J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi


J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi de Yoan Smadja

279 pages, éditions Belfond, à 17€


Résumé : Printemps 1994. Le pays des mille collines s’embrase. Il faut s’occuper des Tutsi avant qu’ils ne s’occupent de nous.
Rose, jeune Tutsi muette, écrit tous les jours à Daniel, son mari médecin, souvent absent. Elle lui raconte ses journées avec leur fils Joseph, lui adresse des lettres d’amour… Jusqu’au jour où écrire devient une nécessité pour se retrouver. Obligée de fuir leur maison, Rose continue de noircir les pages de son cahier dans l’espoir que Daniel puisse suivre sa trace.
Sacha est une journaliste française envoyée en Afrique du Sud pour couvrir les premières élections démocratiques post-apartheid. Par instinct, elle suit les nombreux convois de machettes qui se rendent au Rwanda. Plongée dans l’horreur et l’indicible, pour la première fois de sa vie de reporter de guerre, Sacha va poser son carnet et cesser d’écrire…

Dans ce premier roman bouleversant d’humanité, Yoan Smadja raconte le génocide des Tutsi du Rwanda à travers le regard de deux femmes éblouissantes, Rose et Sacha qui, sans le savoir, et par la seule force de leur plume, vont tisser le plus beau des liens, pour survivre à l’inhumain.


Extraits « Le temps qui passe n’a sur nos vies que peu de prise. Les plus profondes blessures nous sont infligées en un éclair. Celles auxquelles on ne s’attend pas. »
« L’indépendance est une sorte de jouvence, on n’en prend conscience que lorsqu’on la perd.« 

Mon avis : Un grand merci aux éditions Belfond ainsi qu’à Babelio, pour l’envoi de ce livre lors d’une Masse critique spéciale. Sans eux, je pense que je n’aurais jamais osé acheter un livre tel que celui-ci, tant le sujet est atypique comparé à mes lectures habituelles.

J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi est un roman historique sur la guerre du Rwanda, qui a débouché au génocide des Tutsis en 1994. Sacha est une jeune journaliste envoyée en Afrique du Sud avec son acolyte photographe, Benjamin. Sur une étrange intuition, la jeune femme décide de quitter l’Afrique du Sud, sans tenir compte des récriminations de son patron, et part au Rwanda. Là-bas, ils rencontreront Daniel, un médecin tutsi marié à Rose, une femme muette, qui écrit quotidiennement des lettres à son mari. L’ambiance est pesante, la guerre finie par éclater, Daniel part à la recherche de sa femme et de son fils, pour les protéger des hutus qui nourrissent une haine aux tutsis. Sacha et Benjamin vont suivre Daniel à travers le Rwanda et ce qu’ils vont y découvrir restera à tout jamais graver dans leur mémoire.

Dans mon passé de lectrice, j’avais déjà eu l’opportunité de lire Un dimanche à la piscine de Kigali de Gil Courtemanche, qui abordait cette guerre civile entre Tutsis et Hutus, et mettait en lumière les atrocités vécues par le peuple rwandais. Dans J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi, l’écriture est plus pudique, plus romancée, moins brutale. C’est un roman historique romancé, qui raconte à la fois le massacre de la guerre civile du Rwanda, mais également une histoire familiale bouleversante, celle de Daniel et de sa famille, victimes de cette guerre meurtrière.

On ressent avec intensité les émotions de chacun des personnages, en particulier la force de l’amour de Daniel pour sa famille, qui est prêt à tout, jusqu’à risquer sa vie, pour sauver celles des siens. Daniel, Sacha et Benjamin se lancent dans une course folle à travers le Rwanda, qui pour retrouver les siens, qui pour honorer son métier. Malgré les risques encourus, ils ne lâchent pas de vue leurs objectifs respectifs, et traversent, avec difficulté, les barrages érigés par les militaires hutus. La tension est à son maximum, le danger est partout, les horreurs se multiplient sur leur chemin : le Rwanda vit son plus terrible événement historique. Certaines scènes du livres sont brutes, sans fioritures, et montrent avec réalisme les horreurs provoqués par cette guerre civile. Le massacre des Tutsis, qui a duré près de 3 mois, a causé, selon l’ONU, la mort de près de 800 000 Rwandais, essentiellement des Tutsis. De ce fait, certaines scènes, écrites avec des mots bien pensés pour ajouter le plus de réalisme possible au récit, peuvent choquer certains lecteurs non avertis.


