Jefferson’s world, tome 1


Jefferson’s world, tome 1 de Illana Cantin
309 pages, éditions Hachette romans, à 15,90€


Résumé : Le lycée Jefferson est le repaire des apparences. Chaque élève est dans sa case, et s’efforce tant bien que mal d’y rester. Pourtant, tous ont des secrets prêts à être dévoilés.

D’ailleurs, huit élèves sont sur le point de voler en éclats. Tim, Jude, Terence, Colin, Swann, Megan, Nelly et Flora. Autant de personnalités différentes que d’amitiés à créer, faire évoluer, ou parfois détruire. Peu à peu, ils s’ouvrent enfin, et, ensemble, ils partent en quête d’eux-mêmes.

Comment assumer son identité, sa sexualité, tout en respectant ses croyances et les codes de la société ? Comment faire face à une maladie survenue soudainement sans signes avant-coureurs ? Comment comprendre puis accepter qui l’on est, tout simplement ?


Extraits« Le garçon s’en désespérait ; plus elle lui filait entre les doigts, plus il voulait apprendre à la connaître.« 

« Tim soupira. C’était le deuxième vent qu’elle lui mettait. Et comme il n’était qu’un adolescent stupide, plus une fille le repoussait, plus il s’intéressait à elle. »


Mon avis : Jefferson’s world est le premier tome d’une nouvelle saga jeunesse initiée par l’auteure française Illana Cantin, que j’ai eu le plaisir de découvrir l’année dernière à travers son roman féministe engagé Rose rage, que j’avais beaucoup aimé.

Dans Jefferson’s world, nous faisons la connaissance alternativement de plusieurs adolescents, la majeure partie étant scolarisé au lycée public Jefferson. Il y a Tim, le nouvel élève, gravement malade, qui fait la connaissance de Jude, une jeune fille réservée, toujours fourrée seule au théâtre pour réaliser les décors en carton. À ce duo se greffe Terence, l’ancien capitaine de l’équipe de football, un garçon prétentieux aux premiers abords, mais dynamique et loyal. Il y a aussi Megan, une jeune fille à la vie parfaite, qu’envie énormément Nelly, qui suit une scolarité seule à la maison et qui se morfond toute la journée dans sa villa désertée par son père. Nous faisons également la connaissance de Colin, un garçon catholique et pratiquant, droit et consciencieux, qui chapeaute le jeune Swann, un élève surdoué de première année. Enfin, il y a Flora, une jeune rousse mystérieuse, qui semble vivre au coeur de l’hôpital de la ville.

Nous allons suivre le quotidien de chacun de ces huit adolescents à tour de rôle, nous allons apprendre à les connaître personnellement les uns après les autres dans une alternance de chapitres. Enfin, progressivement, Illana Cantin va créer des liens entre chacun d’entre eux, de façon à ce qu’à la fin du récit, chacun puisse se connaître. Malgré ce que l’on peut penser, il est assez facile de se repérer parmi ces huit adolescents, tant leurs tempéraments sont différents. Un minimum de concentration est tout de même demandé, pour ne pas se perdre parmi les histoires parallèles qui émergent les unes à la suite des autres.

Pour être honnête, je ne pensais pas autant apprécier cet ouvrage, mais j’ai été très surprise. Tout d’abord, j’ai beaucoup aimé la construction de celui-ci, presque en entonnoir, avec un regroupement des personnages qui se fait progressivement et naturellement. J’ai donc apprécié l’avancement du récit, mais surtout les caractères de chacun des personnages. Ils sont tous très différents, mais terriblement attachants. Je pense que c’est ce qui fait la force de cet ouvrage et ce qui va me donner envie de me procurer le second tome dès sa sortie : le fait de retrouver cette bande d’adolescents et de suivre leur évolution.

En sus, l’auteure aborde des thématiques sociétales importantes, que les jeunes devraient apprécier retrouver : l’homosexualité, la religion, la maladie… Nous sommes bien loin des sujets superficiels et clichés que nous pouvons lire dans la majeure partie des romans jeunesse d’aujourd’hui ; ici, Illana Cantin cherche véritablement à faire réfléchir ses lecteurs sur des thématiques souvent précises, réalistes, matures. Elle considère son lectorat comme de jeunes adultes en devenir et non des adolescents coincés dans la fleur de l’âge : c’est ce que j’ai beaucoup apprécié.


Un premier tome prometteur, où l’on fait la connaissance de huit adolescents attachants, aux histoires personnelles intéressantes. J’ai déjà hâte de les retrouver dans le deuxième tome de Jefferson’s world !

Ma note : 8,5/10

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ISBN : 978-2-01-711436-9

Rose rage


Rose rage de Illana Cantin

285 pages, éditions Hachette romans, à 15,90€


Résumé : Ameline Brillant. Un nom, une personne, qui pourtant incarne tout ce que les filles du lycée Olympe de Gouges doivent vivre chaque jour. Des remarques sexistes allant jusqu’au harcèlement sexuel, sans jamais qu’un enseignant lève le petit doigt pour le sanctionner. Ameline Brillant, c’est une fille qui a défié le silence. Qui a riposté à des mains sur les fesses et à des commentaires plus dégoûtants les uns que les autres. Mais Ameline Brillant à été renvoyée. Et ses agresseurs ? L’école a pansé leurs petites plaies.
Pour Rachèle, à la tête du journal du lycée, il est impossible de laisser faire une chose pareille. Elle appelle toutes les filles, toutes les femmes de l’établissement à faire grève, jusqu’à ce qu’un réel changement s’opère. Le système du lycée doit changer, du tout au tout. Pour qu’Ameline ne soit pas la seule mais la première à parler !


