Le chat sur le mur

Le chat sur le mur de Deborah Ellis
169 pages, éditions Hachette romans, à 14,90€

 

Résumé :  Clare avait 13 ans quand elle est morte et qu’elle s’est réveillée dans le corps d’un chat errant, à Bethlehem, en Cisjordanie. Réfugiée dans une maison avec deux soldats israéliens et un petit garçon palestinien, elle va partager pendant quelques jours leur quotidien. Entre incompréhensions et émeutes qui divisent les deux peuples, elle va essayer de sauver sa vie, et peut être même celle de ses trois compagnons de hasard.
Mais comment aider son prochain lorsqu’on est un chat ? Comment trouver sa place dans un univers chaotique, ravagé par la peur et la colère ?

Extraits :  « Simcha a saisi son fusil. Il répétait les seules phrases en arabe qu’il savait : « Sors de là ! Haut les mains ! »
– Du calme, a dit Aaron. C’est rien qu’un chat.
– Un chat ? A voir comme tu as bondi, j’ai cru que c’était un terroriste.
 »
« C’est le bruit des armes qui m’a réveillée. Je déteste ça. Si les gens tiennent absolument à tirer sur leurs semblables, qu’ils s’arrangent pour le faire sans bruit, que les chats puissent continuer leur sieste tranquillement, tout de même. »

Mon avis :  Avez-vous déjà rêvé de vous réincarner en chat ? Si oui, venez vite découvrir l’étrange réincarnation subie par Claire, après sa mort humaine.

Claire passe d’une vie banale de petite fille de treize ans, allant tous les jours à l’école, bien entourée de sa famille et de ses amis, à une vie de chat errant en Cisjordanie. Cette métamorphose extraordinaire va changer le regard de la jeune fille sur la vie. Elle va découvrir la guerre, avec les nombreuses difficultés liées au conflit israélo-palestinien, ainsi que la désolation et la misère des pauvres habitants de ce pays.

On peut vraiment parler de voyage initiatique, au sein d’un problème encore d’actualité aujourd’hui : le conflit israélo-palestinien. Chacun d’entre nous a, au moins une fois, voulu être une petite souris pour se glisser dans une pièce et observer de l’intérieur les gens qui y étaient présents. Eh bien, ici, c’est un chat, qui se place comme spectateur stoïque, incapable de pouvoir aider les hommes. C’est à travers ses yeux que nous sommes plongés dans l’intimité des habitants de la ville de Bethléem, ville assiégée par de multiples soldats.

Deborah Ellis met en scène une situation assez brouillonne, qui correspond parfaitement à la vision de la guerre que nous, européens, avons. Deux soldats sont réfugiés dans une maison, avec un petit garçon. La maîtresse du petit pense à une prise d’otage, elle rameute les habitants du quartier, qui arrivent de tout côté pour sortir d’affaire le petit. Sans savoir la réelle motivation des soldats, sans même penser au danger encouru par le petit garçon, les balles fusent dans la maison. Une image qui montre bien l’absurdité de la guerre.

Mais ce qui est le plus important à retenir de cette lecture, c’est le profond message de paix et d’espoir que balance inlassablement l’auteure. A travers un poème nommé Désirs, appris par coeur par tous les enfants scolarisés à Bethléem, la cohabitation, l’apaisement et l’amour sont mis en avant. Deux maîtresses d’école sont mises en scène : l’une, surnommée Madame Nulle, professeur de Claire, lui donnait ce poème à recopier, comme signe de punition. L’autre, Madame Fahima, a apprit à ses élèves le poème, et essaie tant bien que mal de le mettre en scène – notamment en tentant de s’interposer entre tous les soldats. Symbole ultime de l’unification des peuples : le chat, qui, dans ce roman, comprend chaque langue parlée et aime chaque homme tel qu’il est.

Ce livre, très poétique, se présente à la fois comme un conte fantastique et un roman historique, traitant du conflit du Proche Orient. Deborah Ellis essaie de promulguer un message de paix, d’amour et de réconciliation qui donne du baume au coeur. Un livre tout en douceur, qui se lit très rapidement.

