Tu vis en moi


Tu vis en moi de Alessandro Milan
235 pages, éditions Eyrolles, à 16€


Résumé : Tout commence à six heures du matin, quand deux journalistes endormis travaillant pour la même radio échangent sans le savoir leurs téléphones portables. Francesca est une force de la nature, toujours en mouvement, toujours joyeuse : on l’appelle Wondy, de Wonder Woman. Alessandro est joueur et un peu maladroit, il se laisse embarquer par la fougue de Francesca et l’amour qui les lie bientôt.

Avec elle, il apprend, jour après jour, à ressentir pleinement chaque émotion, à ne pas reculer devant les difficultés. Ensemble, ils ont à mener le plus terrible des combats : celui qui ne peut être gagné. Elle ne s’en relève pas. Mais c’est une mort qui ouvre sur la vie. Devenu messager de l’optimisme forcené de Francesca, Alessandro incarne aujourd’hui la foi et la résilience qui habitaient leur histoire.

Avec pudeur et sincérité, Tu vis en moi témoigne de l’épreuve qu’est le cancer, pour ceux qui en meurent, pour ceux qui restent. Formidable hymne à la résilience, il célèbre la force qu’on trouve en soi dans ces moments douloureux, celle qu’on se découvre après, pour continuer à vivre autrement.


Extraits :« Tu vois, comme souvent, rien n’est ni noir ni blanc, il n’y a que des nuances de gris.« 

« Comment annoncer à un étranger qu’un de ses proches va mourir ? Il n’existe pas de manière douce, car si nous savons tous que nous finirons un jour par partir, il n’est jamais agréable qu’on nous le rappelle. »


Mon avis : Alessandro Milan est l’auteur mais aussi le narrateur de cette tragique histoire. Il nous raconte avec lucidité et pudeur, son bonheur familial et amoureux, avant sa rencontre brutale avec le cancer de sa femme et la descente aux enfers qui s’ensuit pour cette famille éplorée. Époux et père aimant de deux jeunes enfants, Alessandro se retrouve confronté au cancer de sa femme, Francesca. Un cancer du sein d’abord, dont elle se rétablit progressivement, avec courage et abnégation. Mais les métastases ont opérés leurs chemins et le cancer s’est généralisé dans des parties beaucoup plus compliquées à opérer. Les médecins tentent de rallonger de quelques mois l’espérance de vie de Francesca, mais ils sont sans appel : elle ne pourra pas survivre.

L’auteur nous raconte avec détails et émotions son bonheur passé ; sa rencontre avec Francesca, leurs moments d’allégresse, leurs souvenirs de vacances, avec ou sans les enfants. Puis vient les épreuves, qui renforcent d’autant plus leur amour, qui les soude à jamais. Alessandro sera un mari très présent, conciliant, attentionné avec sa femme et ses enfants, se démenant sans relâche pour leur apporter tout le bonheur qu’ils méritent.

Les chapitres sont courts et oscillent continuellement entre passé lointain, passé proche et présent. J’avoue m’être progressivement perdu dans ce dédale de temporalité, qui changeaient un peu trop rapidement à mon goût, sans laisser de repères suffisants pour s’y retrouver convenablement. En somme, Tu vis en moi est conçu comme une sorte de journal intime, avec des pensées jetées pêle-mêle au gré des divagations et des souvenirs de l’auteur. On s’immisce dans leur vie, on perçoit leurs émotions avec brutalité, la douleur surtout, de voir souffrir un proche, puis de le perdre.

Enfin, on a beau connaître le dénouement depuis la première page du récit, il nous apparaît bien trop brutalement pour nous, lecteurs. Alessandro essaie pourtant de minimiser les faits, de les raconter de manière douce et atténuée ; mais on perçoit toute la douleur, la détresse et le vide tellement profonde causée par l’absence de l’autre. J’avoue sans honte que l’annonce faite aux enfants m’a tiré les larmes ; c’est le point d’orgue, le point final, le moment le plus intense et chargé en termes d’émotions. Inconsciemment, on essaie de se projeter, de se mettre à leurs places ; tantôt à celle d’Alessandro, maintenant chargé d’une responsabilité conséquente : celle d’élever seul ses enfants, de leur procurer tout le bonheur et le soutien dont ils ont besoin ; tantôt à celles des deux enfants, devant vivre, continuer à avancer, supporter un vide énorme, qui ne sera jamais comblé.

