Un bonheur que je ne souhaite à personne


Un bonheur que je ne souhaite à personne
de Samuel Le Bihan

252 pages, éditions Stéphane J’ai Lu, à 7,20€


Résumé : Lorsque Laura apprend que César, son fils cadet, est autiste, elle décide de fonder une association offrant des méthodes alternatives, afin de lui éviter une structure psychiatrique.


Extraits : « Certains êtres, quelque effort qu’ils fassent pour la dissimuler, sont incapables de cacher leur bonté profonde. Elle se voit dans leur regard, elle transparaît dans leurs actes, elle se révèle dans leurs opinions, leur parole.« 

« On naît autiste, on meurt autiste, il n’y a pas de remède. Mais il n’y a pas non plus de fatalité. »


Mon avis : Samuel Le Bihan est un acteur français à la filmographie impressionnante, également reconnu pour ses nombreux engagements en faveur d’associations, comme Action contre la faim, dont il est l’un des administrateurs. Plus récemment, en 2018, il fonde l’association Autisme Info Service, qui vise à informer et accompagner les personnes autistes, leurs proches et plus globalement l’ensemble de la société, sur les questionnements liées à ce handicap.

À l’origine de la création de cette association, Angia, l’une des filles de Samuel Le Bihan, atteinte d’autisme. Après sa séparation avec la mère d’Angia, Samuel va s’occuper seul quotidiennement de sa fille, va apprendre à la connaître et à comprendre ses différences.

 

Samuel Le Bihan et sa fille, Angia

C’est de sa relation avec sa fille qu’est né Un bonheur que je ne souhaite à personne, un roman inspiré de sa vie, qui met en scène Laura, la mère de Ben, un jeune adolescent et de César, un petit garçon autiste. Séparée des pères de ses deux enfants, Laura se bat seule pour élever ses fils et intégrer socialement César à la vie. Elle va créer une association, nommée P’tit à P’tit, qui aide, conseille, informe et accompagner les parents d’enfants autistes. Mais le combat est compliqué, puisque l’État n’octroie que peu d’aides financières et peu de moyens humains pour permettre aux enfants autistes d’évoluer et de progresser dans ce monde qu’est le nôtre. Ainsi, Laura va mettre toute son énergie à faire entrer César dans une classe primaire normale.

C’est beau, émouvant, solaire, attendrissant… rien que le titre choisit par l’auteur nous met directement dans le bain des émotions. Un titre évocateur et fort, merveilleusement bien trouvé. Tout comme ce titre qui m’a tant plût, les mots du récit sont choisis avec soin, application, tendresse, pour exprimer avec sincérité des vérités criantes.

La force de caractère de Laura est impressionnante : cette mère, qui n’a presque rien, hormis l’amour pour ses fils, est prête à tout sacrifier, son argent, sa carrière, sa vie personnelle et amoureuse, pour permettre à César de s’épanouir et de grandir le plus normalement possible. On se met à la place de cette femme, qui doit faire face au stress quotidien, aux regards désolés, plaintifs, colériques d’inconnus… on sent toute la détresse de cette femme, mais aussi toute sa force.

Ce livre est aussi un cri d’alarme pour dénoncer toutes les difficultés dont doivent faire face les parents d’enfants autistes : le manque de personnel qualifié, le peu de reconnaissances de l’état et des institutions, l’absence de considération… Savoir qu’une mère doit se battre pour pouvoir seulement scolariser son enfant… une pratique commune, obligatoire en France, mais qui est refusée à César… quelle honte !


Un roman juste, poignant et criant de vérités, sur les difficultés dont font face les parents d’enfants autistes. Très instructif et bouleversant, j’ai adoré.

Ma note : 8/10

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La nostalgie de l’ange


La nostalgie de l’ange de Alice Sebold

347 pages, éditions J’ai Lu


Résumé : Nom de famille: Salmon, saumon comme le poisson ; le prénom: Susie. Assassinée à l’âge de quatorze ans, le 6 décembre 1973.
Mais l’histoire de Susie ne s’arrête pas là. C’est même elle qui nous racontera la suite. Car après la mort, Susie se retrouve au ciel. C’est son « ciel à elle », un ciel qui ressemble aux désirs et aux besoins d’une jeune fille de 14 ans. De là-haut, elle peut voir ce qui se passe sur terre. Elle observe les conséquences de sa mort: sur sa famille, qui se déchire, sur ses proches qui ont du mal à comprendre.
Le chagrin et la colère, mais aussi la force et le courage des siens. Et tout doucement, Susie doit apprendre à lâcher prise de sa vie terrestre…


