Nouvelles orientales


Nouvelles orientales de Marguerite Yourcenar

149 pages, éditions L’imaginaire Gallimard


Résumé : Orientales, toutes les créatures de Marguerite Youcenar le sont à leur manière, subtilement. L’Hadrien des Mémoires se veut le plus grec des empereurs, comme Zénon, dans la quête de son Oeuvre au Noir, paraît souvent instruit d’autres sagesses que celles de l’Occident. L’auteur elle-même, cheminant à travers Le Labyrinthe du Monde, poursuit une grande méditation sur le devenir des hommes qui rejoint la pensée bouddhiste.
Avec ces Nouvelles, écrites au cours des dix années qui ont précédé la guerre, la tentation de l’Orient est clairement avouée dans le décor, dans le style, dans l’esprit des textes. De la Chine à la Grèce, des Balkans au Japon, ces contes accompagnent le voyageur comme autant de clés pour une seule musique, venue d’ailleurs. Les surprenants sortilèges du peintre Wang-Fô,  » qui aimait l’image des choses et non les choses elles-mêmes « , font écho à l’amertume du vieux Cornelius Berg,  » touchant les objets qu’il ne peignait plus « . Marko Kralievitch, le Serbe sans peur qui sait trompait les Turcs et la mort aussi bien que les femmes, est frère du prince Genghi, sorti d’un roman japonais du XIe siècle, par l’égoïsme du séducteur aveugle à la passion vraie, comme l’amour sublime de sacrifice de la déesse Kâli,  » nénphar de la perfection « , à qui ses malheurs apprendront enfin l’inanité du désir…  »
Légendes saisies en vol, fables ou apologues, ces Nouvelles Orientales forment un édifice à part dans œuvre de Marguerite Yourcenar, précieux comme une chapelle dans un vaste palais. Le réel s’y fait changeant, le rêve et le mythe y parlent un langage à chaque fois nouveau, et si le désir, la passion y brûlent souvent d’une ardeur brutale, presque inattendue, c’est peut-être qu’ils trouvent dans l’admirable économie de ces brefs récits le contraste idéal et nécessaire à leur soudain flamboiement.


Extraits :  « Il va sans dire que Marko reconquit le pays et enleva la belle fille qui avat éveillé son sourire, mais ce n’est ni sa gloire, ni leur bonheur qui me touche, c’est cet euphémisme exquis, ce sourire sur les lèvres d’un supplicié pour qui le désir est la plus douce torture. »

« Dans un univers où tout passe comme un songe, on s’en voudrait de durer toujours.« 


Mon avis : Marguerite Yourcenar est une très grande femme de lettres française, légitimement connue pour être la première femme à avoir été élue à l’Académie française, en 1980.

Ses Nouvelles si orientales sont sans aucun doute nées de ses multiples voyages autour du monde. Elle va s’inspirer des pays qu’elle a visité et des aventures qu’elle y a vécu pour rendre compte des personnages et de l’atmosphère de ses nouvelles. Toute sa vie sera un voyage ; voyage physique, voyage intérieur, mais aussi voyage littéraire.

La première nouvelle de cet ouvrage, intitulée Comment Wang-Fô fut sauvé peut se lire en échos avec la dernière du recueil, La tristesse de Cornélius Berg. Puisque ces deux nouvelles mettent en scène des peintres, qui peignent des portraits. Mais leur lieu commun s’arrête ici, puisque l’un peint un angle de la réalité, alors que l’autre représente une peinture déréalisée. Il faut avouer qu’il ne se passe pas grand chose dans ces deux récits, les héros étant totalement statiques, et l’auteure privilégiant des éléments descriptifs et une libre interprétation des lecteurs. Ce sont donc des nouvelles ouvertes à l’imagination et à la représentation subjective.

Le sourire de Marko est l’une de mes nouvelles favorites du recueil, puisqu’elle interroge directement la notion d’humanité. Marko Kraliévitch, personnage historique, est ici présenté comme un héros, un homme aux pouvoirs surhumains, qui va devoir affronter une série d’épreuves. Rien ne peut le détourner du droit chemin, exception faire du désir, qui va le trahir, puisqu’il va ébaucher un sourire face à de jolies femmes. Seule faiblesse qui le rend irrésistiblement humain. Marko est un héros qui interpelle, puisque son identité est quelque peu flou, les frontières entre ses capacités humaines et surhumaines étant brouillées.

