Kafka sur le rivage


Kafka sur le rivage de Haruki Murakami

637 pages, éditions 10 18


Résumé : Un adolescent, Kafka Tamura, quitte la maison familiale de Tokyo pour échapper à une malédiction œdipienne proférée par son père. De l’autre côté de l’archipel, Nakata, un vieil homme amnésique, décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s’entremêlent pour devenir le miroir l’une de l’autre, tandis que, sur leur chemin, la réalité bruisse d’un murmure envoûtant.


Extraits « Parce que celui qui aime cherche la partie manquante de lui-même. Aussi, quand on pense à l’être dont on est amoureux, on est toujours triste. »
« Quand l’imagination s’emballe, l’illusion enfle, finit par prendre une forme concrète, cessant d’être une simple illusion. »

Mon avis : Un grand merci aux membres du Club de lectures de Babelio d’avoir élu ce livre comme lecture du mois de juin et de m’avoir permis de le sortir de ma Pile À Lire, où il prenait la poussière depuis de nombreuses années.

Quelle étrange histoire… Nous avons d’un côté Kafka Tamura, un jeune adolescent qui fugue de chez lui pour échapper à une mystérieuse malédiction oedipienne énoncée par son père, qui le destine à le tuer et à épouser sa mère. Il trouve refuge dans une petite ville, plus précisément dans une bibliothèque, où le personnel sur place, se limitant à deux personnes – la directrice Mademoiselle Saeki et Oshiman – vont lui donner travail et gîte. En parallèle, nous suivons les aventures d’un vieillard nommé Nakata, qui a la particularité d’avoir été touché par la foudre dans sa jeunesse et d’avoir perdu une grande partie de ses capacités intellectuelles. Nakata va lui aussi prendre la route, direction une mystérieuse quête que même lui que comprend pas.

Je pense qu’au-delà de la compréhension du texte et de l’intronisation raisonnée de l’histoire, c’est vraiment l’essence même des sensations et des émotions qu’il nous procure qui est à regarder. Kafka sur le rivage, c’est une lecture qui se vit et se passe de tout commentaire. C’est un ovni littéraire qui échappe à tout contrôle, à tout classement, à toute logique.

J’ai été dépaysée et un peu chamboulée par cette lecture – j’ai d’ailleurs beaucoup de mal à écrire cette chronique, en raison du mystère qui plane autour de ce livre, de l’ensemble des protagonistes, de l’univers onirique de Haruki Murakami. Chacun est libre d’interpréter cette histoire comme il l’entend : pour ma part, j’y vois une réflexion autour des différents chemins que peuvent prendre notre vie, des rencontres qui l’égrènent, des situations qui la chamboule.


Un roman étrange mais envoûtant, qui se vit plus qu’il ne se lit. Un ovni littéraire que je recommande aux plus curieux et téméraires.

Ma note : 7,5/10

Pour lire plus d’avis

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Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates
de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows.
391 pages, éditions NiL à 19,00€

 

Résumé : Janvier 1946. Tandis que Londres se relève douloureusement de la guerre, Juliet, jeune écrivain, cherche un sujet de roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d’un inconnu, natif de l’île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil des lettres qu’elle échange avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre son monde et celui de ses amis : un étrange club de lecture inventé pour tromper l’occupant allemand, le « Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ». De lettre en lettre, Juliet découvre l’histoire d’une petite communauté débordante de charme, d’humour, d’humanité. Et puis vient le jour où, à son tour, elle se rend à Guenersey…

Extraits : « Avez-vous remarqué que, lorsque votre esprit est focalisé sur une personne, sa présence se manifeste partout où vous allez ? »
« Je n’ai aucune envie de me marier pour me marier. Passer le restant de mes jours avec un être à qui je n’aurais rien à dire, ou pire, avec qui je ne pourrais pas partager de silences ? Je n’imagine pas d’existence plus solitaire.« 

