En attendant Doggo

En attendant Doggo de Mark Mills
297 pages, éditions Belfond, à 18€

 

Résumé : « Je te quitte. Je te confie le chien. Et surtout ne touche pas à ma petite sœur. »

Tel est en substance le contenu de la lettre que Clara vient de laisser à Dan, mettant fin à quatre années de vie commune. Une claque pour le jeune homme : sans boulot, sans copine, comment maintenir sa vie en équilibre ? Et, surtout, que faire de ce chien dont Clara s’était entichée quelques semaines plus tôt ?
Alors qu’il s’apprête à confier l’affreux toutou, mi-Pékinois, mi-épagneul, aux bons soins de la SPA, Dan est soudain pris d’angoisse lorsque la véto lui propose de le castrer. Hors de question de sacrifier la virilité du pauvre animal ! Dan assumera donc ce nouveau compagnon à poils. Et Doggo a plein d’atouts. À commencer par un immense capital sympathie qui se vérifie dans la nouvelle agence de pub où Dan vient d’être recruté. Doggo devient rapidement la mascotte du bureau. Et séduit même la jolie Edith… Au grand dam de Tristan, l’ambitieux collègue et amant de la belle, bien décidé à étouffer dans l’œuf cette complicité.
Nouveau job, nouvel amour… Et si la tornade Doggo se révélait le plus inattendu des porte-bonheur ?

Extraits :  « Je ne suis pas cynique et content de moi. C’était juste un petit jeu entre nous. On en a établi les règles ensemble : Clara s’emballait sur l’astrologie, les vies antérieures, les anges gardiens, toutes les idioties de ce genre, et moi, j’incarnais la voix de la raison. On ne pouvait pas être d’accord sur tout, on en riait d’ailleurs, parce qu’on vivait quelque chose de bien plus fort. Ce qu’on vivait, c’était l’amour. Là-dessus, on était bien d’accord. Elle n’a pas le droit de changer les règles du jeu. »
« Le travail est éphémère, l’amour peut durer toute la vie. »

Mon avis :  En voilà une comédie anglais agréable à lire et remplie d’humour. Si vous aimez les animaux – particulièrement les chiens -, si vous voulez rire et passer un bon moment, courrez découvrir En attendant Doggo.

Le roman commence in medias res avec Clara, qui envoie une lettre de rupture à Dan. Celui-ci est anéantit. Il décide de ramener à la SPA le petit chien qu’ils avaient adoptés ensemble. Mais le destin de ce petit chien, prénommé Doggo, a sans nul doute été tout tracé. Par la force du hasard, Doggo va rester aux côtés de Dan et va même apporter sa part de contribution dans le nouveau job trouvé par Dan. Doggo va devenir un emblème, un maillon essentiel de la vie quotidienne de Dan.

C’est vraiment très léger à lire et ça met de bonne humeur. En effet, loin de se laisser déboussoler par la cruauté de la vie, Dan va apprendre à apprécier les choses simples de son quotidien, en grande partie grâce à Doggo. Se promener dans les rues, faire les trajets maison-boulot à pied… des choses qui lui étaient encore tout à fait impensables de faire avant d’avoir Doggo. Comme quoi, un animal de compagnie peut prendre une place vraiment importante dans une vie humaine.
Après avoir lu Jules de Didier van Cauwelart un chien guide d’aveugles très attachants, je me suis prise d’affection pour Doggo, ce petit chien qualifié de « très laid » par tous les gens qui le regardent.

Bon, j’avoue quand même avoir été déçue de la très petite place de Doggo dans le roman. En arrière-plan, c’est vrai, il est présent continuellement. Mais il n’est presque jamais sur le devant de la scène. Doggo, en toute logique, devrait être le maître de ce roman . Alors qu’il est placé ici en ange gardien, qui veille seulement sur son maître. Il est quasiment inexistant, effacé.

C’est vraiment Dan le protagoniste, le personnage que l’on suit partout et tout le temps. On voit Dan triste lorsqu’il apprend que Clara a mit fin à leur relation. Dan pleins d’espoirs quand il retrouve un travail. Déterminé à se faire une place dans la nouvelle agence qu’il l’accueille. Heureux d’avoir fait la connaissance de Edie. Complice plus que jamais avec Doggo.

Aussi, vous aurez sans doute remarquer que le titre de ce livre n’est pas sans rappeler le célèbre En attendant Godot de Samuel Beckett. Les similitudes ? Beaucoup de scènes drôles, parfois surprenantes. Une dépendance preque inéluctable qui se créait entre Doggo et son maître – comme dans En attendant Doggo avec Ham, entièrement dépendant de son serviteur Clov. En outre, ces deux livres offres une image presque parfaite de la société moderne d’aujourd’hui.

