Fin de la parenthèse

Fin de la parenthèse de Joann Sfar
128 pages, éditions Rue de Sèvres, à 20€

 

Résumé : Seabearstein, peintre et amateur de femmes, reste enfermé quatre jours dans un hôtel particulier en compagnie de quatre jeunes filles afin de tenter de décryogéniser Salvador Dali par des mises en scène de ses tableaux. Une interrogation sur la vie, sur les pouvoirs de l’art et de l’amour, qui atteint son paroxysme lorsqu’il retrouve, au terme de son expérience, un Paris dévasté par la violence.

Extraits :  « Quand il se casse pendant dix secondes, je me dis : ouf ! Enfin tranquille. Et puis au bout de onze secondes, il me manque. »

« Pratiquer le nu sans désir, c’est sans doute devenir enfin un professionnel. »

Mon avis :  En avril dernier, j’ai tenté une première approche de l’auteur, avec sa bande-dessinée hautement originale, Tu n’as rien à craindre de moi. Mitigée à la fin de ma lecture, je n’avais pas su m’imprégner entièrement du style si particulier de l’auteur. J’ai donc retenté ma chance avec la suite de cette BD, Fin de la parenthèse.

Après avoir trouvé l’amour au soleil des îles, notre protagoniste doit par repartir dans la grisaille parisienne pour exercer son métier de peintre. A son arrivée à Paris, il va rencontrer Farida, responsable du centre Dalinien, qui va lui proposer une opportunité unique, une expérience exceptionnelle. Il va pouvoir s’enfermer pendant quatre jours dans un grand château, avec quatre jolies femmes nues, pour les dessiner. Une expérience déjà réalisée par le grand Salvador Dali, mort depuis, mais dont le corps est conservé précieusement. Une expérimentation durant laquelle les cinq personnages devraient pleinement plonger dans les méandres Dalinien.

La nudité est quasiment omniprésente dans ce second tome, bien plus que dans le premier. Les quatre filles, quatre mannequins, sont mandatées pour vivre nues durant quatre jours avec Seabearstein, le peintre. Tous sont coupés de l’actualité et des nouvelles technologies. Les femmes sont mises en avant, leurs physiques, leurs silhouettes, leurs seins et appareils génitaux ; elles se mettent à nues devant tous. Outre la nudité, on parle aussi crûment de sexe. Les âmes sensibles doivent donc se retenir de lire cet ouvrage.

J’aurais voulu aimer ce livre. Mais malheureusement, ce ne fût pas le cas. Je me suis ennuyée, et ce, dès les premières pages. Il faut dire qu’il ne se passe pas grand chose dans l’histoire, contrairement au premier tome, rempli d’amour et de questionnements sur les sentiments amoureux. Ici, Joann Sfar a préféré privilégier les dessins et l’essence mystique, tout en redonnant corps à Dali à travers l’art, au détriment d’une réelle trame fictionnelle. J’ai moins accroché…

L’auteur nous avait pourtant prévenu dans une courte lettre en guise de préface que son livre serait en quelque sorte un hommage au grand peintre. Eh bien, pour être un hommage, s’en est bien un. Fin de la parenthèse est presque aussi surréaliste que les peintures réalisées par Dali. Entre les champignons hallucinogènes ingurgités par les protagonistes, les idées farfelues des personnages et l’omniprésence de la nudité… c’est du Dali tout craché !

Une bande-dessinée étrange et fantasmagorique, qui redonne vie une seconde fois au grand peintre espagnol, Dali. Entre surréalisme, mysticisme et effets d’optiques, laissez-vous emporter dans la danse des mots et des dessins de Joann Sfar.

Ma note : 4/10
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Tu n’as rien à craindre de moi

Tu n’as rien à craindre de moi de Joann Sfar
98 pages, éditions Rue de Sèvres, à 18€

 

Résumé : Véritable portrait d’un couple contemporain, cet album traverse les questions éternelles de l’amour et les éternelles questions de son auteur : l’art, la religion, l’amitié.
C’est l’histoire des meilleurs moments de l’amour : ils se rencontrent, se regardent, se parlent des nuits entières, s’aiment sans cesse… il la peint, elle s’amuse à être peinte… et après ?

Extraits :  « La vie, c’est un envol. J’ignore si je vais m’envoler avec lui. »
« Je n’exige pas, je suggère qu’on fasse l’amour sur le capot encore brûlant de ce véhicule de luxe qui n’est pas à nous. »

Mon avis :  Chacun a sa propre façon de s’aimer et de montrer à l’être aimé ses sentiments. Pour Seabearstein, dessinateur juif, qui aime éperduement son amante Mireille Darc, sa passion envers la jeune femme se voit à travers son regard. Il la regarde et la déshabille des yeux. Un beau jour, il se met à la peindre dans son plus simple appareil. Mireille se laisse peindre, elle se laisse voir et regarder, elle se laisse aimer. Entre désir, passion et sentiments, Joann Sfar retrace avec intimité l’histoire d’amour de ces deux amants.

Les deux personnages se mettent à nu – c’est le cas de le dire -, Seabearstein dévoile ouvertement son désir et son amour à l’encontre de Mireille, tandis que cette dernière se laisse voir dans sa tenue d’Eve et s’offre entièrement à son homme. Chers futurs lecteurs, si j’ai un conseil à vous donner, ce serait celui de ne pas rester au premier degré de l’histoire : on voit des scènes de sexe et des appareils génitaux, certes. Mais essayez de voir ce qui se cache derrière ces images crues, ce que l’auteur a réellement voulu sous-entendre.

Outre ces deux héros, d’autres personnages donnent leur vision de l’amour. Nous avons tout d’abord la meilleure amie de Mirelle Darc, Protéine, qui se désole de ne pas trouver un homme capable de la comprendre. Elle réfléchit même à la possibilité de se tourner vers les femmes. Puis, Nosolo, cet homme si étrange qui ne supporte pas de vivre seul.

En mélangeant l’art et l’amour, l’auteur nous offre un tableau de sentiments éparses. Tant et si bien que l’histoire d’amour des deux protagonistes se fige sur un tableau ; leur histoire devient un tableau d’art contemporain. Leur histoire, tout comme l’art contemporain, voit une transgression des frontières du classique, une rupture brutale avec les règles établies. Et c’est justement cette forme de liberté – liberté de la représentation, liberté de leur relation – qui rend intéressante l’histoire.

L’auteur se laisse également une liberté dans la forme et dans le ton employé pour créer cette bande-dessinée. Il n’explique pas tout, il laisse sous-entendre. Il ne dessine pas des cases bien rangées et linéaires, il laisse le choix de lecture aux lecteurs. Il sort du chemin standard pour affirmer sa propre identité artistique. C’est vraiment bien fait. Assez surprenant au début, mais vraiment captivant.

Tu n’as rien à craindre de moi, c’est une histoire d’amour moderne, qui mêle art, religion, politique et sentiments. Allez regarder quelques planches de cette BD avant d’acheter le livre : vous pourrez être surpris de la manière dont Joann Sfar parle de l’amour…

 

Ma note : 6/10