Arrête avec tes mensonges


Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson
158 pages, éditions 10/18, à 6,90€


Résumé : Je découvre que l’absence a une consistance. Peut-être celle des eaux sombres d’un fleuve, on jurerait du pétrole, en tout cas un liquide gluant, qui salit, dans lequel on se débattrait, on se noierait. Ou alors une épaisseur, celle de la nuit, un espace indéfini, où l’on ne possède pas de repères, où l’on pourrait se cogner, où l’on cherche une lumière, simplement une lueur, quelque chose à quoi se raccrocher, quelque chose pour nous guider. Mais l’absence, c’est d’abord, évidemment, le silence, ce silence enveloppant, qui appuie sur les épaules, dans lequel on sursaute dès que se fait entendre un bruit imprévu, non identifiable, ou la rumeur du dehors. »


Extraits« J’invente des vies à ces gens qui s’en vont, qui s’en viennent, je tâche d’imaginer d’où ils arrivent, où ils repartent, j’ai toujours aimé faire ça, inventer des vies à des inconnus à peine croisés, m’intéresser à des silhouettes, c’est presque une manie. »

« J’ai dix-sept ans.
Je ne sais pas que je n’aurai plus jamais dix-sept ans, je ne sais pas que la jeunesse, ça ne dure pas, que ça n’est qu’un instant, que ça disparaît et quand on s’en rend compte il est trop tard, c’est fini, elle s’est volatilisée, on l’a perdue, certains autour de moi le pressentent et le disent pourtant, les adultes le répètent, mais je ne les écoute pas, leurs paroles roulent sur moi, ne s’accrochent pas, de l’eau sur les plumes d’un canard, je suis un idiot, un idiot insouciant. »


Mon avis : J’ai été particulièrement touchée par cette histoire, qui a réussie, avec seulement 158 pages (!!!), à me faire couler les larmes : juste incroyable ! En juillet dernier, j’ai eu la chance de lire mon premier Philippe Besson : Le dernier enfant, un roman réaliste sur le départ du dernier enfant de la maison, qui m’avait également beaucoup ému. Avec Arrête avec tes mensonges, l’auteur place ses romans dans la catégorie des livres à émotions.

Sous forme d’autobiographie, l’auteur se livre avec pudeur et délicatesse sur son histoire d’amour avec un certain Thomas Andrieu. Nous sommes dans les années 1980, dans une France où les moeurs face à l’homosexualité sont encore étriquées. Philippe a 17 ans, il aime les garçons et se voit souvent rejeté par les autres, à cause de son orientation sexuelle. Il rencontre alors Thomas Andrieu, qui lui, n’accepte pas sa différence, n’osant même pas mettre des mots sur son orientation. Néanmoins, les deux jeunes hommes vont se voir en cachette pendant de longs mois, ils vont s’aimer en secret, sans que jamais personne ne soupçonne la relation qui les lie. Jusqu’au jour où, du jour au lendemain, Thomas met fin à leur relation, coupant tout contact avec Philippe en déménageant en Espagne. Des années plus tard, en 2007, dans le hall d’un hôtel, Philippe fait la rencontre fulgurante d’un garçon, portrait craché de Thomas, qu’il n’a jamais oublié. Ce garçon n’est autre que le fils de Thomas, son amour de jeunesse, le seul qu’il a réellement aimé à en perdre la raison.

Arrête avec tes mensonges est une histoire forte, qui traite avec douceur et brutalité de la thématique sensible de l’homosexualité. Nous avons d’un côté Philippe, qui assume pleinement son attirance pour les garçons. A contrario, Thomas renie totalement sa nature, allant jusqu’à se marier avec une femme après lui avoir fait un enfant. Une existence basée sur un mensonge, qui ne le rendra jamais pleinement heureux. Il faut dire que dans les années 1980, l’acceptation de l’homosexualité était encore à ses prémices : beaucoup de familles ne voyaient pas d’un bon oeil cette différence sexuelle, tout comme les camarades d’école rejetaient facilement ceux qu’ils ne jugeaient pas comme eux. C’est à partir de ces années-là que les chercheurs découvrent le virus du Sida, qui fera de nombreux ravages dans la communauté homosexuelle. Les barrières sont donc nombreuses, d’où la réticence de Thomas à se dévoiler. Il préférera vivre dans la tristesse et le mensonge plutôt que dans l’amour et le bonheur. Un choix difficile à porter, qui le hantera toute sa vie.

Sans vous dévoiler le dénouement, sachez qu’il est saisissant. C’est d’ailleurs à quelques pages de la fin seulement que mes larmes n’ont pu s’empêcher de couler. À travers des mots simples mais hypersensibles, Philippe Besson nous livre sans fioriture l’histoire de son premier amour, celui qui l’a particulièrement marqué et qui nous marquera également. On ne sort pas totalement indemne de cette lecture, notamment après avoir côtoyé ces deux destins chamboulés par la vie. Une histoire d’amour clandestine, frustrante, douloureuse, presque éphémère, que l’on aurait aimé connaître pérenne et épanouie. 


Un roman autobiographique intime et émouvant, qui a réussi à me faire pleurer. Un livre qui parle d’amour impossible, de perte, d’abandon, de la difficulté à assumer son homosexualité, à être soi. Un vibrant hommage à thomas andrieu et à tous les thomas du monde. Bouleversant !

Ma note : 8,5/10

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ISBN : 978-2-264-07198-9

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