Le Boss de Boulogne

Le Boss de Boulogne de Johann Zarca
177 pages, éditions Don Quichotte, à 16€

 

Résumé : « Les potos voulaient fêter ma sortie de placard à la Loco, la boîte à banlieusards de Pigalle. Simplement, débouler à sept paires de couilles sapées comme des scarlas, c’était sûr qu’on allait se faire refouler comme des trimards. Résultat, on pointe au Bois de Boubou. Perso, ça m’arrange, j’étais plus saucé par une mission underground que pas une session guénave avec des michetonneuses de quinze piges. Quand j’ai proposé de bouger au Bois, j’ai pensé que les soces se démotiveraient. Mais nan, ce soir, c’est ma rapta.
Le seul truc qui leur a cassé les yeucs, ce sont les barrettes qu’on trimballait sur nous. Mais comme j’ai dit : on débarque au Bois, on planque le matos, on bicrave quelques morceaux et on tise tranquille. Les potos me font confiance depuis le bahut, ils savent qui est le boss et qui prend les initiatives. Je n’ai pas l’habitude de proposer des plans foireux, les srabs me connaissent, on a tous poussé dans le même tièque. »

Ainsi commencent les confessions du Boss, dealer officiel des prostitués(es) transsexuel(le)s, des michetons et vagabonds du Bois de Boulogne et des environs. À la tête du BDB-crew, une équipe organisée, constituée entre autres de Youssouf et Vamp ses fidèles lieutenants, Souleymane et Makita les mecs hardcore, Miki et Ahmé les jeunes guetteurs, le Boss s’impose comme le maître des lieux, pulvérise ses concurrents, s’éloigne de Smoke l’ancien grossiste du quartier et nargue Philippe, le condé.
Le business fait florès jusqu’au jour où Paola, un trans brésilien, véritable star du Bois, se fait assassiner. La police quadrille alors tout le secteur. Mauvais pour les affaires. D’autant que ce meurtre n’est que le premier d’une longue série.

Extrait : « Le bois de Boubou. La cour des vices. Le deuxième Brésil. Le terre-terre des chlagues. Le coupe-gorge aussi. Glauque. Hardcore. Trash. Tout le monde connaît le bois de Boulogne ou en a déjà entendu parler. Sans sa nuit, le Bois n’est rien. Sans sa nuit, on n’en parlerait pas. Vite fait du jardin d’Acclimatation, et encore.  »

Mon avis : Qu’est-ce qui paraît le plus incroyable : q’un tel livre, écrit en argot, aux propos parfois choquants ait pu être publié, ou que son auteur fait implicitement récit de sa propre expérience dans ces fameux bois de Boulogne ? Ce roman déroutant ne fait pas dans la demi-mesure : de l’argot en abondance, des propos en symbiose avec le thème traité, qui secoue fortement le lecteur. Loin d’être une habituée de ce genre d’histoire, j’avais déjà expérimenté l’atmosphère des jeunes de cités, des racailles moins poussées pour tout aussi présentes dans Balancé dans les cordes écrit par Jérémie Guez.

Ici, Johanna Zarca nous présente un lieu nationalement connu de son fameux nom qui effraie (ou qui passionne, tout dépend) : Le bois de Boulogne, situé au nord ouest de la capitale française. Cette forêt est la place emblématique de la prostitution parisienne : hétérosexuelles, homosexuelles ou transsexuelles, tout y passe. L’auteure choisit de nous présenter cette ambiance-là, dans des narrations écrites en argot, et dont l’histoire se déroule essentiellement en pleine nuit.

Ce manque de luminosité ajoute du mystère au lieu, et beaucoup de terreur. Déjà amplement évité par beaucoup, ce lieu est peuplé de drogués, racailles et dealers qui s’ajoutent au réseau de prostitution nocturnes cité ci-dessus. Le peu de lumière qui perce à travers ce roman peut aussi faire référence au peu d’avenir, de bonheur et de couleur qui traverse la vie des personnages. Condamnés à vivre tels des vagabonds, en marge de la société, rejetés et mal vus par tous, ils se murent dans un espace étroit et se cantonne à leur plaisir personnel, sans prendre en compte le conformisme qu’érige les lois.

