Littérature scandinave·Roman

Le mec de la tombe d’à côté

Le mec de la tombe d’à côté
de Katarina Mazetti,
253 pages, éditions Babel, à 7,50€

 

Résumé : Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d’à côté, dont l’apparence l’agace autant que le tape-à-l’œil de la stèle qu’il fleurit assidûment.
Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s’en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d’autodérision. Chaque fois qu’il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie.
Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis…

C’est le début d’une passion dévorante. C’est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d’amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures.

Extraits :  « Qui est cette femme qui prend des notes devant une tombe ? Est-ce qu’elle tient le registre des maris qu’elle a tués ? »

« C’est elle qui m’a baptisée Désirée, et pour cause. L’intention était bonne mais j’ai eu le temps d’apprendre à haïr mon prénom au cours de ma scolarité. J’étais régulièrement prise pour cible par les autres enfants qui évidemment m’appelaient Diarrhée. »

Mon avis :  Une histoire suédoise hautement sollicitée par les lecteurs français, qui m’ont, à force de critiques, donné envie de découvrir à mon tour ce récit.

Me voici donc plongé dans les vies très différentes de Désirée et Benny. Désirée est une veuve solitaire d’un mariage sans passion, bibliothécaire dans la vie quotidienne, qui traîne chaque jour sa science sur la tombe de son mari. Benny est un agriculteur un peu benêt, solitaire également, qui vient fréquemment rendre visite à ses parents défunts. Rien ne prédestinait ces deux là à se rencontrer. Leur caractère, leur milieu, leur physique, leur façon de voir la vie… tout les oppose. Et pourtant… ces deux voisins de deuil vont surmonter leur enfermement solitaire pour partager un amour unique. Un amour qui dépasse les règles et les lois. Un amour étrange, à première vue, mais si beau à découvrir.

Deux êtres diamétralement opposés, qui se rencontrent au détour d’une tombe… bizarre, ne croyez-vous pas ? Cela, combiné au langage un petit peu lourdeau du récit, peut ébranler un lecteur non-avertis. C’est un véritable choc des cultures qui se déroule sous nos yeux. Benny, l’agriculteur au langage bestial et aux blagues limitées, qui tombe amoureux de Désirée, l’intellectuelle qui manie les mots comme l’autre manie la pioche.

Benny et Désirée, c’est un peu la Belle et la Bête suédoise. Ils vont s’aimer malgré leurs différences. C’est ce qui fait toute la beauté de leur histoire. Une histoire qui se moque des conventions et des regards extérieurs. Ils vont apprendre à s’apprécier, vont se découvrir progressivement et vont tenter d’insuffler un peu de sa passion à l’autre.

Une histoire bouleversante et légère, tantôt cocasse ou fâcheuse, elle m’a quand même laissée un goût d’inachevée. L’intention était bonne, le sujet bien traité, mais peut-être pas assez approfondi. Tout était un petit peu trop lisse, il manquait cruellement d’actions ou de rebondissements. De plus, une large part des critiques vantaient l’humour débordant de ce récit. Se marraient-ils de la situation ? Des personnages ? En tout cas, je suis passé à côté. Loin de trouver l’histoire risible, j’ai éprouvé de la compassion et de larges sentiments d’affliction pour les personnages.

Katarina Mazetti dépasse les clichés de l’amour et confronte les contraires – haine et amour, humour et ennui. Elle pointe du doigt les conventions sociales qui dirigent implicitement nos vies et nos décisions. Benny et Désirée, arriveront-ils à surmonter suffisamment leurs différences pour débuter une belle histoire d’amour ? A noter qu’il existe une suite à ce roman, qui se nomme Le caveau de la famille.