Après l’annonce du cancer, la perte elle-même, vient le terrible chemin vers la reconstruction. Alessandro gardera de Francesca le souvenir d’une femme optimiste, pleine d’énergie, qui ne flanchait jamais devant les obstacles ; c’est au travers cet ardeur qu’il va puiser la force de continuer à vivre, comme elle l’aurait souhaitée, à son image.


Un témoignage pudique et poignant sur l’épreuve que représente le cancer, la perte d’un proche, puis la reconstruction qui s’ensuit. Un récit bouleversant, sorte de journal intime, chargé en émotions. 

Ma note : 7/10

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ISBN : 978-2-212-57324-4
Traduction : Muriel Morelli

Je ne te pensais pas si fragile


Je ne te pensais pas si fragile de Kikka
263 pages, éditions Eyrolles, à 16€


Résumé : Clotilde est une battante qui trouve depuis qu’elle est jeune adulte de quoi nourrir son goût du défi dans l’entreprenariat. Devenue une épouse comblée et une mère de famille accomplie, Clotilde, en quête de plus de stabilité, accepte un poste de directrice du développement dans la filiale française d’un groupe néerlandais de cycles, Bike Wick. L’opportunité semble inespérée : l’entreprise affiche des valeurs humanistes en phase avec sa philosophie de vie et les valeurs chrétiennes que lui ont transmises ses parents, il s’agit de développer l’activité e-commerce avec la France, et le patron, M. Van Der Klipp, lui donne carte blanche…
Un an après son arrivée, Clotilde est parvenue à développer le département du e-commerce grâce à des solutions innovantes, tout en gagnant l’estime de ses équipes. Quand M. Van Der Klipp annonce son départ et leur présente son remplaçant, Karl Liechtenstein, elle entend bien continuer sur sa lancée. Mais le style managérial de Karl Lichtenstein est pour le moins déconcertant, et la jeune femme est progressivement prise au piège d’un engrenage infernal. Armée de son enthousiasme et de son pragmatisme, Clotilde refuse de se laisser abattre ! Elle met tout en oeuvre pour donner satisfaction à son nouveau patron tout en préservant le département qu’elle a su construire, au risque d’y sacrifier bientôt sa santé physique et psychique.


Extraits : « Je suis surprise de découvrir que révéler et partager sa souffrance avec des inconnus est un moyen de la sublimer. »

« Selon Kikka, auteure de cet ouvrage : « Le burn-out est un processus d’accélération qui entraîne une sortie de route. Le corps est alors catapulté puis violemment écrasé. La profondeur de l’impact détruit la confiance, l’estime et la dignité. Ce crash mène à la perte d’identité, la culpabilité ronge l’être. » »


Mon avis : Kikka nous livre un témoignage poignant sur son expérience traumatisante du monde du travail. Travailleuse acharnée, appréciée et reconnue comme une bonne manager par ses pairs, la jeune femme se hisse très rapidement à un poste stratégique dans l’entreprise internationale dont elle est issue : directrice commerciale. Tout se passe pour le mieux pour elle, jusqu’au jour où son directeur annonce son départ, remplacé par Karl, un homme impitoyable, aux pratiques managériales douteuses.

La jeune femme nous décrit sa descente aux enfers progressive. Rabaissement, sexisme, manque de confiance, dévalorisation… toutes les excuses sont bonnes pour que Karl s’en prenne à Kikka. Ce dernier, la voyant pourtant clairement amoindrie, abattue, confuse et vaincue par ses allégations douteuses, continue le vice jusqu’à la traîner plus bas que terre. « Je ne te pensais pas si fragile », va-t-il jusqu’à lui dire, non sans ironie. Une phrase qui l’a tant marquée, qu’elle l’achèvera totalement. Bloquée dans cette situation plus qu’invivable, elle tente tout d’abord tant bien que mal de l’affronter la tête haute, sans toutefois y arriver totalement. En effet, elle doit jongler entre son travail prenant, sa vie de maman et son rôle d’épouse. Trois casquettes différentes mais au combien importantes, qui demandent toutes un investissement infini, du temps et de l’énergie. J’ai ressenti avec acuité l’intense climat oppressant de son quotidien, qui dénombre de multiples tâches à réaliser en seulement vingt-quatre heures : impossible mais vrai ! Elle nous offre donc un récit émouvant, écrit sans langue de bois, témoignage authentique d’une expérience glaçante de toxicité et d’harcèlement professionnel. 

