Cent ans de Laurelfield


Cent ans de Laurelfield de Rebecca Makkai
363 pages, éditions Les Escales, à 21,90€


Résumé : 1999 : Bienvenue à Laurelfield, vaste demeure du Midwest et partez à la rencontre de ses propriétaires ancestraux, les Devohr. Il y a Zee, une marxiste qui méprise la richesse de ses parents, tout en vivant dans leur maison avec son mari Doug ; sa mère Grace, qui prétend pouvoir tout savoir d’une personne en regardant ses dents ; et son beau-père Bruce, occupé à faire des réserves pour l’arrivée imminente de l’an 2000. Et puis il y a Violet, son arrière-grand-mère, qui se serait suicidée quelque part dans cette grande maison et dont le portrait est toujours accroché dans la salle à manger.
1955 : Grace et son mari violent George emménagent à Laurelfield. Rapidement, elle remarque des détails étranges qu’elle considère comme des présages d’événements à venir. Sa vie commence alors à changer…
1929 : Laurelfield est une colonie d’artistes hétéroclite et bohèmes où se retrouve la fine fleur de la création artistique de l’époque. Le petit groupe passe son temps entre poursuites artistiques et débauche sous les yeux du portrait de Violet Devhor, qui hanterait les lieux.

Une saga familiale ambitieuse et ludique sous la forme de poupées russes


Extraits : « – Je pense que « chance » n’est pas le bon terme. Quand nous prenons vraiment la peine de parler de chance, nous voulons dire qu’il y a eu tout un enchaînement de bonnes choses ou un enchaînement de mauvaises choses. Par exemple, la pièce de monnaie qui n’arrête pas de tomber côté face.
– Alors peut-être que nous voulons parler de destin. »

« Un seul secret, qu’il soit partagé ou gardé, en engendrait d’autres. »


Mon avis : Cent ans de Laurelfield est ce qu’on peut appeler un ovni littéraire, dans le sens où il est d’abord compliqué de le catégoriser dans un genre en particulier, puis de l’expliquer, de le résumer. L’histoire se passe d’abord en 1999, à l’aube de l’an 2000. Une famille vient de s’installer dans la propriété des Devohr, ancienne maison d’artistes, depuis longtemps déserté par ces derniers. Parmi les habitants actuels se trouvent Zee, une jeune professeure à l’université, son compagnon Doug, un écrivain à la plume asséchée ; la mère de Zee, Grace et son beau-père Bruce, ainsi que le fils de Bruce et sa compagne Miriam, nouvellement débarqués à Laurelfield. Ensemble, ils vivent sous le même toit, sous l’oeil vigilant de Violet, la grand-mère décédée, présente sous forme de tableau, elle hante quelque peu les lieux et surveille les faits et gestes de ses habitants. La cohabitation entre cette famille recomposée n’est pas aisée, chacun est doté de personnalités très différentes, qui ne s’imbriquent pas nécessairement. Disputes, secrets, faux-semblants, mensonges sont lot quotidien à Laurelfield.

Nous faisons ensuite un bond dans le passé, d’abord en 1955, lorsque Grace et son mari s’installent à Laurelfield ; puis en 1929, quand la bâtisse était encore habitée des nombreux artistes qui lui donnaient tout son charme (peintres, écrivains, danseurs, sculpteurs…). Ils séjournaient ensemble dans ce manoir en pleine campagne, afin de s’adonner paisiblement à leur art, sans perturbation extérieure. Mais une menace plane sur cette colonie d’artistes : le propriétaire semble vouloir reprendre possession des lieux. D’ailleurs, le manoir de Laurelfield est présenté comme un personnage à part entière, qui voit défiler entre ses murs de nombreux personnages, des années d’histoires, de secrets, de disputes, d’amour et d’art. En remontant le fil du temps de manière non chronologique, nous comprenons certains secrets, certains non-dits, nous prenons conscience d’éléments parfois insignifiants qui sont pourtant importants à intégrer pour comprendre le bon déroulement de l’histoire.

En ce sens, le récit est vraiment complexe ; la diversité des personnages, les nombreux sauts dans le temps, les histoires qui s’imbriquent les unes aux autres, qu’il faut savoir relier correctement, sont autant d’éléments qui viennent freiner la lecture. Il faut rester vigilant à la recherche d’indices qui viendraient éclairer notre esprit et nous ouvrir les portes du savoir. La trame narrative est intéressante et exige sans doute une relecture pour comprendre pleinement toutes les subtilités distillées au fil du récit. L’histoire globale n’est pas assez fluide, l’auteure s’aventure bien trop dans les détails et m’a perdue à de nombreux moments.

En effet, durant l’ensemble de ma lecture, j’ai constamment vacillé entre l’euphorie de lire une histoire hautement originale, qui sort clairement de l’ordinaire, avec des références littéraires et artistiques intéressantes, des personnages complexes mais riches ancrés dans une atmosphère spéciale ; puis, l’instant d’après, je me retrouvais désappointée par l’amas de détails, par les arrêts momentanés sur des sujets insignifiants, qui amenaient invariablement de profonds sentiments d’ennui tenaces, notamment durant les deux derniers chapitres, consacrés aux années 1955 et 1929. J’ai néanmoins persévéré jusqu’à terminer le livre, m’attendant plus ou moins à obtenir les éclaircissements nécessaires à la fin de l’histoire. Mais que nenni : Cent ans de Laurelfield se termine abruptement, me laissant pantoise, seule face à mes nombreux questionnements. Ainsi, depuis plus de cent ans, et pour des siècles encore, le manoir de Laurelfield garde ses secrets bien enfouis, connus de lui seul.


Une histoire originale, à la trame narrative riche mais complexe, qui oscille entre saga familiale et roman gothique. J’ai été agréablement surprise par la construction littéraire et l’atmosphère général qui se dégage du récit, bien que je sois restée quelque peu en retrait du récit lui-même. néanmoins, je suis sûre que ce livre trouvera son public !

Ma note : 4/10

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ISBN : 978-2-36569-557-2
Traduction : Caroline Bouet

3 réflexions sur “Cent ans de Laurelfield

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