Terrible vertu


Terrible vertu de Ellen Feldman

301 pages, éditions Cherche Midi, à 21€


Résumé : « Le devoir d’une femme : regarder le monde bien en face, avec une lueur infernale dans les yeux ; avoir un idéal ; parler et agir en dépit de toutes les conventions. » Telle était la philosophie de Margaret Sanger et telle a été sa vie.
Portrait d’une des figures les plus influentes et les plus controversées du XXe siècle, ce roman met en scène cette femme indomptable.

Élevée dans un milieu pauvre, par une mère épuisée par treize grossesses, Margaret se fait très jeune le serment de ne jamais subir la vie d’une femme au foyer. Devenue infirmière à une époque où la contraception est illégale, elle décide de se consacrer aux femmes et met sur pied en 1916 la première clinique clandestine de contrôle des naissances. C’est le début d’une vie de luttes enfiévrées qui la conduiront à créer en 1952 le planning familial, avant de militer, par tous les moyens, pour la légalisation de la pilule. Son acharnement la conduira plusieurs fois en prison, elle sera contrainte de fuir les États-Unis pour l’Angleterre et la France, où, là encore, toujours aussi indomptable et provocante, elle poursuivra son inlassable combat pour l’égalité des sexes.

Ellen Feldman nous restitue ici la vie d’une femme hors du commun, mais aussi de ses proches, mari, amants, enfants, famille, dont l’existence a souvent été malmenée par cette héroïne en quête d’absolu, qui a changé la vie de toutes les femmes, peut-être aux dépens de la sienne.


Extraits : « J’étais devant le miroir de l’entrée, en train de mettre mon chapeau et de me faire la réflexion qu’être désirée était bien meilleur pour le teint que toutes les crèmes du monde. »

« Promettre d’aimer à jamais est aussi irréfléchi que promettre de vivre à jamais.« 


Mon avis : Terrible vertu est une biographie romancée de Margaret Sanger, une militante qui lutta pour la liberté d’expression de la femme et le libre accès à la contraception. Malheureusement, son nom n’est que très peu connu dans la sphère publique, puisque pour ma part, je n’avais jamais entendu parler de cette illustre femme. Chose faite maintenant, et je vais tâcher de vous la présenter au mieux, afin que vous vous rendiez compte de l’immensité de ses actions.

Élevée dans un milieu pauvre, entouré de 12 frères et soeurs, Margaret Sanger voit dépérir sa mère, femme au foyer usée par les grossesses. Ne voulant point devenir comme elle, Margaret va devenir infirmière et se concentrer uniquement aux femmes. Elle va ouvrir la première clinique clandestine de contrôle des naissances, va informer et sensibiliser les femmes sur la contraception et les risques encourues des grossesses successives, publier des magazines clandestins, le tout au détriment de sa vie et de sa liberté.

Car les actions qu’elle menait étaient illégales et pénalement répréhensibles. Margaret, tout comme l’une de ses soeurs, qui a rejoint son combat, ont d’ailleurs passer plusieurs longs mois derrière les barreaux. Margaret Sanger a également dû faire nombre de sacrifices dans sa vie : elle a notamment délaissé ses enfants durant de longs mois (si ce n’est pendant des années), pour se consacrer à la cause qu’elle défendait. Je pense que c’est l’une des seules choses pour laquelle je ne suis pas en accord avec elle : laisser ses trois enfants en bas âge seul, pour militer pour les femmes. Je suis convaincue qu’elle pouvait trouver un arrangement pour pouvoir allier les deux.

Margaret Sanger couvre sa bouche en signe de protestation après avoir été privée du droit de parler de contrôle des naissances, le 17 avril 1929.

J’ai trouvé ce livre particulièrement intéressant. Sensible à la cause féminine, je suis de très près toutes les évolutions qui se déroulent au XXIème siècle en faveur des femmes – égalité des sexes et des salaires, sensibilisation au cancer du sein, etc. Mais je ne m’étais jamais vraiment penché sur les figures féminines qui avaient oeuvrés pour que nous puissions, nous, femmes du XXIème siècle, bénéficier de tout ce dont nous bénéficions aujourd’hui. Et je peux dire aisément que cette Margaret Sanger est une héroïne du XXème siècle. Très peu de femmes auraient osé s’exposer ainsi publiquement et réaliser de telles actions, souvent vaines, peu écoutées, ou immédiatement arrêtées par les hommes.