Mon avis : J’ai avalé ce livre, je l’ai lu d’une traite, je l’ai dévoré même, en un temps record !
Mon avis ne sera qu’un petit avis de plus parmi ces plus de 400 critiques qui sont maintenant postées de ce livre, sur Babelio. Néanmoins, ayant été choisi pour la lecture commune de décembre 2012, j’ai donc découvert ce livre, qui me faisait de l’oeil depuis pas mal de temps.
J’ai été bluffé, et particulièrement surprise par ce que j’ai découvert à travers ses lignes. Je ne m’attendais pas du tout à lire ce genre de récit.
Ce roman épistolaire est très bien construit, il se lit rapidement et facilement, mais surtout, il raconte une histoire vraie, l’Occupation Allemande de Guenersey pendant la seconde Guerre Mondiale.
L’histoire qui se déroule, racontée à travers les lettres des personnes vivants à Guenersey, est forte en émotions, elle est triste, puissante et horrifiante à la fois. L’horreur de certaines conditions de vie pendant la guerre fait peur à lire, la manière dont les hommes étaient traités est révoltante…
A la fin de ma lecture, je me suis dis « heureusement que Juliet a inscrit son nom et son adresse au verso de la couverture du livre qui, jadis, lui avait appartenu et que Dawsey a racheté. Sinon, toutes ces échanges de lettres n’auraient jamais eu lieu. »
Les différents personnages sont attachants, leurs caractères sont très variés les uns des autres, ils inspirent à la confiance, à la confidence.
Je suis vraiment rentré dans la vie des personnages et de l’histoire racontée. Ce roman est vraiment passionnant, génial, captivant, mais surtout, il fait preuve d’une originalité hors pair et d’un vrai et incroyable talent de la part de l’auteure.
Si vous n’avez jamais lu ce livre, je vous le conseille fermement. N’hésitez pas, vous ne le regretterez certainement pas !

 

Ma note : 9/10

Dieu me déteste

Dieu me déteste d’Hollis Seamon
234 pages, éditions 1018

 

Résumé : Etat de New York, hôpital Hilltop, Richard Casey aura bientôt 18 ans. Il voudrait faire la fête, draguer et tomber amoureux. Richard sait qu’il ne fêtera jamais ses 19 ans. Il est plus pressé que les autres et pour vivre comme il veut, il lui faut déjouer les pièges de ceux qui préféreraient le voir vivre un peu plus longtemps.

Extraits : « C’est peut-être ce que je déteste le plus, dans cet endroit et dans tous les hôpitaux de la terre : n’importe qui peut débarquer à l’improviste. Personne ne prend même la peine de frapper. Impossible d’avoir une once d’intimité, dans ce trou. »
« Globalement, le monde est pourri et triste à pleurer. Les gens souffrent, tous sans exception. Tu commences à piger, ou alors tu crois toujours que c’est seulement toi, mon vieux ? Qu’il n’y a que toi qui souffres ? Comme si on t’avait choisi ? »

Mon avis : Vous allez penser « oh non, encore une histoire revisitée de Nos étoiles contraires« . J’avoue que j’étais aussi sceptique que vous avant de découvrir Dieu me déteste. Et je me suis surprise à faire des parallèles inexistants entre les deux romans, qui n’ont, comme on le découvrir au fil de notre lecture, rien du tout en commun.

Richard, 18 ans, nous raconte ce qu’il vit dans la zone de soins palliatifs de l’hôpital où il a été admis. Dès les premières lignes entamées, on peut aisément remarquer le fort contraste entre la gravité de la situation – le jeune homme est atteint d’un cancer incurable – et le ton employé dans la narration. On dirait qu’une fossé sépare Richard de la réalité des choses. Et pourtant, on s’aperçoit que c’est un jeune garçon lucide, mature, dynamique, qui souhaite vivre les derniers instants qu’il lui reste à cent à l’heure, découvrir de nouvelles choses avant de s’en aller au-delà.

