L’été de tous les possibles


L’été de tous les possibles de Jennifer Niven
448 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Le divorce de ses parents à digérer, une amitié trahie à encaisser et les vacances de ses rêves annulées… L’été s’annonçait plutôt mal pour Claudine, condamnée à traîner son mal-être sur une île perdue sans aucun réseau. Sa rencontre avec Jeremiah va tout changer.


Extraits« Tu as été mon premier. Pas seulement pour le sexe, même si c’est un tout, mais le premier à voir clair en moi, au-delà des apparences.« 

« Parce que, après un deuil, on est comme un fantôme dans son propre corps. On se voit dire et faire des choses en spectateur. On a besoin de quelque chose pour revenir sur terre, se prouve qu’on est toujours en vie. Pour ressentir une émotion. Quelle qu’elle soit. »


Mon avis : Claudine se souviendra de cet été à tout jamais. En effet, c’est l’un des plus durs qu’elle aura a supporter de sa vie : ses parents divorcent, c’est tout son monde qui s’écroule. Pour pallier à cette nouvelle, sa mère l’emmène avec elle en vacances durant un mois sur une île isolée, sur la trace de leurs ancêtres. Là-bas, totalement coupée du monde extérieur, Claudine va se recentrer sur elle-même et tenter de se reconstruire tant bien que mal. Fort heureusement, elle pourra compter sur l’aide de ses nouveaux amis, travailleurs saisonniers sur l’île, et en particulier sur Jeremiah, un jeune homme particulièrement séduisant, avec qui elle va vivre une douce romance.

J’ai beaucoup aimé suivre l’évolution de l’histoire d’amour qui se noue sous nos yeux. Tout en pudeur, douceur et poésie, Claudine et Jeremiah vont se rapprocher, apprendre à se connaître, se chercher, se séduire. Leur jolie histoire n’est pas sans rappeler les amourettes d’été que chacun d’entre nous a déjà dû connaître un jour ou l’autre. On ressent avec clarté toutes les émotions qui traversent Claudine face à ce premier amour : l’expérience nouvelle, la peur de la séparation, l’espoir des sentiments réciproques, la joie de partager des choses à deux.  Fatalement, comme toutes les bonnes choses ont une fin, le nuage noir de la fin des vacances pèse constamment au-dessus de leur tête. Un compte-à-rebours qui les pousse à profiter au maximum du temps qui leur est accordé d’être ensemble.

En parallèle de ces premiers émois d’adolescents, c’est une véritable crise familiale que Claudine et sa mère traversent. Le pilier de la famille a décidé de se séparer d’elles ; une situation difficile à comprendre, à expliquer, à accepter, mais pourtant bien inévitable. Elles vont devoir faire face à deux, continuer à vivre, essayer de pardonner et se reconstruire malgré tout. Fort heureusement, Claudine trouve dans ses nouveaux amis, un soutien indispensable face à cette situation exceptionnelle.

Le récit prend place dans un cadre particulièrement paradisiaque : au coeur d’une petite île sauvage, reculée, peu touristique, où le réseau Internet a du mal à passer, où l’authenticité des lieux et des habitants permettent de se déconnecter des tracas habituels pour se reconnecter à l’essentiel. Les lieux sont propices à la rêverie, à l’évasion, mais ils sont aussi source de mystères. En effet, nos deux protagonistes ont des ancêtres qui ont naguère vécues sur cette île : elles cherchent à en découvrir plus sur leurs histoires respectives.


Une romance émouvante, pleine d’émotions, sur les premiers émois des amours de vacances, le déchirement d’une famille, la reconstruction, la quête de soi. J’ai beaucoup aimé le cadre paradisiaque de l’histoire, l’ambiance légère et poétique des lieux, qui fait de ce récit un livre parfait pour l’été !

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-07-515263-1
Traduction : Vanessa Rubio-Barreau

Les mille visages de notre histoire


Les mille visages de notre histoire de Jennifer Niven

451 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Libby Groby s’est cachée chez elle depuis le décès de sa mère, mais elle se sent désormais prête pour le lycée. Personne ne la connaît vraiment au-delà de son obésité. Jack Masselin est un jeune homme sûr de lui, sexy et distant que tout le monde pense connaître, mais qui cache un secret. Il rencontre Libby et leur monde respectif change.


