Certains coeurs lâchent pour trois fois rien


Certains coeurs lâchent pour trois fois rien de Gilles Paris
221 pages, éditions Flammarion, à 19€


Résumé : « Les cliniques spécialisées, je connais. Je m’y suis frotté comme on s’arrache la peau, à vif. Les hôpitaux psychiatriques sont pleins de gens qui ont baissé les bras, qui fument une cigarette sur un banc, le regard vide, les épaules tombantes. J’ai été un parmi eux. » Une dépression ne ressemble pas à une autre. Gilles Paris est tombé huit fois et, huit fois, s’est relevé. Dans ce récit où il ne s’épargne pas, l’auteur tente de comprendre l’origine de cette mélancolie qui l’a tenaillé pendant plus de trente ans. Une histoire de famille, un divorce, la violence du père. Il y a l’écriture aussi, qui soigne autant qu’elle appelle le vide après la publication de chacun de ses romans. Peut-être fallait-il cesser de se cacher derrière les personnages de fiction pour, enfin, connaître la délivrance. «Ce ne sont pas les épreuves qui comptent mais ce qu’on en fait », écrit-il. Avec ce témoignage tout en clair-obscur, en posant des mots sur sa souffrance, l’écrivain nous offre un récit à l’issue lumineuse. Parce qu’il n’existe pas d’ombre sans lumière. Il suffit de la trouver.


Extraits : « J’ai appris que lorsque la roue tourne, ce n’est pas toujours pour avancer. »

« Les mots et les images peuvent être trompeurs, tout comme les sentiments. Rien ne résiste au temps. »


Mon avis : Au-delà d’être un auteur talentueux, Gilles Paris est une personne formidable, un attaché de presse remarquablement doué dans son travail, qui défend avec ferveur la littérature dans sa globalité. Avec Certains coeurs lâchent pour trois fois rien, je découvre une autre facette de cet auteur, plus intime, une facette cachée, très différente de la personne publique qu’il laisse apparaître sur les réseaux sociaux ou dans les médias.

Ce livre n’est pas une autobiographie, mais bien des « éclats de vie », comme il aime à les appeler, des bribes d’instants, souvent sombres, de son existence, qui tendent à expliquer le terrible phénomène de dépression dans lequel il est tombé à maintes reprises. Car oui, derrière ce sourire engageant se cache un mal profond, qui remonte à son enfance. Son père, un homme violent, agressif, tant physiquement que moralement, le rabaisse continuellement, si bien que les mots reçus en pleine face deviennent des maux indélébiles, « Tu ne vaux rien« , « Tu ne feras jamais rien de ta vie« , « Tu es une merde« . Des mots qui blessent, qui s’impriment durablement dans la tête d’un enfant, pour persister inlassablement dans celle d’un adulte.

Ces mots vont le poursuivre sa vie durant, l’entraînant inexorablement vers une pente descendante. Gilles Paris enchaînera les épisodes dépressifs, les tentatives de suicide, passant d’établissements spécialisés en hôpitaux psychiatriques, faisant la rencontre de dizaine, vingtaine, voire centaine de patients et d’aides-soignants. Huit dépressions successives, desquelles il arrivera à se relever huit fois. Parmi ces aventures noires se glisse tout de même un peu d’espoir. L’écriture a eu un effet cathartique sur son état. Auteur de plusieurs romans à succès, dont Autobiographie d’une courgette, son plus connu, également adapté sur grand écran, ou Inventer les couleurs, son dernier en date, un album jeunesse illustré haut en couleurs ; chacune de ses parutions est une réponse à la violence et à l’absence du père. Néanmoins, il réussit à traverser ses différentes phases dépressives grâce à son amour des mots. L’écriture lui a permet de se libérer de ses mal-êtres, de le soutenir durant ses convalescence, de lui sortir la tête de l’eau.

Gilles Paris se livre également avec sincérité sur ses débuts sentimentaux et sexuels, sur ses découvertes de la vie, ses dérives, ses excès et ses expériences parisiennes plus ou moins enrichissantes. Il nous parle avec émotion du couple homosexuel qu’il forme avec Laurent, son partenaire de vie, infaillible, qui le soutiendra, peu importe les épreuves. Il nous raconte les belles rencontres qui ont jalonnées sa vie, de Françoise Sagan, auteure à succès, à ses collègues de boulot, en passant par Janine ou Laura, toutes ont illuminées sa vie et lui ont insufflées un semblant de bonheur parmi les pages noires de son histoire.