Finalement, inexorablement, Kikka tombe dans une dépression profonde, qui s’est familièrement étendue ces dernières années sous le terme de « burn out ». Un environnement de travail trop stressant, qui mène à un épuisement professionnel tel qu’il atteint aussi bien le physique, le mental que l’état émotionnel. Obligée de se mettre en arrêt maladie prolongé, Kikka va intégrer une clinique spécialisée, dans laquelle elle restera plusieurs longues semaines. Un répit bienvenue, essentiel même, seul moyen de réussir à se sortir de cette spirale infernale dans laquelle elle a été volontairement plongée. Parler de ce phénomène, c’est le reconnaître comme réel, c’est sensibiliser aux symptômes, aux conséquences et aux solutions qui existent pour s’en sortir. Car oui, ce genre de situation peut arriver à n’importe qui, à tout moment. Il faut en prendre conscience pour pouvoir le contrer s’il se présentait.

Kikka n’est pas la seule victime de Karl. Bon nombre de salariés se sont vus obligés de démissionner de leurs fonctions, tant l’ambiance était devenue oppressante et les exigences du nouveau patron toujours plus déconcertantes. Seulement, pour prouver ces méfaits, peu se sentent le courage de lever le poing, de se battre, de pointer du doigt et d’oser affirmer les dysfonctionnements réels de l’entreprise. Notre auteure fait partie de ces rares personnes assez courageuses pour réagir et faire bouger les choses. Je l’admire d’avoir su combattre alors qu’elle était au plus mal. Comme nous le découvrons dans ce témoignage, bon nombre de ses (anciens) collègues n’auront pas la force nécessaire pour se soulever, ou du moins, l’audace d’aller à contre-courant de la direction, de peur de se tirer une balle dans le pied, avec la possibilité de perdre son travail. Je suis assez partagée face à ce comportement : je comprends leurs craintes et leur situation bancale, mais face à tant d’injustices, il faut quand même se lever et oser rétablir les faits. Ils sont à la fois raisonnables mais lâches.


Un témoignage criant de vérité sur les réalités du monde du travail, du management toxique et du harcèlement professionnel, qui mène inexorablement à un burn out, une dépression physique, mentale et émotionnelle profonde. Lucide et émouvant !

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-212-57397-8

L’homme qui voulait mourir vivant


L’homme qui voulait mourir vivant de Michel Rolion

407 pages, éditions Eyrolles, à 16€


Résumé : Alain a un cancer et 50% de chances de survie. Un malheur n’arrivant jamais seul, sa compagne de toujours, Alyson, a pris la fuite sans laisser d’adresse. Convaincu qu’elle est à New-York, Alain quitte les Alpes françaises pour la rejoindre. Sur les traces de son amour disparu, les rencontres providentielles se multiplient. Chacune d’entre elles l’invite à revoir ses habitudes, dépasser ses peurs et clarifier les priorités de sa vie. Guidé par l’étonnant docteur Patterson, Alain va devoir se confronter à lui-même et prendre sa vie à bras le « coeur ». Sans le savoir, il s’apprête à transformer le destin de plusieurs personnes…

Formidable roman initiatique, L’homme qui voulait mourir vivant nous invite à mener l’enquête avec Alain : pour quoi vivons-nous ? Comment vivre pleinement ? Sommes-nous bien là où nous devons être ?


Extraits : « Avez-vous déjà observé un joueur de tennis au moment de servir ? Il prend trois ou quatre balles en main avant d’en sélectionner une seule. Ce geste peut sembler idiot, surtout lorsqu’elles sont neuves et identiques. Pourtant, cela lui permet de rester aux commandes du match, tout en étant déjà concentré sur le point suivant. »

« Ce n’est pas parce que la maladie et la mort sont taboues qu’on n’en parle pas. C’est parce qu’on n’en parle pas qu’elles deviennent taboues. »


Mon avis : Quel titre poétique, me diriez-vous ! Les plus affûtés auront très justement supposés qu’il s’agissait d’un roman de développement personnel, dont le titre, intriguant à souhait, aux allures moralisateurs, n’est pas sans rappeler Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une, ou encore Il faut savoir perdre de vue le rivage. Vous aviez donc vu juste : Michel Rolion signe ici son premier roman de développement personnel, qui peut très bien être lu et apprécié comme un simple roman.

