Chez le véto


Chez le véto de Béatrice Guelpa
173 pages, éditions Favre, à 15€


Résumé : 50 chroniques édifiantes et émouvantes. Coups de foudre au refuge, coup de sang contre les expérimentations animales, coup de gueule pour raconter la maltraitance ou la négligence de la part de certains maîtres, coup de coeur pour évoquer les belles histoires d’animaux résilients ou les miracles opérés dans le quotidien des familles par des animaux doux et bienveillants : toutes les histoires de ce recueil nous parlent de notre rapport aux bêtes, notre envie d’affection, leur besoin d’attention, nos attentes, sources parfois d’incompréhension, nos projections et révélations réciproques.

Chez le véto évoque aussi, bien sûr, des histoires de bobos, d’angoisse en attendant le diagnostic, ou de chagrin, lorsqu’un compagnon de route s’en va. Mais aussi des récits drôles, tendres, de petits soucis à résoudre, de naissance, de guérison et de gratitude. Ce livre rassemble les rencontres d’une journaliste talentueuse qui, grâce à l’aide complice des animaux, a su faire se baisser les barrières dans un cabinet vétérinaire romand. Mais derrière les bêtes se cachent surtout les hommes, avec leurs histoires et leurs émotions.


Extraits«  »Ça te dirait d’aller voir ce qui se passe dans la salle d’attente d’un cabinet vétérinaire et d’en faire des chroniques ? » Voilà la proposition que m’a faite Ariane Dayer, rédactrice en cheffe de l’hebdomadaire suisse Le Matin Dimanche.

Les animaux, moi, je n’y connaissais pas grand-chose. Je n’ai ni chien, ni chat, ni poisson rouge. Mais j’aime attendre, alors j’ai dit oui, et pendant deux ans je suis allée régulièrement m’asseoir à côté de propriétaires d’animaux de toutes sortes. Ils m’ont raconté leur vie et celle de leurs perroquet, chien, chat, lézard ou encore tortue. Ils ont évoqué l’expérimentation animale, la maltraitance, mais aussi la résilience et les capacités surprenantes de leurs bêtes. Ils m’ont parlé d’amour. Certains ont pleuré. Pour moi, cette salle d’attente est devenue le miroir de notre société. Un lieu unique, dans lequel les classes sociales, les âges, les origines s’effacent. Et l’intimité des êtres se dévoile. »

« Il y a des moments où le passé s’invite, souvenirs décousus, tristes et gais. Une vie qui défile soudain en accéléré. »


Mon avis : Béatrice Guelpa, journaliste à Genève, a couvert plusieurs théâtres d’opérations étrangères, a également travaillé pour la télévision et le cinéma. On retrouve dans ses chroniques un goût prononcé pour la rencontre, avec une certaine fibre sensible, pleine d’empathie et de volonté de comprendre l’autre.

Durant plusieurs semaines, la journaliste s’est assise dans la salle d’attente d’un vétérinaire, pour regarder les clients passer, échanger avec eux, rencontrer leurs animaux de compagnie. Une expérience humaine originale, qu’elle nous raconte dans plusieurs courtes chroniques distinctes. C’est un petit livre sans prétention, qui se lit rapidement et parlera essentiellement aux amoureux de nos amis les bêtes. Ce sont de très courtes chroniques qui n’excèdent pas deux pages, un peu rébarbatives à la longue, qui se feuillette plus pour apprécier l’expérience sociale que pour le contenu à proprement parler, que j’ai trouvé assez plat. Peut-être qu’avec l’ajout de quelques croquis ou dessins en noir et blanc les chroniques auraient-elles étaient plus dynamiques, intimistes, attachantes.

Elle va voir défiler un panel d’animaux assez phénoménal, avec des chats et chiens classiques, mais aussi des tortues, des serpents, des pigeons et bien d’autres encore… Au contact direct de leurs maîtres et maîtresses, l’auteure va puiser dans les histoires personnelles de chacun et les anecdotes plus ou moins farfelues pour étoffer son livre. Ainsi, on y découvre des histoires sentimentales, touchantes, des relations fusionelles, parfois étonnantes, dissonantes, mais aussi des récits plus tristes, des décès, des séparations forcées… peu importe l’animal, peu importe le propriétaire et leurs vécus, on ressent beaucoup d’amour qui transpire de chacune des chroniques partagées.