Autre nouvelle, Le lait de la mort qui est une histoire très forte, qui montre le puissant amour maternel qu’une femme peut ressentir. En contraste direct avec l’amour maternel que l’on ressent via la figure féminine, on peut voir la cruauté des êtres humains ; cruauté entre frères et cruauté des frères envers leur belle-soeur. Ça laisse à réfléchir…

Le dernier amour du prince Genghi est une nouvelle fortement inspirée de l’oeuvre de Murasaki Shikibu, intitulée Genji Monogatari, qui met en scène un fils d’empereur d’une beauté exceptionnelle, qui charme de nombreuses femmes… comme notre Genghi. Cette nouvelle met en scène les relations qui perdurent entre les hommes et les femmes ; Genghi représentait l’orgueil et la domination masculine, alors que la Dame-du-village-des-fleurs-qui-tombent adopte un comportement féminin type, qui est celui de l’amour, de l’humilité et du sacrifice. Yourcenar est pleinement consciente du statut dévalorisée la femme et tend à le représenter aux lecteurs, pour qu’ils puissent en prendre pleinement conscience. Mais l’auteure s’oppose à ce que le féminisme soit pensé en opposition à l’homme ; elle préfère penser l’idée d’une fraternité humaine, d’une complémentarité universelle, liant les deux sexes…

Nous avons ensuite L’homme qui a aimé les Néréides, nouvelle mystérieuse, dans laquelle le personnage fait corps avec la nature. La tension entre nature comme lieu d’apaisement et de tranquillité et espace urbain, sera continue durant toute l’oeuvre de Yourcenar. On peut également voir que les Néréides ont achetées leur maison loin des routes urbaines, des touristes et loin du regard interrogateur du lecteur.

La nouvelle de La veuve Aphrodissia est sans doute l’une de mes préférées du recueil. Aphrodissia est une figure de femme forte, qui aime passionnément, qui revendique un désir de liberté, qui prend la défense des femmes et des sentiments. Son nom prend des connotations divins, puisqu’elle rappelle la déesse de l’amour Aphrodite. Mais la nouvelle se structure telle une tragédie antique, puisque le destin de cette pauvre femme se termine brutalement et d’une façon horrible. L’amour et la mort sont deux thématiques centrales qui se croisent dans de nombreuses nouvelles de Yourcenar, mais principalement dans celle-ci, avec l’amour passion qui mènera à la mort tragique.

Kâli décapitée est quant à elle une bien mystérieuse personne. Le nom de Kâli est tirée de la mythologie hindoue et désigne une déesse qui contient l’équilibre des opposés. Dans cette nouvelle, la figure de Kâli est prise entre son aspect mystique et son humanité. En effet, les Dieux, jaloux de sa beauté, l’ont tuée, avant de lui redonner une seconde chance, en assemblant son corps avec un corps de prostituée. Le personnage de Kâli va aller au-delà de cette binarité mortalité/immortalité, vie/mort, grâce à l’expérience de la sagesse et à sa rencontre avec cet espèce de Bouddha spirituel qui clôt le récit.

Après Le sourire de Marko, le personnage de Marko est reprit une deuxième fois dans La fin de Marko Kraliévitch, qui ne vient pas à la suite de la première nouvelle, comme si l’auteure avait choisie d’encadrer toutes les nouvelles du récit entre ces deux là. La vaillance dont avait fait preuve  Marko dans Le sourire de Marko se clôt ici par une fin presque pathétique, à travers laquelle on voit Marko mourir pour rien. Étrange…

Vous avez sans doute remarqué que l’entièreté de l’oeuvre de Yourcenar est saupoudrée d’une touche de magie fantastique, qui rend compte de personnages et d’ambiances qui poussent le lecteur à interpréter subjectivement les récits et à imaginer des scènes. Ainsi, dans Kâli décapitée par exemple, le sort final réservé à Kâli n’est pas clairement rédigé, laissant le soin aux lecteurs de combler les points de suspension qui clôture la nouvelle par sa propre interprétation finale. Le lecteur participe donc à la mise en forme du récit et titille son esprit imaginatif. Ingénieux et bien réalisé !