Lorsqu’Alain annonce à sa femme qu’il est atteint d’un cancer, avec seulement 50% de chances de survie, celle-ci l’abandonne, sans laisser d’adresse. Déstabilisé dans un premier temps, Alain ne se décourage pas pour autant et décide de partir de ses montagnes de Chamonix direction New York, ville tant convoitée par sa douce, en espérant la croiser dans les innombrables rues de Big Apple. Il erre, comme une âme en peine, homme désoeuvré, perdu, abandonné, qui slalome entre les passants, dans l’espoir de revoir celle qu’il aime. En parallèle de ses recherches désespérées, Alain consulte un médecin d’un nouveau genre, qui guérit le corps par l’âme. À travers des techniques introspectives innovantes, il va  faire en sorte d’aider son patient à allonger et alléger son expérience de vie.

Le docteur Patterson propose des expériences profondes et spirituelles à réaliser sur soi, qui permettent de changer sa façon de penser et influent directement sur le corps. Des conseils avisés, qui manquent parfois de crédibilité, mais qui constituent une bonne première approche pour valoriser l’épanouissement personnel. Ainsi, il propose à Alain de visualiser sa maladie comme une chose « positive », sur laquelle il a tout contrôle, qu’il peut décider de combattre en pleine conscience. Une technique de psychologie positive qui va s’avérer payante, puisque la santé d’Alain s’améliore en même temps que son moral. En parallèle, nous suivons brièvement Alex, le frère jumeau d’Alain, lui aussi rongé par ce mal. Contrairement à son frère New-Yorkais, Alex ne se préoccupe nullement de son âme, préférant un diagnostic médical classique, technique et concret. La divergence de traitement des deux frères nous montre clairement que le problème est le même, la façon de l’aborder est différente et les résultats se ressentent avec clairvoyance : une vie épanouie, un quotidien serein pour l’un et un mal-être grandissant, une tension constante pour l’autre.

Ragaillardi par ce nouvel élan de vie, il va rencontrer Natacha, une charmante jeune femme enjouée et pétillante, qui va lui proposer un poste comme chauffeur de taxi à New-York. Alain saisit maintenant toutes les opportunités qui s’ouvrent à lui, décidé à vivre sa vie, qu’elle soit longue ou courte, le plus intensément possible. Une belle mentalité, qui en dit long sur la ténacité, l’abnégation et le courage de cet homme, qui le poussent sans cesse à poursuivre son chemin, malgré tous les obstacles qui peuvent s’y dresser. Un bel exemple, qui devrait, je l’espère, trouver échos chez certains lecteurs.  


Alain, atteint d’un cancer, choisit le bonheur plutôt que la fatalité. Un roman initiatique intéressant, qui nous en apprend plus sur la psychologie positive. Une douce éclaircie dans un contexte gris.

Ma note : 6,5/10

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ISBN : 978-2-212-57382-4

Il faut savoir perdre de vue le rivage


Il faut savoir perdre de vue le rivage de Sophie Machot

299 pages, éditions Eyrolles, à 16€


Résumé : La vie de Rose Baron part en miettes. Son mari l’a quittée, son frère Raphaël est mort prématurément, et son médecin la pense en burn-out. Lors de la soirée d’anniversaire organisée pour ses 40 ans, elle fait momentanément disparaître tous ses soucis en buvant plus que de raison. Le lendemain, Rose reçoit un message anonyme. Un mystérieux M. lui adresse l’un de ses propres commandements : « Rose Baron, tes commandements tu appliqueras ! ».
À partir de cet énigmatique rappel à l’ordre, Rose, assistée de sa joyeuse et fidèle bande d’amis, va mener l’enquête : qu’a-t-elle fait pendant cette soirée d’anniversaire dont elle n’a plus aucun souvenir ? Qui est M. et que lui veut-il ?


Extraits : « Vous me demandez où se cache le bonheur, madame ? Eh bien, partout ! Derrière le sourire de votre cher voisin, dans le rire de votre enfant, face à une mer dans laquelle se baigne l’horizon, dans la douceur sucrée d’une gorgée de chocolat chaud dégusté au coin d’un feu de cheminée… Il se cache derrière chaque recoin de votre vie et si vous vous donnez la peine de le chercher, vous le trouverez. En petits morceaux, certes, mais vous le trouverez. »

« Le bonheur nous échappe plus souvent qu’il ne s’offre à nous. La vie est pleine de rugosité. Mais elle est aussi remplie de moments de grâce que nous oublions parfois de vivre consciemment. Savoir reconnaître les petites joies du quotidien et les apprécier à leur juste valeur augmente notre sentiment de bonheur. »