Une journaliste dresse des chroniques pleines de vie sur le quotidien d’un cabinet vétérinaire. Une expérience sociale et humaine intéressante, qui nous fait passer un bon moment.

Ma note : 5,5/10

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ISBN : 978-2-8289-1885-9

MH 370


MH 370 de François Renault
348 pages, éditions Favre


Résumé : Le 8 Mars 2014, un B777-200 de la compagnie Malaysia Airlines effectuant un vol commercial à destination de Pékin, disparaissait mystérieusement, 40 minutes après avoir décollé de l’aéroport international de Kuala-Lumpur, avec à son bord 239 passagers et membres d’équipage. Six ans plus tard, l’appareil et ses passagers n’ont toujours pas été retrouvés et le mystère demeure entier. Cette disparition constitue une anomalie, celle d’un accident sans épave et sans trace matérielle, d’une volatilisation sans images radar et sans enregistreurs de vol, d’un évanouissement sans message de détresse et sans communications radio…
Une analyse objective des faits, sous la forme d’une fiction narrative, démontre que la disparition du Boeing de la Malaysia Airlines n’était pas un accident, mais le résultat d’un acte prémédité et méticuleusement préparé. Les organisateurs de cette opération savaient qu’aussi longtemps que l’épave de l’avion ne serait pas découverte, toute explication de sa disparition ne resterait que pure hypothèse ou conjecture… Toutefois, même en l’absence de preuve matérielle, il est possible d’affirmer que celle-ci repose bien au fond de l’océan Indien…, mais dans une région fort éloignée de la zone qui a été fouillée. En Juillet 2018, l’équipe internationale d’enquête concluait dans son rapport final qu’elle était incapable de déterminer la cause réelle de la disparition du vol MH 370, ni l’endroit exact où l’avion se trouvait. Fallait-il pour autant ne plus chercher à comprendre ?…
Bertrand, rédacteur en chef du magazine Le Miroir, fait appel à Hugo, ami et ancien pilote pour rouvrir le dossier et remettre en question la version officielle de cette disparition.


Extraits« Moi qui appréhende déjà l’idée de monter dans un avion… À la sensation de claustrophobie que j’éprouve dès que je pénètre dans la cabine s’ajoute celle, terrifiante, de manquer de contrôle une fois dans les airs. Passif, assis sur un siège pendant des heures, on met sa vie entre les mains du pilote, un parfait inconnu que l’on ne voit même pas. Et on a beau se répéter en long, en large et en travers que les statistiques jouent en notre faveur, notre cerveau ne cesse de nous rappeler que voler n’est pas naturel et que, s’il y a un problème, la seule issue possible est la mort. »

« Les actes humains ont le plus souvent une finalité, même si celle-ci n’apparaît pas immédiatement à l’esprit !… »


Mon avis : Le vol MH 370 de la Malaysia Airlines fascine, intrigue, questionne. Rappelez-vous : le 8 mars 2014, ce vol commercial reliant Kuala Lumpur à Pékin disparaissait subitement des radars de contrôle, 40 minutes seulement après son décollage. À son bord : 239 passagers et membres d’équipage. Six ans plus tard, les enquêteurs révèlent les résultats de leurs investigations : l’avion n’a toujours pas été retrouvé, le mystère autour de ce vol demeure entier.

Dans ce documentaire fictionnel, François Renault, directeur industriel et passionné d’aéronautique, mène sa propre enquête sur la disparition du MH 370. Entamée en 2016, cette enquête, largement documentée et détaillée, est le fruit d’un travail de recherche minutieux, qui est une réponse subjective au mystère qui continue d’entourer la disparition de l’avion.

