus Ebola, où la mort sera bien plus présente que tout ce qu’il a jamais pu voir au cours de sa carrière de policier. Finalement, on découvrira que les personnes tuées n’étaient pas blanches comme neige, engoncées dans des magouilles pharmaceutiques qui ont coûtées la vie à plus d’une personne.

L’intrigue est bien menée, le suspense est à son comble. Qui est ce mystérieux assassin ? Je me suis prise à accuser la quasi totalité des personnages : Yoann, l’enquêteur, son beau-frère dépressif, Valentin, les collègues de Yoann… Le mystère est vraiment à son comble et persiste jusqu’à la fin du récit.

Avec cette enquête, on voyage. De Paris en Afrique en passant par Lyon, l’enquête prend des proportions internationales. Les enquêteurs sont constamment en mouvements, ce qui donne une certaine dynamique à l’histoire ; le lecteur bouge, cherche et ne s’ennuie pas.

Néanmoins, j’ai trouvé que l’intrigue était quand même complexe à comprendre et un peu décousue sur les bords. Bien qu’ancrée dans la réalité quotidienne – l’histoire se base sur un trafic frauduleux de médicaments, faits avérés en France, ou encore en Afrique et sur la pratique expérimentale de produits illégaux sur l’être humain. La base de l’intrigue était bonne, mais pas assez développée à mon goût. L’auteure aurait dû plus entrer dans le vif du sujet et nous mettre face aux conséquences de ces trafics. Alors, j’aurais été plus impliquée.

De plus, sans vouloir révéler l’issue du roman, je tenais à dire que j’avais été déçue par le dénouement de l’affaire et la mise en lumière du tueur. On se retrouve dans un polar classique, avec une enquête générale et une résolution finale basique. Pas de retournement de situation, pas de surprise ni de rebondissements. J’ai sans doute placé trop d’attentes dans cette lecture ; j’en attendais un petit peu plus de cette histoire…

Un roman policier classique, qui devrait ravir les férus de polar. Laissez-vous embobiner par Natacha Calestrémé et tentez de percer à jour l’auteur de ces meurtres. Pas mal, mais sans plus.

 

Ma note : 6/10