Afin que naisse le jour


Afin que naisse le jour de  Anne Leclaire

351 pages, éditions France Loisirs


Résumé : Dans une Amérique rurale, l’histoire poignante et inoubliable d’une amitié inattendue entre deux femmes que tout oppose.
À vingt ans, Opal a déjà commis quelques erreurs de parcours mais elle ne regrette rien. Ni d’avoir mis au monde son petit Zack, ni de s’être enfuie avec lui loin de Billy, le père de l’enfant, et de Melva, sa propre mère, qui tous deux lui menaient la vie dure. Opal croit aux signes et en sa bonne étoile. Elle part donc à l’aventure et décide, sur un simple coup de tête, de s’installer dans une bourgade perdue. L’arrivée soudaine de cette jeune femme fantasque et désinvolte ne manque pas d’intriguer, voire de déranger. Surtout Rose, sa voisine, une femme réservée, inconsolable depuis la perte de son seul enfant. Rose s’est fermée au monde et son amertume laisse Ned, son époux, parfois désemparé. Mais la présence tonique d’Opal lui redonne peu à peu goût à la vie tandis que naît entre elles un lien à la mesure des épreuves qu’elles devront affronter…


Extraits « Personne ne dit jamais qu’avoir un enfant, c’est comme avoir son coeur qui se balade en dehors de son corps, et qui se cogne partout. »
« Déchiffrer les signes, c’est comme écouter de la musique. Ils sont toujours là, il suffit de se régler sur la bonne fréquence.« 

Mon avis : Je me décidé à sortir ce roman de ma Pile À Lire, où il demeurait terré depuis bien longtemps maintenant.

Afin que naisse le jour, c’est l’histoire d’Opal, une jeune maman célibataire, qui part à l’aventure et s’installe dans un petit village nommé Normal. L’arrivée de la jeune femme et sa situation personnelle et professionnelle dérange la tranquillité du village, et les ragots vont bon train sur son dos. Comme les autres habitants, Rose, sa voisine d’en face, est curieuse de découvrir qui est cette jeune femme qui fait tant parler d’elle. Alors que rien ne prédestinait les deux femmes à s’entendre, Rose, femme introvertie et surtout inconsolable suite à la perte de son enfant unique, et Opal, maman audacieuse et aventurière, vont pourtant lier amitié.

J’ai beaucoup aimé la force de caractère d’Opal, cette jeune femme délaissée par ses parents, sans accroches affective, qui prouve qu’une femme peut être autonome et indépendante. Elle se bat pour apporter le meilleur à son fils, et l’amour qui transparaît de leur relation est attendrissant. Le personnage de Rose m’a également fait de la peine. Depuis la mort de son fils adolescent, Rose a perdue goût à la vie. Elle a complètement changée, elle ne sort plus, ne sourit plus, ne travaille plus… sa vie a perdue tout intérêt, et c’en est assez triste à voir.

Opal et Rose vont lier amitié et se soutenir dans les moments difficiles vécus par l’une et l’autre. Le lien qui les unit est pudique, mais sincère. Malgré leurs différences, elles arrivent à se comprendre, et souvent sans un mot : c’est là la vraie magie de l’amitié.

L’histoire est simple, si vous cherchez du spectaculaire, de l’inattendu ou de l’original, passez votre chemin, ce livre n’est pas pour vous. Mais souvent, la simplicité a aussi ses bons côtés : j’ai passé un très bon moment de lecture, qui m’a permis de me détendre.


Un roman léger et agréable à lire sur une amitié étonnante et attendrissante entre deux femmes que tout oppose. 

Ma note : 6,5/10

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Le parfum

Le parfum de Patrick Süskind
310 pages, éditions France Loisirs

Résumé : L’histoire abominable et drolatique de Jean-Baptiste Grenouille a déjà fait rire et frémir, en quelques mois, des centaines de milliers de lecteurs allemands et italiens. La voilà, en somme, réimportée en France, puisque c’est ici qu’elle se passe, à Paris et en Provence, en plein XVIII siècle.

