Zazie dans le métro

Zazie dans le métro de Raymond Queneau
342 pages, éditions Folio Plus classiques

 

Résumé : – Zazie, déclare Gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléon, je t’y conduirai.
– Napoléon mon cul, réplique Zazie. Il m’intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.
– Qu’est-ce qui t’intéresse alors ?
Zazie répond pas.
– Oui, dit Charles avec une gentillesse inattendue, qu’est-ce qui t’intéresse ?
– Le métro.

Extraits :  « – Tu as de drôle d’idées, tu sais, pour ton âge.
– Ça c’est vrai, je me demande même où je vais les chercher.
 »
« Tu causes, dit Laverdure, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire. »

Mon avis :  Ce roman surréaliste, très étudié au cours du cycle scolaire, déroute tout un chacun. En effet, Raymond Queneau joue avec les codes traditionnels du roman : il créait une rupture avec le langage habituel en incorporant dans son récit des propos grossiers ou des fautes d’orthographe voulues. Certains apprécieront, d’autres moins. Une chose est sûre, même si ce livre semble mal écrit, sans intrigue et vide de sens, l’auteur a quand même prit une quizaine d’années de sa vie pour le finaliser ! C’est pas rien.

La trame de l’histoire est facile à comprendre : une petite fille du nom de Zazie se retrouve à Paris chez son oncle le temps d’un week-end, et son seul souhait est de prendre le métro. Manque de bol, il est en grève. Suit alors les petites péripéties de Zazie dans les rues de Paris.
Si cette intrigue vous paraît vide de sens, je peux vous l’assurer : elle l’est. Car Raymond Queneau n’a pas misé sur une histoire romancée banale, mais s’est plutôt interrogé sur le rôle et la place du langage.

Vous pensez que Zazie est la protagoniste de l’histoire ? Et si je vous disais que c’est en fait le langage, qui est le personnage principal ?! L’auteur nous dresse une critique du langage quotidien, qu’il voit comme creux, vide de sens. En effet, les petites péripéties qu’il narre dans son roman, sont peuplés de dialogues, qui ne servent à rien. Il conteste un emploi formaté du langage, qui s’adapte aux idées pré-conçues. Les grossièretés fusent, les fautes d’orthographes s’enchaînent, tout comme les défauts de prononciation (les deux exemples qui m’ont le plus frappés : hormossesuel et eczagérer…). Les personnages s’emballent, ils parlent pour rien dire, sans aucune pensée novatrice.
C’est principalement le perroquet Laverdure qui dénonce la perte de sens du langage en répétant inlassablement sa réplique « Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire« . Zazie est elle aussi une figure de dénonciation, en terminant ses répliques par « mon cul », elle se place en contestataire face aux adultes.

Zazie dans le métro, c’est aussi un livre comique et absurde, où se profile beaucoup d’ironies. Aucune scène n’est sérieuse, bien au contraire, le comique de situation est omniprésent, à tel point qu’on se retrouve avec des situations qui tournent en boucle, sans finalité.

Comme je le disais dans mon introduction, certaines personnes percevront ce que l’auteur a voulu suggérer et adhéreront totalement à sa cause. D’autres, comme moi, plus dubitatifs, ne seront pas vraiment touchés par cette harangue. Bien au contraire, cette lecture a été un supplice, tant la langue française a été détournée, rabaissée et injuriée.
Chez Raymond Queneau, tout n’est qu’ambiguîté et suggestion : autant au niveau de la forme que prend le récit, qu’au niveau des personnages, qui ne sont pas décrits, pas exploités ni approfondit. Le lecteur est obligé de chercher lui-même des informations, notamment pour faire le portrait de Gabriel, l’oncle de Zazie.

Cette oeuvre de Raymond Queneau a été adapté au cinéma par Louis Malle un an après sa publication. Les deux hommes recherchaient de l’innovation, pour ne pas divertir le lecteur, mais pour le déstabiliser et l’obliger à prendre du recul par rapport à l’oeuvre. L’un s’étant amusé avec le langage dans Zazie dans le métro, l’autre cherchant à retranscrire l’amusement du langage au cinéma.

Raymond Queneau revendique une nouvelle façon d’écrire : à travers l’apparence d’une histoire banale, il pointe du doigt la place du langage dans la société. Un langage appauvrit, académique et pré-conçu. Un livre à double tranchant, qu’on saura apprécier ou qu’on détestera.

 

Ma note : 6/10

L’Étranger

L’Etranger d’Albert Camus.
184 pages, éditions Folio plus

 

Résumé : Condamné à mort, Meursault. Sur une plage algérienne, il a tué un Arabe. À cause du soleil, dira-t-il, parce qu’il faisait chaud. On n’en tirera rien d’autre. Rien ne le fera plus réagir : ni l’annonce de sa condamnation, ni la mort de sa mère, ni les paroles du prêtre avant la fin. Comme si, sur cette plage, il avait soudain eu la révélation de l’universelle équivalence du tout et du rien. La conscience de n’être sur la terre qu’en sursis, d’une mort qui, quoi qu’il arrive, arrivera, sans espoir de salut. Et comment être autre chose qu’indifférent à tout après ça ?

Extraits : « Ils ont l’air de la même race et pourtant ils se détestent. »
« J’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore.« 
Mon avis :  Ce roman est très émouvant, il est bouleversant, c’est le premier livre d’Albert Camus que je lis, et je n’ai pas été déçue, bien au contraire ! Facile et rapide à lire, L’Etranger anime de multiples émotions à travers deux parties, l’une réservée à la découverte de sa vie et à la poursuite de ses mésaventures, et la seconde, au procès, et à la peine de mort qu’il recevra… ou non. L’indifférence et l’insensibilité du protagoniste m’ont émus : je me suis retrouvé à travers certaines lignes, quelqu’un peut sembler indifférent à ce qui l’entoure, mais au contraire, garder tout à l’intérieur de soi, sans extérioriser quoique ce fût. Caractérisé comme étranger, Mersault va s’avérer être quelqu’un d’à part, réellement étranger à sa propre existence et assez déroutant pour le lecteur. La mort est omniprésente dans ce roman, commençant dès le début par le récit de l’enterrement de sa mère, et finissant par sa propre peine, triste et tragique. le héros semble néanmoins prendre la mort comme une renaissance, pour trouver enfin un vrai sens à sa vie.

 

Ma note : 10/10