L’exotisme de toutes les nouvelles m’a plût. Les influences de l’auteure se font ressentir et se transmettent aisément. Avec Yourcenar, on voyage (Orient, Occident…), on découvre des univers qui nous sont étrangers, des cultures, des traditions lointaines… c’est un pur plaisir. Le style d’écriture est également époustouflant, à la lisière du récit poétique. Je suis bluffée, et émerveillée par ce magnifique recueil. Ravie d’avoir pu l’étudier en cours pour en savourer toutes les subtilités.

Ma note : 8/10

Le sel de nos larmes

Le sel de nos larmes de Ruta Sepetys
479 pages, éditions Gallimard, collection Scripto
Résumé : Hiver 1945. Quatre adolescents. Quatre destinées.

Chacun né dans un pays différent.
Chacun traqué et hanté par sa propre guerre.
Parmi les milliers de réfugiés fuyant à pied vers la côte devant l’avancée des troupes soviétiques, quatre adolescents sont réunis par le destin pour affronter le froid, la faim, la peur, les bombes…
Tous partagent un même but : embarquer sur le Wilhem Gustloff, un énorme navire promesse de liberté…

Inspirée par la plus grande tragédie de l’histoire maritime, Ruta Sepetys lève le voile sur une catastrophe scandaleusement occultée de la Seconde Guerre mondiale, qui a fait au moins six fois plus de victimes que le Titanic en 1912.

Extraits :  « La fille aveugle, elle, a des pansements sur les yeux. Qu’est-ce que les aveugles voient dans leurs rêves ? Est-il possible de rêver d’une fleur quand on n’en a jamais vu dans la réalité ? »
« Les chaussures racontent toujours l’histoire de leur propriétaire. »

Mon avis :  Je dois dire qu’en ce moment, les éditions Gallimard me surprennent. Après mon coup de coeur pour Le garçon au sommet de la montagne de John Boyne d’il y a une dizaine de jours, je viens d’être frappée par la foudre grâce à ce livre de Ruta Sepetys.

C’est un livre à quatre voix, dans lequel nous voyons plusieurs personnages qui se mêlent et s’entremêlent. Il y a tout d’abord la belle Joana, médecin et Lituanienne, rapatriée en Allemagne. Emilia, la petite fille enceinte, qui fuit sa Pologne natale pour ne pas périr. Florian, le mystérieux soldat, sauveur de la jeune Emilia. Et enfin Alfred, le bon soldat Allemagne, naïf et benêt. La Seconde guerre mondiale va rapprocher tous ses personnages, qui n’ont rien en commun, mais qui vont devoir se serrer les coudes pour survivre. Ils n’ont tous qu’un but : quitter cette terre de guerre pour embarquer sur le Wilhelm Gustloff.

Lors de mes précédentes lectures, j’avais déjà eu l’honneur de croiser Ruta Sepetys dans Big easy. Ce dernier ne m’avait pas laissé une trace indélébile dans l’esprit. Or, je suis sûre et certaine que Le sel de nos larmes restera longtemps dans ma mémoire.

On y suit des réfugiés, des soldats et des citoyens, qui fuient leur pays, leur maison et leurs familles à cause de la guerre. Ils essaient de rejoindre au plus vite la mer Baltique pour tenter d’embarquer à bord d’un des navires qui les conduira en lieux sûrs. Cela ne vous rappelle-t-il rien ? 80 années plus tard, la guerre fait toujours rage dans le monde, les migrants et réfugiés sont encore nombreux, tout comme le nombre de morts.

L’écriture du livre est juste prodigieuse. Ruta Sepetys a un talent hors du commun. Je n’avais jamais ressenti quelque chose d’aussi fort en lisant un livre. Mais alors là, les mots étaient tellement justes et réalistes, que je me suis plongée corps et âme dans l’histoire. Je me suis attachée aux personnages, je vivais avec eux cette dangereuse traversée. On ressent vraiment intensément tout ce qui se passe dans ce livre.

Il y a constamment des alternances de voix narratives, avec des chapitres qui n’excèdent pas quatre pages. De quoi donner du dynamisme au récit… mais aussi de quoi apporter de grand moment de suspens.