Ce vrai roman, ce roman d’aventures, est aussi un merveilleux conte philosophique à la Voltaire. Il y est d’ ailleurs beaucoup question d’essences…

« Car l’odeur était sœur de la respiration. Elle pénétrait dans les hommes en même temps que celle-ci ; ils ne pouvaient se défendre d’elle, s’ils voulaient vivre. Et l’odeur pénétrait en eux jusqu’à leur cœur et elle y décidait catégoriquement de l’inclinaison et du mépris, du dégoût, de l’amour et de la haine. Qui maîtriserait les odeurs maîtrisait le cœur des hommes. »

Extraits : « Qui maîtrisait les odeurs maîtrisait le coeur des hommes. »
« Jusque-là, il avait toujours cru que c’était le monde en général qui le contraignait à se recroqueviller. Mais ce n’était pas le monde, c’étaient les hommes. Avec le monde, apparemment, le monde déserté par les hommes, on pouvait vivre.« 

Mon avis : Que celui qui ne connaît pas, ou du moins qui n’a jamais entendu parler de Jean-Baptiste Grenouille se dénonce ! Ce personnage au nom atypique se retient facilement et ne passe pas inaperçu. Qualifié de chef-d’oeuvre, de livre incontournable et classique, Le parfum n’est pas à glisser entre toutes les mains, mais à découvrir à un respectable. Il y a quelques années de celà, je m’étais aventurée à lire Le roman du parfum de Pascal Marmet, livre qui tire plus sur l’encyclopédie du parfum à travers le cinéma qu’un roman à proprement parlé, qui m’avait laissé sur une note amère de déception. Je rechignais donc à débuter ce grand classique ; mais prêté par mon copain, j’ai eu une occasion rêvée de le découvrir et de m’en faire mon propre avis dessus.

Plébiscité par la critique, par les lecteurs, mêmes contemporains, Le parfum intrigue par son titre vague, sa couverture érotique et son résumé pétrifiant. Un mélange des genres qui détonent aux premiers abords. Mais ne vous fiez pas à la complexité du mixte, ou au banal résumé présenté ; Patrick Süskind, doté d’une imagination et d’une créativité sans borne vous réserve bien des surprises plus surprenantes les unes ques les autres.

Un héros aux dimensions originales, parculièrement mystérieux. Ce personnage peut faire rire autant qu’attrister, il peut effrayer autant qu’attirer. Inssaisissable, une ombre continuelle le poursuit, qui donne une sensation d’impossible compréhension du personnage. Le peu de dialogue renvoie à un homme primitif, sauvage, coupé du monde, aux bords de la société, avec l’impossibilité de communiquer.

L’action va en s’aggrandissant, en suivant l’évolution du protagoniste Jean-Baptiste Grenouille. De sa naissance à sa mort, le lecteur se verra plongé dans la vie sulfureuse, détonante et emplie de parfums, senteurs ou odeurs pestilentielles qui suivent le héros tout au long de sa vie.

Ce livre respire, sent, émane et s’empare des odeurs qu’il cotoie. Tout n’est que parfums, substances, mélanges hétéroclites, puanteurs irrespirables, paradis olfactif… tout se croise, s’entortille. Au-delà des odeurs singulières, l’auteur nous met en abyme les éléments clefs de la vie terrestre d’un humain, en suivant la progression des odeurs. De l’étal puant de poisson pù naît le nourrison au souffle clair qui émane de la montagne lors de l’enfance, à l’extase de la vie adolescente avec l’attrait des jeunes filles, pour finir sur l’odeur étriqué et vieillot de la fin d’une vie… Patrick Süskind ressuscite les odeurs en les assimilant à l’avancement de son protagoniste. Un bel enseignement didactique, tout en finesse, poésie et sensualité, original dans son aspect olfactif, rempli d’imagination.

Pour rajouter une part d’action qui soit attrayante pour un large public, l’auteur y appose une série de meurtres mystérieux pour les personnages internes au roman, mais parfaitement perceptible par le lecteur – bien que peu compréhensible immédiatement. Il faudra attendre le dénouement du livre pour trouver réponse à toutes nos questions.