Mon avis : Rose est une auteure à succès, qui a notamment écrit un livre de développement personnel pour trouver le chemin vers bonheur. Seul problème : elle n’applique pas les préceptes déclinés dans son livre à sa propre vie, qui part en lambeaux. Son mari l’a quitté, son frère est décédé et c’est tout son quotidien qui est remis en question. Elle s’isole, sombre dans la  déprime, au bord du burn out. Ses amis ne savent plus comment réagir. À sa soirée d’anniversaire, alors que tous ses proches sont réunis pour ses 40 ans, Rose, enivrée par l’alcool, s’éclipse soudainement. Personne ne sait où elle est passée. Lorsqu’elle se réveille chez elle le lendemain, elle ne se souvient plus de rien. De nombreuses questions la taraudent : qu’a-t-elle fait ? Avec qui ? Comment est-elle rentrée ? Pourquoi n’a-t-elle plus aucun souvenir de cette soirée ? Pour répondre à ces nombreuses questions, elle va retracer son itinéraire, qui sera son chemin de croix pour reprendre goût à la vie.

Sophie Machot distille avec parcimonie des conseils pour vivre le moment présent, profiter de chaque instant qui nous est offert, penser positif et croire au bonheur. Rose est le parfait exemple d’une personne au fond du trou, qui n’a plus rien à quoi se raccrocher, plus d’espoir ni d’attentes en la vie. Mais, en changeant sa façon de penser et de concevoir la vie, elle remonte peu à peu à la surface de son existence, retrouve le plaisir des petits choses quotidiennes, qui viennent égayer ses journées. J’ai beaucoup aimé la subtilité des conseils, qui ne sont pas seulement un étalage de catalogue d’astuces à mettre en oeuvre, mais plutôt une forme de mise en situation concrète pour permettre de les comprendre avant de pouvoir les appliquer. 

Rose essaie péniblement de remonter le cours de sa mémoire, pour découvrir où elle est allée le fameux soir de son anniversaire. À chaque fois qu’elle se souvient d’un lieu visité ou de personnes rencontrées, ces dernières lui remettent une mystérieuse lettre, signée par un certain « M ». Ces lettres contiennent les préceptes du bonheur décrites dans son propre livre, que le dénommé « M » exhorte Rose à appliquer. Le concept d’envoyer des petits mots anonymes encourageants et bienveillants à la protagoniste m’a vaguement rappelé le roman Aubrey écrit par Emma Evrard, où un correspondant envoyait des missives remplies d’espoir à l’héroïne, pour la faire réagir et sortir de l’anorexie où elle s’était enlisé. Une technique qui porte ses fruits dans les deux situations, puisque Rose, tout comme Aubrey – dans le roman éponyme – ouvrent les yeux sur leur condition, se sentent entourées, aimées, soutenues et rien que pour ça, vont tout mettre en oeuvre pour ne pas décevoir leur mystérieux correspondant. C’est peut-être aussi ça, l’une des clefs du bonheur : pouvoir se sentir bien grâce à l’appui bienveillante d’un entourage aimant. 

Rose est un personnage qui a vécu de terribles drames dans sa vie et qui mérite amplement cette paisible accalmie. On dit souvent que les pensées positives apportent du positif et bien, c’est le cas dans l’histoire personnelle de Rose : après une triste déconvenue avec son mari Raphaël,  il s’avère que la jeune femme renoue lentement des liens avec son amour de jeunesse. Une histoire d’amour naissante, agréable à suivre et voir évoluer, abordée avec délicatesse et pudeur. L’auteure ne le répétera jamais assez : il faut savoir perdre de vue le rivage… de belles choses vous attendent à l’horizon !

Mais Il faut savoir perdre de vue le rivage n’est pas qu’un livre de développement personnel, c’est aussi en quelque sorte un roman à suspense, puisqu’une certaine part de mystère entoure l’auteur des lettres anonymes. Qui est-il ? Que veut-il ? Pourquoi fait-il ça ? J’ai longuement réfléchi à ces questions, soupçonnant à tour de rôle l’ensemble des personnages présents dans l’histoire et échafaudant maintes et une théories toutes plus farfelues les unes que les autres, mais l’auteure a réussit à me surprendre avec brio à la toute fin de son récit. Si vous aimez les chutes ahurissantes, vous allez être servis ! 


Un bon roman de développement personnel, frais, pétillant qui redonne espoir. Rien n’ait jamais tout rose dans la vie, mais rappelez-vous : n’ayez pas peur de perdre de vue le rivage pour (re)trouver le bonheur !