En bref, c’est un ouvrage sympathique à lire, qui raconte la vie tumultueuse d’un homme, accompagné de son ami le plus fidèle : son chien. Un livre qui devrait plaire à tous les amoureux de boules de poils.

 

Ma note : 6,5/10

Le train des orphelins

Le train des orphelins de Christina Baker Kline
340 pages, éditions Belfond, à 20,50€
Résumé : De l’Irlande des années 1920 au Maine des années 2000, en passant par les plaines du Midwest meurtries par la Grande Dépression, un roman ample, lumineux, où s’entremêlent les voix de deux orphelines pour peindre un épisode méconnu de l’histoire américaine.
Entre 1854 et 1929, des trains sillonnaient les plaines du Midwest avec à leur bord des centaines d’orphelins. Au bout du voyage, la chance pour quelques-uns d’être accueillis dans une famille aimante, mais pour beaucoup d’autres une vie de labeur, ou de servitude.
Vivian Daly n’avait que neuf ans lorsqu’on l’a mise dans un de ces trains. Elle vit aujourd’hui ses vieux jours dans une bourgade tranquille du Maine, son lourd passé relégué dans de grandes malles au grenier.
Jusqu’à l’arrivée de Mollie, dix-sept ans, sommée par le juge de nettoyer le grenier de Mme Daly, en guise de travaux d’intérêt général. Et contre toute attente, entre l’ado rebelle et la vieille dame se noue une amitié improbable. C’est qu’au fond, ces deux-là ont beaucoup plus en commun qu’il n’y paraît, à commencer par une enfance dévastée…

Extraits :  « Je voulais juste dire que ce qui est arrivé aux Indiens est exactement comme ce qui est arrivé aux Irlandais quans ils étaient sous la coupe des Anglais. Le combat était inégal. On leur a volé leurs terres, leur religion a été interdite et on les a forcés à se soumettre à une force étrangère. Qu’il s’agisse des Irlandais ou des Indiens, dans les deux cas, c’est injuste. »
« Je crois aux fantômes. Ce sont eux qui nous hantent, eux qui nous précèdent. Il m’est souvent arrivé de les sentir autour de moi, observateurs, témoins, alors que personne parmi les vivants ne savait ce qui se passait ou ne s’en souciait. »

Mon avis : Ce roman m’a tellement touché qu’il m’est dur de poser des mots sur ce que j’ai ressenti. Pleins de sentiments contradictoires envahissent mon esprit : de la pitié, beaucoup de colère, mais surtout, énormément de tristesse.

Commençons par le commencement. En 1929, Niamh est une petite Irlandaise, expatriée aux Etats-Unis avec sa famille, avant de devenir orpheline, suite au décès de ces derniers dans un terrible incendie. A partir de ce jour, Niamh va être envoyé dans un train, avec d’autres orphelins, avec pour but, de leur trouver une maison et une famille qui prenne soin d’eux. Niamh va être choisie, embauchée comme main-d’oeuvre et maltraitée par sa famille d’adoption.
En 2011, Molly, également orpheline, placée dans une famille d’accueil qui ne lui accorde pas l’attention voulue, va rencontrer une certaine Vivian, qui a vécue les trajets du train des orphelins. Malgré les années qui les séparent, les deux femmes vont se trouver des points communs, à tel point qu’une amitié va naître, entre cette vieille femme de 91 ans et l’adolescente de 17 ans.

Ce récit est inspiré de faits réels. Il y a tout d’abord une petite note sur la quatrième de couverture, qui stipule que Christina Baker Kline s’est inspirée de l’histoire familiale de son mari, David Kline, pour écrire son récit. Puis, les histoires d’immigrations sont des faits avérés. Comme raconté dans le récit, les immigrés entraient aux Etats-Unis par Ellis Island ; et les Irlandais faisaient partis de la population immigrée la plus importante aux Etats-Unis, au début des années 1900.

L’auteure nous dépeint avec réalisme et exactitude les conditions de vie déplorables auxquelles devaient faire face les habitants. Ainsi, Niamh a été embauchée de force dans une maison de couture, sans être rémunérée, sans pouvoir aller à l’école – alors qu’elle n’avait qu’une dizaine d’années -. On lui servait des repas insipides et on l’obligeait à dormir sur un matelas, dans un couloir où circulait tous les courants d’air. Des conditions de vie désastreuses, pour une jeune enfant déjà bien entamée par la vie.

Deux générations se rencontrent : Molly et Vivian, toutes deux orphelines. Le lecteur peut alors comparer avec allégresse les conditions de vie de ces deux personnes ; l’une étant maltraitée, mais silencieuse face à son malheur, l’autre, rebelle, ne se satisfait pas de tout ce que ses parents d’adoption lui offrent. C’est vraiment très bouleversant ; on se rend compte de la chance que l’on a de pouvoir vivre au XXIème siècle.

