Le garçon au sommet de la montagne

Le garçon au sommet de la montagne
de John Boyne
263 pages, éditions Gallimard jeunesse

 

Résumé : Il y a près de dix ans, John Boyne écrivait son premier et inoubliable récit pour la jeunesse : l’histoire d’un enfant vivant à l’ombre du régime nazi, Le garçon en pyjama rayé.
Un roman bouleversant vendu à plus de 190 000 exemplaires en France, désormais un classique incontournable.Cette année, rencontrez un autre garçon au destin bien différent, mais tout aussi troublant : Le garçon au sommet de la montagne.

Extraits :  « – Tu sais pourquoi les hommes portent un uniforme, Pierrot ? reprit le chauffeur.
Pierrot secoua la tête.
– Parce qu’un homme en uniforme est persuadé de pouvoir faire ce qu’il veut.
 »
« A l’orphelinat, tout n’était pas aussi rose qu’Adèle Durand le prétendait. Les lits étaient durs et les couvertures fines. Quand la nourriture était abondante, elle était insipide, et quand elle était rare, elle était bonne.« 

Mon avis :  C’est demain, jeudi 9 juin 2016, que Le garçon au sommet de la montagne sort dans toutes les librairies de France. Si j’avais juste un conseil à vous donner, ce serait celui de vous précipiter au plus vite l’acheter.

Le plus grand nombre d’entre vous doit connaître John Boyne, l’auteur tant apprécié du roman Le garçon en pyjama rayé, qui a connu un énorme succès partout dans le monde, et qui a même eut le privilège d’être adapté au cinéma. Dans la lignée de ce livre-ci, ainsi que de son dernier ouvrage, Mon père est parti à la guerre, Le garçon au sommet de la montagne raconte l’histoire d’un jeune garçon, Pierrot Fischer, vivant à Paris, dont l’enfance va être bousculée par la guerre. Son père est d’abord envoyé combattre, puis revient complètement changé de cette boucherie humaine. Ne sachant pas se réadapter à la vie civile, il se suicidera sous les rails d’un train. Sa mère mourra également quelques temps après, d’une maladie. Pierrot va se retrouver seul, ballotté dans un orphelinat, jusqu’à ce que sa tante, Beatrix, gouvernante dans une grande maison, le rapatrie à son côté. Hélas, Pierrot, bien vite renommé Pieter, en raison des connotations trop françaises de son prénom, va atterrir dans une maison secondaire du grand chef Allemand, Hitler.

C’est un récit vraiment bouleversant, du grand John Boyne, avec de la douceur et de la naïveté lancées dans un monde brutal et monstrueux. Le petite Pierrot (ou Pieter) se retrouve, malgré son jeune âge, face aux désastres de la guerre. Il a perdu son père, sa mère, son meilleur ami, Anshel, un petit garçon juif, qui était aussi son voisin. Il n’a plus aucun repère.

Pas étonnant que lorsqu’il emménage donc à Berghof, dans la résidence secondaire du Führer, et qu’il fait personnellement sa connaissance, il prenne ce fameux Hitler comme un modèle à suivre. Il faut dire que Pierrot, de part son jeune âge, ne connait rien de la vie, de la guerre ou de la conduite à tenir face à ce genre de personnage. Alors comment en vouloir à ce petit bonhomme, déjà rongé par la vie, de s’attacher à un tel homme ?

L’influence d’Hitler sur les êtres innocents se voit clairement à travers Pierrot. Pierrot est enrôlé, inconsciemment, sans savoir les conséquences que cela va avoir, dans ce que l’on appelle les Jeunesses hitlériennes. En mettant les jeunes en avant, Hitler s’assure d’avoir sous la main une future génération d’armée nazis. Un endoctrinement parfaitement illustré dans ce livre.

Liant histoire et fiction, John Boyne accompli, une nouvelle fois, un tour de force. Je ne m’émerveillerais jamais des histoires qu’il couche sur papier. Tout cela paraît si réel… et en même temps, on a du mal à croire à tant d’horreurs. Les émotions transmis à travers les personnages sont si fortes et poignantes, qu’on ne peut pas ressortir indemne de ce genre de lecture.

Je peux clairement dire que ce roman fût un coup de coeur. La cruauté et l’innocence s’entremêlent pour donner une histoire tragique et bouleversante.

Ma note : 10/10

Mon père est parti à la guerre

Mon père est parti à la guerre de John Boyne
272 pages, éditions Gallimard jeunesse, à 13€

Résumé : 28 juillet 1914. Le jour ou la guerre éclate, le père d’Alfie promet qu’il ne s’engagera pas. Et rompt sa promesse le lendemain. Quatre ans plus tard, Alfie ignore ou il se trouve. Est-il en mission secrète comme le prétend sa mère ? Alfie veut retrouver son père.