Un livre bouleversant, où la tragédie de l’Histoire côtoie la beauté romanesque. Un récit puissant, qui ne laissera personne indifférent.

Ma note : 8/10

Pour lire plus d’avis

 

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Système


Système de Agnès Michaux

289 pages, éditions Belfond, à 18€


Résumé : Pour Marisa et Paul Dumézil, le passé est irrémédiable, le présent difficile, quant au futur… Il se présente à eux le jour où l’homme qui avait été condamné pour le meurtre, trente ans plus tôt, de leur mère Éva sort de prison. Tandis que cette vieille histoire avec laquelle ils s’étaient construits malgré eux ressurgit parce que la justice des hommes a atteint sa limite de temps, les enfants d’Éva se demandent ce qu’ils sont devenus. Et que vont-ils devenir à présent que l’assassin de leur mère a payé pour ce crime ? Plusieurs options s’offrent à eux. Tandis que Paul semble prêt à passer à l’acte, Marisa pourrait bien préférer basculer dans la folie. Dans cette histoire, il y a de l’amour, des fantômes, un frère, une sœur et un détective privé.

Dans cette histoire, il y a la France, l’Indochine, l’Afrique, le Nil, la chaleur et la pluie, Djibouti, l’aventure. Dans cette histoire, il y a les enfants d’Éva et nous tous, qui voulons mener notre vie, malgré le « système » et ses défaillances…


Extraits :  « L’enfance, c’était l’éternité, l’époque des années scolaires interminables, c’était même à ça que les adultes reconnaissaient l’enfance, c’était cela qu’ils trouvaient merveilleux et regrettaient quand, l’âge avançant, tout s’accélérait et que le temps qui restait à vivre ne semblait plus qu’un maigre calendrier. Quinze ans, à sept ans, c’était le bout du monde.« 

« Une idée curieuse le traversa : le corps aussi était un sac de voyage. Un putain de sac pour le foutu voyage de la vie, et dieu sait qu’on pouvait y fourrer des trucs encombrants et inutiles. »


Mon avisC’est souvent compliqué de parler d’un livre que l’on a pas aimé. On se sent presque obligé d’argumenter pour faire savoir ce qui nous a chagriné dans l’histoire. Mais alors parler d’un livre que l’on a pas compris, je pense que c’est encore plus complexe. De fait, ne pas le comprendre revient à ne pas l’aimer, puisque nous n’avons pas aimé le fait de ne pas le comprendre ; ce qui complique encore la chose.

Le résume de Système était pourtant alléchant, et simple à comprendre. C’est l’histoire d’un frère et d’une soeur, qui ont perdu leur mère, assassinée, alors qu’ils n’étaient encore que des enfants. Des années plus tard, c’est à leur père de rejoindre le royaume des cieux. Comble de malchance, presque simultanément, l’assassin de leur mère sort de prison. Les deux enfants, toujours en colère d’avoir été privé d’enfance et de mère, couvent un désir de vengeance qui ne cesse de grandir. Cette trame principale est bien expliquée dans les premières pages ; mais c’est après que tout se gâte.

En effet, j’ai eu la désagréable impression de lire une histoire qui contenait des contours, mais pas de remplissage. C’est-à-dire que la trame principale du récit qui a été posée au début du roman constitue ce que je nomme le contour de l’histoire. Quant à l’intrigue ou à l’histoire elle-même, qui doit suivre cette trame identifiée, que j’ai appelé « remplissage », je l’ai trouvée totalement vide de sens. Les deux protagonistes emplissent l’espace et passent leur temps à se questionner en refaisant le monde, sans jamais rien apporté de solide à l’histoire. Et c’est justement ce solide qui a fait défaut dans Système. Tout n’est que narrations embrouillées et belles phrases stylisées, lassitude et désespoir.