500 pages de lecture qu’on ne voit pas passer. J’en redemande encore et encore ! Merci beaucoup Ruta Sepetys pour ce magnifique moment de lecture, ces multiples émotions que vous m’avez fait ressentir et cette mise en lumière d’un événement dramatique de la seconde Guerre mondiale. A mettre entre toutes les mains !

Ma note : 10/10

Fans de la vie impossible

Fans de la vie impossible de Kate Scelsa
363 pages, éditions Gallimard, collection Scripto, à 14,90€

 

Résumé : Trois adolescents en perte de repères : Amour, Amitié, Tentations…. Un 1er roman young adult affranchi, brulant, profond.

Mira tente de faire croire qu’elle peut fonctionner comme un etre humain normalement constitué, dans ce nouveau lycée, et pas comme une fille incapable de quitter son lit pendant des jours.
Jeremy est le passionné d’art terriblement timide, qui s’isole depuis l’incident qui a ruiné sa dernière année scolaire.
Sebby, le meilleur ami gay de Mira, vit en famille d’accueil. Lumineux et charismatique, il s’est construit avec elle un univers de rituels magiques et d’escapades secrètes destiné a réparer les brisures de leurs vies.
Ensemble, ils tentent de sublimer une vie dont ils ne perçoivent que la dureté. Mais les tentations destructives sont la. S’aimer suffira-t-il a les sauver ? Un trio follement attachant et déterminé malgré tout a vivre pour le meilleur, pour l’impossible.

Extraits :  « Devenir quelqu’un ayant besoin d’autres gens pose des problèmes. Surtout si on a façonné une grande partie de son identité en étant seul. Ce n’était pas une vie particulièrement agréable, mais au moins, dans ma solitude, j’étais autonome. A présent, je porte constamment sur moi une émotion, telle une démangeaison persistante, et je la nourris comme si c’était une espèce d’animal de compagnie exigeant. »
« – Je croyais que nous étions amis.
– Cette fille n’a pas d’amis. Elle a des humains qu’elle est obligée de tolérer parce que son vaisseau spatial s’est écrasé sur cette planète et qu’elle n’a aucun moyen de rentrer chez elle.
– Talia téléphone maison.
 »

Mon avis :  Si je vous disais que ce livre est un OVNI sorti d’on ne sait où, me croirez-vous ? Ambiguïté, modernité et beaucoup d’originalité font de cet ouvrage un livre à part entière.

L’histoire tourne autour de trois jeunes adolescents, Mira, Jeremy et Sebby, qui alternent les moments de narration à chaque chapitre. Ces jeunes gens, considérés comme en marge de la société, vont se rencontrer et tisser une amitié hors du commun.

Ce roman m’a un peu dérouté. Le style d’écriture de Kate Scelsa| est assez brutal : elle dit ce qu’elle veut dire, sans vraiment tourner autour du pot. Ce qui fait que certains sujets plus ou moins sensibles sont abordés sans pincettes. Outre cela, Fans de la vie impossible se laisse facilement lire.

La multiplicité des sujets traités est phénoménale. L’auteure s’intéresse à des sujets qui font l’actualité, souvent polémiques et discutés, elle met à nu tous les tabous de notre société. La différence est appochée avec un optimisme sans bornes. Jeremy, Mira ou Sebby sont des jeunes qui ont des difficultés scolaires et peu d’amis, car leur personnalité est jugée trop spéciale et peu commune par les autres élèves. Mais Kate Scelsa fait de cette différence une force, en prouvant qu’être différent n’est pas considéré comme quelque chose de mal, bien au contraire : ça permet de nous démarquer des autres et de prouver notre singularité.

Une grande partie du livre met en avant les parents homosexuels (Jeremy a deux papa géniaux) et l’homosexualité lui-même. Au grè des pages, on se rend compte – sans que cela soit vraiment écrit noir sur blanc – que deux personnages principaux sont homosexuels. Jeremy et Sebby aiment les garçons. Nous avons aussi Rose, une amie de la bande, qui aime les filles.
Vient alors un sujet crucial : comment accepter cette « différence » et l’exposer publiquement ? Jeremy, pourtant un garçon timide et réservé, va apprendre à sortir de sa coquille pour faire ce qui lui plaît réellement.