Dans ce récit romancé, il met en scène Hugo, un ancien pilote, pour débroussailler le mystère du vol, au profit de Bertrand, un vieil ami, rédacteur en chef d’un magazine national. Hugo va fouiller nuit et jour les rapports d’enquêtes, il va s’entretenir longuement avec des professionnels de l’aéronautique, de la communication radar et autres, afin d’apporter des réponses plausibles et censées aux questions de Bertrand et du monde entier.

Le parcours de l’avion nous est présenté minutieusement. François Renault détaille avec moults informations pratiques mais techniques le décollage, le dernier contact radar, puis le changement de cap de l’avion, qui l’a emmené tout droit au-dessus de l’océan Indien. Il pointe du doigt avec force et conviction le commandant de bord, Zaharie Ahmad Shah, qu’il juge pleinement responsable du détournement de l’avion et de sa disparition. Les enjeux du détournement restent encore assez flous, mais les explications supposées fournies par Hugo demeurent plausibles, censées, possiblement réelles.

 

 

Je ne sais pas si j’ai vraiment apprécié lire ce livre. J’ai souhaité le découvrir pour avoir un éclairage nouveau sur cette histoire, qui a fascinée le monde entier et qui continue à soulever toutes sortes d’interrogations. Mais les informations trop techniques distillés par l’auteur ont souvent freiné ma lecture. C’est une bonne chose d’étoffer autant l’histoire avec des détails à foison, cela montre précisément à quel point François Renault s’est impliqué dans son enquête personnelle et désire mettre à disposition au plus grand nombre les résultats auxquels il est parvenu. Néanmoins, donner trop de détails contribue à perdre le lecteur non-initié ; ce fût mon cas. Je n’ai pas lu minutieusement chacune des pages, j’ai sautée celles qui recelaient trop de termes techniques, souvent incompréhensibles. Mais pas d’inquiétudes : un glossaire a été ajouté à la fin du livre, pour les plus courageux qui désireraient approfondir leurs connaissances aéronautiques. 

Une chose est sûre : durant l’ensemble de ma lecture, j’ai eu une pensée émue pour les familles des victimes, qui restent à ce jour plongées dans l’incompréhension la plus totale. Sans explication sur ces disparitions, sans découverte de corps, il est parfois compliqué de pouvoir faire son deuil correctement.


Un documentaire fictionnel riche en informations mais très technique, qui donne des explications subjectives et plausibles à la disparition du vol MH 370, survenue le 08 mars 2014. intéressant pour les passionnés d’aéronautique, mais plus complexe à suivre pour les non-initiés. 

Ma note : 7/10

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ISBN : 978-2-8289-1882-8

Terrien, t’es rien !


Terrien, t’es rien ! de Valott
103 pages, éditions Favre, à 14€


Résumé : Comme le disait l’auteur de BD Moebius : « Dessinateur est le métier le plus libre du monde. On vous enferme dans une pièce et vous faites ce que vous voulez. »
Tout dessinateur est un confiné d’origine. Il utilise sa planche à dessin comme une planche de salut et dessine pour s’évader. Dès que la pandémie a débuté, Valott a traduit ce que nous traversions grâce à la finesse de ses traits. Il a réalisé des instantanés du quotidien, tout en y ajoutant sa touche humoristique, mais aussi ses références artistiques et philosophiques; sans faire l’impasse sur la franche rigolade, si essentielle à la survie.
Cet ouvrage, c’est l’occasion de revenir sur un phénomène qui a touché la terre entière et nous a tous réunis. Un combat à coup de crayons pour ne pas oublier que nous avons vécu une partie de l’Histoire qu’il faut faire nôtre. Il y a des leçons à tirer, des réflexions à mener et une solidarité à entretenir.


Extraits : « Dès qu’une actu tombe, le dessinateur se trouve face à d’innombrables chemins qui pourraient le mener à « l’Idée ». Graal que tout illustrateur espère trouver mais qu’il ne déniche que rarement, hélas… Dès que le virus a commencé à faire des ravages à Wuhan, j’ai tracé rapidement quelques pistes graphiques histoire de planter le décor. J’ignorais alors que j’allais m’y balader pendant des semaines… »

« Le virus, l’impuissance des humains et l’image mythique de l’homme face aux tanks sur la place Tian’anmen se sont téléscopés dans mon esprit. »


Mon avis : Valott est un artiste, dessinateur, caricaturiste, très actif sur sa page Facebook du même nom, où il publie presque quotidiennement des dessins, croquis, esquisses, qu’il réalise. Durant la pandémie mondiale, et notamment lors du premier confinement, l’artiste a abondamment dessiné pour occuper ses journées. Il soumettait chaque jour ses créations aux internautes, pour apporter gaieté et bonne humeur en ces temps sombres et tristes.