Ma note : 7/10

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ISBN : 978-2-212-56964-3

Les coeurs imparfaits

 


Les coeurs imparfaits de Gaëlle Pingault

328 pages, éditions Eyrolles, à 16€


Résumé : Barbara, la cinquantaine est sommée de prendre en charge sa mère frappée de sénilité. Elle refuse, ayant peu d’affection pour cette mère qui ne l’a jamais aimée; elle veut pouvoir vivre sa vie d’universitaire extravagante et libre. Cependant, la nouvelle la touche plus qu’elle n’est prête à le dire, modifiant sa relation à ses amants, à ses étudiants, et même à la lecture, son plus grand plaisir.
Dans le mêm temps, Charles Bodier, médecin fantasque et désabusé de l’EHPAD où est hospitalisée la mère de Barbara, refuse de baisser les bras face à son apparente froideur : il la poursuit de messages décalés, jusqu’à établir le contact. Barbara va découvrir le secret de cette mère distante, et Charles finir par s’avouer la souffrance qui se cache derrière son excentricité.
A l’image de Lise, aide-soignante humaine et dévouée, ils vont ainsi apprendre tous les deux que le soin de soi passe par le soin de l’autre, et réciproquement.


Extraits : « Pour s’ennuyer, il faut avoir le luxe d’être en vie. L’emmerdement est donc un privilège. »

« Je peux cesser de ne compter que sur moi. »


Mon avis : Barbara est professeur de lettres à la fac. Un beau jour, elle est convoquée par Charles, nouvellement à la tête de l’EHPAD Les Genêts, qui lui annonce l’état de santé dégradé de sa maman, pensionnaire de longue date de cette pension pour personnes âgées dépendantes. Mais entre Barbara et sa mère Rose, l’atmosphère est électrique : depuis toujours, les deux femmes sont comme chien et chat, n’arrivant pas à tisser de véritable lien d’amour. Aidée de Lise, aide-soignante à l’EHPAD, Barbara va tâcher de reprendre progressivement contact avec sa mère défaillante et de comprendre les agissements cruels de cette dernière à son égard.

Dans ce roman, trois destins se rejoignent : il y a tout d’abord Barbara, femme solitaire mais épanouie dans sa carrière professionnelle de professeur de lettres, qui prend plaisir à transmettre ses connaissances et sa passion pour les mots. Il y a ensuite Charles, un homme d’âge mûr, grand intellectuel, reconnu et vénéré dans le milieu médical, mais si esseulé dans sa vie personnelle, où la monotonie et la froideur caractéristiques de son épouse Éliane le cueille chaque soir. Enfin, il y a Lise, aide-soignante enjouée et pétillante, qui se dédie corps et âmes à son métier à l’EHPAD. Malgré un quotidien professionnel précaire qui l’effraie et la désole, Lise fait le bonheur des résidents de l’EHPAD, à qui elle consacre de petites attentions quotidiennes qui font toute la différence.

Ces trois protagonistes sont profondément humains, sensibles et vivants. Sans vraiment le savoir, ils s’entraident les uns les autres, apportent bonheur et gaieté dans leurs quotidiens respectifs. Malgré leur solitude évidente et les difficultés de leur quotidien, ils font de leur mieux pour aider les autres et soulager leur existence, souvent au détriment de leur propre vie. J’ai ressenti avec puissance leurs forces et faiblesses, je me suis prise d’affection pour eux, souhaitant à maintes reprises leur tendre la main pour leur montrer qu’ils n’étaient pas seuls, qu’il fallait qu’ils gardent espoir en l’avenir.

Un avenir pourtant noir, qui rejoint parfaitement l’actualité sur les difficultés sociales et sanitaires du secteur de la santé. En effet, dans l’EHPAD où travaillent Charles et Lise, tout comme dans l’ensemble des structures médicales (hôpitaux, cliniques ou autres), les conditions de travail des soignants est catastrophique : manque d’effectif, charge de travail conséquent, rythme de travail élevé, pression émotionnelle, confrontation avec la souffrance des patients… Autant d’éléments qui déclenchent invariablement des burn-out, comme le fameux collègue de Lise, parti du jour au lendemain de l’EHPAD sans explication. À l’heure du COVID19, l’état français prend pleinement conscience de la précarité de leur situation et tente d’y remédier du mieux qu’elle le peut. Mais le chemin est encore long !


Une histoire profondément humaine qui offre de doux moments de bonheur et qui prouve que malgré des coeurs imparfaits, tendre la main à son prochain et lui accorder de l’attention apporte déjà beaucoup.  

Ma note : 7,5/10

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ISBN : 978-2-212-57289-6