Il faut dire que nous, lecteurs, sommes debouts sur une corde raide, suspendus entre la vie et la mort. La mort, qui règne constamment, oppressante, elle se rappelle à Richard chaque jour qui passe. La vie, caractérisée par la joie de vivre de l’adolescent, qui semble littéralement planer au-dessus de cette fatalité. Il y a aussi la vie qui se ressent pleinement dans les sensations purement humaines que ressent le protagoniste. Notamment le sentiment amoureux partagé par la jeune fille de la chambre voisine, Sylvie, elle aussi atteinte d’un cancer incurable. La rencontre de ces deux jeunes adolescents dans un état tel que le leur, peut sans conteste rappeler Nos étoiles contraires, mais aussi Sans prévenir, roman de Matthew Crow, avec comme protagoniste un adolescent atteint d’un cancer, qui tombe amoureux de la jeune fille qui partage sa chambre ; un amour antithétique, inexplicable, comme magique. Et c’est bien de la magie qui se passe dans le cas de Richard, qui, avant la fin de sa vie, a réussi à ressentir la meilleure sensation qu’il puisse exister au monde.

Je vous avoue sans fausse langue que ce roman n’est pas vraiment exceptionnel. Il n’y a pas beaucoup d’actions et les situations stagnent – notamment la relation entre Richard et Sylvie, qui s’éternisent et s’étirent inlassablement. De plus, ne me prenez pas pour une sans coeur, mais je n’ai ressenti aucune émotion quant à l’histoire de Richard. Un peu trop banale, vue et revue, il aurait fallu un petit quelque chose en plus, qui puisse retenir suffisamment l’attention du lecteur. Le protagoniste était assez fade, sans grand intérêt, mais sympathique à côtoyer. Le gros point négatif, c’est ce dénouement énigmatique, qui ne clos pas totalement la fin du récit. Le lecteur reste en suspens, frustré de ne pas avoir réussi à déchiffrer ce que Hollis Seamon a voulu faire percevoir dans la finalité de son roman.

Ne retenez pas que le négatif que j’ai soulevé. Retenez aussi la force de caractère de Richard, la douceur des sentiments des deux adolescents, l’ironie du ton employé… tant de choses qui atténuent la maladie dont ils souffrent. Une belle leçon de vie et d’optimisme !

Ma note : 6,5/10

Un jour

Un jour de David Nicholls.
622 pages, éditions 10/18

 

Résumé :A Londres et à Edimbourg, mais aussi dans le Yorkshire, en Inde, en Italie, en Grèce et même à Paris, de 1988 à 2007. Après la fête de fin d’année, Emma et Dexter passent une nuit ensemble. Lui, issu d’un milieu aisé, séduisant, sûr de lui, insouciant, frivole, dilettante ; elle, d’origine modeste, charmante qui s’ignore, bourrée de complexes, de principes et de convictions politiques.Commence alors une amitié improbable, une drôle d’histoire d’amour sur près de vingt ans. Dexter voyage et collectionne les aventures ; Emma travaille comme serveuse dans un mauvais tex-mex. Dexter devient animateur télé et court les soirées branchées ; Emma renonce à ses ambitions artistiques et enseigne l’anglais et le théâtre dans un collège difficile. Dexter se marie avec Sylvie, beauté froide et ambitieuse et lui fait un enfant ; Emma finit par vivre avec Ian, aspirant humoriste qui ne fait rire personne… Dexter et Emma mènent des vies séparées alors que tout les ramène l’un à l’autre. A moins que le destin, encore une fois, ne se joue d’eux…

Extraits : « L’important, c’est d’avoir du courage, du culot et d’arriver à changer les choses.  »
« Les amis, disait-il souvent, c’est un peu comme les vêtements : agréables tant qu’ils sont encore neufs, ils s’usent et se démodent avec le temps… ou nous lassent, tout simplement.  »

Mon avis : Comment définir ce livre ? Il ne se définie tout pas, il se lit… ou se vit, tout simplement. Ne vous laissez pas décourager par la grosseur de cette petite brique (qui est un réel bijoux), car, une fois lancé dans la lecture de ce trésor, les pages semblent manquer, et le plaisir n’est que trop court.

