L’oie cendrée de Marguerite

L’oie cendrée de Marguerite
de Christilla Sonnery
160 pages, éditions Mélibée, à 14,50€

 

Résumé : Charlotte, jeune trentenaire au bord de la dépression, a perdu le goût de vivre et ne tient le choc que grâce à son psychiatre et aux anxiolytiques. Bien décidée à sortir de cette impasse, elle part s’isoler dans une vieille masure au coeur des Pyrénées, avec l’espoir que le dénuement et la solitude lui permettront d apprécier de nouveau la saveur du temps et l’éclat des petites choses de la vie. Sa route croisera bientôt celle de Marguerite, la propriétaire de la maison. Ce vieux bout de femme délurée, qui vit seule au milieu de ses bestiaux adorés, saura lui faire redécouvrir la nature, l’amitié, la simplicité et finalement l’amour.

Extraits :  « Elle me sourit. Et là, j’eus l’impression d’être en présence de l’une de ces femmes qui sillonnent le monde simplement pour offrir une accolade à tous ceux qu’elles rencontrent. »
« Je me disais que la vie pouvait s’aborder de tellement de manières différentes. Il suffisait d’un rien pour tout chambouler. »

Mon avis :  Tout d’abord, vous l’aurez sans doute remarqué, j’ai mis une note inférieure à la moyenne à ce livre. Je vais, bien évidemment, expliciter ma décision dans le développement de ma critique. Mais je tenais à dire que cet ouvrage est très agréable à lire ; bien que totalement atypique.

C’est l’histoire de Charlotte, une jeune femme de trente ans, plongée dans une dépression et une terrible aversion pour la vie. Pour remédier aux périodes noires qui traversent sa vie, elle va en quelque sorte se retirer de la société pour trouver refuge dans une petite maison, en pleine campagne, louée par une vieille dame du nom de Marguerite. Très rapidement, les deux femmes vont sympatiser et Charlotte va découvrir la vie haute en couleur de Marguerite, accompagnée de ses animaux de compagnie, avec entre autre une oie, un chien et beaucoup de poules. Cette dernière va faire découvrir sa vie à Charlotte, entourée de ses animaux et de la nature ; une vie toute singulière, que Charlotte va adopter avec grand plaisir.

Une amitié hors du commun se tisse entre les deux femmes. Elles se revendiquent presque comme mère et fille. Elles se découvrent de nombreux points communs, partagent les mêmes centres d’intérêts, ont les mêmes attentes sur la vie et la même vision d’un quotidien idéal. Mais cette amitié, bien que très belle, reste quand même assez floue aux yeux des lecteurs.

D’une part, Christilla Sonnery ne fait aucune description physique de la protagoniste du récit. Ce choix, peut-être voulu pour laisser l’imaginaire du lecteur opérer, m’a énormément troublé. De ce fait, je n’ai pas été touchée par ce personnage, je n’ai pas été très proche d’elle, contrairement au personnage de Marguerite. Un petit bout de femme pleine de vie, qui donne le sourire aux lecteurs, apportant de la joie et de l’amour partout où elle passe. Marguerite et ses animaux, c’est un très joli tableau de l’amour maternel que la vieille dame transpose sur ses bêtes – à défaut d’avoir d’enfants.

Ces deux femmes adoptent un style de vie particulier, dans un cadre totalement naturel, qui me fait vaguement penser au précédent livre que j’ai eu le plaisir de lire, Celles de la rivière – on y découvre un homme, Ours, vivant dans un tipi, situé dans une prairie proche d’une forêt et d’une rivière. Un homme qui vit comme au moyen-âge, se contentant des plus infimes choses que lui offre la nature.
Dans cette vie proche de la nature, certaines choses m’ont beaucoup gênées. Il y a un contraste monstre entre la vie doucereuse, toute mignonnette de Marguerite et ses pratiques clandestines malsaines ou les décisions toutes particulières des personnages. D’une part, Marguerite cultive de la marijuana dans son jardin, qu’elle consomme ensuite librement avec Charlotte. D’autre part, Charlotte a le bon goût de coucher une fois avec un homme presque inconnu, qui partira quelques jours plus tard, la laissant enceinte. Elle décidera de garder le bébé. Finalement, alors que les parents de Charlotte lui rendent visite, son père lui fait un virement de 10 000e sur son compte en banque… rien que ça ! Des contrastes trop brutaux, qui ont définitivement cassés la vision poétique du lieu.

