J’ai perdu Albert


J’ai perdu Albert de Didier van Cauwelaert

216 pages, éditions Albin Michel, à 19€


Résumé : « Je suis la voyante la plus en vue du pays et, depuis hier midi, je ne vois plus rien. »

Pourquoi, après vingt-cinq ans de cohabitation, l’esprit qui hante Chloé l’a-t-il soudain quittée pour sauter dans la tête d’un garçon de café, Zac, apiculteur à la dérive qui ne croit en rien ? La situation est totalement invivable, pour elle comme pour lui, d’autant que cet esprit qui s’est mis à le bombarder d’informations capitales et pressantes n’est autre qu’Albert Einstein…

Dans une comédie romantique haletante où la spiritualité s’attaque aux enjeux planétaires, Didier van Cauwelaert invente avec bonheur une nouvelle forme de triangle amoureux.


Extraits  « On se désolidarise assez vite du genre humain, lorsqu’on est serveur. Tous ces gens qui voyagent en classe ego, les touristes râleurs, les besogneux à heures fixes, les faiseurs de selfies m’isolent chaque jour davantage dans une détresse qu’ils n’auraient pas l’idée de soupçonner. »

« Je me plante devant elle et, dès qu’elle a raccroché, je lui lance :
– Vous désirez ?
– La paix.
Son cri du coeur me déstabilise une seconde, puis je réponds malgré moi d’un air sympathique :
– C’est pas sur la carte. Mais je peux demander au chef. »


Mon avisAvec ses romans Jules, puis Le retour de Jules, Didier van Cauwelaert m’avait habitué à des histoires réalistes, emplies d’émotions. Quelle surprise j’ai eu en ouvrant son nouveau roman J’ai perdu Albert… Après la surprise est venu le rire lorsque je me suis rendue compte que l’auteur adorait mettre en avant des protagonistes surprenant : après le labrador Jules, voici l’esprit d’Albert Einstein. Accrochez-vous bien et bonne lecture !

Chloé est une des voyantes les plus connues au monde. Elle aide les plus grands chefs d’état et hommes politiques dans leurs plans d’actions, en prédisant l’avenir. Mais depuis peu, l’esprit nommé Albert qui habitait sa tête l’a déserté. Sans Albert, les pouvoirs de Chloé sont réduits à néant. Albert a quitté Chloé pour rejoindre la tête de Zac, un barman totalement déboussolé par l’arrivée intempestive de cet esprit incongru. C’est à lui maintenant de gérer cet esprit envahissant.

Vous l’aurez sans doute compris, J’ai perdu Albert est un récit étonnant, qui sort de l’ordinaire. Le protagoniste n’est autre qu’un esprit, prétendument celui du célèbre Albert Einstein, qui est revenu s’incarner dans le corps d’un autre humain pour « sauver la planète ». Il a d’abord pénétré Chloé, avant de s’introduire dans Zac. Comme dans Jules, un triangle amoureux improbable va se mettre en place entre ces trois personnages. Chloé est jalouse que Albert l’ait quitté pour Zac et commence à ressentir des choses pour Zac. Mais comme Albert s’est réincarné dans Zac, est-elle en train de tomber amoureuse de l’enveloppe charnelle de Zac ou du brillant esprit d’Albert ? A vous de juger !

Il faut sans conteste faire appel à une bonne dose d’imaginaire et avoir l’esprit ouvert. Mais J’ai perdu Albert, ce n’est pas qu’une fiction loufoque, c’est aussi un récit sérieux, qui aborde des thématiques importantes, dont l’une me touche particulièrement : la disparition des abeilles. Il est vrai que ce sujet est amené comme un cheveu sur la soupe dans le récit, mais il n’en reste pas moins important. Après tout, Albert Einstein est bien revenu sur Terre pour faire entendre sa voix et guérir les maux de la planète, non ?


Un roman surprenant, à la fois drôle et romantique, tendre et acerbe. Je suis ravie d’avoir pu découvrir cette incroyable histoire, qui restera dans mon esprit.

Ma note : 6,5/10

Le retour de Jules


Le retour de Jules de Didier van Cauwelaert

166 pages, éditions Albin Michel, à 16,50€


Résumé : « Guide d’aveugle au chômage depuis qu’Alice a recouvré la vue, Jules s’est reconverti en chien d’assistance pour épileptiques. Il a retrouvé safierté, sa raison de vivre. Il est même tombé amoureux de Victoire, une collègue de travail. Et voilà que, pour une raison aberrante, les pouvoirs publics le condamnent à mort. Alice et moi n’avons pas réussi à protéger notre couple ; il nous reste vingt-quatre heures pour sauver notre chien. »

Au coeur des tourments amoureux affectant les humains comme les animaux, Didier van Cauwelaert nous entraîne dans un suspense endiablé, où se mêlent l’émotion et l’humour qui ont fait l’immense succès de Jules.