Ce livre m’a littéralement assommé. J’ai été fatiguée de ne rien comprendre à l’étrange narration, excédée de ne pas parvenir à entrer dans l’histoire, puis totalement lassée d’essayer de décoder un récit si abstraite. 

 

Ma note : 3/10

Étonnez-moi

Etonnez-moi de Maggie Shipstead
369 pages, éditions Belfond, à 20,50€

 

Résumé : 
Après le succès de Plan de table, Maggie Shipstead nous revient pour une plongée dans le monde magnifique et terrible de la danse. Entre rigueur et légèreté, rêves de grandeur et désillusions, une oeuvre troublante, maîtrisée et magnétique comme un ballet.
La grâce. C’est ce que voit Joan lorsqu’elle regarde danser Arslan Rusakov. La grâce qui la sépare, elle, petite ballerine à l’Opéra Garnier, de cette superstar du ballet soviétique. Pour s’en approcher, une fois, une seule, Joan se glisse un soir dans sa loge pour une étreinte furtive, passionnée, comme une supplique : « Étonnez-moi. »
Vingt ans plus tard, Joan vit dans une petite ville de banlieue en Californie, où elle se consacre désormais à son mari et à son fils, Harry. Son passé de danseuse, elle a choisi de l’oublier : toutes ces années de passion, d’efforts, de compétition permanente, et surtout ce moment où elle a compris qu’elle ne rejoindrait jamais Arslan au firmament.
Mais comment oublier quand elle regarde Harry danser ? L’enfant montre de prodigieuses aptitudes. Pour lui, Joan va renouer avec l’univers du ballet, ce monde aussi cruel que merveilleux, qui a brisé son coeur, son corps et tous ses rêves. Un monde où évolue encore Arslan Rusakov…

Extraits :  « – […] Comme on sait qu’on est amoureux ?
[…]
– Je pense que ça varie selon les gens, mais la sagesse populaire veut que, quand on se trouve à proximité de la personne dont on est amoureux, on se sente heureux, plus qu’heureux – euphorique. On cherche à être en permanence au contact de cette personne. On ne voit pas ses défauts. Certains disent que leur coeur bat plus vite. Qu’ils deviennent nerveux. Je pense qu’on le sait quand on le ressent.
 »
« Dans la danse, poursuivit-elle, quand quelque chose est vraiment beau, je ressens beaucoup de choses, sans être vraiment triste ni heureuse. C’est juste un sentiment qui me donne la chair de poule. J’aime ça. »

Mon avis :  La danse, ce sport, que dis-je, cet art si remarquable, dans lequel toutes les filles rêveraient de plonger. Mais la compétition est rude, et les efforts donnés pour arriver au sommet doivent être quotidien.

Joan, notre protagoniste, en a fait l’expérience. Danseuse étoile dans la troupe de Monsieur K, avec comme seuls amis, tous les danseurs de la troupe qui l’entourent. Lorsqu’elle tombe enceinte de son compagnon Jacob, elle va être forcée d’arrêter la danse, et va se retirer pour vivre une vie loin des projecteurs et de la fureur des compétitions. Mais la danse ne part jamais complètement d’une vie. Elle va devenir professeur de danses, va enseigner à la fille de leur voisine, et à son propre fils, Harry. Et comble du malheur, Harry, son fils, va se passionner de Arslan Rusakov, l’un des meilleurs danseurs de l’histoire, ex-compagnon de Joan.

Même sans rien connaître de la danse, Maggie Shipstead nous entraîne dans le tourbillon de cet art si complexe. Elle nous montre le dur entraînement quotidien auquel doivent se plier les danseurs. La compétition féroce qui existe, au coeur même d’une troupe. Les blessures – autant physiques que psychologiques – auxquels ils doivent faire face. Enormément d’efforts et de forces sont demandés ; alors qu’un spectateur ne verra que la beauté de la chose, qui lui sera donné à voir si simplement, qu’il ne pensera pas une seconde à toutes les souffrances endurées en amont par les danseurs.