Extraits : « Les vivants ne voient jamais vraiment les morts mais beaucoup d’entre eux semblent avoir une conscience aiguë d’un changement autour d’eux. Ils parlent d’un frisson dans l’air. »

« Après ma mort, son patron et ses collègues avaient changé d’attitude. Ils passaient devant son bureau à pas feutrés et s’arrêtaient à quelques mètres de sa table comme si, pour peu qu’ils soient trop décontractés en sa présence, ce qui lui était leur arriverait aussi, comme si avoir un enfant mort pouvait être contagieux. »


Mon avis : Susie Salmon est une petite fille, sauvagement assassinée par son voisin, Mr Harvey, alors qu’elle n’avait que 14 ans. Sa famille entière, son père, sa mère, sa soeur Lindsey et son frère Buckley, sont dévastés par sa disparition. Mais Susie veille sur eux depuis l’au-delà, et attend avec impatience que justice lui soit rendue.

Le narrateur de La nostalgie de l’ange n’est autre que le fantôme de Susie, qui observe depuis le Paradis la vie continuer son chemin sur Terre. Sa famille est détruite, son père se mure dans le silence et le déni, attendant avec impatience que la police trouve le coupable du meurtre de sa fille. Sa mère s’éloigne de la maison, pour oublier et profiter de la vie tant qu’il en est encore temps. Sa soeur vit des choses que Susie n’a jamais vécues et ne vivra jamais, tandis que son frère grandit inévitablement, sans vraiment comprendre ce qui se passe.

Une mort est souvent difficile à vivre pour une famille. Alors, quand il s’agit d’un meurtre, d’une petite fille de surcroît, d’une petite fille dont on ignore véritablement où elle a été tuée et par qui, la douleur est encore plus puissante. Le deuil ne peut pas être fait convenablement et le chagrin persiste des jours, semaines, mois, puis années entières. Le coupable est pourtant là, sous leurs nez, mais personne ne s’en aperçoit. Le manque de sérieux de la police est quand même aberrant, un seul inspecteur ayant été mandaté sur l’affaire, alors qu’il s’agit quand même d’un cas assez grave. C’est comme si, en l’absence de corps retrouvé, l’enquête perdait de l’importance : elle piétine, n’avance pas, les officiers font quelques recherches, mais rien de très poussé, et surtout, rien de concluant. Le manque de réalisme sur ce plan de l’affaire m’a gêné.

En outre, j’ai trouvé que l’idée de placer un fantôme comme narrateur est original et osé, mais la mayonnaise n’a pas pris avec moi. J’ai trouvé son personnage assez fade, ses interventions sans grand intérêt, et ses pouvoirs omniscients gênants par moment. Elle peut tout voir, tout entendre, et n’hésite pas à s’incruster dans les moments les plus intimes de ses proches. Ce que j’ai trouvé touchant en revanche, c’est ce regard de petite fille sur sa soeur Lindsey, qui va vivre tout ce qu’elle n’a jamais vécue de son vivant : tomber amoureuse, faire l’amour avec un garçon… les étapes d’une vie de jeune fille normale, en somme.

Mais, étant une grande sensible, je m’attendais à être particulièrement touchée par cette histoire. Malheureusement, je n’ai pas ressenti tant d’émotions que ça en lisant ce livre. Je suis restée à distance des personnages et de leurs douleurs, des malheureux événements qui s’enchaînent et bouleversent la vie de la famille Salmon. J’avoue m’être parfois ennuyée,  trouvant que certains chapitrent ne se recoupaient pas bien, que certaines scènes n’étaient pas assez travaillées, désordonnées, lancées pêle-mêle sur le papier.

En revanche, en visionnant la bande-annonce de l’adaptation cinématographique, j’ai ressenti bien plus d’émotions en 1min30 qu’en 347 pages. Je pense que je vais prochainement visionner le film, pour avoir une vision différente de l’histoire, et peut-être, pourquoi pas, mieux l’apprécier.