Plongé en pleins coeur de ce trafic nocturne, nous nous coulons dans la peau d’un des dealers les plus effrayants du circuit, qui fait la loi dans le secteur : Le Boss de Boubou. Rien n’est plus déroutant que de s’approprier ses sentiments, ses ressentis et d’admirer ses réactions. Cet être humain n’a rien d’humain, hormis les attributs qui lui sont propres. Ce lieu est tellement hors norme, coupé de la civilisation, qu’il en vient à déshumaniser littéralement les gens qui le fréquentent.

L’écriture n’a rien de poétique, rien de littéraire. Ça été un vrai conflit intérieur que de lire de l’argot intraduisible, incompréhensible et vulgaire à souhait. Quel gâchis pour cette si belle langue française… surtout quand on pense que de réelles personnes emploient ce genre de vocabulaire ! Les insultes fusent, notamment envers les forces de l’ordre, ce qui renforce le mépris que j’entretiens envers les protagonistes du roman.
Néanmoins, le seul avantage que je pourrais trouver à ce genre d’écriture, c’est la facilité d’immersion dans le milieu choisi. Pour se sentir au centre du Bois de Boulogne, pour sûr, nous y étions, et bien dedans !

Je n’ai pris aucun plaisir particulier à découvrir ce livre. L’intrigue (si intrigue il y avait… en tout cas, je n’en ai pas perçu), tardé à arriver, les anecdotes se succédaient sans pour autant être le point culminant de l’histoire. J’ai lâché ma lecture au bout du tiers du livre, n’en pouvant plus de ce trop-plein de kaïds, de ce milieu malveillant, envers qui j’ai ressenti une profonde haine.

Info ou intox, si l’auteur a réellement vécu ce genre d’événements, il essaie aujourd’hui d’expliquer les raisons de son choix, en peignant son intimité au travers de son héros, ou voulant tout simplement continuer de rompre les règles en posant sur papier une expérience hors du commun… Soit on aimer, soit on déteste… Pour ma part, ça ne passe pas ! L’idée était quand même bien bonne et m’a permise de pénétrer dans le sanctuaire sacrée de la prostitution, dans ce lieu tu de tous, qui fascine autant qu’il terrifie. Attention aux âmes sensibles, ce roman est chargé d’un vocabulaire obscène à la limite du hardcore.

 

Ma note : 4/10

Au pays des kangourous

Au pays des kangourous de Gilles Paris.
248 pages, éditions Don Quichotte à 18,00€
Résumé : « Ce matin, j’ai trouvé papa dans le lave-vaisselle. En entrant dans la cuisine, j’ai vu le panier en plastique sur le sol, avec le reste de la vaisselle d’hier soir. J’ai
ouvert le lave-vaisselle, papa était dedans. Il m’a regardé comme le chien de la voisine du dessous quand il fait pipi dans les escaliers. Il était tout coincé de partout. Et je ne sais pas comment il a pu rentrer dedans : il est grand mon papa. »
Simon, neuf ans, vit avec son père Paul et sa mère Carole dans un vaste appartement parisien au Trocadéro. Mais le couple n’en est plus un depuis longtemps. Paul est écrivain, il écrit pour les autres. Carole, femme d’affaires accomplie, passe sa vie en Australie, loin d’un mari qu’elle n’admire plus et d’un enfant qu’elle ne sait pas aimer. Le jour où Paul est interné pour dépression, l’enfant sans mère est recueilli par Lola, grand-mère fantasque, adepte des séances de spiritisme avec ses amies  » les sorcières « , et prête à tout pour le protéger. Dans les couloirs trop blancs des hôpitaux, il rencontre aussi l’évanescente Lily, enfant autiste aux yeux violets qui semble bien résolue à lui offrir son aide.
Porté par l’amour de Lily, perdu dans un univers dont le sens lui résiste, Simon va tâcher, au travers des songes qu’il s’invente en fermant les yeux, de mettre des mots sur la maladie de son père, jusqu’à toucher du doigt une vérité indicible.

