Envoyée spéciale

Envoyée spéciale de Jean Echenoz
312 pages, Les éditions de Minuit, à 18,50€

 

Résumé : Constance étant oisive, on va lui trouver de quoi s’occuper. Des bords de Seine aux rives de la mer Jaune, en passant par les fins fonds de la Creuse, rien ne devrait l’empêcher d’accomplir sa mission. Seul problème : le personnel chargé de son encadrement n’est pas toujours très bien organisé.

Extraits :  « L’un des grands défauts du sommeil, outre qu’il fait perdre un temps fou, étant qu’il ne sent pas très bon. »
« Qu’elles soient de douleur, d’émotion, de joie voire de deuil, les larmes ont en effet du bon. Peu importe au fond ce dont elles témoignent, tant elles soulagent et tant, s’écoulant de nos yeux, c’est tout le corps qu’elles apaisent. »

Mon avis :  Envoyée spéciale, c’est le quatrième et dernier livre que j’ai lu dans le cadre du Prix Relay des voyageurs – lecteurs, et le deuxième livre que je découvre de Jean Echenoz. Après 14, récit historique de la première guerre mondiale, l’auteur s’illustre dans un genre moins sérieux et tout à faire novateur : un polar parodique. Qu’est-ce que c’est, me direz-vous ?

Eh bien, le général Bourgeaud ordonne à ses hommes de main, Jean-Pierre et Christian, de kidnapper Constance, une jeune femme belle et oisive. Après avoir envoyé une demande de rançon au conjoint de Constance – sans réponse, aucune -, les deux malfrats se sont pris d’amitié pour la douce. D’ailleurs, cette dernière ne se formalise pas de son kidnapping, et vit une vie bien plus agréable que dans son passé parisien.

Avec ce genre d’ouvrages, les avis de lecteurs sont toujours partagés. Soit ils sont en phase avec l’humour de l’auteur, adhèrent au burlesque des scènes et aux caractères loufoques des personnages ; soit ils ne comprennent pas les railleries décrites et lisent tout le livre dans un climat de lourdeur pesante. Autant vous dire que pour ma part, je me situe dans le premier cas de figure. J’ai passé un agréable moment de lecture.

C’est vrai que c’est drôle. Nos personnages se retrouvent parfois dans des situations si improbables qu’elles en deviennent terriblement délirantes. De plus, bien que les différentes acteurs de cette histoire soient plus ou moins tous niais, on ne tombe pas dans une histoire niaisée, bien au contraire. Tout se tient, tout s’emboîte, tout est cohérent. Une cohérence certainement due aux interventions minimes de l’auteur, qui n’hésite pas à parler à la première personne du singulier pour donner son avis sur les événements, pour montrer sa présence, ou simplement en guise de transition. L’auteur s’amuse, et nous, on adore ça !

De plus, entre Paris, lieu de résidence initial de Constance et de son cojoint Tausk, aussi lieu de travail de l’avocat Hubert, qui a l’air surmené sans jamais rien faire ; en passant par la Creuse, lieu de séquestration improbable ; pour arriver jusqu’en Corée du Nord, lieu ultime d’atterrissage pour Constance, victime manipulée mais consentante entre les mains du charmant Bourgeaud. On voyage, ça oui ! On ne manque pas d’action non plus. De l’action autant physique, avec des courses poursuites (pour tenter de passer de la Corée du Nord à la Corée du Sud… qui l’eût crû ?), que linguistique, avec une alternance rythmée des chapitres et des points de vu des personnages. Bon, il n’y a pas vraiment d’intrigue à proprement parler, il ne se passe pas énormément de choses dans ce livre. Mais l’humour de l’auteur fait tout, je vous assure !

C’est bien pensé. C’est fort. Très fort, même. Bravo à Jean Echenoz qui m’a agréablement surprise ! Ce roman d’espionnage sort des sentiers battus et enfreins tous les codes de la littérature, pour se diriger vers une adaptation parodique rondement menée. J’en redemande !!!

Ma note : 8,5/10
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14

Ma note : 8/1014 de Jean Echenoz.
Les éditions de Minuit, écouté grâce à Audiolib
Résumé : Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d’entre eux. Reste à savoir s’ils vont revenir. Quand. Et dans quel état.
Extraits :  « Et à l’automne suivant, précisément au cours de la bataille de Mons qui a été la dernière, un enfant mâle est né qu’on a prénommé Charles. »
« Un regard, le plus court et le plus long possible. Se forçant à le charger du moins d’expressions disponibles tout en en suggérant le maximum. »

Mon avis : Pour débuter ma découverte d’AudioLib, j’ai choisi ce court roman, qui dure quand même plus de 2h en format audio, lu par l’auteur lui-même. Les critiques étaient assez élogieuses et positives, je me suis donc lancé, en espérant ne pas être trop distraite pendant mon écoute…

Ce roman raconte les conditions de la Première Guerre Mondiale à travers plusieurs personnages, que l’on va suivre tout au long de leur périple. Il n’y a pas de personnage principal à proprement parler, car tous ont plus ou moins lur importance.

Jean Echenoz relate donc en détails toutes les horreurs que cette guerre a faite. Il explique les conditions de vie des Poilus dans les tranchées ; la saleté, l’alcool, l’oppression, les maladies, la censure des lettres, les obus qui tombent… en oubliant pas de rester un peu connecté avec le monde extérieur, avec l’arrière. Nous suivons donc des soldats envoyés au front, et les femmes et enfants (ainsi que tous les invalides et/ou hommes trop âgés) restés à l’arrière.
L’histoire est décrite avec vraisemblance, on a l’impression d’y être, de vivre dans ces tranchées, avec ces malheureux soldats.

J’ai eu le plaisir de découvrir ce livre via AudioLib, lu par l’auteur. Je trouve ce concept vraiment bien, car le fait d’écouter tout ces désastres au lieu de les lire, nous donne une sensation d’intimité. On a l’impression que quelqu’un raconte sa propre histoire, qu’un Poilus revenus de la guerre nous décrit tout ce qu’il a vécu.

Rempli d’émotions, ce livre de Jean Echenoz relate toutes les horreurs de la guerre, à travers les portraits de différents personnages, qui ont connus une fin tous différentes.

8/10