Une histoire à potentiel, qui aborde la mort et la vie après celle-ci. Malheureusement, je n’ai accroché ni aux personnages, ni au récit global. Déçue de ce livre sur lequel je misais beaucoup…

Ma note : 4,5/10

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Hôtel Iris


Hôtel Iris de Yôko Ogawa

158 pages, éditions J’ai Lu


Résumé : Mari est réceptionniste dans un hôtel appartenant à sa mère. Un soir, le calme des lieux est troublé par des éclats de voix: une femme sort de sa chambre en insultant le vieillard élégant et distingué qui l’accompagne, l’accusant des pires déviances. Fascinée par le personnage, Mari le retrouve quelques jours plus tard, le suit et lui offre bientôt son innocente et dangereuse beauté.
Cette étonnante histoire d’amour, de désir et de mort entraîne le lecteur dans les tréfonds du malaise dont Yôko Ogawa est sans conteste l’une des adeptes les plus douées.


Extraits : « C’était sa voix qui me donnait du plaisir en même temps que la douleur. »

« – Le russe est une langue amusante à regarder même si on ne la comprend pas.
– Pourquoi ?
– On dirait un langage crypté destiné à des secrets romantiques. »


Mon avis : L’Hôtel Iris est tenu par la mère de Mari, elle-même réceptionniste. Leur hôtel, en apparence calme, est troublé un soir par les cris d’une femme, qui sort d’une chambre en insultant un vieil homme. Cet homme, Mari va le retrouver quelques jours plus tard, et va littéralement tomber sous son charme. Entre eux, va naître une histoire spéciale, indescriptible, mais secrète, qu’elle taira durant de longs mois à sa mère.

Je ne suis pas habituée à lire des romans japonais – pour tout vous avouer, le dernier roman japonais que j’ai lu n’était autre que Kafka sur le rivage de Haruki Murakami, un récit très étrange, mais qui m’avait envoûté. Avec L’Hôtel Iris, je retrouve cette même ambiance, avec des sensations et émotions assez bizarres qui s’emparent de moi… comme si cela était propre à la littérature japonaise !

En revanche, contrairement à Kafka sur le rivage, roman qui m’avait désarçonné mais bien plût, j’ai eu plus de mal à entrer dans l’univers de Yôko Ogawa. Durant toute ma lecture, j’ai ressenti une forme de malaise, envers les personnages d’abord. Un vieil homme et une très jeune fille qui se cherchent, se trouvent, vivent une histoire que je ne peux pas vraiment qualifier d’amour, mais plutôt une histoire physique, remplie de désirs et sévices sexuels.

J’ai décelé une forme de cruauté et de perversité dans le comportement de cet homme envers Mari. Certaines scènes du livre peuvent choquer, je pense notamment aux nombreuses scènes de sexe, qui se révèlent triviales et humiliantes pour Mari, même si cette dernière semble y prendre beaucoup de plaisir. Comme un animal domestique, elle obéit aveuglément aux ordres de l’homme, prête à faire tout ce qu’il demande, même les choses les plus dégradantes. Je n’ai pas compris ses agissements, je n’ai pas compris la relation qui s’était créée entre ces deux personnes, elle m’a mise mal à l’aise, m’a terriblement dérangée.

Je n’ai pas trouvé d’utilité particulière à cette histoire, je n’ai vraiment pas compris où l’auteure voulait nous mener. C’est certain, Yôko Ogawa chamboule les convenances et la morale populaire, en mettant en avant une relation proscrite, incomprise, basée sur la domination et la violence. C’était sans doute le but de l’auteure : écrire une ode à la liberté, la liberté d’agir, de se comporter comme bon nous semble, de faire ce que nous voulons avec notre corps, notre temps… L’intention était bonne, mais la mise en scène ratée ! 


Un roman violent et cruel qui met en scène une relation étrange, toxique, dérangeante et perverse… Je n’ai pas du tout appréciée cette histoire, que je juge sans intérêt.

Ma note : 3/10

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La porte des Enfers


La porte des Enfers de Laurent Gaudé

283 pages, éditions J’ai Lu, à 6,90€


Résumé : Au lendemain d’une fusillade à Naples, Matteo voit s’effondrer toute raison d’être. Son petit garçon est mort. Sa femme, Giuliana, disparaît. Lui-même s’enfonce dans la solitude et, nuit après nuit, à bord de son taxi vide, parcourt sans raison les rues de la ville.