Extraits :  « C’est bien plus que le jouet de Victoire. C’est la clé de sa vocation, de son dressage et de ses six ans de carrière. Marjorie m’a expliqué que tous les composants d’explosifs possibles imprègnent la garniture du Marsupilami, afin que le chien détecteur mémorise les odeurs de chaque molécule. Ensuite, quand son maître lui cache son jouet, il va s’employer à en retrouver la trace olfactive dans un périmètre défini – stade, aéroport, école, salle de spectacle, appartement, voie publique, moyen de transport… En termes de motivation pour l’animal, la détection d’une ceinture explosive est fondée non pas sur la chasse à l’homme, mais sur le jeu. C’est pourquoi aucun kamikaze ne peut échapper à un chien qui traque son doudou.« 

« Pour demeurer en phase avec la femme qu’on aime, on est parfois obligé de la tromper.« 

Mon avis : Le retour de Jules, c’est la suite des aventures de Jules, l’ancien chien guide aveugle d’Alice, qui s’était retrouvé sans emploi, après qu’Alice ait retrouvé la vue. S’en était suivi une séparation douloureuse entre le chien et la maîtresse, Jules devant mettre ses talents au profit d’un autre aveugle. Mais l’expérience d’éloignement n’avait pas fonctionné et Jules était revenu auprès d’Alice.

Ici, nous retrouvons Jules, plus en forme que jamais, qui s’est trouvé une nouvelle vocation : chien d’assistance pour les épileptiques. Mais voilà, alors qu’il était en charge d’une vieille dame, Jules s’est subitement montré violent et à mordu le neveu de cette dame. Immédiatement embarqué à la fourrière, Jules est condamné à mort par les pouvoirs publics. Alice et Zibal, les anciens amoureux, vont tout faire pour comprendre ce qui a amené leur si gentil gentil à ce comportement violent, et vont tenter de le sauver de la mort.

Dans le premier tome, Jules a contribué à sauver sa maîtresse et Zibal, en leur amenant joie et gaieté et en leur redonnant goût à la vie. Dans ce tome-ci, l’inverse se produit : les maîtres vont tenter de sauver Jules de la mort. C’est un juste retour de bâton (admirez la subtilité du jeu de mot).

Après avoir découvert Jules dans la peau d’un chien guide d’aveugle, j’ai apprécié l’initiative de l’auteur de nous faire découvrir une autre faculté extraordinaire dont peuvent être capables les chiens. Ici, on découvre que les chiens peuvent être des assistants d’épileptiques et détecter les crimes épileptiques avant qu’elles ne se produisent. Mieux que la science. Dans sa note en post-scriptum, Didier van Cauwelaert raconte la naissance de ce deuxième opus et l’idée qui l’a conduit à mettre en scène Jules dans cette nouvelle vie de chien d’assistance. L’idée lui vient d’un professeur du CHU de Nancy, seul épileptologue français travaillant avec des chiens détecteur de crises. De cette rencontre naîtront le sujet de ce livre et le projet ESCAPE, dépeint brièvement dans le livre, qui va être véritablement lancé. Affaire à suivre… En tout cas, l’auteur conclue sa note d’intention d’une jolie phrase qui mérite réflexion : « Ainsi, agissant comme un catalyseur, la fiction peut-elle parfois bénéficier à la réalité dont elle s’inspire ».

Malgré la beauté du sujet abordé, il m’a manqué l’intense émotivité que j’avais tant apprécié dans le premier tome. Les personnages sont moins proches du lecteur, et donc moins attachants, tout comme Jules, que j’ai trouvé distant et un peu froid dans ses agissements. Une mince frontière s’est installée entre les personnages et moi, m’empêchant de savourer pleinement ma lecture. Néanmoins cette sensation étant purement subjective, faites-vous votre propre avis sur ce livre !


Dans la continuité de Jules, l’auteur met en avant une autre des capacités extraordinaires dont sont dotés les chiens. Un roman dynamique, qui manque quand même d’intensité. 