Extraits  « Mais ils ne comptent pas, le lycée ne compte pas, rien de tout ça ne compte. C’est ce qui est à l’intérieur qui compte. C’est bien au-delà des apparences. Voilà les trucs qu’on aime te répéter. Et puis de toute façon, ça ne me touche plus depuis longtemps. Sauf que ça aussi, c’est un mensonge. »

« Parfois, les gens sont salauds tout simplement parce que ce sont des salauds. Parfois parce que quelqu’un leur a fait des saloperies. Parfois, les gens sont salauds juste parce qu’ils ont peur. Parfois, ils sont délibérément salauds avant que quiconque puisse leur faire des saloperies. Et puis il y a des gens qui ne s’aiment pas. Et si ce genre de personne croise quelqu’un qui sait parfaitement qui il est et qui s’aime comme ça, alors elle se sent encore plus minable. »


Mon avis : Dans un passé très proche, Libby Groby était considérée comme la plus grosse ado d’Amérique. Après le décès de sa mère, elle s’est laissée sombrer dans une période noire, et s’est réfugiée dans la nourriture, comme seule réconfort pour lutter contre la tristesse. Enfermée chez elle quotidiennement et entourée de nourritures, elle en est arrivé à atteindre un stade catastrophique, qui lui a valu d’être évacué par une grue en direction de l’hôpital. Des années plus tard, avec plusieurs centaines de kilos en moins, Libby Groby est fin prête à se réinsérer dans la vie sociale. Son grand retour à la scolarité est imminent, bien que compliqué… En parallèle, nous suivons Jack Masselin, un beau garçon à la vie tout à fait normal, si ce n’est qu’il a une particularité qu’il cache à tous : une maladie nommée prosopagnosie, qui l’empêche de reconnaître les visages des personnes qu’il côtoie. Handicapant au quotidien, cette maladie n’empêche pas Jack de vivre sa vie comme il l’entend. Libby et Jack vont se rencontrer dans l’enceinte de l’école, et cette rencontre va changer leur vie à tout jamais.

J’ai particulièrement apprécié le caractère robuste de Libby. Cette jeune fille, déjà bien abîmée par la vie, doit faire face à des épreuves qui s’avèrent particulièrement compliquée et éprouvantes psychologiquement. Insultes, menaces, moqueries… est son lot quotidien. Elle s’est forgée un caractère et un coeur de pierre, elle n’hésite pas à prendre la parole, à s’affirmer, à aider les plus faibles face aux moqueries et regards insistants de perfides personnes. Jack a quant à lui un comportement mouvant durant l’intégralité du roman, puisqu’il va diamétralement changer sa façon de voir la vie et de juger les gens. De garçon perfide et hargneux, il va se transformer en jeune homme courageux et c’est justement ce changement conséquent qui va être à l’origine d’un tournant de l’histoire.

Les mille visages de notre histoire est un roman fort, qui peut faire échos dans l’esprit de tous les adolescents qui le lisent. Il traite de thématiques actuelles, qui sont le lot quotidien de certains jeunes en France et ailleurs : le harcèlement scolaire, les difficultés d’intégration sociale, les moqueries, insultes, les complexes, le regard des autres. Je trouve qu’en parler peut permettre de faire changer le regard de certains sur ces phénomènes et pourquoi pas de faire changer également leur comportement.

Outre le message assez fort que cette histoire véhicule, c’est aussi une jolie histoire d’amour naissante entre deux jeunes gens, que nous offre à voir Jennifer Niven. Les deux protagonistes amoureux en devenir ont des personnalités différentes, ils ne sont pas « comme tout le monde », mais aiment cette particularité qui les distingue des autres. Ils assument leurs sentiments et passent outre le regard des autres, et c’est quelque chose de très fort, que j’ai particulièrement aimé chez eux.

Il y a quelques années, j’avais lu Tous nos jours parfaits, qui est un autre roman de l’auteure, à partir duquel nous pouvons faire quelques liens et connexions avec ce livre-ci. Dans Tous nos jours parfaits, comme dans Les mille visages de notre histoire, l’auteure instille des messages d’espoir, des messages qui redonnent foi en la vie et qui donnent envie de continuer à sourire. Ces deux romans abordent des thématiques poignantes, ils sont forts en émotions, et mettent en scène des personnages attachants aux antécédents compliqués. La comparaison s’arrête ici, puisque ce sont deux histoires distinctes, très jolies à découvrir toutes les deux.


Un roman touchant, qui aborde des sujets complexes : l’exclusion et le harcèlement social et scolaire, le regard des autres, le jugement, la différence… Grâce aux personnages atypiques et attachants, vous allez passer un excellent moment de lecture. 