D’autres sujets vont être soulevés, comme la dépression chez les jeunes – illustrée par Mira. Nous aurons aussi les ravages que la drogue peut causer. Les conséquences que peuvent provoquer l’homophobie. Tant de sujets brillament traités par l’auteure, qui arrive à parler de choses difficiles dans une écriture simple et accessible aux jeunes.

Mais très franchement, je ne sais vraiment pas quoi penser de cette lecture. Elle m’a beaucoup déroutée. D’un côté, j’ai beaucoup aimer que l’auteure aborde certains sujets actuels. D’un autre côté, je n’ai pas apprécié les personnages, que je n’ai pas trouvé attachants et j’ai plus survolé l’histoire qu’autre chose.

Une chose est sûre, cette lecture peut permettre d’ouvrir l’esprit de certaines personnes. Comme je l’ai stipulé dans le début de ma chronique, c’est un petit OVNI qui déjoue les codes du roman traditionnel en abordant de façon plutôt crue des thèmes sensibles. Le tout à destination de jeunes lecteurs. Je trouve ce pari quand même osé. Reste à voir l’impact qu’il va avoir dans la sphère d’Internet.

 

Ma note : 6,5/10

Judas

Judas de Amos Oz,
347 pages, éditions Gallimard, collection NRF à 21€

 

Résumé : Le jeune Shmuel Asch désespère de trouver l’argent nécessaire pour financer ses études, lorsqu’il tombe sur une annonce inhabituelle. On cherche un garçon de compagnie pour un homme de soixante-dix ans ; en échange de cinq heures de conversation et de lecture, un petit salaire et le logement sont offerts.
C’est ainsi que Shmuel s’installe dans la maison de Gershom Wald où il s’adapte rapidement à la vie réglée de cet individu fantasque, avec qui il aura bientôt des discussions enflammées au sujet de la question arabe et surtout des idéaux du sionisme.
Mais c’est la rencontre avec Atalia Abravanel qui va tout changer pour Shmuel, tant il est bouleversé par la beauté et le mystère de cette femme un peu plus âgée que lui, qui habite sous le même toit et dont le père était justement l’une des grandes figures du mouvement sioniste. Le jeune homme comprendra bientôt qu’un secret douloureux la lie à Wald…
Judas est un magnifique roman d’amour dans la Jérusalem divisée de 1959, un grand livre sur les lignes de fracture entre judaïsme et christianisme, une réflexion admirable sur les figures du traître, et assurément un ouvrage essentiel pour comprendre l’histoire d’Israël. Un chef-d’œuvre justement acclamé dans le monde entier.

Extraits :  « La jalousie est la preuve que l’amour est semblable à la haine car dans la jalousie, amour et haine se confondent. »

« Il sortit dans la rue baignée d’une douce lumière hivernale, une lumière de pins et de pierres. Il fut soudain envahi par un curieux sentiment, la vive impression que tout, absolument tout était possible, ce qui paraissait désespéré ne l’était qu’en apparence, rien n’était définitivement perdu et l’avenir ne dépendait que de son audace. »

Mon avis :  C’est grâce au site Babelio – que je remercie -, que j’ai pu découvrir cette histoire originale écrite par AMos Oz. Sceptique au début (je n’ai pas l’habitude de lire ce genre littéraire), je me suis laissé guider par la plume de l’auteur.

A travers une histoire tout à fait banale, l’auteur développe une théorie religieuse novatrice et totalement surprenante. Et si Judas Iscariote, le traître biblique, celui qui a conduit Jésus à la mort sur la croix, et si ce Judas-là était en fait le premier chrétien ? Le premier à avoir cru en Jésus ? C’est la théorie que va chercher à développer Schmuel Asch, un jeune étudiant en plein écriture de mémoire de fin d’études. Malheureusement, il va devoir mettre sa thèse de côté, car ses parents ne peuvent plus subvenir à ses besoins financiers. Pour combler ce vide financier, Schmuel va répondre à une annonce qui offre le gîte et le couvert en échange de quelques heures par jours de conversation avec une personne âgée.

