Et pourtant nous sommes vivants


Et pourtant nous sommes vivants
de Sera Milano
317 pages, éditions Gallimard jeunesse


Résumé : Alors que la fête bat son plein au festival d’Amberside, des terroristes envahissent le parc et sèment le chaos. Joe, Ellie, Violet, Peaches et March évoquent cette nuit d’horreur, entre survie, violence, entraide et espoir. Une histoire inspirée de la tuerie du 22 juillet 2011 sur l’île d’Utoya en Norvège.


Extraits : « Tu sais que tu ne ressembles pas aux autres filles ? »
Elle a reniflé. « Aucune fille ne ressemble à une autre. Les filles, c’est pas un groupe homogène, tu sais. »

« Je déteste l’idée de savoir ça, maintenant : le sang ne reste pas longtemps chaud. Pour ça, il faut qu’il circule dans un corps.
Je sais quelque chose d’autre, aussi : les morts ne saignent pas. Sans les battements du coeur, le sang cesse de couler. Alors, quand j’ai lu les rapports sur ceux qui ont été retrouvés morts, je savais trop bien lesquels ont eu une mort lente, et lesquels sont partis vite. »


Mon avis : Alors qu’ils étaient venus assister à une fête en plein air sur un terrain reculé, des centaines de jeunes se retrouvent piégés dans un parc, encerclés par des terroristes qui leur tire dessus sans vergogne. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Pourquoi infligent-ils ça à autant de jeunes ? C’est le chaos le plus total, chacun essayant de s’enfuir pour survivre. Nous suivons plusieurs victimes, qui racontent à tour de rôle l’horreur de ce qu’elles ont vécues en temps réel.

Une histoire qui rappelle avec tristesse de terribles événements qui se sont déroulés ces dernières années, aussi bien en France que dans le monde. Je pense notamment à la tragédie du Bataclan du 13 novembre 2015 à Paris, où plus d’une centaine de personnes venus assister à un concert se retrouvent piégées et sauvagement assassinées. Mais Sera Milano s’est surtout inspirée de l’horreur vécue sur l’île d’Utoya en Norvège en 2011, lorsqu’un terroriste, déguisé en policier, tue près de 80 jeunes dans un camp de jeunes. Des drames qui malheureusement se perpétuent et continuent à fleurir partout dans le monde. Aussi, vous l’aurez sans doute compris, ce livre, bien qu’étant destiné aux adolescents, traite d’un sujet fort et sensible, qu’il vaut mettre uniquement entre les mains d’un public averti. Certaines scènes peuvent être choquantes (tuerie de masse, bain de sang, décès, blessures…) et provoquer des cauchemars ou faire naître des peurs d’être au contact d’une foule ou simplement dans l’espace public.

On ne peut imaginer le drame que cela doit être, à la fois pour les victimes survivantes, mais aussi pour leurs proches. On essaie de se mettre dans leur peau le temps d’un instant, sans réellement savoir comment nous aurions pu réagir à leur place : fuir ? Aider les autres ? Capituler ? Résister ? Se cacher ? C’est un peu un panel de ces réactions qui se retrouvent dans les cinq portraits d’adolescents victimes de ce récit. Tout est raconté au présent, on en apprend que très peu sur leur passé ; aussi, j’ai de mal à m’attacher à chacun d’entre eux, puisqu’ils apparaissaient uniquement comme des victimes indifférenciées poursuivant un même but : survivre. En revanche, le parti prix de Sera Milano a été de mettre en avant le cauchemar vécu par les victimes et non les assaillants, leurs revendications ou leur identité. On sait seulement qu’ils étaient plusieurs, déterminés et sans aucune pitié.

La narration est hachée, les prises de parole s’enchaînent sans vraiment de lien, chaque adolescent donne son point de vue sur l’action en cours de façon souvent brute, précipité. C’est une qualité du récit : tout s’enchaîne très vite, l’histoire est dynamique, on est comme en apesanteur durant plus de 300 pages, on retient son souffle, attendant avec impatience que cette nuit d’horreurs prenne fin. Mais en même temps – je pense que c’était fait exprès par l’auteure – j’ai ressenti quelques longueurs dans le récit, comme si le temps s’était arrêté, que l’histoire avançait au ralenti. J’ai eu parfois du mal à reprendre ma lecture en cours, comme si une certaine lassitude s’invitait à chaque fois – lassitude de retrouver ce chaos, peut-être, ou de continuer à vivre cette nuit d’horreur qui semble interminable. L’action est présente oui, mais sans doute dans une trop grande proportion, puisqu’elle semble ne jamais prendre fin.


Un roman fort et bouleversant qui raconte le cauchemar vécu par cinq jeunes  victimes d’une attaque terroriste monstrueuse. Une histoire qui fait plus que jamais écho à l’actualité, à mettre entre les mains d’un public averti.

Ma note : 6,5/10

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ISBN : 978-2-07-515415-4
Traduction : Laetitia Devaux

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