Moi, Themba


Moi, Themba de Sophie Blitman
247 pages, éditions Hachette romans, à 12,90€


Résumé : Themba vit à Soweto, en Afrique du Sud. À douze ans, elle devrait mener la même vie que toutes les jeunes filles de son âge : se concentrer sur l’école, ses amis, sa famille. Mais nous sommes en 1972, le régime de l’Apartheid est de vigueur, et elle est noire.
Elle se sent incomprise et très seule, jusqu’à ce que Waldo, son grand frère, la prenne sous son aile. Contrairement à leurs parents qui font tout pour ne pas se faire remarquer, Waldo pense que les Noirs doivent se révolter.
Themba intègre alors un club de lecture clandestin, qui lui ouvre les yeux et l’introduit à l’activisme. Là-bas, elle peut parler, échanger, débattre librement d’égal à égal. Elle y rencontre des amis, des alliés. Mais surtout, elle se rend compte de l’injustice qu’elle vit au quotidien.
Dès lors, elle va se battre. D’abord discrètement, puis de plus en plus fort, jusqu’à ce que sa voix, mêlée à celle des autres, démolisse l’Apartheid.


Extraits« Je m’appelle Themba Nkomo. J’ai grandi dans le township de Soweto, une banlieue de Johannesburg exclusivement peuplée de Noirs, contrairement à la capitale où n’habitaient que des Blancs. Nous ne vivions pas avec les Blancs, mais à côté d’eux : telle était l’Afrique du Sud dans laquelle j’étais née, la seule que je connaissais. Enfant, cette séparation des races me semblait presque normale. Je dis « presque » car je devais sentir confusément au fond de moi que les choses auraient pu être différentes, mais je ne me posais pas beaucoup de questions.« 

« C’est précieux, les amis. Il faut savoir faire des efforts pour ne pas les perdre. »


Mon avis : Themba est une jeune sud-africaine noire qui vit à Soweto, dans un township proche de Johannesburg, en pleine période d’apartheid. Pendant 20 ans, de 1959 à 1979, l’Afrique du sud subissait une ségrégation raciale conséquente, où la population noire, même si majoritaire, ne disposait pas des mêmes droits que la population blanche. Notre jeune protagoniste, offusquée de cette injustice, accompagne son grand frère Waldo à des réunions-débats clandestins, dont le but est de chercher des solutions pacifiques pour changer les choses. Voir autant de jeunes se réunir pour tenter de rendre leur avenir meilleur, c’est quelque chose de fort, qui prouve que chacun, à son niveau, peut être un engrenage important dans la mécanique essentielle pour faire avancer les choses.

J’ai beaucoup aimé l’héroïne du roman. En effet, Themba est une jeune fille courageuse, avant-gardiste, ambitieuse et téméraire, qui ose agir et faire bouger les choses. Elle ne souhaite pas se cantonner à la vie que mènent ses parents, mais rêve d’un avenir meilleur, où l’ensemble de la population cohabiterait en harmonie. Comme son grand frère Waldo ou son nouvel ami Keagan, elle a l’esprit de contestation, un désir de liberté et d’indépendance. Ensemble, ils vivent à Soweto, dans un township pittoresque à la périphérie de Johannesburg, la plus grande ville d’Afrique du Sud, fréquentée uniquement par une population blanche. On s’aperçoit que l’atmosphère générale de Soweto diffère totalement de sa voisine : des rues poussiéreuses, beaucoup trop de promiscuité, un manque d’hygiène criant… Encore des injustices révoltantes, qui viennent mettre un plus grand fossé entre les deux populations.

Cette histoire, mélange entre fiction et réalité, est une très bonne première approche du terrible Apartheid qui a eu lieu en Afrique du Sud. Les jeunes vont pouvoir se rendre compte avec clairvoyance de l’injustice subie par la population noire – interdiction de certains lieux publics, obligation de détenir un laisser-passer, couvre-feu imposé, emplois réservés aux populations noires, mariages mixtes interdits, intimidation, contrôles fréquents… À plusieurs reprises au cours de l’histoire, il est cité Nelson Mandela, le premier dirigeant historique de la lutte contre l’Apartheid, emprisonné durant près de trente ans, avant de devenir président de l’Afrique du Sud en 1994. Rappelons que ce livre s’adresse à un public jeune, peu familier de cet période historique ; il aurait été sans doute judicieux de rappeler les actions menées contre l’injustice raciale par celui que tout le monde surnomme Mandiba.

De même, une suite à Moi, Themba serait sans doute la bienvenue, pour permettre de se faire une idée globale de la cessation de l’Apartheid, des moyens employés, des populations engagés et du changement de mentalité progressive qui s’est faite les années suivantes. Cela nous permettrait en même temps de retrouver Themba et son mari et de constater l’évolution dans leur manière de vivre, de se déplacer, mais aussi dans l’éducation qu’ils insufflent à leurs enfants.


Un roman jeunesse intéressant, qui mêle fiction et réalité pour expliquer avec justesse au jeune public la ségrégation raciale qui sévissait en Afrique du Sud durant une grande partie du siècle dernier.

Ma note : 7,5/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-01-628566-4

2 réflexions sur “Moi, Themba

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s