Des bribes de vies touchantes sur un auteur à succès. Entre épisodes dépressifs, aveux pudiques et émouvants, Gilles Paris met son coeur et sa vie à nu, comme il ne l’a jamais fait. Un témoignage puissant, sensible, empli de courage !

Ma note : 7,5/10

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ISBN : 978-2-0815-0094-5

Tout quitter


Tout quitter de Anaïs Vanel

188 pages, éditions Flammarion, à 18€


Résumé : « Un jour, j’ai acheté un Berlingo. J’ai mis quelques cartons dans le coffre et je suis partie. J’ai pris la route comme ça. Après ma journée de boulot, comme on part en week-end. J’ai avalé les kilomètres, en écoutant King of the road, de Roger Miller. Et enfin. Les pins. Les dunes. Les embruns. L’appartement. J’ai éventré les cartons. Trouvé mon maillot de bain. Et je suis allée me jeter dans les vagues. »

C’est l’histoire d’une fille qui change de vie.
Au rythme des saisons et des vagues de la Sud, la grande plage près de laquelle elle vient de s’installer, Anaïs retrouve les souvenirs qui habitent en elle. Devant l’étonnante simplicité des choses, au bout, il y a la réconciliation avec soi.


Extraits : « Un jour, j’ai acheté un Berlingo. J’ai mis quelques cartons dans le coffre et je suis partie. J’ai pris la route comme ça. Après ma journée de boulot, comme on part en week-end. J’ai dit au revoir à tout le monde. Comme une adolescente à la fin de l’été. »

« J’aime sortir de l’eau. C’est comme revenir d’un long voyage. Le temps dans l’océan n’est pas le même.« 


Mon avis : Qui n’a jamais rêvé de quitter son quotidien pour une vie plus trépidante ? Je pense que chacun y a déjà songé au moins une fois… mais très peu ont osé le faire. Anaïs Vanel l’a fait et nous raconte son aventure, dans une autobiographie romancée et poétique, que j’ai pris beaucoup de plaisir à dévorer.

Fini la routine parisienne, notre protagoniste embarque à bord d’un Berlingo, jette les affaires matérielles superflues, et part à l’aventure, direction La Sud, la plage, le surf, le soleil, les grandes étendues de sable, le calme et la nature sauvage. Là-bas, elle va réapprendre à profiter de la vie, à goûter pleinement à son quotidien, sans être entravée dans des obligations superflues, qui ne mènent à rien.

Anaïs Vanel m’a littéralement fait rêver : tout quitter sur un coup de tête pour vivre la vie qu’elle a décidé de mener… très peu osent le faire. Son récit a fait écho dans ma vie. En effet, j’en suis à un tournant de ma vie où les questions vont bon train : mon quotidien, mon métier, mes rêves, mes aspirations, mes désirs et mes besoins… tant de sujets qui ne tournent en boucle quotidiennement dans mon esprit, sans pour autant trouver de réponse tangible.

On ressent entre ses pages le bonheur de notre protagoniste, qui est enfin pleinement celle qu’elle a toujours rêvée d’être, dans les lieux où elle a toujours rêvé habiter. Et son bonheur est tellement intense qu’il est communicant et qu’il se transmet aisément à l’ensemble des lecteurs. En somme, c’est une vie simple qu’elle a décidé de mener : une vie éloignée de la capitale parisienne, mais proche de la nature, au contact des vagues. Je vous assure, on prend vraiment un bol d’air frais en lisant ce livre, et on se prête à rêver d’une vie similaire : simple et heureuse.

Petite mention spéciale à l’originalité du récit en tant que tel : Tout quitter n’est pas un roman à proprement parlé, et les pages ne sont pas écrites comme telles. Ce sont de courts paragraphes qui n’excèdent pas 20 lignes, et qui racontent tantôt des moments de vie heureuse, tantôt des souvenirs joyeux ou des bribes de bonheur. Le tout raconté sur une année, au gré des saisons. La plume de l’auteure se veut simple, mais elle parle véritablement aux lecteurs, et c’est un réel plaisir que de lire les morceaux de vie qu’elle nous narre.


Une autobiographie qui prône la soif de vivre sa vie comme on l’entend. J’ai vraiment adoré cette lecture, qui m’a apporté beaucoup de bonheur et de quiétude.