Finalement, concernant le dénouement de l’histoire – si je puis l’appeler ainsi. Car dénouement, il n’y en eut pas. Charlotte arrive au terme de sa grossesse et l’histoire se termine ainsi. Point de piquant ni de suspens, pas de chute finale ni de retournement brutal.

Vous l’aurez compris, l’histoire est agréable à lire – le fond naturel est très appréciable, la vie singulière de Marguerite est épatante. Mais le plan principal m’a beaucoup gêné, tout comme le personnage de Charlotte, que je n’ai pas réussie à cerner – pour ne pas dire que je l’ai détestée. Bien sûr, je ne cesse de le dire : lisez-le pour vous faire votre propre avis sur la chose !

 

Ma note : 4/10

Contes inuit du Grand Nord revisités

Contes inuit du Grand Nord revisités
de Jack No
40 pages, éditions Mélibée, à 9,50€
Résumé : Ces contes inuit, connus dans tout le Grand Nord, sont sûrement les plus beaux, les plus émouvants du fonds traditionnel groenlandais. Ils ont été revisités par Jack No, étoffés, peaufinés. En général ils sont d’une grande sobriété, les personnages étant souvent anonymes ; ainsi ceux du conte sur la découverte de la musique, le petit ourson, ou encore le corbeau prétentieux n’ont pas de nom.
L’auteur fait vivre les personnages par des dialogues plus volumineux. S’appuyant sur ses années passées au Groenland, il plonge le lecteur dans l’atmosphère si mystérieuse et unique du Grand Nord, restitue le décor. La rudesse de cet environnement n’est pas oubliée, ni la lutte pour la vie. La mort n’est jamais bien loin. Mais ici, cette rudesse est moins abrupte que dans les contes traditionnels.
La pensée inuit transparaît, que ce soit à travers la découverte de la musique ou Nanonnguaq. Même les facettes peu glorieuses de l’être humain sont montrées, avec la métamorphose de Kroa en homme terre à terre et prétentieux. À leur façon, ces contes revisités sont porteurs d’un code de vie, de règles à suivre pour vivre en harmonie, en bonne entente avec cet environnement hostile : un message universel…

Extraits :  « Les hommes souffrent de la solitude car ils n’ont pas reçu cce cadeau qu’est la fête. »
« Chez les Inuits, le soleil ne peut être qu’une femme pour apporter tant de chaleur aux hommes. »

Mon avis :  Etant une grande férue d’histoires contées (les contes de Perrault et de Grimm ont bercés toute mon enfance), je me suis immédiatement jetée sur ce petit recueil de Jack No. Ignorante des contes inuits du Grand Nord, c’est avec une totale curiosité que j’ai commencé ma lecture.

Contes inuit du Grand Nord revisités, ce sont plusieurs contes, revisités par Jack No, mélange de féerie, de réalisme, de bonheur et de tristesse. Tous les contes narrés avaient comme un aura majestueux, une sorte de magie mystérieuse qui se dégageait d’eux. Dans une atmosphère toute singulière (l’histoire se passe dans des contrées lointaines du Grand Nord, où la solitude fait loi), se passe des choses extraordinaires.

L’auteur met en avant la vie l’âpreté de la vie au pôle nord : des hommes devant pêcher et chasser pour manger, devant survivre au temps colérique. Il montre également la fraternité, qualité indispensable à la survie des hommes (illustré très brillamment par le personnage de Naja, dans L’histoire de Nanonnguaq, vieille femme sans famille, qui doit son pain quotidien aux âmes généreuses du village).

Je n’avais encore jamais lu de livres parlant de cette partie très mystérieuse du monde. A travers tous ses contes très diversifiés, j’ai donc pu découvrir allégrement les conditions de vie et les croyances de ces habitants hors du commun. Un recueil bien trop court à mon goût : on aurait envie de s’immerger encore et encore dans ces contrées isolées. J’ai beaucoup aimé !

Ma note : 7,5/10