Les éditions Favre ont choisi de regrouper ses meilleurs dessins sur le coronavirus en un album d’illustrations humoristiques et loufoques. L’auteur y ajoute quelques petits commentaires personnels, ainsi que la date de publication Facebook du dessin.

Je dois avouer que je ne connaissais pas cet artiste avant d’ouvrir ce livre, mais j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ses planches et à les partager à mon entourage. Les dessins de Valott ne sont pas  équivoques : simples, concis, mais tellement parlant !

                                     

J’ai aimé cet ouvrage : c’est une bonne manière de dédramatiser la situation actuelle, d’apporter de la légèreté à un quotidien parfois trop lourd à supporter. Valott tourne également en dérision des situations parfois incongrues et inédites auxquelles nous avons dû faire face. Avec du recul, nous prenons conscience de certaines réactions, certaines actions ou certaines mesures qu’il aurait été plus judicieux de faire différemment.


Une bande-dessinée originale, qui aborde avec humour la pandémie mondiale. De quoi apporter sourires et gaieté dans notre quotidien morose, hanté par la COVID19. 

Ma note : 7/10

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ISBN : 978-2-8289-1859-0

Le goût de vivre – L’anorexie n’est pas un combat sans faim


Le goût de vivre – L’anorexie n’est pas un combat sans faim de Sabrina Missègue

285 pages, éditions Favre, à 19€


Résumé : L’anorexie est une maladie principalement féminine (90 % des patients anorexiques) et se déclenche le plus souvent entre 14 et 17 ans, mais concerne aussi des personnes plus âgées. En France, elle touche environ 1,5 % de la population féminine de 15 à 35 ans, soit près de 230’000 femmes à travers le pays. Le taux de suicide associé à l’anorexie est le plus important de toutes les maladies psychiatriques.
Adolescente à la sensibilité à fleur de peau, Sabrina rêve d’être danseuse. Pour se donner les moyens de vivre sa passion, elle entreprend seule, à 16 ans, les démarches pour s’exiler une année aux États-Unis afin d’intégrer une école de danse.
Elle reviendra de ce séjour avec une silhouette cadavérique de 25 kilos pour 1,59 m. Un combat ardent va ainsi commencer. Contre l’entourage, contre les médecins et les médicaments, contre la maladie et la mort. Contre ce mal pervers et ravageur qu’elle compare à un cancer de l’âme. Pour préserver sa vie.
En 2003, un livre marque un tournant dans sa vie : Lettres à l’absente, de Patrick Poivre d’Arvor, adressé à sa fille Solenn décédée de la même maladie en 1995. Touchée par ce témoignage d’un père si aimant et respectueux alors qu’elle-même avait été mise à la porte, Sabrina décide d’écrire une lettre au journaliste.
Réfugiée chez son grand-père dans le Périgord, elle reçoit quelques jours plus tard un appel de PPDA, qui lui propose de venir à Paris. De cette rencontre décisive naîtra une relation de soutien sur plus de 15 ans, des encouragements constants pour qu’elle n’abandonne pas. « Tu as une signature dans l’écriture, fais-en ton projet, ça va t’aider…tu es une visionnaire qui se projette… ». Une relation qui l’a sauvée du geste fatal et qui lui a dévoilé son identité. Un pilier auprès duquel elle s’est ressourcée, reconstruite, inspirée.
« C’est le récit d’un bout de vie qui évoque comment l’anorexie s’est immiscée dans mon corps à mon insu.
Comment ce trouble est devenu ma raison d’être et comment elle a dirigé tous mes faits et gestes. La portée de mon témoignage se veut positif, c’est pourquoi je confie les choix qui m’ont permis d’avancer. Je livre des pistes qui pourront aider toutes personnes touchées, de près ou de loin, par une tumeur qui affecte leur identité jusqu’à la leur voler. »


