Une bible – ancien testament

Une bible – ancien testament de Philippe Lechermeier, illustré par Rébecca Dautremer
235 pages, éditions Gautier Languereau, à 18,90€

 

Résumé : Un ancien testament extrait d’ « Une Bible », raconté comme un roman par Philippe Lechermeier.
Tous les grands textes de références traités ici pour leur valeur culturelle, sans aucun parti pris religieux, simplement la curiosité de découvrir ces grands récits fondateurs de nos civilisations.

Extraits :  « Pourquoi écrire une bible ?
Parce que raconter la Bible, c’est raconter notre histoire, une histoire faite de milliers de mythes, de contes et de légendes. Comment comprendre le monde sans tous ces récits ? Comment l’appréhender sans savoir qui sont Abraham, Goliath, la reine de Saba et Marie-Madeleine ? Comment décrypter l’art, l’architecture, la littérature sans connaître les fondations fabuleuses de notre société ? La Bible n’appartient pas qu’à une religion. La Bible est un bien commun. Qu’on soit croyant ou non croyant et qu’on le veuille ou non, ses mythes ont façonné nos sociétés, ils s’immiscent dans notre vie quotidienne, ils circulent dans notre inconscient. En écrivant ce texte, j’ai voulu que chacun puisse reprendre ce qui lui appartient.
Une bible est pas La Bible.
Une bible est faite d’histoires qui se répètent et se réinventent. Des histoires que l’on raconte. Qui nous racontent.

Philippe Lechermeier »

– Tu veux me jouer un tour, c’est ça ? Ce n’est pas beau de se moquer de la naïveté des gens…
– Alors ferme ta bouche, tu vas finir par avaler un moucheron qui se perdra dans ta tête tellement elle est vide !
 »

Mon avis :  Magnifique ! Je n’ai jamais rien vu de tel. C’est sans doute la première et la dernière fois que je vais écrire la phrase qui suit : c’est un véritable plaisir de lire la Bible. Car oui, la façon dont sont mis en scène les mythes et dont ils sont illustrés rend le récit paisible et agréable à découvrir. Bien loin des consensus religieux, l’auteur écrit d’une plume moderne les grands mythes qui ont bâtis notre ère.

C’est Philippe Lechermeier et son illustratrice Rébecca Dautremer qui se sont lancés le pari fou de réécrire les principaux mythes et légendes de l’Ancien Testament, en les modernisant. Ils restent fidèles aux mythes originaux, incorporant seulement quelques éléments narratifs par-ci par-là. On retrouve tous les plus grands mythes, constitutifs de notre culture générale : Adam et Eve qui ouvrent le bal, Noé et son arche, Moïse, Samson et ses cheveux, et bien d’autres encore. Des histoires que l’on ne présente plus, qu’il est bon de lire ou de relire à l’infini. J’ai également découvert des légendes intéressantes, qui m’étaient alors inconnues : les douze prodiges d’Élisée, ou l’histoire de Jephté. De quoi accroître davantage notre culture personnelle.

Ce que j’ai bien aimé aussi, c’est qu’on a une réelle dynamique du récit, avec un mélange des genres, qui passe par la théâtralisation (avec la sublime mise en scène du mythe de Joseph,par exemple), la versification ou encore la prose. Un mélange des styles également, avec des auteurs qui s’amusent à mélanger humour et sérieux. Les sublimes dessins, très originaux, permettent eux aussi de dynamiser la présentation des mythes. En plus de ça, ces dessins nous transportent dans un autre univers, où il est bon de se laisser guider au fil des pages.

Ce magnifique ouvrage est le fruit de plusieurs centaines d’heures de travail (au moins !). Entre la lecture des mythes originaux, la réappropriation personnelle de ces légendes, la modernisation des récits… l’auteur a du en baver. Mais le résultat est juste magnifique. Philippe Lechermeier peut être fier de lui. Une Bible est un véritable chef-d’oeuvre.

C’est un livre qui donne envie de s’y plonger. Son accessibilité aisée est un bon moyen pour faire découvrir aux plus jeunes des croyances enchanteresses des débuts de notre ère. Je suis admirative de cette jolie production très réussie : elle m’a entièrement comblée !