Mais, un soir, il laisse monter en voiture une cliente étrange qui, pour paiement de sa course, lui offre à boire dans un minuscule café. Matteo y fera la connaissance du patron, Garibaldo, de l’impénitent curé don Mazerotti, et surtout du professeur Provolone, personnage haut en couleur, aussi érudit que sulfureux, qui tient d’étranges discours sur la réalité des Enfers. Et qui prétend qu’on peut y descendre…

Ceux qui meurent emmènent dans l’Au-Delà un peu de notre vie, et nous désespérons de la recouvrer, tant pour eux-mêmes que pour apaiser notre douleur. C’est dans la conscience de tous les deuils – les siens, les nôtres – que Laurent Gaudé oppose à la mort un des mythes les plus forts de l’histoire de l’humanité. Solaire et ténébreux, captivant et haletant, son nouveau roman nous emporte dans un « voyage » où le temps et le destin sont détournés par la volonté d’arracher un être au néant.


Extraits : « En une fraction de seconde, tout change. Je le sais mieux que personne. La vie que l’on avait envisagée disparaît d’un coup et il faut faire avec le malheur qui ne veut plus vous lâcher. »

« Je sais que la mort nous mange le coeur, répondit le professore en fixant Matteo droit dans les yeux. Absolument. Je sais qu’elle se loge en nous et ne cesse de croître tout au long de notre vie. »


Mon avis : Depuis longtemps en attente dans ma Pile à Lire, je me suis enfin décidé à sortir ce petit roman de Laurent Gaudé. Cela faisait maintenant plusieurs années que j’avais très envie de découvrir la plume de cet écrivain français, dont le talent n’est plus à prouver.

La Porte des Enfers raconte l’histoire d’une famille brisée par un accident. Alors que Matteo promène son fils dans les rues de Naples, une fusillade éclate. Le petit garçon est touché par une balle et meurt sur le coup. Matteo, et plus encore sa femme, Giuliana, sont inconsolables. Cette dernière demande à Matteo de retrouver la trace de l’assassin de leur fils et de venger sa mémoire, puis de ramener leur fils d’entre les morts. Matteo accepte ce défi fou. Accompagné de personnages loufoques, il va réussir un prodige : descendre en Enfer, pour tenter de ramener son fils à la vie.

C’est une histoire assez perturbante que nous livre là Laurent Gaudé. Il y a d’un côté le réalisme de l’histoire, avec l’ancrage historique – le récit se déroule à Naples, durant le célèbre tremblement de terre de 1980 qui a fait plus de 2 700 morts dû à ce phénomène météorologique -, et d’un autre côté, nous avons un récit fantastique, avec des personnages qui se disent prêts à descendre aux Enfers et à y faire revenir quelqu’un. J’ai beaucoup aimé la dualité des genres, qui peut paraître assez surprenante au début, mais qui est parfaitement dosée ici, et donne un récit magnifiquement rédigé.

Laurent Gaudé confronte les lecteurs à l’une des interrogations les plus récurrentes : la mort, et principalement la potentielle vie après la mort. Que nous arrive-t-il quand on meurt ? Notre âme quitte-t-elle véritablement notre corps pour poursuivre son existence ailleurs ? Renaissons-nous d’une manière différente ? L’auteur va mettre en scène sa représentation de la mort, ou plutôt des « Enfers » comme il l’écrit à de multiples reprises. Il s’est habilement inspiré de l’Enfer de Dante, comme décrit dans son oeuvre de La Divine Comédie, qui illustre son idée des Enfers comme un cône inversé à neuf cercles, correspondant chacun à un degré du crime commis par le damné. Laurent Gaudé va également nous immerger dans cet au-delà noirâtre, où les âmes en peines errent dans les ténèbres. Plus que jamais, la frontière entre la vie et la mort est ténue, elle ne tient qu’à un fil. Glaçant, mais fascinant à la fois !

Avant d’achever cette chronique, je voulais souligner le fait qu’on ne peut pas lire sans livre sans avoir une petite pensée pour nos proches disparus… Alors merci monsieur Gaudé pour cette beauté littéraire, qui m’a beaucoup émue. J’ai maintenant très envie de découvrir d’autres oeuvres de ce grand écrivain !


Ce livre est un ovni de la littérature : inclassable, tant il est ambigu et ambivalent. Je vous recommande chaudement cette lecture, qui va vous surprendre et restera très longtemps dans votre mémoire.