Extraits : « On m’avait balancé le mot « anorexie » une bonne centaine de fois par jour, on m’avait proposé des médicaments susceptibles d’abrutir un mal que je ne soupçonnais pas mais on ne m’avait jamais confrontée à celle que je devais, dans mon inconscient, redouter le plus, moi-même. »

« Quand l’anorexie se voit, c’est un aveu de son obstination. Il n’est pas trop tard, jamais, mais ça dénonce les années de silences douloureux. »


Mon avis : Il y a quelques mois, j’ai lu le puissant témoignage du très célèbre journaliste Patrick Poivre d’Arvor, Elle n’était pas d’ici, qui m’avait beaucoup ému. C’est le récit d’un père, qui raconte l’indicible : le décès brutal de sa fille Solenn, suite à une maladie mentale souvent pointée du doigt mais peu reconnue dans le monde médical : l’anorexie. Sorte d’exutoire cathartique, PPDA dévoile avec pudeur toute la souffrance ressentie suite au décès brutal de sa fille. Sabrine Missègue lit ses écrits et se sent immédiatement happée par ses mots, pudiques mais intenses, qui arrivent à expliquer l’inexplicable. Elle prend alors son courage à deux mains et décide d’écrire à TF1 une lettre destinée à PPDA, dans laquelle elle se présente comme une jeune femme atteinte d’anorexie. Alors qu’elle ne s’y attend pas, le journaliste lui répond et lui donne rendez-vous quelques temps plus tard à la Tour TF1. S’ensuivra d’autres rencontres, parsemée de confessions, d’émotions et de beaucoup d’espoir.

Car Sabrina est atteinte d’un mal qui la ronge depuis des années : l’anorexie. Sans s’expliquer vraiment son apparition, elle vit depuis avec sa jumelle maléfique, celle qu’elle surnomme Elle durant l’ensemble de son témoignage. Malgré le soutien de ses proches, ses nombreux séjours en hôpital spécialisé, elle n’arrive pas à se défaire de cette maladie. Ses seuls moments d’accalmie apparaissent lors de ses rencontres avec Patrick Poivre d’Arvor, des moments chargées d’intensités, où le journaliste arrive à trouver les mots justes pour lui intimer de continuer le combat. Autre exutoire : son projet d’écriture autobiographique, qu’elle espère pouvoir faire éditer un jour pour venir en aide à d’autres jeunes filles accablées par ce mal.

Pour information, l’anorexie mentale est un trouble qui touche 1 à 2% des femmes et qui concerne essentiellement les jeunes filles de 12 à 20 ans. Elle se caractérise pas la restriction volontaire, pas forcément consciente, de l’apport alimentaire, ainsi qu’un refus de prise de poids, caractérisé par une hyperactivité sportive ou des vomissements forcés, dans le cas de Sabrina. Pas d’inquiétudes : si certaines scènes provoquées par la maladie peuvent être violentes, Sabrina les narre d’une manière feutrée, douce, de façon à ne pas choquer les lecteurs.

C’est là toute la subtilité du récit de Sabrina, qui narre avec justesse et douceur des épisodes terribles de sa vie. Le paradoxe entre brutalité des scènes et douceur des mots est brillamment illustré sous forme de dessins en noir et blanc, réalisées par Sabine Fèvre, qui représentent une silhouette fine, élancée, archétype de l’auteure. Une façon toute personnelle de mettre en image le mal-être qui la ronge.

Sabrina Missègue aura mis plus de 10 ans à écrire et éditer son livre. C’est également le temps qu’a durée sa soumission à cette maladie mentale. De ce fait, ce livre s’étant écrire sur le long terme, il est évident qu’il comporte certains passages assez lents, qui ont tendance à s’étirer dans le temps et à devenir redondants. C’est le seul point négatif que je retiendrai de cette lecture, point noir noyé parmi les messages optimistes et plein d’espoirs de Sabrina.