Dans ce livre, tout s’articule autour de la danse. Joan vit dans et pour la danse. Bien que la danse lui apporte énormément de choses positives, elle amènera également son lot d’épreuves.

Avec la danse se mélange avec l’amour ; un sentiment incontrôlable et passionnel qui va causer bien des tords à notre protagoniste.

Outre la majesté de la discipline, l’écriture de l’auteure m’a un peu gênée. Le récit n’est pas linéaire ; on passe d’une époque à une autre, d’un narrateur à un autre… ce qui fait que le lecteur se retrouve perdu. De plus, j’aurais peut-être voulu plus d’approfondissement dans les choses. Maggie Shipstead reste à la surface de son sujet et ne nous y plonge pas entièrement. Ce qui donne un récit, au final, assez plat. Bien que la chronologie n’a pas été assez structurée pour moi et que le récit ne bougeait pas assez, j’ai bien aimé sa façon simple d’écrire. Une écriture toute en douceur, qui se fond parfaitement avec la thématique du livre.

L’auteure nous dévoile les coulisses des danseurs à travers la vie de Joan, ex-danseuse étoilée. Même si j’ai bien aimé l’histoire dans son ensemble, j’en ressors un petit peu sans bagages, sans réels souvenirs. Le récit aurait était encore meilleur avec plus de rondeurs et d’approfondissements.

 

Ma note : 5/10

Mise au poing

Mise au poing de François Prunier.
233 pages, éditions Belfond, à 19 €

 

Résumé : La boxe, ça n’est pas qu’une affaire d’hommes, et pas toujours une affaire de stars. Norina est professionnelle, mais n’est pas une championne. Elevée du mauvais côté de l’Amérique des sixties, elle a du sang africain dans les veines et de la colère en réserve. Sa violence nourrie par la rue et le centre de redressement explose sur le ring. Elle enfile les gants pour cogner et oublier. Jusqu’au jour où tout bascule.

Extraits :  « On sait comment c’est avec les hommes, du moins la plupart d’entre eux : la marmaille, ça va à petites doses, mais quand ils l’ont en permanence dans les pattes, ils sont vite débordés. »
« C’est toujours la même histoire : on ne saisit pas les occasions qui se présentent et on s’en mord les doigts lorsque tout est terminé. »

Mon avis : Je ne peux que féliciter l’auteur de ce sublime roman, qui est un véritable coup de coeur.

Norina n’a pas eut une vie facile. Petite, sa mère est partie sans aucunes raisons, la laissant seule avec son père. Une fois qu’elle a été en âge d’aller à l’école, elle s’ennuyait en cours, trouvant le temps trop long, incapable de se concentrer. Un jour, elle décide, sans y avoir réfléchi auparavant, de défoncer la tête d’une de ces camardes de classe, Marilyn, qui est tout le contraire de ce qu’elle est elle-même. Suite à ce grave accident, elle se fait envoyer en maison de redressement, où nous la verrons mûrir, grandir, et toute la violence qu’elle renfermait en elle, sera vite maîtrisée par un sport : la boxe. La boxe va alors tout lui apporter : des amis, un travail, des sous, la gloire… Dans ce milieu pourtant si masculin et violent, Norina va s’affirmer, et apprendre à canaliser cette forte colère qu’elle garde au fond d’elle.