En lisant rapidement le résumé et en jetant un oeil sur la couverture, ce roman peut très facilement tomber dans la catégorie du cliché amoureux. Deux personnes tombent amoureuses, elles s’aiment, partagent tout, et vivent au jour le jour leur très bel amour. Mais ne vous y fiez pas, car c’est une toute autre histoire, bien plus profonde, que nous offre ici David Nicholls.

Le sentiment amoureux est au coeur du livre. Chaque page déborde et transpire d’amour (autant directement qu’indirectement). Mais cette histoire d’amour qui aurait pu être banale comme tant d’autres, est, au contraire, bien plus originale qu’elle n’en a l’air. L’auteur, à travers deux protagonistes de sexe opposé, va nous définir en quelques 600 pages, comment il perçoit et conçoit l’amour, et nous dresser une définition bien détaillée du vrai, du réel et profond sentiment d’amour.

Il faut d’abord savoir que ce livre est découpé en parties, et que chaque partie définie une année (ou bien, elle englobe plusieurs années d’un coup). A l’intérieur de ses parties, les chapitres sont quant à eux datés du même jour et du même mois (à savoir le 15 juillet), mais pas de la même année. (D’où le titre du livre, Un jour, qui a rapport avec le jour du « bilan » de leurs vies). De cette façon, l’auteur a voulu montrer clairement l’évolution de la vie des deux personnages principaux.

Ces deux personnages, Emma et Dexter se sont rencontrés très tôt, à la sortie de l’université, après l’obtention de leur diplôme respectif. L’alchimie semble être passé directement entre eux, même si l’auteur ne l’a pas énoncé clairement dans le texte. Les sentiments qu’ils se vouent l’un à l’autre ont été très flous durant toute l’histoire. On n’arrivait pas à déterminer clairement ce qu’ils ressentaient l’un envers l’autre. Amis ? Meilleurs amis ? Amants ? Amoureux ? De plus, David Nicholls joue avec nos nerfs ; les deux personnages s’éloignent, bâtissent leur propre vie de leur côté, pour ensuite se retrouver pour de fugaces instants, pour ensuite se quitter de nouveau. Mais à quoi jouent-ils ?
Il faut dire aussi que tout oppose ces deux personnages. Emma est du genre battante, elle tient bon et ne s’apitoie pas sur elle même, tandis que Dexter est plutôt son contraire ; il se noie dans ses problèmes, baisse très facilement les bras et est plutôt un garçon facile, sans réel goût personnel. Qui aurait cru que ces deux personnes allaient se rapprocher ?

Au-delà de cette grande et belle amitié (amour ?), j’ai trouvé qu’aux abords de certains passages, Un jour frôlait le roman érotique. Bien que ça ne m’ait pas choqué, j’ai trouvé ça assez frustrant.

Le dénouement est quant à lui grandiose. Il est triste, mais en même temps, il est gai. On ressent de la peine, de la pitié, un sérieux manque… mais aussi du bonheur et de la joie. Ce livre s’est terminé tellement vite, que ça m’en laisse pantoise. Je suis bouleversée par ce roman, et je ressent déjà un cruel manque des personnages. Ils sont tellement attachants, à la fois hors norme mais simple, qu’une fois le livre refermé, je ressent comme un grand vide.

En allant voir la bande-annonce du film, j’ai su, en moins de 2min (temps que dure cette bande-annonce), que l’adaptation cinématographique serait encore plus émouvante que la fin du livre. C’est clair, je n’oublierais pas de sitôt cette sublime histoire d’amour (l’une des plus belles que j’ai pu lire).