La première guerre mondiale vue a travers le regard d’un jeune héros qui nous transporte dans sa bouleversante aventure.

Extraits : « Ma conviction est qu’un homme devrait toujours se présenter au monde avec grâce et élégance, disait-il à Alfie. C’est ce qui nous différencie des animaux.  »
« D’ordinaire, les garçons de neuf ans ont un jour dix ans. Ce sont les garçons de dix-neuf ans qui ont des difficultés à avoir vingt ans. « 

Mon avis : Après un succès monumental connu grâce au célèbre best-seller Le garçon en pyjama rayé parlant de la Seconde Guerre mondiale, John Boyne revient au devant de la scène avec une histoire historique qui reste dans ses codes : celle d’un enfant vivant pleinement les monstruosités de la Guerre des tranchés. Tant de douceur lancé dans un monde dévasté, où l’atmosphère morbide et sordide de la Grande guerre fait rage. Un contraste saisissant, qui rend d’autant plus touchant le récit.

L’histoire se déroule à travers les yeux d’un jeune enfant, Alfie, qui assiste au lancement de la Première Guerre mondiale, la guerre dans les tranchées. Un beau jour, jour mémorable et ineffaçable pour ce petit ange fêtant ces cinq ans, le père d’Alfie s’enrôle dans l’armée, laissant coi non seulement son fils, sa femme, mais aussi sa mère et ses nombreux voisins. Cet acte de bravoure, empli de courage et de dévouement pour sa patrie est un coup dur pour sa famille, hébétée et terrassée par cette nouvelle. Quatre ans plus tard, alors que la guerre fait toujours rage, le père d’Alfie a cessait d’émettre des nouvelles. Le jeune garçon de neuf ans découvrira bientôt que son père se trouve dans l’hôpital d’East Suffolk & Ipswich, parmi les hommes souffrants, traumatisés par la violence de la guerre.

Les auteurs prennent un malin plaisir à dérouler les grandes scènes de la guerre avec pour pivot principal de l’histoire un jeune enfant. Précédemment, La chambre d’Hannah traitant de la Seconde Guerre mondiale, racontait ses grandes lignes avec des enfants pour témoins principaux. Ce côté enfantin et naïf dont ils usent permet de donner de la légèreté, un grain de sentimentalisme et une once de pitié, pour les nombreuses enfances que la guerre a détruite.

Dans Mon père est parti à la guerre, l’auteur ne dévoile pas les atrocités de la guerre des tranchés, mais préfère rester dans les rangs civilisées, en déployant les conséquences que subissent indirectement les personnes restées en fond. De sorte que les familles des courageux sont mises en avant : la mère d’Alfie travaillant jour et nuit pour garder son toit, le jeune Alfie, travailler clandestinement pour aider sa mère, tout en évinçant l’école, peu utile à la survie humaine. Dans un autre registre, le portrait de Joe Patience, objecteur de conscience, refusant de s’aligner et de s’engager dans cette sauvage guerre est vu et traité tel un lâche, manquant à l’appel de sa nation, refusant de coopérer et de se battre pour son pays. Une oppressante atmosphère régnait dans le paysage désertique du quartier d’Alfie. A chaque apparition de soldats venus annoncés un nouveau mort, les femmes se pressaient sur leur parvis, à l’affût d’une mauvaise nouvelle, marchant sur des œufs, la peur au ventre, prêtes à s’écrouler à tout instant.

Une écriture à la portée de tous, qui se laisse facilement déchiffrer, et emporte dans son sillage l’esprit sensible du lecteur. Cent ans après ces avènements, difficile de croire que de telles choses se sont réellement déroulées. Le chagrin et la tristesse des populations, la peur de la mort, guettant à chaque coin de rue les uns et les autres. Les précaires conditions de (sur)vie, l’ignorance, la souffrance, les pénuries… des désastres attristants, qui prouvent le courage et la volonté des hommes de cette époque. Si près mais pourtant séparée d’une décennie, cette période de l’histoire ressemble à un monde parallèle, complètement différent du XXIème siècle, égoïste et nihiliste.

Ce roman, accessible à tout type de personne, est un uppercut en pleine face, un coup de poing brutal, entouré d’un gant de velours. La Première Guerre mondiale, une guerre totale, où la condition de vie des civils était égale à celle des belligérants. Je recommande !