Mise au poing est un roman sensible, qui touche le lecteur en plein coeur. Rempli d’émotions et d’une forte humanité, François Prunier se met à la place de cette jeune boxeuse, et trace son parcours si chaotique.
Dès le début, j’ai accroché au personnage et à sa triste histoire. Lu en moins de 24h, je n’ai d’ailleurs pas pu fermer ce livre tant la tension était palpable lors des chapitres. J’ai été happé et avalé par l’histoire de cette héroïne, si forte, et pourtant si seule…

La protagoniste est quelqu’un de plutôt pudique, renfermé, qui n’extériorise pas ses sentiments. Elle a été très mystérieuse sur sa vie personnelle, et les rares fois où elle en a parlé, elle ravalait ses « secrets », et passait à autre chose, ne voulant pas s’attendrir plus que ça sur sa vie passée. C’est quelqu’un de très forte, autant psychologiquement que physiquement, une battante qui ne se laisse pas démonter, et ne se décourage pas facilement. Nous la voyons évoluer, progresser, nous la suivons dans ses combats, et il m’est même arrivé parfois de me sentir spectatrice lors des tournois de ring. Sa vie et son parcours, ainsi que toutes les étapes qu’elle a traversé ont été si tristes et difficiles qu’elle ne peut qu’émouvoir et toucher le lecteur.

Ce roman m’a à maintes reprises fait rappeler le film de Clint Eastwood, « Million Dollar Baby », qui est plus qu’extra ! Si certaines scènes peuvent être similaires, l’histoire est loin d’être la même. Néanmoins, le point commun essentiel de ces deux oeuvres, est l’émotion qu’il s’en dégage.

Émouvant, Mise au poing est un vrai uppercut, qui va certainement marqué pour longtemps mon esprit.

 

Ma note : 10/10

En attendant Doggo

En attendant Doggo de Mark Mills
297 pages, éditions Belfond, à 18€

 

Résumé : « Je te quitte. Je te confie le chien. Et surtout ne touche pas à ma petite sœur. »

Tel est en substance le contenu de la lettre que Clara vient de laisser à Dan, mettant fin à quatre années de vie commune. Une claque pour le jeune homme : sans boulot, sans copine, comment maintenir sa vie en équilibre ? Et, surtout, que faire de ce chien dont Clara s’était entichée quelques semaines plus tôt ?
Alors qu’il s’apprête à confier l’affreux toutou, mi-Pékinois, mi-épagneul, aux bons soins de la SPA, Dan est soudain pris d’angoisse lorsque la véto lui propose de le castrer. Hors de question de sacrifier la virilité du pauvre animal ! Dan assumera donc ce nouveau compagnon à poils. Et Doggo a plein d’atouts. À commencer par un immense capital sympathie qui se vérifie dans la nouvelle agence de pub où Dan vient d’être recruté. Doggo devient rapidement la mascotte du bureau. Et séduit même la jolie Edith… Au grand dam de Tristan, l’ambitieux collègue et amant de la belle, bien décidé à étouffer dans l’œuf cette complicité.
Nouveau job, nouvel amour… Et si la tornade Doggo se révélait le plus inattendu des porte-bonheur ?

Extraits :  « Je ne suis pas cynique et content de moi. C’était juste un petit jeu entre nous. On en a établi les règles ensemble : Clara s’emballait sur l’astrologie, les vies antérieures, les anges gardiens, toutes les idioties de ce genre, et moi, j’incarnais la voix de la raison. On ne pouvait pas être d’accord sur tout, on en riait d’ailleurs, parce qu’on vivait quelque chose de bien plus fort. Ce qu’on vivait, c’était l’amour. Là-dessus, on était bien d’accord. Elle n’a pas le droit de changer les règles du jeu. »
« Le travail est éphémère, l’amour peut durer toute la vie. »

Mon avis :  En voilà une comédie anglais agréable à lire et remplie d’humour. Si vous aimez les animaux – particulièrement les chiens -, si vous voulez rire et passer un bon moment, courrez découvrir En attendant Doggo.

Le roman commence in medias res avec Clara, qui envoie une lettre de rupture à Dan. Celui-ci est anéantit. Il décide de ramener à la SPA le petit chien qu’ils avaient adoptés ensemble. Mais le destin de ce petit chien, prénommé Doggo, a sans nul doute été tout tracé. Par la force du hasard, Doggo va rester aux côtés de Dan et va même apporter sa part de contribution dans le nouveau job trouvé par Dan. Doggo va devenir un emblème, un maillon essentiel de la vie quotidienne de Dan.