Très vite embauché, Schmuel va faire la connaissance de Gershom Wald, un intellectuel fantasque, avec qui il va débattre durant des jours. Des débats enflammés qui se porteront plus particulièrement sur la religion chrétienne et sur la création de l’état hébreux en Israël. Aux idées des deux hommes, viennent s’ajouter celles d’un troisième, défunt, malheureusement. Il s’agit de Shealtiel Abravanel, le beau-frère de Gershom. Abravel avec des idées bien claires sur la question Israélienne. En effet, il ne voulait pas de la création d’un état d’Israël. Au contraire, il croyait en l’adaptation et le savoir-vivre des Israéliens capables de vivre en communauté avec les Arabes. Mais son idée était loin de faire l’unanimité. Comme Judas, il fût traité de traître et de lâche, obligé de se retrancher dans sa maison, où il vécut caché jusqu’à sa mort.

Pour alléger l’atmosphère et rendre la lecture plus fluide, Amos Oz a intercalé aux questions existentielles et intellectuelles, des moments de la vie quotidienne de Schmuel. On découvre plus en profondeur ce personnage énigmatique et très sensible. Il répugne sa famille, qui l’a toujours dénigré et repoussé. Il n’a pas vraiment d’amis et s’est vu voler son ex petite copine. Il se retrouve donc seul, à loger dans le grenier de cette grande maison, avec pour seule compagnie, le vieil homme à nourrir et à entretenir intellectuellement, et Attalia, la jeune femme qui l’a embauchée. Attalia, cette mystérieuse femme au charme certain, qui séduit d’un coup d’oeil tous les hommes qu’elle croise. Evidemment, Schmuel n’échappe à la règle et tombe amoureux de la belle Attalia…

Tout le monde n’est pas apte à lire et à comprendre Judas. Je ne prétends pas avoir tout compris, loin de là, mais j’ai su capter l’essence même du message qu’essayait de faire passer l’auteur. Réflexions et questionnements. Idées politiques et religieuses balancées au détour d’une page. Et amour… Merci Amos Oz pour ce joli roman.

Ma note : 6,5/10

Notre-Dame du Nil

Notre-Dame du Nil
de Scholastique Mukasonga.
223 pages, éditions Gallimard à 17,90 €

Résumé : Au Rwanda, un lycée de jeunes filles perché sur la crête Congo-Nil, à 2 500 mètres d’altitude, près des sources du grand fleuve égyptien. Les familles espèrent que dans ce havre religieusement baptisé Notre-Dame du Nil, isolé, d’accès difficile, loin des tentations de la capitale, leurs filles parviendront vierges au mariage négocié pour elles dans l’intérêt du lignage. Les transgressions menacent au cœur de cette puissante et belle nature où par ailleurs un rigoureux quota « ethnique » limite à 10 % le nombre des élèves tutsi.
Sur le même sommet montagneux, dans une plantation à demi abandonnée, un « vieux Blanc », peintre et anthropologue excentrique, assure que les Tutsi descendent des pharaons noirs de Méroé. Avec passion, il peint à fresque les lycéennes dont les traits rappellent ceux de la déesse Isis et d’insoumises reines Candace sculptées sur les stèles, au bord du Nil, il y a trois millénaires. Non sans risques pour sa jeune vie, et pour bien d’autres filles du lycée, la déesse est intronisée dans le temple qu’il a bâti pour elle.
Le huis clos où doivent vivre ces lycéennes bientôt encerclées par les nervis du pouvoir hutu, les amitiés, les désirs et les haines qui traversent ces vies en fleur, les luttes politiques, les complots, les incitations aux meurtres raciaux, les persécutions sournoises puis ouvertes, les rêves et les désillusions, les espoirs de survie, c’est, dans ce microcosme existentiel, un prélude exemplaire au génocide rwandais, fascinant de vérité, d’une écriture directe et sans faille.

Extraits : « Et parfois je m’imagine dans une autre vie plus heureuse comme il n’y en a sans doute que dans les films… »
« Les Blancs, ils parlent tout le temps de ce qu’ils mangent, de ce qu’ils ont mangé, de ce qu’ils vont manger.« 

Mon avis : J’ai lu ce livre dans le cadre de la Lecture commune de février 2012 sur Babelio.

