Toute une vie et un soir


Toute une vie et un soir de Anne Griffin

264 pages, éditions Delcourt, à 20,50€


Résumé : Dans une bourgade du comté de Meath, Maurice Hannigan, un vieux fermier, s’installe au bar du Rainsford House Hotel. Il est seul, comme toujours – sauf que, ce soir, rien n’est pareil : Maurice, à sa manière, est enfin prêt à raconter son histoire. Il est là pour se souvenir – de tout ce qu’il a été et de tout ce qu’il ne sera plus. Au fil de la soirée, il veut porter cinq toasts aux cinq personnes qui ont le plus compté pour lui. Il lève son verre à son grand frère Tony, à l’innocente Noreen, sa belle-soeur un peu timbrée, à la petite Molly, son premier enfant trop tôt disparu, au talent de son fils journaliste qui mène sa vie aux États-Unis, et enfin à la modestie de Sadie, sa femme tant aimée, partie deux ans plus tôt. Au fil de ces hommages, c’est toute une vie qui se révèle dans sa vérité franche et poignante…
Un roman plein de pudeur et de grâce qui contient toute l’âme de l’Irlande.


Extraits « L’ennui avec l’âge, enfin ils sont nombreux, c’est que le cerveau oublie qu’il radote les mêmes rengaines. »
« Ce qui me manque le plus ce n’est pas ce que Jason disait ou ce qu’il faisait, reprend-elle en posant la main sur sa poitrine. C’est de l’entendre respirer à côté de moi, dans la pièce voisine ou dans la maison, pas besoin qu’il fasse quoi que ce soit, à part être en vie.« 

Mon avis : Tout d’abord, je tiens à remercier Babelio ainsi que les éditions Delcourt, de m’avoir gracieusement envoyé ce livre en avant-première dans le cadre d’une Masse critique privilégiée. C’est le genre de lecture qui ne m’attire pas aux premiers abords, mais qui peut s’avérer extrêmement passionnante. Je me suis donc laissé tenter par ce roman irlandais.

Toute une vie et un soir, c’est l’histoire de Maurice, 84 ans, qui retrace l’intégralité des grands moments de sa vie en seulement un soir. Ce vieux monsieur, veuf depuis deux années, a vécu des moments de profondes tristesses, notamment lorsqu’il a perdu son frère bien-aimé, ou sa première fille. Mais il a également vécu bon nombre de joies, aux côtés de sa femme et de son fils, de ses amis et de ses animaux. Une vie bien remplie qu’il nous raconte autour d’un verre, comme une histoire que l’on raconterait à un jeune enfant avant qu’il ne s’endorme.

Cette histoire est jalonnée de souvenirs, de regrets, de sourires, de moments d’intense bonheur, de joies, de pleurs, de tristesse, de déceptions aussi, mais de fous rire parfois. C’est l’ensemble de sa longue vie qu’il étale à nu devant nous, dans sa pure simplicité et sa beauté toute entière. Maurice se confie dans pudeur aux lecteurs, mais à son fils avant tout, celui qu’il a délaissé durant toute ces années, mais celui qui constitue aujourd’hui sa seule famille.

Cette lecture m’a fait passer à travers différentes émotions, qui se succédaient sans jamais se ressembler. J’ai été maintes fois peinée par les dures épreuves traversées par Maurice, puis folle de joie quand je me rends compte de ce qu’il a réussi à accomplir et de la revanche qu’il a prise sur sa vie d’avant – passant d’un labeur compliqué, vil, au service de personnes médisantes et peu scrupuleuse à un homme fier, honnête, indépendant et bussinessman dans l’âme. C’est sûrement ce qui ressort le plus dans ce livre : les dix mille vies vécues par Maurice. Il n’y a pas à dire, en 84 ans, on en voit passer des choses !