 

Ma note : 8,5/10

Beloved

Beloved de Toni Morrison
379 pages, éditions 10-18
Résumé : Vers 1870, aux États-Unis, près de Cincinnati dans l’Ohio, le petit bourg de Bluestone Road, dresse ses fébriles demeures.
L’histoire des lieux se lie au fleuve qui marquait jadis pour les esclaves en fuite la frontière où commençait la liberté. Dans l’une des maisons, quelques phénomènes étranges bouleversent la tranquillité locale : les meubles volent et les miroirs se brisent, tandis que des biscuits secs écrasés s’alignent contre une porte, des gâteaux sortent du four avec l’empreinte inquiétante d’une petite main de bébé.
Sethe, la maîtresse de maison est une ancienne esclave. Dix-huit ans auparavant, dans un acte de violence et d’amour maternel, elle a égorgé son enfant pour lui épargner d’être asservi. Depuis, Sethe et ses autres enfants n’ont jamais cessé d’être hantés par la petite fille.
L’arrivée d’une inconnue, Beloved, va donner à cette mère hors-la-loi, rongée par le spectre d’un infanticide tragique, l’occasion d’exorciser son passé.
Inspirée par une histoire vraie, renforcée par ses résonances de tragédie grecque, cette oeuvre au lyrisme flamboyant est l’histoire d’un destin personnel et d’un passé collectif.
Hymne à l’amour et à la maternité, roman de la faute, de la difficulté du pardon comme du deuil, de la rédemption par l’oubli, Beloved fut récompensé par le prix Pulitzer en 1988. –Céline Darner
Extraits : « Elle n’a pas peur de la nuit parce qu’elle a la même couleur, mais le jour, chaque bruit ressemble à un coup de fusil ou au pas feutré d’un poursuivant. »
« Il veut me raconter, se dit-elle. Il veut que je lui demande ce qu’il a enduré, lui – comment la langue souffre, immobilisée par un morceau de fer, comment le besoin de cracher devient si intense qu’on en pleure.« 

Mon avis : Beloved, un roman célèbre, plébiscité par le public, ayant obtenu le prix Pulitzer de la Fiction en 1988. L’auteure, Toni Morrison, s’est inspirée d’un fait divers qui s’est déroulé en 1873, durant la guerre de Sécession, alors que les états d’Amérique étaient divisés en deux groupes : les abolitionnistes et les états esclavagistes.

C’est un personnage noir qui raconte son histoire, l’histoire d’une jeune mère, Sethe, qui a tué son enfant pour lui éviter la souffrance de l’esclavage. Depuis, un bébé fantôme hante sa maison du 124, comme pour lui rappeler le geste cruel qu’elle a fait, et empêcher son acte de tomber dans l’oubli. Mais lorsque Paul D, un ancien compagnon de Sethe revient à la maison, il chasse le bébé fantôme. C’était sans compter sur une jeune enfant, prénommée Beloved (comme le mot que Sethe a gravée sur la tombe de son bébé mort, qui signifie « bien-aimé » en anglais), qui fait irruption dans la vie de Sethe, de sa fille Denver, et de Paul D. Un parasite qui va chambouler l’unité nouvelle de cette famille.

J’ai été forcée de lire ce livre pour mon cours de littérature comparée, et j’avoue ne pas avoir été particulièrement envoûtée par l’histoire. Dans un premier temps, il faut souligner le style d’écriture hors normes de Toni Morrison, qui déroute le lecteur. L’histoire n’est pas vraiment comprise dès les premières lignes, il faut, au contraire, réussir à la percevoir à travers les événements brièvement racontés. De plus, les personnages ne sont pas attachants, l’histoire s’écrit en pointillés et il est difficile de s’accrocher aux personnages.