 

Ma note : 7/10

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Sous le manteau du silence

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Sous le manteau du silence
de Claire Bergeron.
304 pages, éditions De Borée collection Terres de femmes, à 21 €

 

Résumé : La mort suspecte du curé Charles-Eugène Aubert dans l’hôpital où elle est infirmière va contraindre Rosalie Lambert à se confronter à des souvenirs qu’elle avait jusque-là enfouis. C’est plus de vingt-cinq ans plus tôt, dans le dispensaire où elle exerçait, qu’elle avait fait la connaissance de ce curé si charismatique. Le soupçonnant d’avoir commis des actes allant à l’encontre de son devoir, elle avait dû s’enfuir, laissant derrière elle son grand amour. Alors que ses souvenirs reviennent la tourmenter et se mêler au présent, elle va devoir convaincre les jurés qu’elle n’est pas coupable du terrible crime dont on l’accuse…
Extraits :  « C’est fou ce que la vie a de chemins détournés pour remettre en présence deux êtres qui ne se sont jamais oubliés. »
« Il y a de ces douleurs qui ne se cicatrisent jamais et qui laissent sur le coeur un poids bien lourd.« 

Mon avis : L’histoire se déroule en 1967, au Québec, dans la petite ville de Saint-Anselme. Rosalie, infirmière, se retrouve accusé d’avoir causé la mort d’un vieux curé nommé Charles-Eugène Aubert, qu’elle aurait connu il y a maintenant plus de vingt-cinq ans. Elle affirmera avoir été perturbée de le revoir, et que l’erreur de médicament administré au curé n’était pas voulu. Mais qu’a-t-il bien pu se passer vingt-cinq ans plus tôt avec ce curé, pour bouleverser cette femme, à tel point qu’elle commette de graves fautes ?

Claire Bergeron, l’auteure du roman, est originaire du Canada, plus précisément du Québec, là même où se déroule l’histoire. La plupart des lieux qu’elle cite, tels que l’Abitibi, Amos ou encore Senneterre son réels, de façon à se que l’on puisse bien se représenter l’endroit où se passe l’action. L’histoire se déroule la majeure partie du temps en 1967, mais une importante part du roman est également consacrée aux souvenirs de Rosalie, donc dans les années 1941.

Ce roman est en partie une autobiographie de la vie de l’auteure, car elle-même « rêvait de devenir médecin mais les études n’étant pas accessibles aux jeunes filles dans ce Québec des années 60, elle choisit de devenir infirmière« , tout comme notre héroïne.

Une héroïne bien courageuse et très généreuse. Elle n’hésite pas à venir en aide aux gens dans le besoin ; son grand coeur lui a permit de se faire rapidement apprécier par la population de l’Abitibi. Je pense que Rosalie avait toutes les qualités nécessaires pour devenir une bonne et grande infirmière. En tout cas, elle le méritait beaucoup.

Malheureusement pour elle, l’antipathique curé Charles-Eugène Aubert a, pour ainsi dire, ruiné sa vie. Son caractère a eut le don de m’énerver… mais il m’a aussi intrigué. Sous ses airs de curé tout gentil, se cache un homme méchant, prêt à tout pour obtenir ce qu’il souhaite.

Dans les années 1940, comme l’explique très bien Claire Bergeron dans ce roman, les femmes avaient un rôle bien précis et restreint vis-à-vis de diverses professions. Elles ne pouvaient pas exercer certains travaux, considérés réservés uniquement aux hommes. De plus, une fois mariées, elles devaient arrêter de travailler pour s’occuper de leurs enfants, leur mari, et du foyer. Des conditions épouvantables et rabaissantes pour ces pauvres femmes, qui ne demandaient qu’une chose : être l’égal de l’homme.
La contraception et l’avortement n’étaient d’ailleurs pas encore autorisés du temps où l’histoire se passe, mais les femmes essayaient néanmoins de se faire avorter illégalement, au risque de leur vie… Le chanoine Aubert, d’ailleurs, conseille fortement aux femmes de procréer, même si leur vie en dépend… Des paroles qui semblent sorties tout droit de l’esprit d’un fou, mais apparemment, ces parties de l’histoire racontées étaient bien réelles à l’époque, au Québec.
Mes précédents propos par rapport à la procréation des femmes me fait légèrement penser au roman La servante écarlate de Margaret Atwood, elle-même Canadienne… comme quoi, cette époque a choquée et horrifiée à vie tous les Canadiens.