Le dénouement, très connu dans le milieu littéraire, est exceptionnel, inattendu, et renforce la force de créativité de ce maître Allemand. Une plume toute en volupté, en senteurs, légère et aérienne, qui se laisse lire et entraîne le lecteur dans le torrent de péripéties qui surviennent. On ne peut pas s’ennuyer, tout s’enchaîne, la vie de Grenouille bascule d’un chapitre à l’autre, aucune stagnation, rien de barbant.

Pour ceux qui ne l’auraient pas déjà fait, je vous conseille vivement de lire ce livre. Très facilement compréhensible, c’est un régal à découvrir, qui tranche avec tous les livres écrit jusqu’à maintenant. Un sujet qui sort de l’ordinaire, un héros ambigu, une histoire attrayante, qui envoûte autant qu’elle choque. Un flot d’émotions aussi intenses que la senteur parfumée qui s’échappe des pages.

Ma note : 7,5/10

30 jours à tuer

30 jours à tuer de Yann Queffélec.
87 pages, éditions France loisirs

 

Résumé : « Vous êtes bien Clara Turner, née le 17 avril 1970? ».
Clara a 17 ans lorsqu’elle est condamnée à mort pour le meurtre de son professeur de violon, sous l’emprise de la drogue.
Ca fait à présent 12 ans, qu’elle est ainsi enfermée, attendant son dernier jour. Celui-ci arrive et voilà qu’on lui propose un sursie de 30 jours. 30 jours pour accomplir ses dernières volontés.

Extraits : « Il y a des livres que leur seul titre suffit à rendre nécessair. »
« Quand on est perdu, on est prêt à se raccrocher à n’importe quoi. »
« A quoi pense-t-il l’astronaute, avant d’être envoyé là-haut ?… »

Mon avis : J’ai d’abord choisi ce livre « 30 jours à tuer » pour le concept : le premier roman crée sur Internet, avec plusieurs personnes qui écrivent chacune un chapitre différent. Je trouvais ça plutôt sympa, découvrir plusieurs style d’écriture dans un seul et même livre, ça me branchait ! L’histoire ma plût dès le début, j’ai été transporté dans la « vie » de Clara Turner, j’ai ressenti tous les sentiments qu’elle a pu ressentir, et la douleur que ça a du être pour elle l’histoire, si atroce soit-elle, qu’elle a malheureusement vécu. Le dénouement de l’histoire est très inattendu, j’ai été surprise, je l’ai bien aimé, quoique je l’ai trouvé un peu rallongé, avec des passages qui auraient pu être supprimé vers la fin. Je suis quand même contente de ma lecture, qui a été rapide, assez simple à lire et très constructive.

Ma note : 7/10

Métaphysique des tubes

Métaphysique des tubes d’Amélie Nothomb
171 pages, éditions France Loisirs, collection Piment

 

Résumé : Amélie Nothomb replonge dans ses premières années… Déjà à l’époque elle ne faisait rien comme tout le monde ! Bébé-plante, bébé-tube, cette enfant apathique et atypique contemple le monde de sa bulle face à des parents déroutés.

Loin des traditionnels récits de souvenirs, Amélie Nothomb propose dans Métaphysique des tubes une évocation piquante et drôle de sa prime enfance au Japon, ainsi qu’une surprenante réflexion sur la vie et sur Dieu.

Extraits : « Quelle est la différence entre les yeux qui ont un regard et les yeux qui n’en ont pas ? Cette différence a un nom : c’est la vie. »
« Dire les choses à haute voix est différent : cela confère au mot prononcé une valeur exceptionnelle.« 
Mon avis : Déroutée et mitigée, je ne sais que penser de cet unique et au combien original, roman autobiographique.
Amélie Nothomb, fidèle à elle-même, surprend ses lecteurs à chaque nouvel ouvrage publié, avec ses histoires extraordinaires, singulières et reconnaissables entre toutes. Son style d’écriture personnel prouve l’unicité de l’auteure, sa personnalité hors du commun la confère au rang d’auteure à succès. Aussi mystérieuse dans sa vie intime qu’à travers ses histoires, le talent de la belge Amélie Nothomb n’a pas encore fini de nous étonner ; après la signature de son vingt-deuxième roman en 2013, ses fidèles lecteurs attendent encore et encore des récits bringuebalants, venus de l’au-delà des mots.Métaphysique des tubes fait partie de l’un des monuments autobiographiques de l’auteure, qui se livre, à coeur ouvert, à travers des lignes, à la limite du fictif. Racontant son enfance passée au Japon avec sa gouvernante Nishio-San et sa famille, Amélie Nothomb décrit avec clarté ses quelques années enfantines japonaises.