Ma note : 8,5/10

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L’espionne


L’espionne de Paulo Coelho

215 pages, éditions J’ai lu, à 7,90€


Résumé : L’histoire de la célèbre aventurière Mata Hari, fusillée à Vincennes en 1917 pour espionnage et trahison, par le biais d’une série de lettres écrites à son avocat depuis la prison de Saint-Lazare.
Arrivée à Paris sans un sou en poche, Mata Hari s’impose rapidement comme une danseuse vedette du début du XXe siècle. Insaisissable et indépendante, elle séduit le public, ensorcelle les hommes les plus riches et les plus puissants de l’époque. Mais son mode de vie flamboyant fait scandale et attire bientôt les soupçons tandis que la paranoïa s’empare du pays en guerre. Arrêtée en 1917 dans sa chambre d’hôtel sur les Champs-Élysées, elle est accusée d’espionnage.
En faisant entendre la voix de Mata Hari, Paulo Coelho nous conte l’histoire inoubliable d’une femme qui paya de sa vie son goût pour la liberté.


Extraits  « Les fleurs nous enseignent que rien n’est permanent, ni leur beauté, ni le fait qu’elles se fanent, parce qu’elles donneront de nouvelles semences. Souviens-t’en quand tu ressentiras de la toi, de la douleur ou de la tristesse. Tout passe, tout vieillit, meurt et renaît. »

« Changer et changer pour quelque chose de différent sont deux choses complètement différentes. »


Mon avis : Quelle histoire… les mots me manquent…

L’histoire se déroule à la fin du XIXème et début XXème siècle. Mata Hari est une danseuse hollandaise, débarquée à Paris pour conquérir la capitale française. Elle se fait très vite remarquer par son audace et son art avant-gardiste, qui intrigue et en surprend plus d’un. La vie sourit à Mata Hari, elle se laisse entretenir par des hommes riches, tout en sachant garder une partie d’indépendance indispensable à son bien-être. Mais la guerre éclate et ravage les peuples et les pays. Mata Hari se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment, elle est soupçonnée d’être une espionne au service du peuple Allemand et subit le pire sort qu’il aurait pu lui arriver : la fusillade.

Grâce à une plume poétique et ensorcelante, Paulo Coelho transcrit une correspondance entre Mata Hari et son avocat. Correspondance fictive, certes, mais qui colle au plus près de la réalité.

Je l’avoue sans aucune honte : avant que l’on ne me parle de ce bouquin il y a quelques mois, je ne connaissais pas du tout celle qui se faisait appeler Mata Hari. Et pourtant, elle aurait eu du mérite à être connue.

J’ai beaucoup d’admiration pour cette femme, que je trouve hautement courageuse. D’abord mariée presque de force à un homme vil et méchant, elle côtoie de très près la mort, avant d’avoir le courage de partir, loin de cet être qu’elle appelait mari. A Paris s’ouvre une nouvelle vie pour elle, pleine de succès, d’opulence, d’hommes et de sexe. Le personnage de Mata Hari est provocant en soi, mais il est si plein de liberté et d’avance sur son temps qu’il en devient magnifique. J’admire son courage, ses nombreuses ambitions, sa force d’esprit face aux critiques et aux médisances, son envie d’être elle, d’être libre, d’être femme.

C’est un bel hommage que rend Paulo Coelho à cette femme, qui a marquée son époque, de son vivant, mais aussi de sa mort. J’avoue que quelques chapitres de plus n’auraient pas été de refus : une vie si bien remplie ne peut se résumer en si peu de pages, tout comme mon ressenti sur cette lecture ne peut s’exprimer en si peu de mots.


Une magnifique biographie romancée sur la vie d’une femme tout aussi magnifique, qui m’a touchée, autant par son audace et son courage que par ses excès et ambiguïtés. à découvrir !

Ma note : 9/10

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La nuit avec ma femme


La nuit avec ma femme de Samuel Benchetrit

158 pages, éditions J’ai Lu à 7,20€


Résumé : Un homme ouvre son cœur à sa femme disparue sous les coups d’un autre, venue le visiter le temps d’une nuit. Un voyage intérieur poétique, âpre et intime.