Extraits : « Quand on pleure et que quelqu’un vous touche, on pleure encore plus, comme si le fait d’être aimé n’arrangeait rien. »
« Les gens ont tous leurs petites faiblesses, leurs moments de fatigue, de stress, et n’importe qui peut en passer par là. Souvent, les gens pensent que celle ou celui qui en vient à se rendre à l’hôpital pour se faire soigner a baissé les bras. Or, crois-moi, c’est tout le contraire. Le malade qui se fait soigner sait au moins qu’il est malade. Contrairement à tous ces gens qui s’enferment chez eux en
essayant de se convaincre que tout vas toujours bien ».
Mon avis : J’ai été agréablement surprise par ce roman de Gilles Paris.
Au début du livre, je m’attendais à lire une histoire un peu enfantine, bateau, sans grand intérêt ni originalité… mais au contraire, ce livre est spécial par son histoire, il est émouvant et hors normes.
L’histoire de Simon, jeune garçon de neuf ans, m’a émue. Les aventures et épreuves qu’il traverse sont vraiment affreuses, et doivent être horribles, surtout pour un enfant de cette âge-là ! Néanmoins, Simon fait preuve d’une grande maturité et d’une forte lucidité pour son jeune âge, il est également très attachant.
Le récit est raconté à la première personne du singulier, ce qui instaure une sorte de confiance et de confidences entre le lecteur et le héros du roman. de plus, nous entrons plus facilement dans l’histoire grâce au « je », nous pouvons plus assurément comprendre le point du vu du personnage principal.
Les divers sujets traités dans cet ouvrage, à savoir le mensonge que les adultes servent à leur petits pour les préserver et la dépression, sont bien mis en avant.
Ce récit, pleins d’émotions, et bouleversant à lire. de part la difficulté et la sensibilité des sujets traités, Gilles Paris réussit quand même à écrire un livre accessible à tous, facile et rapide à lire. J’ai passé un bon moment de lecture, quelques heures de détente, qui m’ont permises de m’évader et de réfléchir sur certains aspects de l’enfance.
Le petit point négatif que je voudrais relever est au sujet du personnage de Lily, la jeune fille autiste, dont Simon va faire la « connaissance » en allant rendre visite à son père aux différents hôpitaux. Tout au long de ma lecture, je n’ai pas compris que Lily était une enfant autiste… ce n’est qu’au court de la re-lecture de la quatrième de couverture, que j’ai enfin compris le pourquoi du comment.
Néanmoins, certaines zones d’ombres subsistent encore dans mon esprit : comment Simon a-t-il pu rencontrer Lily ? A-t-il fait sa connaissance en vrai, ou bien était-elle dans ses rêves et ses pensées ?
Je ne sais pas si c’est à cause de ma lecture rapide ou si c’est par ma propre faute que je n’ai pas compris le sens de certains passages, mais je n’ai pas réussi à découvrir la réponse à ses questions.
Ma note : 7/10

Léviathan : Le pouvoir

Léviathan : Le pouvoir de Lionel Davoust.
542 pages, éditions Don Quichotte, à 23 €
Résumé : Le couple Petersen est en fuite au Canada. Michael, autrefois biologiste marin à l’Université de Californie à Los Angeles, s’est découvert la cible d’une machination visant à ériger autour de lui une vie parfaitement factice : son métier, ses supérieurs, même ses proches étaient un mensonge. Son seul espoir de comprendre la force ténébreuse qui le hante, et qui semble avoir pris corps pour massacrer les siens, réside dans l’épave du Queen of Alberta : un naufrage dont il est l’un des rares rescapés.
Mais il ignore que la tromperie va encore plus loin qu’il ne l’imagine. Masha, son épouse, fait également partie du complot. Tiraillée entre son amour pour Michael, sa mission pour ses maîtres secrets du Comité et sa terreur de ce que recèle le passé de son mari, elle doit décider entre le confort de l’ignorance et son héritage de mage solitaire de la Voie de la Main Gauche. Un dilemme qui risque de la conduire à de tragiques trahisons et à perdre tout ce qu’elle espère encore sauvegarder. Aux abois, acculés, les Petersen ont besoin d’une seule chose : du temps.
Hélas, leur seul allié, Andrew Leon, l’agent du FBI curieux du paranormal, sent lui aussi l’étau se resserrer. Resté à LA pour attirer la foudre de leurs ennemis communs, il est pris en tenaille entre le puissant Comité et ses adversaires, la Voie de la Main Droite, représentée par l’inquisiteur Mandylion. Et les révélations que lui fait celui-ci sur la vraie nature de la lutte entre les Voies, sur les mages et leur ambition, donnent le vertige même à un esprit ouvert comme le sien. Mis à pied, poursuivi, emprisonné, torturé, Andrew Leon est sommé de choisir son camp.
Alors que Léviathan, le destructeur de mondes, le premier adversaire des cieux, le spectre du mage devenu dieu Dwayne de Heldadt, affirme son emprise sur le paisible Michael Petersen, d’anciens alliés et adversaires convergent vers la petite ville de Prince Rupert et radicalisent leur position pour la révélation finale : Puck, le faux prêtre qui aiguille Masha en coulisses ; Julius Ormond, responsable du projet Léviathan, prêt à tout pour reprendre le contrôle ; Samantha Metzger, cousine de Michael et mage du Comité.
Extraits :  « Tout meurt à la fin. Tout s’érode, tout s’écroule. Tout se dégonfle, s’efface, pourrit. »
« Le chaos était la seule naissance et la mort la seule finalité. Tout entre les deux n’était que futilité. »