Malgré le prix Renaudot 2012 que Notre-Dame du Nil a reçu, je n’ai pas été emballé par l’histoire…

Le récit est intéressant, j’y ai appris pleins de termes nouveaux, que je n’entendrais probablement plus jamais, mais qu’importe, maintenant, je les connais. La découverte de peuples différents est quelque peu inimaginable pour nous, européens, et très plaisant. On y apprend leurs conditions de vie, leurs religions, leurs habitudes… j’ai été plongé au coeur de ce lycée pour filles du Rwanda, emportée avec elles dans les aventures exceptionnelles qu’elles vont vivre.
Notre-Dame du Nil m’a certes intéressé, mais je n’ai pas eu cette envie de découvrir rapidement la suite de l’histoire…

J’ai quand même trouvé le récit un peu long… je m’ennuyais pendant certains passages, je lisais sans vraiment lire, je perdais le cours de ma lecture. Je ne suis pas réellement entré dans l’histoire, tous les peuples se mélangeaient dans ma tête, les noms des filles également, mais c’est surtout le côté politique qui m’a dérangé… je n’ai pas tout compris au roman, et je trouvais l’histoire un peu brouillon. De plus, je n’ai ressenti aucune émotions à lire ce roman : les personnages ne m’ont pas touchés, leurs histoires non plus… ce sont juste leurs conditions de vie qui m’ont émues, que je trouve horribles, monstrueuses, même.

Notre-Dame du Nil m’a néanmoins permis de découvrir un autre univers, car l’Histoire africaine m’était encore inconnue à ce jour.

Ma note : 5/10

Nous étions des êtres vivants

Nous étions des êtres vivants
de Nathalie Kuperman.
208 pages, éditions Gallimard à 16,34€

Résumé : Le groupe de presse pour la jeunesse Mercandier vient d’être vendu. Son nouvel acquéreur, Paul Cathéter, ambitieux, vulgaire, méprisant, compte imposer à l’entreprise sa mentalité et ses méthodes de travail. Restructuration, réduction de la masse salariale, abandon des locaux « historiques » de l’entreprise… Les salariés s’interrogent avec angoisse sur leur avenir. Certains doivent partir, d’autres montent en grade, comme Muriel Dupont-Delvich, qui devient Directrice générale. Ariane Stein, une des responsables éditoriales, refuse plus que les autres ces changements.
Un soir, avec la complicité du gardien d’immeuble, Ariane se fait enfermer dans les bureaux pour y passer la nuit avant le déménagement de l’entreprise. Elle découvre dans les cartons de Muriel une liste de salariés pour la prochaine charrette, dont elle-même fait partie…

Extraits : « Nous nous méfions de nous-mêmes, craignant de nous le pire : pourrions-nous devenir autres si l’occasion se présentait ? »
« Je considère mon travail comme une tâche à accomplir et non comme l’occasion d’établir des contacts, de me faire des amis.« 

Mon avis : Une entreprise de journaux pour enfants est en vente depuis maintenant une année, n’intéressant personne jusqu’à maintenant, jusqu’au jour ou Paul Cathéter est intéressé par l’entreprise et décide de la racheter. Malheureusement, ce nouveau patron inquiète les employés, car il veut faire du vide parmi eux, pour gagner en rentabilité et en bénéfices. Chacun va donc tenter de garder sa place ou tout du moins de survivre dans ce milieu très dangereux des sociétés.
Découpé en trois axes, le livre est entièrement constitué des différentes pensées des personnages, ainsi que d’une pensée collective, qui les regroupent tous. Le point de vu, les émotions et le ressenti de chacun est exprimé.
Nous sommes immergé dans le monde de l’entreprise, du travail, du chômage, mais également de la lutte, pour tenter de garder sa place de salarié.
Malheureusement, je ne suis pas réellement rentré dans ce roman, j’ai un peu plané au dessus, regardant de haut l’histoire de ces petits salariés de bureau soumis à un chef qui les dirigent. Je ne me suis pas ennuyé, mais je trouvais certains passages lassant… manque d’action, sans doute ! Les personnages ne sont pas attachants, mais c’est un bel exemple de la froideur et du manque d’humanité des patrons de nos jours et du combat des employés pour tenter d’éviter le chômage.

 

Ma note : 5/10

Les mains libres

Les mains libres de Paul Eluard et Man Ray
137 pages, éditions Gallimard, collection NRF, Poésie

 

Résumé :« Le papier, nuit blanche. Et les plages désertes des yeux du rêveur. Le cœur tremble ».