 » J’ai passé plus de temps que toi sur cette Terre. Et notre différence, c’est que moi, je t’ai perdue. C’est parce que j’ai continué à vivre que je le sais. J’ai voulu être seul souvent pour être avec toi. Il faut bien donner son temps aux amours invisibles. S’en occuper un peu. Encore maintenant je me demande comment tu vas. Ce que tu fais. Je cherche de tes nouvelles. J’invoque la colère pour que tu la calmes. Quelques rires où tu me rejoindrais. Et le soleil a changé, puisqu’il manque une ombre. Mais je suis heureux. Et c’est à ton absence que je dois de le savoir.  »


Extraits :  « Les vivants font plus de signes aux morts que les morts n’en font aux vivants. On a des cloches et des fêtes. Vous ne faites rien pour nous. Enfin, je crois. Juste de la peine et occuper les souterrains. »

« Écoute. Écoute ton rire mon amour. Peut-être que le temps a abîmé ta voix. Mais c’est mieux que rien. Et la technologie ne sert qu’à ça. Se donner des nouvelles du passé. On invente un futur pour mieux se souvenir des peines. »


Mon avisUn grand merci à Babelio, qui m’a permis de découvrir cet émouvant témoignage.

Samuel Benchetrit, auteur, scénariste et réalisateur français, a dû faire face, en 2003 à l’assassinat de son ex-femme, par son nouveau conjoint. Alors qu’ils avaient eu un enfant ensemble, Samuel se retrouve seul à l’élever. Il nous raconte ce qu’il a ressenti suite à ce drame, comment il a réagit, comment il a continuer malgré tout à vivre, pour lui, mais surtout pour leur enfant. Il va profiter d’une dernière nuit, le temps d’une dernière rencontre mystique avec celle qui fût sa femme, pour déverser tout ce qu’il a sur le coeur.

Ce livre est un concentré d’émotions. Je dois quand même avouer que le style narratif abrupte de l’auteur m’a un peu déstabilisé au début de ma lecture. Des phrases courtes, percutantes, quelques mots jetés ici ou là. Il m’a fallu un temps d’adaptation pour enfin pouvoir m’insérer dans l’histoire. C’est donc sans surprise que j’ai préféré découvrir la seconde partie du livre, que j’ai trouvé plus intense et surtout plus prenante que le début du récit.

La nuit avec ma femme aurait pu être un cri de colère face à l’homme jaloux qui a assassiné l’être aimé. Mais Samuel Benchetrit opère un tout autre virage dans son récit, en ne parlant que d’amour. C’est un témoignage poignant et touchant, qui nous prouve qu’après une dizaine d’années, l’auteur ne l’a toujours pas oublié et continue à penser très souvent à elle. Un livre  d’amour écrit comme un hommage, ou comme un adieu, à cette femme qu’il n’oubliera jamais.

Mais c’est aussi une histoire triste, qui nous rappelle que chaque jours, des femmes meurent sous les coups de leurs compagnons. En France, une femme meurt tous les trois jours des suite des coups de son compagnon. Mais ce n’est pas tout : 223 000 femmes sont chaque année victimes de violence physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ; 84 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol, chaque année en France. Des chiffres alarmants, mais bien réels. La nuit avec ma femme, même si ce n’est pas son but premier, sensibilise aux violences faites aux femmes. En mettant en lumière cette réalité et tout ce qui en découle, beaucoup peuvent se rendre compte de la gravité des faits et aider à leur échelle.


Samuel Benchetrit met son coeur à nu et se livre sur les sentiments qu’il ressent et à ressenti après l’assassinat de sa femme. Un récit profond et intense, qui ne laisse pas indifférent. 

Ma note : 6/10

Autobiographie d’une courgette

 


255 pages, éditions J’ai Lu, à 5,80 €

 

Résumé :

« Depuis tout petit, je veux tuer le ciel ». Ainsi commence l’histoire racontée par Icare, un petit garçon naïf et inculte, surnommé Courgette, qui, à neuf ans, vit à la campagne avec sa mère. Depuis son accident, la mère de Courgette ne travaille plus à l’usine et boit des bières en regardant la télévision du matin au soir. Elle s’occupe peu de son fils qui n’apprend rien à l’école et joue seul pour la plupart du temps. Les rares dialogues échangés passent par la télévision, source d’inspiration de Courgette qui ne connaît la vie qu’à travers le petit écran. Un jour, Courgette découvre un revolver et tue accidentellement sa mère. Le juge le déclare « incapable mineur » et Courgette est envoyé dans une maison d’accueil. Mais pour Courgette, contrairement aux autres enfants, la maison d’accueil est loin d’être « une prison ». L’apprentissage d’une vie passe désormais par les Fontaines et tous les rêves de Courgette deviennent possibles.