Mon avis : Avant toute chose je souhaite signaler que ce tome-ci (Le pouvoir) est le troisième de la trilogie Léviathan de Lionel Davoust. Je n’ai lu que celui-ci, donc je confirme que les tomes peuvent se lire séparément. Mais une lecture des deux premiers m’aurait servie à comprendre davantage les personnages… bref, ce n’est pas grave, c’est maintenant chose faite !

Je ne vais pas refaire un petit résumé personnel, celui qui est posté regroupe toutes les informations nécessaire à la compréhension d’une partie de l’histoire.

Au premiers abords, la page de garde du roman stipulée que ce livre était un thriller ; chose confirmée par la couverture faite dans des couleurs sombres, pour terrifier le lecteur avant même qu’il n’est commencé sa lecture. Quelle ne fût pas ma surprise en découvrant que ce n’était pas un simple thriller ; c’était un thriller fantastique ! Je ne suis pas vraiment attirée par les livres fantastiques, mais j’ai quand même lu celui-ci, en espérant secrètement que le thriller prendrait le dessus.

L’histoire débute, les personnages sont présentés un à un, on commence déjà à s’accrocher à la petite famille Petersen. Puis la part fantastique du livre commence elle aussi à arriver, et là, pendant une bonne cinquantaine de pages, je lutte pour essayer de comprendre le plus possible tous les termes inventés par l’auteur.

Le personnage de Masha m’a tout de suite plût ; c’est une femme très mystérieuse, une battante, qui n’a pas peur des hommes. Elle est également très courageuse, tout comme son fils, qui, loin d’être bouleversé par tous les éléments qui leur arrive, reste calme, serein, et se révèle même être un petit garçon mature. En revanche, Michael, grâce à (ou plutôt à cause de) son « double visage » conserve pendant toute la durée de l’histoire un mystère qui intrigue mais terrifie le lecteur. Qui est vraiment cet homme ?

L’écriture de Lionel Davoust est moderne, elle est claire et fluide. Même si la longueur du roman peut faire peur, l’auteur arrive à nous transporter dans une autre dimension avec sa plume, à l’intérieur d’un univers où tout est noir… pour notre plus grand plaisir !

La tension est également au rendez-vous. Le thriller annonçait n’était pas un mensonge, certains passages sont tellement lugubres et cruels que le lecteur ne peut qu’avoir peur. De plus, les scènes semblent se passer la majeure partie dans un noir absolu, ce qui renforce davantage cette terreur.
Les nombreux rebondissements créent des sueurs froides au lecteur, des moments de surprise et même de la joie… mais pour de courtes durées.

Si m’a note n’est pas à la hauteur de cette chronique, c’est à cause du fantastique. Je ne suis pas une adepte de ce genre littéraire, mais Lionel Davoust a quand même réussi à me transporter un minimum dans son univers… heureusement que certains moments de l’histoire restaient quand même ancrées dans le monde réel.

Ce livre ne restera pas ancré longtemps dans ma mémoire, mais le moment passé en sa compagnie était très sympathique.

Ma note : 5,5/10