Ma note : 7,5/10

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Tous nos jours parfaits

Tous nos jours parfaits de Jennifer Niven
377 pages, éditions Gallimard jeunesse

 

Résumé : Quand Violet Markey et Thedore Finch se rencontrent, ils sont au bord du vide, en haut du clocher du lycée, décidés à en finir avec la vie. Pour Violet et Finch, c’est le début d’une histoire d’amour bouleversante, l’histoire d’une fille qui réapprend à vivre avec un garçon qui veut mourir.

Extraits :  « – […] C’était ma meilleure amie.
– Je n’en ai jamais eu. C’est comment ?
– Je ne sais pas… C’est quelqu’un avec qui tu peux être toi-même, à qui tu peux te montrer sous ton meilleur jour, ou le pire. Même si on se dispute, même si on est furax l’un après l’autre, ça ne veut pas dire pour autant qu’on n’est plus amis.
 »
« Il faut vivre ta vie en faisant en sorte de ne jamais être désolée. Mieux vaut faire ce qu’il faut dès le départ, pour n’avoir à s’excuser de rien. »

Mon avis :  Tous nos jours parfaits est extrêmement déroutant. Un livre-ovni original, au sujet poignant et à l’histoire émouvante.
J’essaie de limiter au maximum le nombre de spoilers, mais je ne vous garantis pas de dévoiler des pans infimes de dénouement.

Theodore Finch et Violet Markey se rencontrent sur le toit-tour de leur lycée, alors que les deux adolescents avaient de nombreuses pensées suicidaires. En effet, Violet a perdue sa soeur dans un accident de voiture il y a quelques mois de cela, alors qu’elle-même s’en est sortie. De son côté, Theo est un garçon incompris, souvent rejeté et traîté de « Fêlé » par les autres lycéens. A cet instant précis, Theodore sauve in extremis Violet de la catastrophe. Or, les autres lycéens pensent que c’est l’inverse (Violet qui sauve Theo), au vue de la renommée peu flatteuse du jeune homme. Depuis ce fameux jour, les deux adolescents se cherchent, traînent ensemble, discutent, rigolent… ils essaient de redonner un minimum de sens à leur vie.

Violet et Theo sont deux personnages à la personnalité atypique. Ils cachent tous les deux un mal qui les ronge. Derrière l’air badin de Theo, sous les sourires de Violet, se cachent un coeur vidé ; autant émotionnellement que physiquement. Violet n’arrive pas à faire le deuil de sa soeur, avec qui elle partageait tout. Elle s’en veut terriblement de sa mort, allant même jusqu’à penser qu’elle en est la principale cause. Theo, lui, est un jeune homme solitaire, isolé, incompris, autant par ses amis que par sa famille. Son père, très violent avec Theo quand il était plus jeune, a quitté sa mère pour une autre famille. Sa mère ne s’en remet pas. Le manque d’attention, le peu d’amour qu’il reçoit, le sentiment d’être en trop, de se sentir inutile à tous, hantent les pensées du jeune homme.

Pendant un temps, la rencontre de Violet et Theo va permettre de créer un équilibre parfait entre les deux personnages qu’ils incarnent. Seulement voilà : Violet réapprend peu à peu à vivre, grâce au contact quotidien de Theo dans sa vie, tandis que ce dernier pense de plus en plus à la mort.

En définitive, Jenniver Niven lance un appel d’espoir. A travers l’exemple de Violet, qui s’est ouverte au monde, qui a acceptée l’aide de personnes extérieures, elle recouvre goût à la vie. En revanche, comme contre-exemple, Theodore, refermé sur lui-même, intériorisant toutes ses pensées, il endure seul les terribles obstacles que la vie lui réserve.
Un ouvrage bouleversant au plus au point. L’auteure nous fait ici une leçon de morale, elle nous incite à l’écoute, à la compréhension de l’autre, à l’extériorisation. Mais elle nous donne également une leçon de vie, en nous montrant que malgré la mort, une reconstruction après la perte de l’être cher est toujours possible. La mort n’arrête pas la vie. Violet l’a bien vue : alors qu’elle ne croyait plus en rien, Theodore a réussi à lui redonner le sourire et à lui offrir de nombreux jours parfaits.

Ne vous laissez pas duper par le titre optimiste de cet ouvrage. Bien au contraire, Tous nos jours parfaits est un roman émouvant, aux personnages poignants et aux paroles déchirantes. Un livre tout en émotions…

 

Ma note : 7,5/10