Aujourd’hui, bien qu’elle ne soit pas totalement guérie d’Elle, Sabrina va mieux : elle a compris qu’Elle sera toujours là, à ses côtés, mais qu’une introspection intérieure et une connaissance poussée de soi et de sa maladie est nécessaire pour espérer pouvoir s’en sortir. J’admire véritablement son courage ; son courage face à la maladie, pour l’avoir combattu durant plus de dix ans, presque seule, sans beaucoup d’aide extérieur ; puis son courage d’avoir osé retranscrire son parcours archaïque, de s’être dévoilé, dans des situations parfois cocasses, peu valorisantes, avilissantes. Il faut une force de caractère particulière pour se mettre à nu de cette façon. 

Enfin, j’ai particulièrement apprécié les dernières pages du récit, que j’ai trouvé les plus poignantes : elles m’ont fait venir les larmes aux yeux. Sabrina écrit une lettre touchante à sa « jumelle » et conclue par une exclamation teintée d’émotions déclamée par Patrick Poivre d’Arvor : « Au moins une qu’elle n’aura pas emportée !« . Sabrina Missègue reste très impliquée dans la lutte contre l’anorexie, allant jusqu’à conclure son récit par quelques conseils pour les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire, ou pour accompagner des connaissances qui se battent contre Elle. PPDA reste lui aussi engagé dans cette lutte, il a notamment contribué à la fondation de La Maison de Solenn, en hommage à sa fille décédée, qui est un espace d’accueil et de soutien pour les adolescents souffrant de troubles divers (anorexie, dépression nerveuse, état suicidaire…).


Un témoignage intime et poignant qui dévoile avec pudeur le combat haletant de Sabrina contre l’anorexie. Avec justesse, elle met des mots sur ses maux afin de susciter une prise de conscience sur les ravages de cette maladie destructrive.

Ma note : 7/10

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ISBN : 978-2-8289-1838-5

À la frontière de notre amour


À la frontière de notre amour de Kyra Dupont Troubetzkoy

179 pages, éditions Favre, à 18€


Résumé : Gaïa, une jeune humanitaire, brave tous les interdits liés à sa profession pour succomber au charme d’un soldat en mission spéciale qui refuse pourtant de lui révéler sa véritable identité. Rencontré par hasard à un checkpoint en pleine guerre de Tchétchénie, elle ne sait rien de ce mystérieux « Peter » qui disparaît au terme de sa mission alors qu’elle en tombe éperdument amoureuse. Qui est-il vraiment ? Un millitaire, un agent, un espion ? Se sert-il d’elle ? Leur histoire est-elle possible ?

Le lecteur suit Gaïa – et Peter par procuration – au gré de leurs différentes missions dans le Caucase, en Afghanistan puis à New York, doute et espère avec elle, parachuté au cœur de conflits qui ont façonné la carte du monde actuel et dont elle révèle, de l’intérieur, des aspects peu connus.

Basé sur des témoignages exclusifs d’ex humanitaires, ce roman d’amour raconte la guerre de l’intérieur. Le personnage principal, Gaïa, révèle des scènes insolites de la vie sur le terrain, de missions dans des zones de conflits qui ont captivé le grand public. Adrénaline et suspense insufflent de l’énergie à ce récit qui permet un accès unique à des lieux rarement fréquentés – prisons, bases militaires, barrages et zones de guerre.


Extraits : « Les hostilités sont comme des maladies contagieuses, un virus difficile à endiguer. »

« Elles ne se doutent pas non plus que réunir ceux que les combats ont séparés, des proches qui se retrouvent après des mois sans nouvelles, c’est la consécration ultime, la récompense, l’apogée du bonheur. »


Mon avis : Gaïa est une jeune humanitaire, qui exerce ses fonctions dans des zones de conflits extrêmement dangereuses. C’est au cours d’une de ses missions qu’elle croisera le chemin de Peter, un homme séduisant, mais extrêmement mystérieux sur sa vie, en raison de son métier : commando dans les Forces Spéciales. Une jolie idylle va naître entre les deux jeunes gens, brève, mais intense, qui sera ponctuée de départs précipités, de longs mois d’attente, d’absences, d’inquiétudes et de secrets profondément enfouis.