Bien que l’histoire soit émouvante, que le thème soit bien trouvé, original et frappant, je ne suis pas entrée dans le livre. Toni Morrison raconte, en imageant, les grands traits de l’histoire des esclaves afro-américains, la souffrance qu’ils ont endurés, la pauvreté dans laquelle ils étaient, les obligations qu’ils devaient suivre… avec toujours, en ligne de mire, cette force de caractère qui leur permettait de survivre dans ce monde inégalitaire.
Un roman noir, dur à lire, au sujet imposant et effrayant, aux personnages atypiques et sombres. Vous aurez, à plusieurs reprises, des frissons qui viendront vous chatouiller le dos.

Je pense que ce livre est à double tranchant : soit on adhère totalement à la narration originale de l’auteure, soit on passe littéralement à côté. Pour ma part, l’écriture ne m’a pas plût, bien que le sujet ait été bien traîté. Je pense que l’adaptation cinématographique pourrait davantage me plaire.

Ma note : 5/10

Notre agent à la Havane

Notre agent à la Havane
de Graham Greene.
284 pages, éditions 10×18 à 7,13€

 

Résumé : Jim Wormold est un paisible vendeur d’aspirateurs de La Havane, en cette période de Guerre froide et de début de la révolution castriste. Et Wormold a un problème : sa fille, Milly, qu’il adore, est à la fois catholique et extrêmement dépensière au regard des modestes revenus de son père. Aussi quand on propose à Wormold de devenir agent des Services secrets britanniques, il y voit surtout l’opportunité de revenus rapides. Et comme l’espionnage ne le passionne guère, il se met à transmettre à Londres des événements qui n’ont existé que dans son imagination fertile, et il commence à recruter à grands frais des collaborateurs fantômes… Un de ses morceaux de bravoure : faire passer les plans d’un aspirateur pour ceux d’une construction à vocation militaire ! Tout est possible, tout est plausible dans cette Cuba qui grouille d’espions vrais ou faux, simples ou doubles, détestables ou attachants. Et bien sûr, la supercherie va entraîner quelques événements, tantôt burlesques tantôt inquiétants…

Extraits : « Nulle amitié ne résiste à l’humiliation. »
« Il savait qu’il avait recours à la vérité comme à un calmant. »
« C’est extraordinaire comme la conception de l’honneur se modifie dans l’atmosphère de la défaire.« 

Mon avis : Notre agent à La Havane est un roman d’espionnage assez spécial, mêlant humour et détente. Assez complexe à lire (je dois avouer que je lisais certains passage, notamment ceux qui parlaient de politique, en n’y comprenant rien), il est original, plaisant, divertissant et très bien écrit.
Lu dans le cadre de la lecture commune de septembre 2012, j’ai bien apprécié cet ouvrage, quoique, je ne pense pas m’en souvenir plus que ça. Bien que l’histoire m’ait plut, je trouve qu’elle manquait un peu d’amplitude… Néanmoins, j’ai pris plaisir à livre ce livre, notamment grâce aux nombreux moments drôles disséminés dans certains passages.

 

Ma note : 6/10

L’affaire Jane Eyre

L’affaire Jane Eyre de Jasper Fforde
409 pages, éditions 10-18

 

Résumé : Dans le monde de Thursday Next, la littérature fait quasiment office de religion. A tel point qu’une brigade spéciale a dû être créée pour s’occuper d’affaires aussi essentielles que traquer les plagiats, découvrir la paternité des pièces de Shakespeare ou arrêter les revendeurs de faux manuscrits. Mais quand on a un père capable de traverser le temps et un oncle à l’origine des plus folles inventions, on a parfois envie d’un peu plus d’aventure. Alors, lorsque Jane Eyre, l’héroïne du livre fétiche de Thursday, est kidnappée par Achéron Hadès, incarnation du mal en personne, la jeune détective décide de prendre les choses en main et de tout tenter pour sauver le roman de Charlotte Brontë d’une fin certaine…  » Au croisement du roman policier et de l’uchronie déjantée, Jasper Fforde signe un ouvrage jubilatoire.  » Le Monde des livres.