Extraits :  « Les rides, c’est rien qu’une boîte à questions pas posées qui s’est remplie avec le temps qui s’en va. »
« Le ciel, ma Courgette, c’est grand pour nous rappeler qu’on n’est pas grand-chose dessous. »

Mon avis :  Gilles Paris a une nouvelle fois réussi à me ramener à l’âge de l’innocence et de la candeur. Il s’illustre, grâce à Autobiographie d’une Courgette, comme un auteur de romans nostalgiques pour adultes.

Autobiographie d’une Courgette, comme Au pays des Kangourous, est narré par le protagoniste de l’histoire, qui est aussi un enfant, plus exactement un petit garçon. Perdu dans sa soif de connaissances dans un âge où la naïveté est au coeur de tous les gestes, Icare (notre héros principal), plus familièrement surnommé Courgette, va connaître un terrible malheur. Il va accidentellement prendre le revolver de sa mère, qui s’enfonce chaque jours davantage dans la dépression et l’alcoolisme et lui tirer innocemment dessus. Un geste qui va le faire arriver au foyer d’adoption, un lieu où tous les enfants orphelins ou abandonnés se retrouvent. Là-bas, il va faire la connaissance de nombreuses personnes, des amis, des parents, des éducateurs… A croire qu’Icare est bien plus heureux dans sa nouvelle vie qu’à l’intérieur de sa précédente existence familiale…

L’ambiance du livre est dans l’ensemble assez triste, mais elle reste bonne enfant. Même si l’histoire du petit Icare est très émouvante et peut en faire pleurer plus d’un, Gilles Paris arrive à dédramatiser la situation et à tourner ce récit dans une phase plus heureuse. Car quand on y regarde de plus près, les avantages pour Courgette de se retrouver dans cet orphelinat sont beaucoup plus nombreux que les inconvénients.

Courgette a déjà pu rencontrer de nombreuses personnages, toutes plus attentionnées à son égard les unes que les autres. Les zéducateurs, comme il les appelle, qui sont un grand pilier pour tous les enfants du centre, savent redonner le sourire aux pensionnaires, et les amuser au quotidien. Les autres enfants, tous très différents, et ayant vécus des histoires diamétralement opposées, se rapprochent et se trouvent des points communs (en particulier un, celui de ne pas/plus avoir de réels parents). Ils lient de forts liens d’amitié, qui semblent totalement indénouables. Courgette a également pu trouver la fille de ses rêves, Camille, une autre pensionnaire, qui, dès le premier regard, ne va pas arrêter de le hanter. Et enfin, Icare a pu trouver une nouvelle famille d’accueil, Raymond, le policier qui l’a retrouvé le soir du meurtre de sa mère, et son fils, Victor, qu’il compare déjà à son frère.
Tant de rencontres qu’il n’aurait jamais pu espérer si sa mère n’aurait pas sombrer peu à peu dans la folie et l’alcool.

L’histoire personnelle d’Icare n’en reste pas moins tragique et très émouvante. Mais c’est une histoire passée, qu’il préfère oublier pour le moment. En décidant de mettre une croix sur son passé, Courgette veut repartir de l’avant, et se reconstruire une nouvelle vie, bien meilleure que celle d’avant.
Gilles Paris détourne cette histoire et arrive à créer des passages passablement drôles. Les répliques d’Icare ainsi que celle de ses camarades, sont tellement innocentes et naïves, que ça en devient comique. Les petites questions de Courgette sur la vie peut gêner les « grandes personnes », alors que Courgette s’en fiche, une seule chose l’importe : de trouver les réponses à ses questions. Son obstination et son vocabulaire sont certes, enfantins, mais ils sont tournés par Gilles Paris, à la rigolade.

Le livre est assez rapide à lire, les pages avancent à un rythme fou. La plume de l’auteur fait réellement penser aux paroles d’enfants, ce qui rend encore plus l’impression que le récit est raconté par un réel enfant. On s’immisce davantage à l’intérieur de l’histoire, un attachement né pour ses petits enfants, et en même temps, toutes leurs histoires sont tristes à lire… Que d’émotions !

En tout cas, je suis une nouvelle fois comblée par ce roman. Tout en délicatesse et en sentiments, Gilles Paris a rempli son contrat, et m’a embarqué à travers ces mots. Cet auteur a vraiment un style unique et original, à croire qu’il est resté bloqué en enfance…

 

Ma note : 7/10