Nous suivons la naissance de cette histoire d’amour atypique, singulière, audacieuse, diront certains. Entre Gaïa et Peter, c’est le coup de foudre instantané. Mais leur histoire est semée d’embûches : Peter ne peut rien dévoiler de ses missions à Gaïa, qui reste parfois sans nouvelle de lui durant des mois entiers. Dans sa situation, comment réagir ? L’inquiétude quotidienne, le désespoir, l’attente insoutenable, l’espoir de le revoir… avec toujours cette peur qu’il meurt au combat. J’admire véritablement cette jeune femme, d’abord pour le courage dont elle use quotidiennement sur le terrain, pour venir en aide aux populations locales, leur apporter nourriture, vivres, soutien psychologique… mais également pour sa force mentale. Elle s’engage dans une histoire d’amour qu’elle sait compliquée, mais elle n’hésite pas une seconde à dédier sa vie à cet homme, qu’elle connaît pourtant si peu.

J’ai aimé la dissonance de point de vue qui survient entre Gaïa et Peter. L’une se bat pour la paix et la liberté d’un peuple qui lui est étranger, elle secoure des populations grandement affaiblies, victimes d’horreurs sans nom ; tandis que l’autre se bat pour la liberté et la protection de son propre peuple, n’hésitant pas à répandre le mal et la mort sur son passage. Cette divergence majeure n’est que très peu abordée durant le récit ; pourtant, elle attise grandement la curiosité et aurait méritée un développement plus accru. Comment construire une histoire durable et stable sur des bases idéologiques mouvantes ? 

Certes, À la frontière de l’amour nous raconte avec émotions l’idylle naissante de Gaïa et Peter, ainsi que son évolution. Mais c’est avant tout un roman sur la guerre qui fait rage dans le monde, les désastres qui se perpétuent à quelques milliers de kilomètres de chez nous, sans toutefois que nous en soyons au courant. Des personnages sont déracinées, arrachées de leur terre, séparées de leur famille, sans plus aucun espoir en l’avenir. Le rôle des humanitaires comme Gaïa est essentiel, pour leur apporter autant de soutien que possible dans cette terrible épreuve. Bien évidemment, les conséquences psychologiques pour les bénévoles sont atroces : ils côtoient la misère, des horreurs indescriptibles, des morts, le danger quotidien.

Grâce à Gaïa, nous pénétrons dans des zones reculées, des barrages militaires, des prisons de guerre… des no man’s land terrifiants, qui attisent la curiosité du public. À des milliers de kilomètres de chez nous, la guerre fait rage, en Ingouchie, petit pays de 500 000 habitants, ou en Afghanistan, pays de 36 millions d’habitants, dévasté depuis 2001 par des attaques armées. Chaque jour, de nombreux soldats se battent pour libérer ces pays du joug de l’occupant, des humanitaires au grand coeur viennent en aide aux populations dévastées par ces guerres. Il est important de rappeler que ces conflits perdurent, que de nombreuses personnes sont encore engagées là-bas, pour venir en aide aux populations locales, souvent au péril de leur propre vie.

 

Malgré la gravité des éléments présentés, il m’a quand même manqué de l’affect, une émotion plus dense, plus prenante, pour apprécier encore plus le récit proposé. Pour être honnête, j’étais parfois seulement spectatrice de ce qui se jouait sous mes yeux, alors que j’aurais voulu pénétrer pleinement dans le récit, être touchée par les personnages, leur singulière histoire, l’horrible contexte guerrier narré. Seul le dénouement m’a apporté les émotions que je recherchais : serrement de coeur, larmes aux bords des yeux, gorge nouée.


Un récit émouvant sur l’histoire d’amour unique d’une humanitaire et d’un soldat des Forces Spéciales. Entre amour passionné et horreurs indescriptibles, Kyra Dupont Troubtzkoy nous plonge dans un univers singulier, en plein coeur des plus grands conflits mondiaux.  

Ma note : 7,5/10

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ISBN : 978-2-8289-1856-9