Lors de la Seconde guerre Mondiale en Europe, des milliers de juifs sont parqués dans des trains à bestiaux et envoyés dans des camps de concentration. Dans Le train des orphelins, des enfants sans attaches sont vendus comme des bêtes à des adultes souvent malintentionnés. Deux périodes différentes, deux histoires différentes, avec deux points communs : les trains, symbole de départ vers un ailleurs inconnu ; et la cruauté dont peuvent faire preuve les hommes à l’égard d’autrui.

C’est vraiment touchant et très bien écrit (il est rare qu’un roman historique soit aussi fluide). L’alternance des époques et des narrateurs – on passe du récit de Niamh en 1929 à 2011 – donne une dynamique à l’histoire. Ce qui fait que le lecteur n’a pas le temps de reprendre son souffle. De même, autant dans le passé que dans le présent, le suspens est maintenu, l’histoire est toute aussi prenante.

Ce livre met en lumière une face méconnue de l’histoire Américaine du début du XXième siècle. Empli d’humanisme, Christina Baker Kline prouve qu’avec de la volonté et un mental d’acier, rien ne peut vraiment nous atteindre. Après chaque malheur se cache un bonheur.

Ma note : 7/10

Deux cigarettes dans le noir

Deux cigarettes dans le noir
de Julien Dufresne Lamy
301 pages, éditions Belfond, à 19€

Résumé : Il y a avec la danse une intrigue meurtrière. Avec elle, la fin l’emporte toujours.Clémentine travaille dans une usine de parfum. Elle attend un enfant. Au volant de sa voiture en direction de la maternité, elle percute quelqu’un sans pouvoir s’arrêter. De retour à la maison seule avec son bébé, elle apprend la mort à Paris, deux jours plus tôt, de la chorégraphe Pina Bausch. Clémentine se souvient : une silhouette maigre, de longs cheveux gris ? c’est Pina qu’elle a fauchée. Elle a tué un génie en mettant au monde son enfant. La maternité, la danse, la vie, la mort se côtoient dans le nouveau roman de Julien Dufresne-Lamy, qui trouble et bouscule par son intelligence et son originalité.

Extraits :  « Grossesse, ça fait penser à promesse. Moi, ça me fait penser à ogresse. »

« Il y a avec la danse une intrigue meurtrière.
La danse naît et meurt. Sur scène. Ce sont des gestes rapides, des gestes beaux et éphémères. La danse existe pour disparaître. Elle vit le temps d’un souffle, un instant de grâce. Elle ne parle que de ça, de secondes et de grands battements. Avec elle, la fin l’emporte toujours. Elle renaît, jamais identique, elle se réincarne quand le geste se retient, quand le mouvement s’épanouit.
 »

Mon avis :  Alors qu’elle est en voiture, prête à accoucher, Clémentine percute quelqu’un. Elle apprendra dans les jours à venir qu’elle a tué Pina Bausch, une chorégraphe et danseuse mondialement connue. Un décès qui la hantera des années après, à tel point qu’elle rebaptisera son fils Barnabé avec le prénom de Pina.

Dans ce livre, deux voix de femmes se font échos. Pina, d’un côté. Clémentine de l’autre. Deux femmes à la vie opposée ; l’une est danseuse et chorégraphe, l’autre travaille à la chaîne dans une usine. Deux mondes diamétralement opposés ; une vie rêvée, et une autre banale, un peu médiocre, même. Pour oublier sa triste vie, Clémentine va s’imprégner de l’univers féerique de Pina. Les deux femmes vont alors se fondre l’une dans l’autre pour ne plus former qu’une. Clémentine va alors reprendre goût à la vie, sortir, revivre.

J’avoue que je ne connaissais absolument pas la fabuleuse chorégraphe Pina Bausch. J’ai, depuis la lecture de ce roman, rattrapé mes lacunes concernant la vie, la carrière et les talents de Pina. Cette grande dame a un style chorégraphique bien à elle, que l’on peut nommer « danse-théâtre ». En effet, elle arrive à mélanger danse classique, danse contemporaine et théâtralité. Le tout donne un rendu homogène et percutant. Chaque tableau qu’elle met en scène raconte une histoire, un bout de vie. C’est fort et c’est beau.
Dans ce livre, Julien Dufresne Lamy nous raconte Pina et nous fait ressentir tant et si bien sa danse, qu’elle se matérialise sous nos yeux. C’est une jolie mise en lumière de cette dame trop méconnue en France, et un bel hommage artistique.

J’ai beaucoup aimé découvrir Pina, son style singulier et sa vie artistique. J’ai trouvé dommage qu’à côté de cette grande dame, Clémentine s’efface (ce qui peut se comprendre, au vu du quotidien banal de la jeune femme). Le choc des cultures se ressent intensément et nous fait prendre conscience de la différence de vie que peuvent avoir deux personnes. C’est intense, fascinant et saisissant.