Extraits : « Aux femmes d’Olympe de Gouges,
Lundi soir, une injustice sans précédent a été commise entre les murs de notre établissement. Lundi soir, les violences de genre, la domination masculine et le harcèlement sexuel ont gagné une nouvelle bataille de la guerre que les femmes du monde entier mènent depuis une éternité. Lundi soir, une élève a été renvoyée, et, alors qu’elle est victime, on lui a imposé le statut de bourreau.
Nous ne pouvons pas tolérer une telle décision. Nous ne pouvons accepter que notre lycée renommé se fasse le représentant d’un monde où il est possible pour des garçons de se frotter à des filles, et où ces garçons s’en sortent avec une tape sur la poitrine. Nous ne pouvons pas les laisser salir le nom et la mémoire de la femme qui est l’emblème de cet établissement. »

« Les garçons ricanaient, les filles, hantées par l’idée de se faire traiter à leur tour de salopes ou, pire, d’hystériques, comme nous, ne s’engageaient pas. On avait appris aux filles à ne pas se prononcer, à rester dans leur coin, on leur avait inculqué dès leur plus jeune âge qu’elles ne devaient pas faire de bruit, ne pas déranger, et j’en avais sous les yeux une démonstration flagrante. »


Mon avis : Ameline Brillant a été victime de discrimination, de sexisme, de harcèlement sexuel par un garçon de son école. Un beau jour, trop énervée de ces remarques et gestes déplacés répétés, Ameline répond à son bourreau par la violence, au sein même de leur établissement scolaire. Une réaction jugée inadmissible par la direction, qui exclut définitivement Ameline du lycée… sans prendre aucune mesure nécessaire pour punir son bourreau, à l’origine de la rixe. Une situation jugée insupportable par Rachèle, qui décide d’aider Ameline à faire entendre sa voix. Aidée par d’autres filles du lycée, elle instaure une grève féminine collective pour changer le fonctionnement du système et faire prendre conscience aux garçons du comportement irrespectueux, dégradant et intolérable que peuvent avoir certains vis-à-vis des filles. Après avoir bloqué leur lycée, elles instaurent un siège dans l’enceinte de l’établissement, qui fera beaucoup de bruits. Une action « coup de poing » pour faire changer les choses !

Dans ce roman jeunesse féministe, Illana Cantin pointe du doigt les agressions sexuelles et  les nombreuses injustices que peuvent vivre quotidiennement certaines filles au sein même de leur établissement scolaire. Le nom donné au lycée « Olympe de Gouges » n’est d’ailleurs pas anodin, puisqu’il s’agit de la première grande féministe de l’histoire de France, connue notamment pour avoir rédigé la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

L’auteure se place au coeur de l’actualité, puisque les filles sont souvent pointées du doigt, jugées, critiquées, que ce soit dans le comportement qu’elles adoptent au quotidien, mais aussi dans leur façon de s’habiller. Il y a quelques semaines seulement, le sondage suivant, proposé par l’Ifop, avait fait polémique. Selon une majorité de français questionnés, certaines tenues portées par les lycéennes sont jugées trop provocantes et devraient être purement et simplement interdites.

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Ce à quoi de nombreuses jeunes filles avaient rétorquées, en venant habillée d’une manière sexy et véritablement provocante à leur lycée, pour faire prendre conscience aux détracteurs ce qu’était une tenue réellement inappropriée.

Manifestation surprise de jeunes collégiennes contre des injonctions à s’habiller « moins sexy » parce que ça perturbe les garçons. Lieux : Collège Campra

Pour en revenir à Rose Rage, j’ai beaucoup appréciée les différents messages transmis par l’auteure : le sexisme, le harcèlement, les relations parents-enfants, mais aussi l’émancipation de la femme, sa liberté… J’espère sincèrement que les jeunes filles qui seront amenées à lire ce livre en ressortiront transformées, grandies, avec une envie plus forte d’épanouissement personnel et de revendications en tous genres.

De ce roman, je retiendrais en particulier la moralité finale : les jeunes filles ont fait grève, elles  se sont investies, elles ont données de la voix, de leur personne, mais elles ne sont malheureusement pas arrivées à faire bouger les choses comme elles l’auraient souhaitées. Au lieu d’être défaitistes, elles voient le verre à moitié plein : oui, leur grève n’a pas changé le monde, mais elle a contribué à changer leur mentalité et leur façon de voir la vie. Et ça, c’est important !


Un roman féministe percutant, une histoire rythmée, qui nous amène à réfléchir sur des sujets d’actualité forts : le féminisme, la relation parents-enfants, l’épanouissement personnel… Il devrait plaire aux adolescentes !

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-01-711435-2