Ma note : 6/10
Littérature scandinave·Roman policier et polar·Saga

Millénium, tome 2 : La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette

Millénium, tome 2 : La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette de Stieg Larsson
791 pages, éditions Babel noir, à 10€
Résumé : Tandis que Lisbeth Salander coule des journées supposées tranquilles aux Caraïbes, Mikael Blomkvist, réhabilité, victorieux, est prêt à lancer un numéro spécial de Millénium sur un thème brûlant pour des gens haut placés : une sombre
histoire de prostituées exportées des pays de l’Est. Mikael aimerait surtout revoir Lisbeth. Il la retrouve sur son chemin, mais pas vraiment comme prévu : un soir, dans une rue de Stockholm, il la voit échapper de peu à une agression manifestement très planifiée.
Enquêter sur des sujets qui fâchent mafieux et politiciens n’est pas ce qu’on souhaite à de jeunes journalistes amoureux de la vie. Deux meurtres se succèdent, les victimes enquêtaient pour Millénium. Pire que tout, la police et les médias vont bientôt traquer Lisbeth, coupable toute désignée et qu’on a vite fait de qualifier de tueuse en série au passé psychologique lourdement chargé.
Mais qui était cette gamine attachée sur un lit, exposée aux caprices d’un maniaque et qui survivait en rêvant d’un bidon d’essence et d’une allumette ?
S’agissait-il d’une des filles des pays de l’Est, y a-t-il une hypothèse plus compliquée encore ? C’est dans cet univers à cent à l’heure que nous embarque Stieg Larsson qui signe avec ce deuxième volume de la trilogie Millénium un thriller au rythme affolant.
Extraits : « Les mecs pouvaient être grands comme des maisons et bâtis en granit, mais leurs couilles étaient toujours au même endroit. »
« Ils avaient démarré une campagne, avec des affiches et tout, ils espéraient amener les jeunes à la boxe. Et on a attiré pas mal de mecs dans les quinze-seize ans et jusqu’à vingt. Pas mal d’immigrés. La boxe était une bonn alternative pour ne pas traîner dans la rue à faire les cons.« 

Mon avis : Quelle joie de retrouver les personnages si appréciés dans le premier tome de Millénium. Mikael Blomkvist, Lisbeth Salander, Erika Berger… tout le monde est au rendez-vous pour une nouvelle enquête riche en émotions et rebondissements.

Alors que le journal Millénium veut prochainement publier le livre de Dag Svensson sur le trafic des prostituées de l’Est, lui et sa femme Mia, qui préparait une thèse sur le même sujet, sont assassinés à leur domicile. Dans un même temps, le tuteur de Lisbeth Salander, Bjurman, est lui aussi tué chez lui. Une arme est retrouvée, comportant les empreintes de Lisbeth. Une recherche nationale est lancée contre la jeune femme, suspectée d’être la meurtrière de trois victimes innoncentes. Les hypothèses quant au mobile qui a poussé cette soit-disant tueuse à commettre ces crimes restent flous : vengeance ? empêcher la publication du livre ? L’équipe de police menée par Bublanski se lancent dans la recherche, tout comme l’intégralité du journal Millénium, et les locaux de Milton Security, dirigés par Armanskij, dernier emploi exercé par Lisbeth.

Nous revoilà avec une enquête policière hors du commun, emplie de mystères, au suspense étonnant, aux scènes tellement réalistes, qu’elles m’ont données des frissons dans le dos. C’est un roman assez noir, il faut se l’avouer, mais très prenant : une fois débuté, plus rien ne peut vous faire arrêter votre lecture, pas même l’incroyable voluminosité du livre.

Les personnages sont toujours aussi attachants, et restent fidèles à la façon dont je l’ai aies perçus dans le premier tome. Lisbeth Salander, jeune femme toujours aussi mystérieuse, qui, malgré les nombreuses descriptions de son apparence physique, ou les nombreuses scènes où elle apparaît, n’arrive pas à se matérialiser dans mon esprit. Cette femme est entourée d’un flou impressionnant. Elle met des barrières autour d’elle, pour empêcher qu’on découvre sa vraie nature. On l’a pourtant vue pleurer, en colère, amoureuse, en détresse… mais les scènes suivantes dénotées le contraire de ce que l’on venait de voir. Lisbeth est un personnage hors du commun, c’est elle qui devrait être la protagoniste principale du roman, et non pas Mikael Blomkvist, qui n’a récolté, dans ce tome-ci, qu’un petit rôle secondaire superflu et sans grand intérêt.

Stieg Larsson, à travers ses enquêtes policières toutes plus extraordinaires les unes que les autres, dénonce pourtant un problème majeur dans la société, qui existe réellement, et est encore visible au XXIème siècle : le commerce du sexe. Des jeunes adolescentes dans la pauvreté la plus totale, sont vendues et retirées de leur pays de l’Est pour être envoyées dans les pays de l’Ouest vendre leurs services aux hommes. Un trafic cruel, où les femmes sont dévalorisées et exploitées au profit d’hommes puissants. Une injustice que l’auteur dénonce avec virulence.