Ma note : 9/10

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S’inventer une île


S’inventer une île de Alain Gillot

207 pages, éditions Flammarion, à 17€


Résumé : Alors qu’il est sur un chantier en Chine, Dani apprend que son fils, Tom, 7 ans, s’est noyé. Il rentre précipitamment pour rejoindre Nora, sa femme, et s’occuper des formalités. Mais il traverse cette nouvelle réalité en étranger. Son chagrin ne trouve pas sa place, tout comme ses regrets, ceux de s’être si souvent absenté de chez lui. Quel père aura-t-il été en fin de compte?C’est alors qu’il lui apparaît, son fils, tel un petit fantôme de chair et d’os, et qu’il lui parle. Dani résiste un temps à sa présence aussi magique qu’inexplicable, puis l’accepte. Ensemble, ils partent pour Belle-Île, s’inventer un endroit à eux, leur île, où Dani retrouvera des forces, pour apprendre à vivre d’une autre manière, plus essentielle.


Extraits  « Elle pense que le secret du bonheur, c’est la sagesse. Être heureux de ce qu’on a et savoir s’en contenter. »

« La frontière entre la réalité et l’imaginaire, quand on est au bout de tout, est plus fragile qu’on ne le pense. »


Mon avis : Un grand merci à Babelio ainsi qu’aux éditions Flammarion de m’avoir permis de découvrir ce livre et cet auteur français.

Dani et Nora, parents d’un petit garçon de 7 ans, se retrouve seuls du jour au lendemain. Tom, leur fils, s’est noyé alors qu’ils n’étaient pas là. Comment arriver à surmonter cette terrible épreuve ? Comment faire son deuil et aller de l’avant ? Pour Dani, c’est chose impossible. Il s’imagine Tom encore vivant, et vit son quotidien en conséquence.

La thématique est complexe, difficile autant à aborder par écrit qu’à lire. Il s’agit de ne pas tomber dans le pathos, mais de rester sobre dans sa manière d’écrire, tout en faisant ressortir un maximum d’émotions aux lecteurs. Pari gagné pour Alain Gillot, qui réussit cet exploit avec brio !

Dani et Nora vont aborder le deuil de deux manières différentes : l’une, choquée et réaliste face à cette terrible épreuve, va sombrer dans une dépression profonde. L’autre, encore loin d’accepter le deuil, va s’imaginer un quotidien où Tom serait encore présent.

Terriblement poignante, la douleur que ressentent les parents du petit Tom fait échos en chacun de nous. Elle s’est  immédiatement immiscée dans mon coeur, et m’a mise plus d’une fois au bord des larmes. Même sans jamais avoir vécu une situation similaire ou approchant, on ne peut qu’être touché par ce drame, par les mots que pose l’auteur dessus, et par les différentes manières dont les protagonistes abordent cette tragédie.

Je ne peux guère vous en dire plus sur ce roman, qui ne peut pas être tant raconté que ça, mais qui se vit, tout simplement.


Un roman tendre mais puissant qui dépeint avec émotions le chemin vers le deuil. Vous n’en ressortirez pas indemne !

Ma note : 8,5/10

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Pêche


Pêche de Emma Glass

125 pages, éditions Flammarion, à 14€


Résumé : Il est arrivé quelque chose à Pêche. Elle erre dans la rue, du sang coule sur ses jambes, l’odeur de son agresseur lui colle à la peau. Ça lui fait mal de marcher mais elle parvient à rentrer à la maison en titubant et tombe sur une autre réalité cauchemardesque : celle de son cercle familial, qui ne semble s’apercevoir de rien. Ça devient difficile pour elle de trouver le sommeil, et plus difficile encore de travailler quand l’odeur graisseuse des saucisses grillées envahit ses narines, sans parler de s’alimenter. Même si elle tente de fermer les yeux sur ce qui s’est passé, Pêche finit par envisager l’acte drastique, cruel, qu’elle se doit d’entreprendre.

Dans cet éblouissant premier roman, Emma Glass articule l’indicible avec une verve à couper le souffle. Physiquement intense, dans une prose rythmée, qui plonge au plus profond, Pêche marque l’arrivée d’une voix nouvelle et visionnaire.