D’abord étonnée par la teneur du récit, je me suis retrouvée à l’orée de la haine envers l’auteure. Métaphysique des tubes étant une autobiographie, les propos tenus par Amélie Nothomb étaient quelque peu glorifiants, prétentieux, à la limite du narcissisme. Ecoeurée par tant d’autos-éloges – la comparaison d’elle-même et Dieu m’a achevé -, mon envie de lâcher ce livre était belle et bien présente. Mais connaissant l’auteure, son arrogance n’aurait pas dû me toucher outre-mesure. Heureusement, son insolence s’est estompée pour laisser libre cour à l’histoire pimentée de sa fastidieuse enfance.

Accompagnée d’une bonne dose d’humour noir, Amélie Nothomb étale sans vergogne sa prime vie, peuplée d’événements plus ou moins grandioses, que le lecteur cherche à déchiffrer du mieux possible.
Son amour pour le Japon est omniprésent, voire envahissant. Le comble revient à faire ressentir à tout un chacun l’addiction et l’attraction qu’éprouve l’auteure pour ce pays, si hautement plébiscité dans ses romans.

Pris d’affection pour la protagoniste – donc pour Amélie Nothomb elle-même – on en vient à regretter la fin si abrupte du roman. Le grand talent de l’auteure vient à placer comme banals des événements passagers extraordinaires, qui auraient fait tâches et auraient probablement choqués les lecteurs dans d’autres circonstances, en une lignée ordinaire, du quotidien.

En y réfléchissant bien, Métaphysique des tubes est une autobiographie bien noire, qui ne laisse percevoir que très peu de lumière. Le paradoxe reviendrait à dire que l’histoire est comptée par une enfant de trois ans, ayant un regard critique et éclairé du monde dans lequel nous vivons. De réelles questions peuvent subsister de ce livre, remettant en cause l’intégrale conscience réflexive que nous avons de la vie.

Le titre donné à l’ouvrage est quelque peu intriguant, et n’englobe pas spécifiquement le récit qu’écrit alors l’auteure. Un choix mystérieux, à la hauteur de la personnalité exceptionnelle d’Amélie Nothomb. A souligner également la grandeur du choix lexical qu’elle emploie, et l’honneur qu’elle met à représenter la langue française dans toute sa splendeur.

Ne vous laissez pas avoir par l’ambition grandissante du personnage Nothomb, et plongez dans l’incroyable aventure Japonaise qu’elle nous dévoile. Un roman atypique, qui vous laissera de marbre.

 

Ma note : 7/10

Les cerfs-volants de Kaboul

Les cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini
458 pages, éditions France Loisirs
Résumé : Kaboul, dans les années 70. Bien que frères de lait et élevés au sein de la même propriété, Amir et Hassan ont grandi dans des mondes différents : le premier est le fils d’un riche commerçant, membre de l’élite pachtoune du pays, le second est fils de leur serviteur, issu de la minorité ethnique des Hazaras, méprisée de tous. Inséparables, liés par une même passion pour les cerfs-volants, les deux enfants se vouent une amitié indéfectible.
Mais l’été de ses treize ans, alors qu’il désespère de gagner l’affection d’un père qu’il vénère et redoute à la fois, Amir commet la pire des trahisons : lors du combat de cerfs-volants organisé comme chaque hiver dans leur quartier, Amir abandonne Hassan à un sort tragique.
Lorsque les Soviétiques envahissent le pays et qu’il fuit en Californie avec son père, Amir pense qu’une nouvelle vie s’ouvre à lui.
Mais le souvenir d’Hassan le poursuit partout. Été 2001. Réfugié depuis plusieurs années aux États-Unis, Amir reçoit un appel du Pakistan. Il existe un moyen de te racheter, lui annonce la voix au bout du fil.
Mais ce moyen passe par une plongée au cœur de l’Afghanistan des talibans… et de son propre passé.
Extraits :  « Au final, je restais un Pachtoune et lui un Hazara. J’étais sunnite et lui chiite. Personne n’y pouvait rien changer. Personne. Nous n’en étions pas moins des garçons qui avaient appris à marcher ensemble, et cela, l’histoire, les ethnies, la société et la religion n’y changeraient rien non plus. »
« Cette tendance à l’exagération propre malheureusement à presque tous les Afghans – au point que lorsque l’un d’eux se vante d’avoir un fils médecin, il y a de fortes chances pour que ce dernier ait simplement réussi un devoir de biologie au lycée.« 