J’ai trouvé ce deuxième tome encore plus palpitant que le premier. Les personnages nous sont déjà familiers, on connaît les liens d’affinités des uns avec les autres, donc l’histoire nous paraît plus intime. L’auteur a encore une fois frappé, avec une plume extraordinaire, qui nous emporte littéralement dans les affres de ses enquêtes. Chapeau bas !

Encore une fois, Millénium a sut satisfaire à ma soif d’enquête policière. Un second tome encore meilleur que le premier, des personnages fidèles à eux-mêmes, un contexte noir, effroyant, mais addictif. Vivement que je me lance dans le dernier opus.

Ma note : 9/10
Littérature scandinave·Roman policier et polar·Saga

Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Millénium, tome 1 : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes de Stieg Larsson
705 pages, éditions Babel noir, à 10€
Résumé : Ancien rédacteur de Millénium, revue d’investigations sociales et économiques, Mikael Blomkvist est contacté par un gros industriel pour relancer une enquête abandonnée depuis quarante ans. Dans le huis clos d’une île, la petite nièce de Henrik Vanger a disparu, probablement assassinée, et quelqu’un se fait un malin plaisir de le lui rappeler à chacun de ses anniversaires.
Secondé par Lisbeth Salander, jeune femme rebelle et perturbée, placée sous contrôle social mais fouineuse hors pair, Mikael Blomkvist, cassé par un procès en diffamation qu’il vient de perdre, se plonge sans espoir dans les documents cent fois examinés, jusqu’au jour où une intuition lui fait reprendre un dossier.
Régulièrement bousculés par de nouvelles informations, suivant les méandres des haines familiales et des scandales financiers. lancés bientôt dans le monde des tueurs psychopathes, le journaliste tenace et l’écorchée vive vont résoudre l’affaire des fleurs séchées et découvrir ce qu’il faudrait peut-être taire.
Extraits : « Elle comprit tout à coup que l’amour était l’instant où le coeur est sur le point d’éclater. »
« L’amitié – ma définition – est basée sur deux choses, dit-il soudain. Le respect et la confiance. Ces deux facteurs doivent obligatoirement s’y trouver. Et ça doit être réciproque. On peut avoir du respect pour quelqu’un, mais si on n’a pas confiance, l’amitié s’effrite.« 

Mon avis : En débutant ce premier tome de la très célèbre trilogie Millénium, je ne m’attendais pas à découvrir une telle histoire. Pour la petite info personnelle, ce livre est également le premier que je lis édité chez Babel noir, maison d’éditions pourtant connue, publiant de nombreux ouvrages que je n’ai jusqu’alors pas eu le loisir de lire. C’est donc une première et très agréable surprise que ce livre.

Si vous n’arrivez pas à comprendre l’intégréalité du commencement de l’histoire, ne vous découragez pas. Un aussi gros pavé à besoin de temps pour mettre en place sa trame centrale. Trop de précipitation risquerait d’ennuyer le lecteur, et de le déboussoler d’autant plus, tout comme de trop longues précisions risqueraient de l’endormir. Stieg Larsson réussi avec brio à choisir le juste milieu entre les descriptions longues et détaillées, avec les interjections d’actions, les déroulements rapides d’événements, qui rendent l’histoire vive, réellement vivante et prenante.

Le génie de l’auteur tient à ce qu’il rend l’intrigue de Millénium aussi additive que le lecteur ne peut plus lâcher une seule seconde son cours. Mêlant plusieurs intrigues secondaires à une plus centrale, il réveille les talents d’enquêteurs de ses lecteurs pour mener à bien la recherche d’Harriet Vanger, petite-fille du richissime et célèbre Henrick Vanger, qui a mystérieusement disparu voilà plus de vingt ans. Que lui est-il arrivé ? Qui est à l’origine de sa disparition ? Henrick est depuis lors hanté par cette disparition, voulant connaître à tout prix les réponses aux questions qui le taraudent, tout en cherchant fiévreusement l’identité de l’assassin présumé. C’est Mikaël Blomkvist, journaliste de la revue de Millénium, qui, après avoir démissionné soudainement suite à une affaire crapuleuse, se fait embaucher par le vieil homme pour mener à bien sa mission. En échange de quoi Henrick lui promet une vengance sûre sur Wenneström, l’homme qui a ruiné la réputation du journaliste.