Ma note : 5,5/10

Jules

Jules de Didier van Cauwelaert
277 pages, éditions Albin Michel, à 19,50€

 

Résumé : Zibal est un petit génie. Ses inventions auraient d’ailleurs pu lui rapporter des millions mais tout le monde n est pas doué pour le bonheur et Zibal, malgré ses diplômes, se retrouve à 42 ans vendeur de macarons à l’aéroport d Orly.
Un jour, devant son stand, apparaît Alice, une jeune et belle aveugle qui s’apprête avec son labrador Jules à prendre l’avion pour Nice où elle doit subir une opération pour recouvrer la vue. L’intervention est un succès mais, pour Jules, affecté à un autre aveugle, c’est une catastrophe. Jules fugue, retrouve Zibal et, en moins de vingt-quatre heures, devient son pire cauchemar : il lui fait perdre son emploi, son logement, ses repères. Compagnons de misère, ils n’ont plus qu une seule obsession : retrouver Alice.
Un roman plein de tendresse, mené par un trio digne des plus ébouriffantes comédies hollywoodiennes.
Extraits : « Rien n’est plus traumatisant pour un chien guide que d’être séparé par la force de la personne qu’il assiste. »
« Ce sont nos rêves impossibles qui gouvernent nos vies, vous ne croyez pas ?« 

Mon avis : Première rencontre avec la plume de Didier van Cauwelaert, grand écrivain dont j’avais longuement entendu parlé, et que je mourrais d’envie de découvrir. C’est maintenant chose faite, grâce au surprenant roman Jules.

Jules est le chien guide d’aveugle d’Alice, jeune femme qui va recouvrir la vue grâce à une opératin de chirurgie. Délaissé, Jules se sent inutile, blessé dans son orgueil de chien. Sur les conseils du docteur Haussmann, Alice confie – à contrecoeur et les larmes aux yeux – Jules à un autre aveugle, pensant que son chien pourra sortir de la déprime où il est tombé. Mais les deux êtres vont vite remarquer un vide dans leur vie, une absence prolongée insoutenable. Jules, battu par son nouveau maître, s’enfuit retrouver le dernier homme qui l’a vu dans sa condition de chien d’aveugle, et l’enjoint de l’aider à retrouver sa maîtresse.

Tout d’abord, il faut avouer que le sujet choisit est hautement original. Le lecteur apprend à découvrir les conditions de vie des aveugles, l’intelligence surnaturelle des chiens guides et l’affection fusionnelle qui lie l’aveugle et son chien. De plus, pour donner de la profondeur à son récit, l’auteur revient à la genèse de la cécité d’Alice, où il nous explique qu’après avoir été violée par trois hommes, ils lui avaient lancés dans les yeux de l’acide pour ne pas qu’elle les reconnaisse. Jules est un roman qui émeut, d’autant plus que l’histoire aurait réellement pu arriver dans la vraie vie.

Le ressentiment des animaux – la tristesse de Jules de ne plus servir de guide à Alice -, leur fidélité – Jules ne veut pas d’un nouveau maître et part à la recherche d’Alice -, l’intelligence qui les anime – il se souvient avec exactitude du trajet qu’ils faisaient tous les deux quand ils partaient en vacances à la mer -, les sensations dont ils sont dotés sont surprenants. J’ai eu le plaisir de lire il y a peu Qu’est-ce qui fait courir Julia Verdi ? de Geneviève Lefebvre, où là encore, l’auteure nous montrait avec précisions qu’un chien peut ressentir les mêmes émotions que les humains.

Mais l’histoire n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Didier van Cauwelaert pimente son récit en y ajoutant une bonne grosse dose d’amour. De l’amour entre l’animal et sa maîtresse. De l’amour entre Alice et sa compagne Fred. Entre le vendeur de macarons, sauveur de Jules, et le chien. Et un amour naissant entre le vendeur de macarons et Alice.
On remarque la symbiose parfaite entre Alice et son chien, à tel point que celui-ci arrive même à ressentir ce que sa maîtresse ressent. C’est peut-être pour cette raison qu’il lui rapporte un homme ; pour lui apporter la dose de bonheur supplémentaire qui manque à son quotidien.

J’avoue sans honte que le triangle amoureux Fred – Alice – Zibal m’a dérangé et gêné. Cette partie du roman est étrangement racontée ; avec Alice qui redécouvre le plaisir avec Zibal, le tout sans honte, sous les yeux de sa compagne Fred et de Jules.

Néanmoins, j’ai dans l’ensemble apprécié cette histoire. J’ai rêvassé sur la chance qu’avait Alice de posséder un chien aussi extraordinaire que Jules, j’ai pleuré en apprenant les raisons de la cécité d’Alice, mais j’ai été heureuse de voir qu’Alice a sût aisément remonter la pente et retrouver le bonheur qu’elle méritait. Un livre frais et léger, que je vous recommande.

Ma note : 7/10