De la page aux plages comme échappées du rêve, de la lecture, Les Mains libres de Paul Eluard et Man Ray, recueil de 1937, reparaît en collection de poche chez Poésie/Gallimard. Une édition magnifique, un beau livre, en petit format. L’occasion de (re)découvrir les dessins de Man Ray illustrés par les poèmes de Paul Eluard. Car les textes illustrent ici le dessin, et non l’inverse, en une réappropriation moderne, surréaliste des livres d’emblèmes de la Renaissance.

Extrait : « J’espère
Ce qui m’est interdit.
 »
« Comme un bloc de cristal
Je me mêle à la nuit.
 »

Mon avis : Je doute que ce livre puisse intéresser grand monde (sait-on jamais), mais au vu de l’étude approfondie que j’en ai faites en cette dernière année de lycée, je me dois bien de poster une petite chronique pour exprimer mon ressenti.

Au premier feuilletage de ce recueil de poèmes, nous pouvons dire unanimement que rien ne semble avoir ni queue ni tête. Les mots sont lancés sur le papier sans connivence, les dessins sont aussi étranges qu’intriguant. Pour s’imprégner de l’atmosphère surréaliste des deux auteurs, une connaissance minimale de leurs pratiques, du mouvement auquel ils font partis, est requise, sans quoi Les mains libres devient vide indolore.

Pour débuter, il est juste de préciser que Man Ray, jusqu’alors photographe, s’est lancé dans le dessin, et à débuter la réalisation du recueil avec ses nombreux énigmatiques dessins. Paul Eluard a alors entreprit d’illustrer les dessins de Man Ray ; dure réalisation, qui ne doit ni dénaturer l’oeuvre, mais révéler aux lecteurs les infimes détails que le talentueux dessinateur a incorporé à ses oeuvres. La tâche est ardue quand l’on pense à la complexité du mouvement surréaliste. Ce groupe d’hommes ont dans l’esprit de se séparer des conventions, de ne pas suivre la tradition des oeuvres et de casser les genres.

Au niveau des poèmes, les significations sont nombreuse et souvent relatives à chacun. Il n’existe en effet aucune description précise de telle ou telle oeuvre, le lecteur est dans son bon droit de laisser courir son imagination au grès des pages. Néanmoins, certains poèmes de Paul Eluard laisse percevoir des pointes de ressentiments personnels, comme Main et fruits ou Le mannequin, qui renvoient à l’époque nostalgique de l’enfance de l’auteur. Man Ray fait pareil au niveau des dessins et laisse quelques indications personnelles sur la date, le lieu de production de l’oeuvre (tel Lans dans le dessin du poème Fil et aiguille), ou il y appose un titre personnel que Paul Eluard reprendra dans ses poèmes (comme Burlesque ou Le temps qu’il faisait le 14 mars).

Les deux auteurs entretiennent un dialogue muet entre dessin et poème. Ils jouent également sur la fausse simplicité des dessins, avec une illustration poétique qui chamboule et dérange la compréhension. Les mains, thème central du recueil, sont omniprésent dans les dessins ou poèmes, chaque fois changeantes, originalement mises en scène, elles sont l’organe commun aux deux hommes pour la production du livre. D’autres sujets reviennent sans cesse, comme les femmes ; présentées sous différentes formes, elles sont tantôt femmes-objets, femme-nature, fécondée, qui donne la vie, dominée, femme qui s’offre ou source de désirs. En jouant autour de ces deux thématiques principales, ils y rajoutent des plus globales, comme le temps qui passe, les rencontres, la solitude et l’isolement, la découverte ou la nostalgie.

Je ne qualifierais pas ce livre d’un livre à proprement parler, mais plutôt d’une oeuvre d’art, qui doit être regardée, déchiffrée, comprise et admirée. Prenez le temps d’apprécier à sa juste valeur les représentations artistiques que nous offrent les deux hommes surréalistes. Usez de votre imagination, pénétrez votre âme et faites surgir de vos entrailles les sentiments les plus viles que vous ressentez à l’encontre de ce recueil. Je ne peux que vous souhaiter bonne chance et que poids de l’imagination soit avec vous.

Ma note : 6/10