C’est vraiment très léger à lire et ça met de bonne humeur. En effet, loin de se laisser déboussoler par la cruauté de la vie, Dan va apprendre à apprécier les choses simples de son quotidien, en grande partie grâce à Doggo. Se promener dans les rues, faire les trajets maison-boulot à pied… des choses qui lui étaient encore tout à fait impensables de faire avant d’avoir Doggo. Comme quoi, un animal de compagnie peut prendre une place vraiment importante dans une vie humaine.
Après avoir lu Jules de Didier van Cauwelart un chien guide d’aveugles très attachants, je me suis prise d’affection pour Doggo, ce petit chien qualifié de « très laid » par tous les gens qui le regardent.

Bon, j’avoue quand même avoir été déçue de la très petite place de Doggo dans le roman. En arrière-plan, c’est vrai, il est présent continuellement. Mais il n’est presque jamais sur le devant de la scène. Doggo, en toute logique, devrait être le maître de ce roman . Alors qu’il est placé ici en ange gardien, qui veille seulement sur son maître. Il est quasiment inexistant, effacé.

C’est vraiment Dan le protagoniste, le personnage que l’on suit partout et tout le temps. On voit Dan triste lorsqu’il apprend que Clara a mit fin à leur relation. Dan pleins d’espoirs quand il retrouve un travail. Déterminé à se faire une place dans la nouvelle agence qu’il l’accueille. Heureux d’avoir fait la connaissance de Edie. Complice plus que jamais avec Doggo.

Aussi, vous aurez sans doute remarquer que le titre de ce livre n’est pas sans rappeler le célèbre En attendant Godot de Samuel Beckett. Les similitudes ? Beaucoup de scènes drôles, parfois surprenantes. Une dépendance preque inéluctable qui se créait entre Doggo et son maître – comme dans En attendant Doggo avec Ham, entièrement dépendant de son serviteur Clov. En outre, ces deux livres offres une image presque parfaite de la société moderne d’aujourd’hui.

En bref, c’est un ouvrage sympathique à lire, qui raconte la vie tumultueuse d’un homme, accompagné de son ami le plus fidèle : son chien. Un livre qui devrait plaire à tous les amoureux de boules de poils.

 

Ma note : 6,5/10

Le train des orphelins

Le train des orphelins de Christina Baker Kline
340 pages, éditions Belfond, à 20,50€
Résumé : De l’Irlande des années 1920 au Maine des années 2000, en passant par les plaines du Midwest meurtries par la Grande Dépression, un roman ample, lumineux, où s’entremêlent les voix de deux orphelines pour peindre un épisode méconnu de l’histoire américaine.
Entre 1854 et 1929, des trains sillonnaient les plaines du Midwest avec à leur bord des centaines d’orphelins. Au bout du voyage, la chance pour quelques-uns d’être accueillis dans une famille aimante, mais pour beaucoup d’autres une vie de labeur, ou de servitude.
Vivian Daly n’avait que neuf ans lorsqu’on l’a mise dans un de ces trains. Elle vit aujourd’hui ses vieux jours dans une bourgade tranquille du Maine, son lourd passé relégué dans de grandes malles au grenier.
Jusqu’à l’arrivée de Mollie, dix-sept ans, sommée par le juge de nettoyer le grenier de Mme Daly, en guise de travaux d’intérêt général. Et contre toute attente, entre l’ado rebelle et la vieille dame se noue une amitié improbable. C’est qu’au fond, ces deux-là ont beaucoup plus en commun qu’il n’y paraît, à commencer par une enfance dévastée…

Extraits :  « Je voulais juste dire que ce qui est arrivé aux Indiens est exactement comme ce qui est arrivé aux Irlandais quans ils étaient sous la coupe des Anglais. Le combat était inégal. On leur a volé leurs terres, leur religion a été interdite et on les a forcés à se soumettre à une force étrangère. Qu’il s’agisse des Irlandais ou des Indiens, dans les deux cas, c’est injuste. »
« Je crois aux fantômes. Ce sont eux qui nous hantent, eux qui nous précèdent. Il m’est souvent arrivé de les sentir autour de moi, observateurs, témoins, alors que personne parmi les vivants ne savait ce qui se passait ou ne s’en souciait. »

Mon avis : Ce roman m’a tellement touché qu’il m’est dur de poser des mots sur ce que j’ai ressenti. Pleins de sentiments contradictoires envahissent mon esprit : de la pitié, beaucoup de colère, mais surtout, énormément de tristesse.