Mon avis :  WAHOU !!! Une histoire si bouleversante, si tragique, mais pourtant si réelle…

Amir est le fils d’un riche commerçant Afghans, qui vit dans une vaste demeure, avec Ali comme serviteur, et son jeune fils, Hassan. Amir et Hassan ont presque le même âge, ils jouent donc quotidiennement ensemble, se considérant comme des frères. Mais voilà, un fossé ethnique et hiérarchique sépare ces deux enfants. L’un est Hazara, une race mineure d’Afghanistan, méprisée et haït, tandis que l’autre est au sommet de la hiérarchie Afghane. Lorsque la guerre éclate dans le pays, les deux enfants vont être séparés… à jamais.

Ce roman aurait pu être une histoire vraie. En tout cas, les descriptions réalistes, la profondeur du récit et l’emotion que transmet Khaled Hosseini aurait pu présager une histoire pleinement réaliste. Seulement une partie de l’histoire est véritablement racontée : les conditions de vie – de survie, devrais-je dire – en Afghanistan.

La premier guerre Afghane éclate en 1979, elle se termine en 1989 et une second s’enchaîne, jusqu’en 1992, et ainsi de suite ; jusqu’à l’année à laquelle j’écris cette chronique. L’auteur narre avec beaucoup d’émotions la vie Afghane avant l’explosion des premières bombes sur le sol Afghan jusqu’à l’éradication presque totale du pays. Lors de l’enfance d’Amir et Hassan, la vie était paisible, la joie était palpable. Une image presque invraisemblable quand on termine le roman, sur fond de mendicité démultiplié, de maisons en ruines et de grande terreur ; un contraste saisissant, qui fait froid dans le dos. Et c’est malheureusement cette dernière image de l’Afghanistan qui s’ancre dans l’esprit des humains du monde entier. Un pays très pauvre, dévasté par la guerre, aux émigrés fuyant la souffrance.

De plus, Khaled Hosseini dresse un portrait global du vrai visage de l’Afghanistan. Outre ses guerres à répétitions et sa pauvreté lancinante, l’auteur montre les inégalités nettement perceptibles dans ce pays tourmenté. Le père d’Amir est un homme imposant, à la réputation nationale et à la richesse importante. De ce fait, Amir et son père peuvent se permettre d’abandonner Kaboul pour se réfugier en lieu sûr, dans un nouveau pays accueillant, où les diasporas Afghanes sont nombreuses : aux Etats-Unis. L’autre visage de l’Afghanistan se révèle dans le portrait d’Hassan, fils d’un serviteur, qui vit dans une cabane en bois au fond d’un petit jardin. Par manque de moyens financiers, sa vie se résumera à Kaboul, à la guerre, la souffrance et la peur.

Surpassant les différences de religions, d’ethnies, de finances ou autres, Amir et Hassan se vouent une amitié indéfectible, touchante au plus haut point. Lorsqu’ils se séparent à cause de la guerre, ils ne resteront pas en contact, mais ne s’oublieront jamais. Quelques années plus tard, quand Amir, parti aux Etats-Unis, devenu écrivain et marié à Soraya reçoit un coup de téléphone de son vieil ami Rahim khan l’enjoignant de revenir à Kaboul, le jeune homme n’hésite pas une seconde. Tout ce qu’il découvrira alors changera sa vie à jamais.