Les quelques 700 pages que présentent Millénium ne sont que tensions, mystères, angoisses et intrigues. Des questions sans réponses taraudent le lecteur, tout comme les divers personnages. Ceux-là mêmes ont des contours assez flous, des caractères indisctincts, indéfinissables, indiscernables. Leurs décisions sont réfléchies mais le lecteur s’en étonne toujours, étant donné les mystères qui entourent leurs faits et gestes. C’est principalement ces zones d’ombres qui donnent du piment aux personnages ; c’est également pour cette raison que le lecteur s’y attache. Lisbeth Salander, par exemple, est le prototype parfait d’une jeune femme ambigüe, recelant des parts d’inconnus, des secrets enfouis et tus au vu et au su de tous, des manières intriguantes, la rendant unique en son genre.

J’ai passé un excellent moment de lecture, de détente, d’enquêtes policières aussi saugrenues qu’additives. Un premier tome dont je ne peux que faire les éloges. J’ai vraiment hâte de lire la suite, et je recommande chaudement cette fascinante trilogie policière, qui m’a enchantée.

Ma note : 8/10

Littérature scandinave·Roman

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniveraire de Jonas Jonasson.
507 pages, éditions Pocket, à 7,69 €

 

Résumé : Franchement, qui a envie de fêter son centième anniversaire dans une maison de retraite en compagnie de vieux séniles, de l’adjoint au maire et de la presse locale ?
Allan Karlsson, chaussé de ses plus belles charentaises, a donc décidé de prendre la tangente. Et, une chose en entraînant une autre, notre fringuant centenaire se retrouve à trimballer une valise contenant 50 millions de couronnes dérobée – presque par inadvertance – à un membre de gang. S’engage une cavale arthritique qui le conduira à un vieux kleptomane, un vendeur de saucisses surdiplômé et une éléphante prénomée Sonja….

Extraits : « On peut dire ce qu’on veut de la cuisine française, mais une chose est sûre : on a beau vider son assiette, on n’est pas rassasié. »
« Sa vie avait été passionnante, mais rien ne dure éternellement, à part peut-être la bêtise humaine.« 

Mon avis : Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire est un titre très original, accrocheur et marrant. Il faut se l’avouer, j’ai en grande partie choisi de lire ce livre pour le titre, mais également la couverture, qui m’avait bien plût.

L’écriture de Jonas Jonasson est certes, un peu compliquée, mais très sympathique à lire. Il n’y a pas de véritable thème sur le livre, mais le ton employé tout au long du récit est génial : simple, avec certaines pointes d’humour.

J’ai bien aimé l’histoire globale.

Elle se découpe en deux périodes, souvent alternées au fil des chapitres. L’une se passe dans le présent, et l’autre dans le passé. Celle qui se déroule actuellement narre les aventures du vieux et ses amis en cavale, alors que l’autre raconte la vie passée très mouvementée d’Allan Karlsson, le centenaire.

Ce petit vieux est un personnage amusant, qui a encore toute sa tête, une vitalité hors du commun, et un passé impressionnant !

J’ai passé un agréable moment de lecture. Le seul petit hic, le point faible de ce livre est, je pense, les longs passages parlant de politique. Je lisais sans trop comprendre, mais j’ai néanmoins continué, malgré ces quelques longueurs.

Pour un bon moment de lecture, sans prise de tête et avec humour, je vous conseille ce livre-ci !

 

Ma note : 8/10
Classique·Littérature scandinave

Une maison de poupée

Une maisin de poupée de Ibsen
153 pages, éditions Le Livre de Poche, à 4,10€

Résumé : D’abord jolie poupée cajolée et préservée au beau temps de son enfance, Nora est devenue l’adorable petit merle chanteur toujours gai aux yeux d’Helmer, son mari. En effet, elle danse, rit et chante, et emplit sa maison d’une joie enfantine. Pourtant, au-delà de la charmante frivolité toute féminine propre à séduire son mari, se dessine un caractère volontaire, une femme disposée aux plus grands sacrifices par amour. Davantage sensible aux inflexions du coeur qu’aux discours raisonnables, Nora poursuit le fol espoir d’une idylle réciproque capable de transcender les conventions sociales et l’ordre établi. Mais, dans la Norvège des années 1870, où l’on se doit d’être épouse et mère avant d’être femme, de telles aspirations paraissent de vaines promesses. Qu’importe si la faute de Nora fut commise par amour, Helmer ne peut lui pardonner l’opprobre qui désormais menace la famille. Nora qui attendait fébrile qu’advienne le « prodige », fuira sereine et pour son propre salut, ce qui ne lui ressemble plus. –Lenaïc Gravis et Jocelyn Blériot