Commençons par le commencement. En 1929, Niamh est une petite Irlandaise, expatriée aux Etats-Unis avec sa famille, avant de devenir orpheline, suite au décès de ces derniers dans un terrible incendie. A partir de ce jour, Niamh va être envoyé dans un train, avec d’autres orphelins, avec pour but, de leur trouver une maison et une famille qui prenne soin d’eux. Niamh va être choisie, embauchée comme main-d’oeuvre et maltraitée par sa famille d’adoption.
En 2011, Molly, également orpheline, placée dans une famille d’accueil qui ne lui accorde pas l’attention voulue, va rencontrer une certaine Vivian, qui a vécue les trajets du train des orphelins. Malgré les années qui les séparent, les deux femmes vont se trouver des points communs, à tel point qu’une amitié va naître, entre cette vieille femme de 91 ans et l’adolescente de 17 ans.

Ce récit est inspiré de faits réels. Il y a tout d’abord une petite note sur la quatrième de couverture, qui stipule que Christina Baker Kline s’est inspirée de l’histoire familiale de son mari, David Kline, pour écrire son récit. Puis, les histoires d’immigrations sont des faits avérés. Comme raconté dans le récit, les immigrés entraient aux Etats-Unis par Ellis Island ; et les Irlandais faisaient partis de la population immigrée la plus importante aux Etats-Unis, au début des années 1900.

L’auteure nous dépeint avec réalisme et exactitude les conditions de vie déplorables auxquelles devaient faire face les habitants. Ainsi, Niamh a été embauchée de force dans une maison de couture, sans être rémunérée, sans pouvoir aller à l’école – alors qu’elle n’avait qu’une dizaine d’années -. On lui servait des repas insipides et on l’obligeait à dormir sur un matelas, dans un couloir où circulait tous les courants d’air. Des conditions de vie désastreuses, pour une jeune enfant déjà bien entamée par la vie.

Deux générations se rencontrent : Molly et Vivian, toutes deux orphelines. Le lecteur peut alors comparer avec allégresse les conditions de vie de ces deux personnes ; l’une étant maltraitée, mais silencieuse face à son malheur, l’autre, rebelle, ne se satisfait pas de tout ce que ses parents d’adoption lui offrent. C’est vraiment très bouleversant ; on se rend compte de la chance que l’on a de pouvoir vivre au XXIème siècle.

Lors de la Seconde guerre Mondiale en Europe, des milliers de juifs sont parqués dans des trains à bestiaux et envoyés dans des camps de concentration. Dans Le train des orphelins, des enfants sans attaches sont vendus comme des bêtes à des adultes souvent malintentionnés. Deux périodes différentes, deux histoires différentes, avec deux points communs : les trains, symbole de départ vers un ailleurs inconnu ; et la cruauté dont peuvent faire preuve les hommes à l’égard d’autrui.

C’est vraiment touchant et très bien écrit (il est rare qu’un roman historique soit aussi fluide). L’alternance des époques et des narrateurs – on passe du récit de Niamh en 1929 à 2011 – donne une dynamique à l’histoire. Ce qui fait que le lecteur n’a pas le temps de reprendre son souffle. De même, autant dans le passé que dans le présent, le suspens est maintenu, l’histoire est toute aussi prenante.

Ce livre met en lumière une face méconnue de l’histoire Américaine du début du XXième siècle. Empli d’humanisme, Christina Baker Kline prouve qu’avec de la volonté et un mental d’acier, rien ne peut vraiment nous atteindre. Après chaque malheur se cache un bonheur.