Je peux l’écrire en gras, le crier haut et fort, le hurler sur les toits : Les cerfs-volants de Kaboul est un livre coup de coeur. Coup du coeur du mois, coup de coeur de l’année 2015, coup de foudre. Une histoire toute en retenue et tristement émouvante, qui cache en son sein des sujets épineux et sensibles, que Khaled Hosseini manie avec bienséance. Un magnifique hommage de la part de Khaled Hosseini à la terre qui l’a vue naître, à cette population privée de liberté, qui fuit son pays, apeurée par la barbarie des envahisseurs.
Quelle tristesse quand j’ai tourné la dernière page ! Je souhaitais tellement que l’histoire continue encore et encore sur des centaines de pages… Une chose est certaine : je lirai d’autres livres de cet auteur.

 

Ma note : 10/10

Les petits bonheurs

Les petits bonheurs de Bernard Clavel
188 pages, éditions France Loisirs

 

Résumé : « Mes parents sont morts alors que je m’éloignais à peine de mon adolescence. En même temps qu’eux, s’éteignait une certaine forme de bonheur qu’il ne m’a jamais été donné de retrouver.
Et si je décide aujourd’hui de feuilleter ces souvenirs, c’est dans l’espoir égoïste probablement, un peu vain – d’en respirer le parfum fané en me racontant ces petits bonheurs de rien du tout dont je ne savais pas, à l’époque, qu’ils allaient imprimer en moi une marque indélébile.
Durant des années, j’ai un peu voulu les oublier. Comme si j’avais redouté que leur modestie ne me suive à la trace. Or, j’ai découvert depuis longtemps que ce que je prenais pour de la pauvreté est une immense richesse. C’est ce bien infiniment précieux que j’éprouve aujourd’hui Ie besoin de retrouver pour le partager. »
Extraits : « C’est la récompense de l’esprit tranquille et heureux que de pouvoir évoquer les instants passés de son existence. »
« Le crépuscule est l’heure où l’on vit le plus intensément. Il n’y a plus de véritable crépuscule dans nos villes où les feux artificiels de la nuit s’allument bien avant la fin du jour.« 

Mon avis : C’est avec une grand mélancolie et une profonde nostalgie que Benard Clavel, hélas défunt depuis 4 ans, s’est empressé d’écrire une rétrospective sur les moments de sa jeunesse, ceux-là même qui l’ont le plus émus. Le titre donné au livre Les petits bonheurs n’est que trop paradoxal avec l’affreux gouffre de tristesse et d’émotions qui nous emplissent les yeux à la lecture de ces infimes portions de vie.

A coeur ouvert, impunément et sans contournement, l’auteur relate des bouts d’histoires personnels, passées dans sa jeunesse, dans une France bien différente de celle connue aujourd’hui. Une époque tellement lointaine, une vie si dissemblable de celle du XXIème siècle, qu’elle en devient presque utopique et rêvée.

Un semblant de légèreté et de simplicité émane de la plume de l’auteur, qui donne à son oeuvre un poids idéal, fragile et croustillant, Eldorado de la société actuelle.

Bernard Clavel, jusqu’alors inconnu de ma personne, s’est vu me transporter dans le passé, me figurant moi-même une rétrospection de mes propres souvenirs passés. Comment ne pas ressentir de l’émotion, quand on est transporté dans un monde maintenant déchu, intimement plongé dans les affres de son auteur… Ce livre constitue une aubaine ; avoir la chance de vivre durant un récit la simplicité de la vie au XXième siècle, d’être soi-même téléporté quelques années en arrière, enfoncé dans notre bulle, et découvrir ce monde, si contraire à la société quotidienne.

Qu’il est dur de faire une chronique constructive sur une courte biographie, relatant des faits passés voilà des années. Le seul conseil que je puisse donner, c’est de lire ce somptueux recueil, qui ne paie pas de mine, mais apporte beaucoup.

Ce témoignage, doux retour sur l’enfance de l’auteur, nous montre l’image de la vie, la vraie vie. Un agile mais sobre coup de poing, prouvant les réels plaisirs que procure l’existence humaine.

 

Ma note : 8/10