Extraits :  « NORA. Ne me regarde pas comme cela, Torvald !
HELMER. Pourquoi est-ce que je ne regarderais pas mon bien le plus précieux ? Toute cette splendeur qui m’appartient, à moi seul, et sans réserve ?
 »
« NORA. Oui, voyez-vous, il y a les personnes qu’on aime le plus, et celles dont on préfère presque la compagnie.« 

Mon avis :  Rares sont les livres norvégiens que je lis. Alors, du théâtre norvégien, imaginez-vous : je ne vais pas en croiser beaucoup durant ma vie. Mais là, j’étais dans l’obligation de le faire : Une maison de poupée figurait dans la liste des livres à lire obligatoirement pour mon quatrième semestre. Bon.

Dans les années 1870, la société imposait des règles genrées implicites dans chaque foyer. L’homme devait contrôler la maison et subvenir aux besoins de sa famille, tandis que la femme devait prendre soin de sa famille et bien s’occuper du foyer. Le couple que forme Torvald et Nora s’échappe pas à la règle. Mais voilà, Nora a enfreint cette règle dans le dos de son mari. En effet, Torvald étant malade, Nora s’est débrouillée pour pouvoir le soigner au mieux. Mais cette guérison imposait à Nora de mentir à son mari.

Une maison de poupée, c’est un drame bourgeois réaliste, dans lequel Ibsen représente des clichés genré au sein d’un couple hiérarchisé. Nora et Torvald n’affichent pas les mêmes valeurs : tandis que l’une ne pense qu’à la santé de son époux, l’autre pense à la représentation sociale que lui donne son pouvoir économique. Il y a donc une rupture au sein du couple, qui, d’un point de vue psychologique, ne se comprennent pas.

Nora fait figure de femme-enfant, de petit animal, emplie de naïveté. On ne compte plus les fois où Torvald l’appelle d’un nom grotesque, comme s’il qualifiait un animal domestique, voire pis. Les deux personnages tiennent leur rôle avec perfection, chacun muré dans les clichés de genres que la société attend d’eux. Torvald est vraiment un personnage insupportable, englué dans ses stéréotypes sur les femmes, il n’arrive pas à poser un regard objectif sur Nora, qu’il considère comme une moins que rien.

Le lecteur s’aperçoit très vite que les bases de ce couple reposent sur l’argent. C’est en effet l’argent qui contrôle toute la maisonnée. Dès le début du livre, Torvald nous apprend qu’il a été promu directeur de la banque et que donc, son salaire va augmenter. Soit. Nora, quant à elle, fait des achats en comptant le prix, pour tenter de faire des économies dans le but de rembourser ses dettes. C’est l’argent même qui donne une place sociale au couple. Tout tourne autour de l’argent.

Mais tout tourne aussi autour du mensonge. Nora joue un double jeu face à Torvald. Elle se montre frivole, légère, naïve et dépensière, alors que dans la réalité, c’est une femme forte, qui essaie tant bien que mal de rembourser les dettes accumulées dans le dos de son mari. Bien évidemment, le mensonge de Nora sert au bonheur collectif ; loin de vouloir le tromper, elle ne voulait que le protéger.

Puis, peu à peu, Nora va tenter de s’affirmer et d’obtenir une parole réelle dans le couple. Elle va vouloir se faire entendre et, de ce fait, va faire tomber son masque de femme idéale pour nous faire découvrir la vraie Nora. Sans vouloir vous dévoiler la fin de ce livre, je voudrais juste dire que j’éprouve une grande admiration face au personnage de Nora. Cette petite jeune femme, qui semble toute chétive, va aller contre les conventions de l’époque, dans l’espoir de faire ouvrir les yeux à son mari. Il faut du culot et beaucoup d’audace pour accomplir un tel geste. De ce fait, je pense que Nora mérite le titre d’héroïne !