Ma note : 7/10

Deux cigarettes dans le noir

Deux cigarettes dans le noir
de Julien Dufresne Lamy
301 pages, éditions Belfond, à 19€

Résumé : Il y a avec la danse une intrigue meurtrière. Avec elle, la fin l’emporte toujours.Clémentine travaille dans une usine de parfum. Elle attend un enfant. Au volant de sa voiture en direction de la maternité, elle percute quelqu’un sans pouvoir s’arrêter. De retour à la maison seule avec son bébé, elle apprend la mort à Paris, deux jours plus tôt, de la chorégraphe Pina Bausch. Clémentine se souvient : une silhouette maigre, de longs cheveux gris ? c’est Pina qu’elle a fauchée. Elle a tué un génie en mettant au monde son enfant. La maternité, la danse, la vie, la mort se côtoient dans le nouveau roman de Julien Dufresne-Lamy, qui trouble et bouscule par son intelligence et son originalité.

Extraits :  « Grossesse, ça fait penser à promesse. Moi, ça me fait penser à ogresse. »

« Il y a avec la danse une intrigue meurtrière.
La danse naît et meurt. Sur scène. Ce sont des gestes rapides, des gestes beaux et éphémères. La danse existe pour disparaître. Elle vit le temps d’un souffle, un instant de grâce. Elle ne parle que de ça, de secondes et de grands battements. Avec elle, la fin l’emporte toujours. Elle renaît, jamais identique, elle se réincarne quand le geste se retient, quand le mouvement s’épanouit.
 »

Mon avis :  Alors qu’elle est en voiture, prête à accoucher, Clémentine percute quelqu’un. Elle apprendra dans les jours à venir qu’elle a tué Pina Bausch, une chorégraphe et danseuse mondialement connue. Un décès qui la hantera des années après, à tel point qu’elle rebaptisera son fils Barnabé avec le prénom de Pina.

Dans ce livre, deux voix de femmes se font échos. Pina, d’un côté. Clémentine de l’autre. Deux femmes à la vie opposée ; l’une est danseuse et chorégraphe, l’autre travaille à la chaîne dans une usine. Deux mondes diamétralement opposés ; une vie rêvée, et une autre banale, un peu médiocre, même. Pour oublier sa triste vie, Clémentine va s’imprégner de l’univers féerique de Pina. Les deux femmes vont alors se fondre l’une dans l’autre pour ne plus former qu’une. Clémentine va alors reprendre goût à la vie, sortir, revivre.

J’avoue que je ne connaissais absolument pas la fabuleuse chorégraphe Pina Bausch. J’ai, depuis la lecture de ce roman, rattrapé mes lacunes concernant la vie, la carrière et les talents de Pina. Cette grande dame a un style chorégraphique bien à elle, que l’on peut nommer « danse-théâtre ». En effet, elle arrive à mélanger danse classique, danse contemporaine et théâtralité. Le tout donne un rendu homogène et percutant. Chaque tableau qu’elle met en scène raconte une histoire, un bout de vie. C’est fort et c’est beau.
Dans ce livre, Julien Dufresne Lamy nous raconte Pina et nous fait ressentir tant et si bien sa danse, qu’elle se matérialise sous nos yeux. C’est une jolie mise en lumière de cette dame trop méconnue en France, et un bel hommage artistique.

J’ai beaucoup aimé découvrir Pina, son style singulier et sa vie artistique. J’ai trouvé dommage qu’à côté de cette grande dame, Clémentine s’efface (ce qui peut se comprendre, au vu du quotidien banal de la jeune femme). Le choc des cultures se ressent intensément et nous fait prendre conscience de la différence de vie que peuvent avoir deux personnes. C’est intense, fascinant et saisissant.

Julien Dufresne Lamy joue avec le langage comme Pina jouait avec le corps. D’une écriture simple et envoûtante, il nous embarque dans le monde théâtral de Pina. Une histoire percutante, qui mêle douceur et tragique. J’ai bien aimé.

Ma note : 6,5/10