Julien Dufresne Lamy joue avec le langage comme Pina jouait avec le corps. D’une écriture simple et envoûtante, il nous embarque dans le monde théâtral de Pina. Une histoire percutante, qui mêle douceur et tragique. J’ai bien aimé.

Ma note : 6,5/10

Un jour on fera l’amour

Un jour on fera l’amour
de Isabelle Desesquelles
210 pages, éditions Belfond, à 18€

 

Résumé : Elle, c’est Rosalie Sauvage, et elle porte assez bien son nom. Lui, Alexandre, n’est heureux que dans les salles obscures. Une en particulier, celle de son père tant aimé et maintenant la sienne, le Rosebud, cinéma de quartier.
Ils se rencontrent par miroir interposé – Alexandre n’aperçoit pourtant que la nuque de Rosalie – et aussitôt se perdent. Mais entre elle et lui, il y a l’ami de l’enfance, les parents de toujours, admirables ou imparfaits, d’anciens amants oubliables, des putains oubliées, les mains de Gary Cooper, les yeux de Gene Tierney. Et aussi de ces souvenirs qui nous disent combien nous sommes vivants.
« Nous sommes flous, nous sommes fatigués, nous sommes inquiets, nous sommes pressés, nous sommes inconstants, nous sommes inconséquents, nous sommes humains. Nous, les héros de notre vie. »
Rosalie Sauvage et Alexandre sont aussi semblables qu’ils diffèrent l’un de l’autre et n’ont que vingt-quatre heures pour se retrouver. Après quoi la possibilité du bonheur sera à jamais derrière eux. Ils sont leur première et dernière chance d’aimer.

Extraits :  « Quelque chose me souffle qu’elle est la femme de ma mort parce que c’est ça, non, la femme d’une vie ? On veut être avec elle quand la mort arrive. »

« Ce qu’on imagine de meilleur aux amoureux, de plus intense, il se le projette en boucle, il ne peut pas y avoir autant de films sur l’amour sans que cela existe, quelque part, et qu’il en ait sa part. Voilà ce qu’il veut, Alexandre, une vie à l’image de toutes ces images auxquelles il a décidé de croire. »

Mon avis :  Ne vous laissez pas avoir par le titre provocateur de cet ouvrage, car derrière cette bravade, se cache un récit sensible et pudique.

Rosalie Sauvage et Alexandre ne croient plus en l’amour. D’ailleurs, ont-ils déjà cru un jour en l’amour ? Mais lorsqu’ils se voient, seulement de dos, par jeu de miroir, ils tombent sous le charme l’un de l’autre. Un coup de foudre immédiat, mais bref, puisque Alexandre a seulement le temps de battre des paupières que Rosalie Sauvage s’est envolée. A partir de là, s’engage une course contre la montre pour retrouver l’autre, puisque Rosalie Sauvage va déménager pour changer de vie.

J’ai beaucoup aimé la façon dont les personnages parlaient et abordaient le sentiment amoureux. Grâce à l’alternance de narration (un chapitre donnait la parole à Rosalie, l’autre à Alexandre), ont a pu se pénétrer des consciences et attentes des deux personnages. Deux personnages aux caractères différents (Rosalie est plutôt énergique et semble froide, tandis qu’Alexandre renvoie une image d’un homme timide et passionnel). Mais derrière ces visages de façade sont tapis des émotions sincères et douces. Ils transpirent le désir, désir de retrouver l’autre, de le recroiser. Dans un même temps, le lecteur aussi se place dans une posture d’attente, espérant à chaque page que les deux personnages vont pouvoir vivre leur histoire.

Dans ce récit, il ne faut pas chercher à y trouver de l’action. Isabelle Desesquelles privilégie une écriture poétique et sensuelle, pour faire ressentir aux lecteurs des émotions intenses. Un choix d’écriture osé, puisque pour ma part, j’aurais sans doute souhaiter un peu moins de spiritualité et un peu plus d’actions concrètes pour apprécier d’autant plus ma lecture.

En bref, Un jour on fera l’amour, c’est l’histoire nostalgique et triste d’un bout de vie qui s’en va : Alexandre va devoir vendre le Rosebud (cinéma de son père défunt) et repense avec nostalgie aux bons moments partagés dans ces lieux. Mais c’est aussi le commencement de bonheurs nouveaux, avec la naissance d’un amour et le début d’une nouvelle vie.

Un récit réaliste, qui tend à comprendre et à décortiquer les sentiments humains les plus complexes. L’histoire n’est sans doute pas impérissable, le récit un peu banal, mais il n’en reste pas moins agréable à lire.

Ma note : 5,5/10