Ma note : 10/10
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Les mille et une nuits – ou le conte de Shéhérazade et de Shahryar

Les mille et une nuits – ou le conte de Shéhérazade et de Shahryar
de Jacques Cassabois
285 pages, éditions Le Livre de Poche jeunesse, à 5,90€

Résumé : Humilié par son épouse volage, Shahryar, le roi de Perse, est persuadé que toutes les femmes sont infidèles. Pour se venger, il décide d’épouser chaque jour une jeune fille qu’il tuera le matin suivant, après la nuit de noces. Afin de mettre un terme à cette folie, Shéhérazade se porte volontaire, épouse le roi et, pendant mille et une nuits, lui raconte d’extraordinaires histoires…

Extrait :  « A quoi bon mes richesses ? Qui ne possède l’amour ne possède rien ! »

Mon avis :  J’ose le dire : je n’avais jamais lu Les mille et une nuits. C’est maintenant chose faite. J’ai fait la rencontre de Shéhérazade, la belle Shéhérazade.

Suite à l’adultère de sa femme, le roi de Perse, Shahryar ne fait plus confiance aux femmes. Il va se venger sur toutes les femmes qu’il croisera. Chaque nuit, il épousera une nouvelle femme… avant de la faire tuer au matin. Seule une femme va échapper à la folie meurtrière de Shahryar. Cette femme, c’est Shéhérazade. Durant la nuit, elle va commencer à narrer une histoire à son époux d’un soir. Ce dernier, tellement captivé par le récit, va vouloir continuellement savoir la suite de l’histoire. Une histoire qui sauvera Shéhérazade durant mille et une nuits.

Pour être honnête, je pensais que Shéhérazade et Shahryar seraient un petit peu plus sur le devant de la scène. Mais à part une ou deux pages par ci par là, on ne parle quasiment pas d’eux. C’est vraiment dommage. J’aurais adoré découvrir intimement la belle princesse persanne et son sultan… Mais la majeure partie du livre est consacrée aux récits de la belle.

D’ailleurs, en parlant des récits, faites attention à ne pas vous perdre dans leurs profondeurs. Les milles et une nuits est un concentré de mises en abyme. C’est-à-dire que Shéhérazade raconte une histoire et qu’à l’intérieur de cette histoire, se trouve un autre personnage qui va lui aussi se dresser en conteur et qui va démarrer une narration. Expliqué comme cela, ça semble compliqué ; mais je vous rassure, si vous êtes un lecteur un minimum attentif, l’histoire se déroule facilement devant vous.

Pour les rares personnes qui ne le savent pas, sachez que c’est à l’intérieur des Mille et une nuits qu’à prit vie le célèbre conte d’Ali Baba et les quarante voleurs. Bien évidemment, ce n’est pas le seul conte présent dans le livre. D’autres, méconnus mais tout aussi superbes y sont présents. J’ai été particulièrement touchée par celui du Portefaix et des trois dames. Quels secrets cachent ces trois mystérieuses femmes, qui, chaque nuit, battent à mort deux chiennes noires ? Un secret émouvant, je vous l’assure.

Mêlant magie et merveilleux, les histoires de Shéhérazade vous feront voyager à travers le temps et l’espace. Catapultés dans des civilisations inconnues, aux côtés de personnages prodigieux, vous vivrez des moments uniques. Joliment écrit ! Sympathique à découvrir. Un classique des contes persans.

Ma note : 7/10

Il était un rêve

Il était un rêve de Liz Braswell
265 pages, éditions Hachette romans, à 15,90€

Résumé : Aurore a été adoptée par Maléfique après que ses parents se soient débarrassés d’elle quand elle était petite. Aurore vit à l’intérieur du château de Maléfique, couvert de ronces, avec des serviteurs zélés qui la surveillent. Mais un jour, un troubadour lui glisse une plume d’oiseau bleu : il existe donc des êtres vivants, dehors ! Aurore se met à douter de l’honnêteté de Maléfique à son égard. Elle s’enfuit du château et découvre qu’à l’extérieur, le monde est beau et bien vivant. Elle retrouve le prince Philippe qui lui raconte leur histoire. Les souvenirs d’Aurore reviennent petit à petit. Elle comprend que Maléfique la maintient prisonnière en la gardant endormie et en contrôlant ses rêves. Une nouvelle quête commence pour Philippe et Aurore qui doivent à nouveau terrasser Maléfique pour se libérer et réveiller leurs sujets avant que la méchante sorcière ne les extermine tous durant leur sommeil.