Grâce à une écriture moderne et à des thèmes encore d’actualité – la place de la femme dans la société et dans le couple, l’argent, le mensonge -, Ibsen fait de son oeuvre une pièce de théâtre intemporelle. Toutes les femmes devraient l’adorer – les hommes aussi, mais d’une autre manière. Ravie de cette lecture !

Ma note : 6,5/10

Littérature scandinave

Le monde de Sophie

Le monde de Sophie de Jostein Gaarder.
625 pages, éditions Points, à 9,45€

 

Résumé : Qu’est-ce qu’il y a de plus important dans la vie ? Tous les hommes ont évidemment besoin de nourriture. Et aussi d’amour et de tendresse. Mais il y a autre chose dont nous avons tous besoin : c’est de savoir qui nous sommes et pourquoi nous vivons.

Extraits : « La raison comme la conscience peuvent être comparées à un muscle. Si on ne se sert pas d’un muscle, il devient progressivement de plus en plus faible. »
« Un philosophe, c’est quelqu’un qui n’a jamais vraiment pu s’habituer au monde. »

Mon avis : Le monde de Sophie est le second roman philosophique que mon futur professeur en cette même matière m’a donné à lire durant les vacances. Ayant commencé par lire Présentations de la philosophie écrit par André-Comte Sponville, j’ai pu aisément débuter ma lecture de cet assez volumineux pavé.

Dès les premières pages, je me suis facilement laissé transporter par l’histoire. Ce livre, outre son côté initiatique au monde philosophique, raconte une réelle histoire, tel un véritable roman. Jostein Gaarder arrive à mélanger fiction et réalité, et cette idée de mêler ces deux travers rend beaucoup plus accessible la lecture, et l’allège allègrement. Il faut dire que déblatérer sur la philosophie pendant plus de 600 pages aurait été assez pénible (surtout pour une novice comme moi), mais grâce à la légère intrigue mise en place par l’auteur, tout devient plus simple.

Les différents aspects de la philosophie sont découpées en parties logiques, souvent suivant l’ordre chronologique des événements qui sont arrivés. Rien n’est laissé par hasard par l’auteur, tous les grands thèmes sont abordés, tous plus variés les uns que les autres ! Tout est bien expliqué, détaillé et décrit minutieusement, avec des mots simples à la compréhension, et divers exemples tirées de la vie réelle. De plus, ce que j’ai particulièrement apprécié, ça a été les quelques lignes biographiques qui retracent la vie et le parcours des plus grands philosophes de tous les temps. Certes, je les « connaissais » de nom, j’en avais déjà entendu parler ou j’avais lu quelques-unes de leurs très célèbres phrases, mais jamais je n’ai su qui ils étaient réellement. Maintenant, Socrate, Aristote, Platon, Jésus, Descartes, Hume, Freud, et bien d’autres… ils n’ont plus de secret pour moi !

L’auteur nous amène, nous, lecteurs, à nous poser des questions existentielles sur le sens de la Vie. Questions qui n’ont jamais de réelles réponses, mais où Jostein Gaarder propose plusieurs théories intéressantes quant à leur origine. Le monde de Sophie fait beaucoup réfléchir, et nous amène à penser par nous-même. Je pense que grâce à ce livre, nous pouvons grandir un minimum mentalement et psychologiquement. Notre mode de pensée et notre esprit s’élargissent pour permettre l’entrée de plusieurs hypothèses concernant l’existence terrestre, jusque là ignorer ou repousser par le genre humain.

Ce roman devrait être conseillé à tous ceux qui débutent dans la philosophie. Très bien écrit, recelant bien des mystères et des grandes surprises, il est capable de nous faire apprendre bien plus en quelques heures qu’en un mois de cours. En étant à la fois ludique, sympathique et intelligent, il regroupe toutes les qualités pour séduire un maximum de personnes censées.
De plus, un index est à la disposition des lecteurs à la fin du livre ; il regroupe tous les philosophes cités, ainsi que leurs dates de vie et la page à laquelle l’auteur leur fait référence.

Je tiens à préciser que la fin m’a énormément surprise, et m’a même fait douter sur ma propre existence, c’est pour dire si l’auteur est fort…
En tout cas, merci à mon professeur de philosophie pour cette découverte, sans lui, je n’aurais même pas posé un oeil sur ce livre… et je serais passé à côté de quelque chose d’immensément intéressant !

 

Ma note : 8,5/10