Mon avisJ’ai lu ce petit roman d’une traite il y a près d’un mois. L’histoire ne m’a pas tant passionnée, mais une lectrice assidue comme moi ne fait qu’une bouchée d’un livre de seulement 125 pages. C’est donc près d’un mois après la fin de cette courte lecture que je me penche enfin sur mon ordinateur pour écrire mon ressenti sur ce livre. Problème : je n’ai presque aucun souvenir de cette histoire…

Ce dont je me souviens avec exactitude, c’est l’écriture assez singulière de Emma Glass, qui use de phrases courtes et hachées pour débiter son histoire. C’est assez inattendu et ça surprend au début. Certains pourront s’y faire, d’autres moins. En tout cas, ce style d’écriture m’a gênée durant ma lecture, puisque outre le fait que certains mots sont répétés plusieurs fois de suite, les phrases courtes ne m’ont pas permises d’entrer au coeur de l’histoire.

L’histoire d’ailleurs, parlons-en. Une jeune fille se fait violer, mais décide de le cacher à ses parents et de se guérir seule. Mais son agresseur est loin d’en avoir fini avec elle. S’ensuit des scènes assez spéciales, dont une qui m’a particulièrement choquée : le moment où cette jeune fille décide de se recoudre les parties intimes. Horrible… L’histoire est assez abstraite, parfois incohérente et l’ensemble des personnages sont étranges. Vous l’aurez sans doute compris : je n’ai pas adhéré à l’histoire et j’ai encore moins compris où l’auteure voulait nous emmener.


Pêche, c’est un livre étrange, sans doute un peu trop visionnaire, que je n’ai malheureusement pas apprécié. 

Ma note : 2/10

 

La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose


La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose de Diane Ducret

271 pages, éditions Flammarion, à 19,90€


Résumé : La loi de Murphy n’est rien comparée à la loi d’Enaid : tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera plus mal encore qu’on aurait humainement pu le prévoir. Après avoir été quittée à Gdansk par téléphone, Enaid se rend à l’évidence : les fées qui se sont penchées sur son berceau ont dû s’emmêler les pinceaux. Comment expliquer, sinon, la sensation qu’elle a depuis l’enfance qu’il lui a toujours manqué quelqu’un ? Il y a de quoi se poser des questions quand les parents adoptifs sont en fait les grands-parents, que la mère est danseuse de nuit, que le père change de religion comme de famille, que les bunkers de l’ETA servent d’école buissonnière. Et que l’accident d’un instant devient la fracture de toute une vie ? On peut se laisser choir ou faire le saut de l’ange. Être boiteux ou devenir un flamant rose. Sur ses jambes fragiles, tenir en équilibre avec grâce par le pouvoir de l’esprit, un humour décapant et le courage de rester soi.


Extraits « Il m’a toujours manqué quelqu’un, au plus profond de moi, jusqu’au jour où j’ai décidé de ne plus attendre personne. »

« Pourquoi les hommes se mettent avec des femmes qu’ils n’aiment pas vraiment, et en désirent d’autres qu’ils rejettent par peur d’en tomber amoureux et, ô malheur, de s’engager ? »


Mon avis : Je remercie l’opération Masse Critique de Babelio, ainsi que les éditions Flammarion, qui m’ont permis de découvrir ce livre.

Enaid est une jeune femme d’apparence gaie et joyeuse, qui cache en fait un mal-être et des secrets qui la rongent. Elle nous raconte sa vie, jalonnée d’obstacles douloureux : des parents absents, un avortement dès l’adolescence, la violence physique et la drogue…

J’avoue avoir été décontenancée par ce roman. La couverture est colorée et gaie, le titre joyeux, les premières pages du livre totalement hilarantes, soit autant d’éléments qui me faisaient penser à un roman « chick-lit », léger et rigolo. Mais il n’en est rien, puisque rapidement l’histoire devient triste, presque tragique. La Enaid du début se dévoile, et l’on découvre une femme bouleversante, qui raconte avec gravité l’histoire de sa vie.

A l’intérieur de ce livre, il n’y a que très peu d’actions, tout est dans l’affect, le sentiment, l’émotion. Je vous avoue que le début du livre (la partie la plus marrante de l’histoire) était excellent, je me suis bien marré aux côtés d’Enaid, cette femme au courage et à l’humour décapant. Mais lorsque l’histoire annonce son tournant tragique, j’ai été tellement déboussolée et déçue de ne plus percevoir d’humour dans le personnage de Enaid, que je ne me suis pas impliqué dans le récit et, de ce fait, n’ait pas adhéré à l’histoire contée. C’est bien dommage, puisque l’auteure a du potentiel et une écriture sympathique.


Un roman sympathique, mais pas exceptionnel. C’est une histoire pleine d’émotions, qui repose uniquement sur l’affect du lecteur. J’ai passé un bon moment, mais je n’en garde pas un souvenir mémorable.

Ma note : 5/10