Loin d’être soporifique, Terrible vertu est écrit d’une manière simple, accessible à un large public, pour que chaque lecteur puisse découvrir avec facilité le portrait de cette femme et les actions qu’elle a mené. 

Un grand merci aux éditions Le Cherche Midi et à Babelio pour cet envoi. Je ne regrette pas un seul instant d’avoir découvert ce livre, qui m’apporta beaucoup pour ma culture personnelle et ma vision de la vie. C’est sûr, maintenant, je ne verrais plus les contraceptifs de la même manière !


Une biographie romancée sur une figure féminine qui a milité activement pour les droits de la femme et son libre accès à la contraception. Je recommande ce livre, ne serait-ce que pour votre culture personnelle.

Ma note : 7,5/10

Pour lire plus d’avis

 

Gains

Gains de Richard Powers.

631 pages, éditions Le Cherche midi à 22,00€

 

Résumé : 1830. La famille Clare crée à Boston une petite entreprise de savon. Celle-ci va évoluer au rythme des États-Unis et devenir, un siècle et demi plus tard, une véritable multinationale. Des plantes médicinales aux cosmétiques, détergents et autres insecticides, des pionniers inventifs au règne de la communication et du libéralisme, le chemin sera long et impitoyable.
1998. Laura Bodey, 42 ans, divorcée, mère de deux enfants, travaille dans l’immobilier à Lacewood, Illinois, siège des usines de Clare Inc. Sa vie va basculer et son destin converger d’une façon inattendue avec celui de la multinationale, faisant d’elle une victime révoltée par l’idée de fatalité.
Après Trois fermiers s’en vont au bal et Le Temps où nous chantions, Richard Powers ausculte l’influence du libéralisme sur la vie quotidienne et les destinées individuelles. Animéà la fois par une vision globale et une rare puissance émotive, il plonge le lecteur dans les contradictions de la société de consommation, et met en scène avec brio et tension les gains et les pertes auxquels est confronté l’humain.
Extraits : « Un jour tu comprendras. Les morts n’attendent rien d’autre de nous que nous vivions. »
« Ne remettez jamais au lendemain ce que vous pouvez enterrer pour toujours dans une liste.« 
Mon avis : Gains est un roman écrit par un Américain qui raconte, pendant près de 600 pages, l’histoire d’une société très spéciale appelée Clare (de par le nom de famille des fondateurs, qui sont des frères), qui crée puis vend des savons dans le monde entier. On la suit dès sa création, puis nous la voyons grandir, s’accroître, pour finir par la retrouver en tant que véritable multinationale ! Sans chapitre, seulement séparé par des tirets, l’histoire de Laura, en parallèle à celle de l’entreprise des Clare, jeune femme atteinte d’un cancer des ovaires, va impliquer la société des frères dans sa maladie.
Les deux histoires sont très différentes : l’époque racontée n’est déjà pas la même, les sentiments représentés non plus. La narration du récit de l’entreprise Clare est plutôt de la description, très compliquée à lire, avec beaucoup de termes spécifiques au monde de la consommation. Alors que la vie de Laura est racontée simplement, sans prise de tête, avec beaucoup d’émotions et de finesse. Les petites « parenthèses » de citations ou d’histoires entre chaque transaction de tirets étaient pas mal, très plaisantes, ça permettait de découvrir d’autres choses, de se déconnecter un instant à l’histoire comté, ou tout simplement, pour approfondir la réflexion sur le passage lu précédemment.
Les personnages sont également tous très différents les uns des autres, leurs caractères sont diamétralement opposés, leur vie également. L’héroïne Laura est très attachante, simple et modeste, même avec une maladie aussi horrible que le cancer ! Les Clare, par contre, sont avides d’argent, de réussite, et de renommé. Ils ne pensent qu’à grossir leur entreprise, encore et encore.
Je dois vous l’avouez, mon avis est assez mitigé. Je me suis complètement ennuyé pendant toutes les pages de description de l’entreprise, des techniques de production… (peut-être le vocabulaire utilisé était-il trop compliqué pour moi ?) Les noms de villes, de personnages, de lieux… étaient sans fin, je ne m’y retrouvais plus, j’étais perdue à chaque nouvel endroit cité. Néanmoins, l’histoire de Laura, avec sa famille, m’a touchée. J’ai trouvé cette partie de l’histoire émouvante, humaine… les mots étaient plus faciles et simples à lire, je pense que c’est pour ça.
Malheureusement, je ne suis pas entrée dans l’histoire, je m’ennuyais beaucoup trop, j’était pressée d’en finir… Livre un peu trop compliqué pour ma part, trop de mots et de passages difficiles à comprendre. Merci quand même à Priceminister pour ce livre que j’ai découvert et lu pour le match de la rentrée littéraire 2012.