Extraits : « es barrières entre réalité et fiction sont plus minces que nous ne l’imaginons, un peu comme un lac gelé. Des centaines de personnes peuvent le traverser, mais un soir, ça dégèle à un endroit, et quelqu’un tombe dans le trou. Le lendemain matin, la couche de glace s’est déjà reformée. »
« Votre cupidité vous perdra, monsieur, déclara Jane d’un ton posé. Vous vous trompez en croyant que l’argent fera votre bonheur. Le bonheur se nourrit des mets de l’amour, non du régime indigeste des richesses matérielles. L’amour de l’argent est la racine même du mal ! »

Mon avis : WAHOU ! Ce livre est vraiment un ovni de la littérature. Indéfinissable, indescriptible, mais proprement envoûtant et irréaliste.

L’entrée en matière est déroutant. Jasper Fforde nous plonge directement dans son univers aux dimensions incroyables, au style singulier, à l’orée du fantastique. On y découvre des animaux disparus, qui paraissaient presque mythiques (comme le dodo de la protagoniste), qui peuvent être choisis comme des produits de consommation (dodo 1.3, 2.1…). Des inventeurs hors du commun, comme le grand-père de Thursday Next, notre héroïne, qui concocte des inventions toutes plus audacieuses et futuristes les unes que les autres. Mais on découvre surtout des castes, nommés OpSpecs, où sont rangées toutes les personnes selon leurs grades et leurs affectations. Thursday Next, quant à elle, fait partie des OS-27, autrement dit LittéraTecs, elle est chargée de la protection des livres. C’est pour cette raison que lorsqu’Achéron Hadès, le mal incarné, kidnappe son grand-père et sa machine à entrer dans les livres, elle se lance à la recherche de ce ravisseur original. Tous les grands mythes de la littérature sont en danger ; ils peuvent être modifiés ou supprimés par Hadès.

Ce qui est extraordinaire dans ce livre, c’est la matérialisation de la littérature. On a l’impression que les personnages que nous aimons le plus prennent vie sous nos yeux, s’humanisent, sortent de leur livre d’origine et se rapproche du lecteur. En effet, on a des interaction avec des personnages de toutes époques confondues, grâce notamment aux machines créées par le grand-père de Thursday.
Jane Eyre de Charlotte Brontë étant mon roman fétiche de tous les temps, j’ai adoré faire des allers et retours dans le temps pour dialoguer avec les protagonistes de l’histoire et les voir sous un jour nouveau, différent de celui du livre.

Mais ce qui m’a un peu gêné, que je n’ai pas réussie à cerner, c’est les nombreuses références lancinantes à la guerre de Crimée. Des références historiques complexes à retenir, un langage souvent ardu à comprendre. Je n’ai pas trouvé d’intérêt à mêler cette histoire politique au thème de la littérature.

Vous l’aurez compris, L’affaire Jane Eyre est indéfinissable du point de vu temporel (pas de marque de temps, ou des dates fictives, inventées, avec une Histoire détournée) ou géographique (on ne sait pas où on se situe, l’auteur brouille les pistes). Il est également inclassable selon son genre littéraire (il y a une enquête « policière » pour retrouver la trace d’Achéron Hadès, de l’action lors des scènes dans le livre Jane Eyre, mais aussi des passages historiques avec la guerre de Crimé. On peut penser à une dystopie, ou à un roman humoristique… tous les styles sont combinés).

J’ai été contente de découvrir ce livre dont j’ai si longtemps entendu parler ; j’ai passé un agréable moment à vivre de nouvelles aventures dans le monde de Jane Eyre, même si le roman ne m’a pas plût plus que ça.

Si vous voulez être surpris, si vous recherchez quelque chose de novateur, de totalement loufoque et destabilisant, lancez-vous dans ce livre. Je n’ai jamais rien vu d’aussi étrange…

Ma note : 6/10