Ma note : 8/10

La Grande guerre : Histoires inspirées par des objets emblématiques de 1914 – 1918

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La Grande guerre : Histoires inspirées par des objets emblématiques de 1914 – 1918
de David Almond, John Boyne, Tracy Chevalier, Ursula Dubosarsky, Timothée de Fombelle, Adèle Geras, A. L. Kennedy, Tanya Lee Stone, Michael Morpurgo, Marcus Sedgwick et Sheena Wilkinson
313 pages, éditions Hachette Romans, à 14,90€

 

Résumé : David Almond (Je m’appelle Mina), Tracy Chevalier (La jeune fille à la perle), Timothée de Fombelle (Le livre de Perle), Michael Morpurgo (Cheval de Guerre)…
Les plus grandes signatures de la littérature racontent la Première Guerre mondiale à partir d’objets emblématiques.
Un superbe recueil contenant des nouvelles écrites par onze écrivains célébrés partout dans le monde : Timothée de Fombelle, Michael Morpurgo, Tracy Chevalier rendent hommage aux héros les plus ordinaires.
Un soldat de plomb, un plat à beurre, une boussole…
Des objets du quotidien. Pourtant, aux yeux de nos auteurs, ces artefacts touchent au cœur des vies humaines pendant la Première Guerre mondiale.
Chaque auteur de ce recueil a été enjoint de choisir un objet qui avait un lien avec la guerre – une croix de Victoria pour Timothée de Fombelle, un kit d’écriture pour David Almond, un casque pour Michael Morpurgo – et de s’en servir comme inspiration pour une nouvelle originale.
Le résultat : un recueil extraordinaire, illustré par Jim Kay (Quelques minutes après minuit), avec des photographies des objets qui ont inspiré les nouvelles.
Extraits :  « Si tu veux ce que tu prétends vouloir – un monde en paix -, il te faut comprendre les conséquences d’un monde en guerre. »
« Avant de s’en aller, l’ange prend une décision et, se glissant dans ses rêves, laisse derrière lui dans les pensées de la mère une opinion plus positive. A savoir que, peut-être, le fait que son fils est différent est une bonne chose. Que, peut-être, les gens différents sont ceux qui nous font avancer au final.« 

Mon avis :  Des livres sur la Première Guerre mondiale, j’en ai lu pas mal. Mais ce livre-ci offre un concept de littérature original : une dizaine de petites nouvelles d’une quinzaine de pages, sont rédigées par des écrivains renommés. Parmi eux, Tracy Chevalier, auteure de La jeune fille à la perle, ou encore John Boyne qui a écrit Le garçon en pyjama rayé – pour n’en citer que deux.

Le concept est simple : chaque auteur s’est inspiré d’un objet emblématique de la guerre pour écrire une petite histoire qui tourne autour de cet objet. Une boussole, un casque, un nécessaire d’écriture, des affiches de recrutement… des objets variés, qui rappellent incontestablement la grande guerre. A la fin de chaque nouvelle, une sublime image photographique en noir et blanc réalisée par Jim Kay illustre avec un profond réalisme l’histoire narrée.

Justement, parlons-en de ces histoires. Elles sont toutes très différentes, écrites dans des styles variés (ça va de l’écriture romanesque classique à une écriture poétique originale de Tanya Lee Stone). Outre le fait qu’elles sont toutes reliées à la grande guerre par un objet phare, elles sont aussi toutes teintées d’émotions. Et c’est justement cette émotion qui rend les nouvelles fantastiques.

Les nouvelles racontent souvent le ressenti des citoyens qui n’ont pas été envoyés au front : les femmes sont envoyées dans des usines et travaillent d’arrache-pied ; les enfants tentent de comprendre le désastre qui se produit sous leurs yeux. Dans ces nouvelles, nous ne sommes pas directement mis face aux soldats, mais à des personnes extérieures, qui racontent l’histoire de leurs points de vues.

J’ai beaucoup aimé découvrir cet ouvrage. La pluralité vocalique m’a enchantée : on voit clairement les styles individuels de chaque auteur, qui traitent un même sujet différemment. J’ai été embarquée dans ces années maudites, où la guerre faisait rage, où le monde se fissurait, marqué à jamais par ces horribles événements. Que d’émotions dans ces nouvelles : j’ai eu la larme à l’oeil durant de nombreuses pages, et le coeur qui se serrait quand on annonçait des décès.

Des livres sur la Grande guerre, j’en ai lu… mais des nouvelles comme celles-là, jamais ! Cet exercice d’écriture imposé à des auteurs renommés (écrire sur la Première Guerre mondiale en partant d’un objet du quotidien de cette période) se révèle être une grande réussite. A travers ces récits sombrement noirs, se cache quand même quelques lueurs d’espoir…

 

Ma note : 7/10