 

Ma note : 4/10

Le crime de la renarde

Le crime de la renarde de Michelle Lajoux.
145 pages, éditions Le Cherche Midi à 13,49€

 

Résumé : « À certains moments, je redeviens comme quand j’étais enfant, je ne sais plus que je suis là, c’est ensuite comme un trou dans ma vie. À l’école, je le faisais exprès. On me disait que j’étais toujours dans la lune. En fait, je n’allais jamais dans la lune, je n’ai jamais été tentée. Je rentrais en moi, je trouvais que c’était beaucoup plus intéressant. Je m’imaginais que je circulais dans mon cerveau pour y découvrir de quoi j’étais faite. Certains endroits étaient fermés à clé, jamais je n’ai pu y entrer, j’étais vraiment agacée. Au moment où je sentais que la serrure allait céder, le prof me criait dessus et tout était à recommencer. »
Cendrine, 23 ans, condamnée à ving-cinq ans de prison pour le meurtre de son fils.
La jeune femme, qui n’aime pas s’exprimer sort progressivement de sa chrysalide. Du cahier bleu au cahier rouge, elle se cherche sans vraiment savoir où elle va. C’est le cahier noir qui lui apportera la révélation.
Michèle Lajoux brosse ici le portrait d’une jeune adulte blessée dans son enfance qui se reconstruit.
Plus qu’un roman sur l’infanticide, Le Crime de la renarde exprime avec sensibilité, audace et pertinence le drame de la banalité et de l’isolement. Une colère vive, introspective, acérée, bousculant les idées reçues.
Toute vie est un fait divers…
Extraits : « C’est étrange, comme cela fait peur quand on ne sait pas mettre les mots sur les choses ou sur ce que l’on ressent, c’est comme si on était perdu au milieu d’une immensité de terres sans limites, comme désert. »
« Une erreur, c’est pire qu’une faute. Une faute, on la reconnaît. Une erreur, on ne la voit pas et elle nous empoisonne la vie en secret.« 
Mon avis : Le crime de la renarde est un roman qui se lit très vite et facilement. Traitant un sujet difficile, l’infanticide, Michèle Lajoux raconte l’histoire de Cendrine, qui est condamnée à vingt-cinq ans de prison suite à l’assassina de son fils. Touchant et bouleversant, ce roman narre une très belle histoire, qui prouve que les actes vécus en enfance sont les plus marquants.
J’ai bien aimé le thème du récit, ainsi les bribes d’histoires que nous apprenons au fur et à mesure de l’avancement de la lecture, pour qu’à la fin, l’histoire finisse par se reconstituer nettement.
Malheureusement, je n’ai pas réussi à rentrer dedans, je l’ai un petit peu survolé. Il manque à mon goût un peu de « peps », un peu d’action. Certes, le thème choisit est plutôt triste, à manier avec des pincettes, mais quelques passages racontés dans le présent auraient été bien, ça aurait permis aux lecteurs de rentrer plus facilement dans la vie de l’héroïne.
Troublée et émue, je me souviendrais, je pense de ce livre, qui m’a bouleversée et fait ouvrir les yeux sur certaines choses, certains points et actes très graves.

 

Ma note : 5/10