Extraits :  « Il était une fois, il y a très longtemps, dans un pays lointain, un roi et une reine qui étaient fort tristes de ne pas avoir d’enfant. Enfin, un jour, leur voeu fut exaucé et la reine donna naissance à une fille. Ils l’appelèrent Aurore. Ils choisirent ce prénom poétique car la petite princesse illuminait déjà leur vie. On proclama un jour de fête dans le royaume, afin que tous les sujets, nobles et paysans, puissent venir rendre hommage à la ravissante enfant. »
« Pour accomplir un acte de bravoure, il faut avoir peur, non ?« 

Mon avis :  Que diriez-vous de découvrir une réécriture ludique et décalé du conte de La belle au bois dormant ? Un scénario imaginé par Liz Braswell, une petite fille devenue grande, mais qui n’a jamais perdue ses rêves d’enfants.

Tout commence il y a fort fort longtemps, dans un château magique,où vivait Aurore et sa tante Maléfique. Les parents d’Aurore, le roi Stéphane et la reine Léah, après avoir lâchement abandonné leur fille et détruit le monde, se retrouvent enfermés dans les sous-sols du château, privés de leur pouvoir. Et c’est Maléfique qui s’empare donc du trône. Élevée depuis toute petite par sa tante Maléfique, Aurore n’aurait jamais remis en question les paroles de cette dernière. Jusqu’à ce qu’une plume bleue lui soit remise entre les mains. Une plume qui viendrait du dehors. Elle qui pensait dur comme fer que le monde extérieur avait été détruit par ses parents, se serait-elle fourvoyée ? Maléfique lui aurait-elle menti ? Dans quel but ?

Comme vous l’aurez compris en lisant le résumé, le monde imaginé par Liz Braswell est l’opposé du conte originel. Maléfique devient gentille, tandis que le roi et la reine deviennent les méchants de l’histoire. Un retournement qui peut désarçonner au début. Mais ne vous inquiétez pas, on retrouve quand même beaucoup d’éléments présents dans le comte que tout le monde connaît. A la naissance d’Aurore la princesse, les trois fées lui donnent des dons – entre autre le chant et la danse. Maléfique, la méchante sorcière, furieuse de ne pas avoir été invitée, lui jette un mauvais sort : lors de son seizième anniversaire, Aurore se piquera le doigt à un rouet et sombrera cent ans dans le sommeil… jusqu’à ce qu’un prince vienne la réveiller.

C’est là que tout se complique. Le conte originel va venir se greffer à l’histoire inversée que je vous ais narré au début. En parallèle du sommeil de la belle, un rêve va se matérialiser, dans lequel tous les personnages vont progresser. La sorcière Maléfique va se faire passer pour la gentille, dans le but de subtiliser le pouvoir et les parents d’Aurore vont avoir le rôle des méchants… jusqu’à ce qu’Aurore se rende compte du subterfuge ! Vous me suivez toujours ? Je demande cela car c’est loin d’être clair dans ma tête.

Je ne sais pas si Il était un rêve est le premier roman de Liz Braswell, mais en tout cas, c’est assez brouillon. Un petit plus de clarté et d’explications n’auraient pas été de tout refus. Il est dur de se repérer dans ce monde imaginaire.

Hormis cela, l’aventure d’Aurore et de son prince charmant Philippe ne sera pas de tout repos. Aurore, bien qu’un peu naïve sera entraînée par son preux chevalier, combattant et loyal. Ils devront faire face aux pièges tendus par Maléfique et devront savoir discerner le rêve de la réalité. Le lecteur lui-même va devoir user de son flair pour détecter les situations sérieuses et le burlesque des scènes. Un mélange des genres déstabilisant mais singulier, qui apporte une bonne dose d’humour à cette parodie décalée.

Une épopée aventureuse aux côtés du prince et de la princesse téméraires. Une revisite osée de La belle au bois dormant, avec quelques petits défauts dans l’écriture, mais une idée de fond originale.

Ma note : 5,5/10