Malheureusement, je suis peinée de vous dire que je ne me suis pas particulièrement sentie proche du protagoniste et narrateur, Maurice. J’ai beaucoup aimé me balader dans les entrailles de ses souvenirs, mais je ne me suis pas attaché tant que ça au personnage en lui-même, à ce qu’il était et à ce qu’il est devenu. Ça ne remet pas en cause la beauté de l’écriture de l’auteure, ni la puissance de son aura émotionnel, qui a réussi à me toucher à maintes reprises. Je veux seulement dire que cette histoire est belle, mais pas exceptionnelle non plus, puisque je l’oublierai certainement dans quelques semaines à peine.


Une lecture irlandaise aux couleurs du pays : triste, nostalgique, mais belle. J’ai passé un bon moment de lecture, mais celui-ci ne sera pas mémorable.

Ma note : 6,5/10

Pour lire plus d’avis

 

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Les porteurs d’eau


Les porteurs d’eau de Fred Duval et Nicolas Sure

135 pages, éditions Delcourt/Mirages


Résumé : Jérôme et Florian sont sur le point d’acheter des produits dopants lorsque la douane débarque, obligeant les deux jeunes espoirs du cyclisme à prendre la fuite, le coffre plein d’argent et de marchandise. Leur cavale va les mener de Dieppe jusqu’au Mont Ventoux. Une poursuite tragi-comique durant laquelle le petit Pignon devra également affronter le fantôme de son père, coureur professionnel mort à 37 ans d’une embolie pulmonaire.


Extrait « J’écoutais la radio avant le coup de fil de ma grand-mère. Tu fais les titres, entre Ebola, la crise en Ukraine et le prix Nobel de littérature à Modiano : le fils du coureur Pascal Pignon mêlé à une affaire de trafic de produits dopants… Bravo »


Mon avisJe ne lis que très rarement des bandes-dessinées, mais à chaque fois que j’aie la chance d’en découvrir une nouvelle, j’ai toujours cette même excitation post-lecture, comme un enfant qui attendrait Noël avec impatience.

Ici, deux étoiles montantes du cyclisme français se retrouvent en cavale, après avoir acheté une dose importante de produits dopages à des revendeurs. L’un est mineur, l’autre majeur. L’un a perdu son père très jeune, alors qu’il était cycliste professionnel : malgré les nombreuses rumeurs qui accusent son père d’avoir consommé des substances illicites pour doper ses performances, jamais personne n’a pu affirmer qu’il en consommait. Les jeunes s’enfuit, poursuivis par la police et par les revendeurs, qui veulent récupérer leur butin. A la manière d’un Tour de France, nous allons suivre les deux jeunes dans leur fuite, traversant monts et vallées pour échapper à leurs poursuivants.

Les Porteurs d’eau, c’est une bande-dessinée qui parle du dopage dans le milieu du cyclisme. A travers son récit, Fred Duval ne cherche pas à porter de jugement sur ce phénomène, mais essaie seulement de comprendre ce qui a pu amener les cyclistes à se doper.

N’étant pas une spécialiste du milieu du cyclisme, j’ai apprécié que l’auteur use de mots simples pour décrire certaines spécificités du milieu. Même si je n’ai sans doute pas compris toutes les références et les jeux de mots utilisés, j’ai quand même réussi à suivre le déroulé de l’histoire et à pénétrer dans l’ambiance.

Malheureusement, je trouve que le scénario est un peu facile. Des histoires de cyclistes qui se dopent, ou qui achètent de la marchandise pour en revendre dans leur cercle professionnel, c’est du vu et déjà vu. Pour moi, il manquait cruellement d’originalité dans le récit. De plus, parler de dopage dans le milieu du cyclisme, je trouve ça un peu surfait et cliché, puisque le dopage est presque automatiquement assimilé au milieu du cyclisme, alors que c’est loin d’être le seul sport qui use de ce genre de substances.


Un scénario simple, mais dynamique et plein de rebondissements. Même si j’aurais apprécié plus d’originalité dans le récit, j’ai aimé découvrir cette histoire. 

Ma note : 6,5/10