Pour continuer dans la lancée sur les femmes, l’auteure nous livre avec effroi les conditions intimes dont elle devaient faire face. Souvent abusées par des représentants de l’église, elles ne pouvaient rien dire, de peur de se faire traiter de menteuses. En parlant de l’église, la religion avait une très grande importance dans ces années-là, on y voit d’ailleurs très nettement sa large puissance.

Sous le manteau du silence a des thèmes principaux très intéressants, qui m’ont appris pas mal de choses sur les conditions de vie des femmes dans les années 40, au Canada. Sur ce point-là, je ne peux pas le nier, Claire Bergeron a très bien expliqué et fait passer son message.

Néanmoins, l’écriture de l’auteure contenait certaines longueurs, notamment dans la seconde partie du roman. Outre ce point négatif, j’ai trouvé l’histoire général originale et captivante. La protagoniste est une battante, elle luttera pendant presque tout le récit pour enfin être Libre. Le suspense n’était pas présent, mais les sentiments y étaient.

 

Ma note : 6/10

Putain

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Putain de Nelly Arcan
186 pages, éditions Seuil, à 14,94€

 

Résumé : Putain ! Le titre a le mérite d’être clair, sans détour. Putain est une vie de putain. Un récit cru, pur jus, qui ne triche pas, le premier roman d’une jeune Québécoise. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir, peut-être sans jamais avoir osé le demander ! Du parcours, fatal, forcément fatal, au plaisir qu’on éprouve ! Tout y est. Une éducation religieuse, trop religieuse, une mère absente, trop absente, l’envie de donner un coup de fouet à une morne vie… et l’existence de basculer, le quotidien de s’habiller de chair et de sperme, les hommes de filer à vos pieds, de défiler entre vos jambes, de passer dans votre bouche. Les uns désœuvrés, les autres obsédés, les porcs et les gros porcs, les illuminés, les glamours, jusqu’à ceux qui veulent vous « sortir de là »… Derrière cet autoportrait, la confession, parfois comme un long râle plaintif, est un travail introspectif. Pour l’auteur, il s’agit moins de savoir comment on en est arrivé là que de vouloir se connaître, se reconnaître, plutôt que de paraître. Bien. Fallait-il en passer par un déballage moins cocasse que tapageur ? Putain se voudrait un roman réaliste. Avec ce qu’il faut de racoleur pour attirer le chaland. C’est tout juste un témoignage (un de plus) de femme, prostituée moderne de luxe, qui trimbale son fardeau familial. Il y a un avantage : on y lit ce qu’on attend. Sans être volé sur la marchandise. Sans plus. Et l’on reste finalement sur sa faim. –Céline Darner
Extraits : « On s’habitue vite aux choses lorsqu’on ne peut y échapper. »
« Mais une femme n’est jamais une femme que comparée à une autre, une femme parmi d’autres.« 

Mon avis : Je ne vais pas m’étaler longuement sur ce roman autobiographique de Nelly Arcan que j’ai trouvé affreusement ennuyant et fort mal construit.

L’auteure nous raconte avec mille détours et figures de style ces trépidantes années de prostituée à l’hôtel, années noires, lugubres et cauchemardesques, qui ont marquées sa vie à jamais et lui ont fait prendre un tournant radical.
Le problème de ce livre, c’est la construction de l’histoire. Aucun événement ne vient relever le récit, les mots sont balancés à la pelle sans queue ni tête, sans élément connecteurs. Comme dans Belle du seigneur d’Albert Cohen, Nelly Arcan, par coquetterie ou pour donner un rythme essoufflé à ses propos, limite au possible les points finaux censés clore ses phrases. Un genre quelque peu lourd à lire, sans but précis, qui ne m’a pas intéressé plus que ça.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas vraiment apprécié le style d’écriture de l’auteure. Mais je souligne l’intimité des propos, les confessions secrètes, souvent pudiques, qui peuvent être choquantes par moment. Pour décrire avec autant de précision les pires moments de sa vie, il faut un profond courage, une clairvoyance à la hauteur des insanités subies. Je respecte le travail effectué, même s’il ne m’a pas touché plus qu’escompté.

Ma note : 1,5/10