La rue qui nous sépare


La rue qui nous sépare de Célia Samba
394 pages, éditions Hachette romans, à 18€


Résumé : Noémia a dix-neuf ans, Tristan vingt et un. Ils se croisent tous les jours, ils se plaisent, c’est évident. Mais Noémia est étudiante et Tristan est sans-abri. Entre eux, il y a le froid, la société; entre eux, il y a la rue… qui pourrait se révéler difficile à traverser.


Extraits : « Ne laisse pas leur manque d’humanité te faire perdre la tienne. »

« Les avis des gens, c’est comme la position d’une balançoire : toujours différentes, souvent contradictoires. »


Mon avis : Après avoir tant entendu parler de ce roman, j’ai enfin pu l’avoir entre mes mains et le lire assidûment ! L’histoire est simple : une étudiante, nommée Noémia, vivant à Paris en colocation avec son cousin et sa cousine, fait la rencontre d’un jeune sans abri, Tristan, dont elle s’éprend bien malgré elle. Faisant fi de leurs différences socio-culturelles ainsi que de leurs situations respectives, les deux jeunes gens vont se lier d’amitié et entretenir une relation qui défie les préjugés.

Un roman puissant sur les différences. On plonge dans la vie de ce jeune sans-abri, dont la survie est quotidienne. Tristan n’a plus de famille, pas de logement ni d’argent, il ne travaille pas et est obligé de mendier pour pouvoir manger. Chaque jour, il est confronté aux regards de pitié, d’incompréhension, de haine parfois, ou à l’indifférence, cruelle, froide. Quand Noémia lui insuffle un semblant de réconfort en lui apportant une crêpe au sucre, Tristan sent instantanément que cette jeune fille est différente des autres. Elle se moque des différences qui peuvent exister entre eux. Mais bien vite, elle se retrouve rattrapée par ses préjugés. Quand on parle d’un sans-abri, on pense forcément à une personne alcoolique, violente, déshumanisée. La jeune fille ne peut s’empêcher de nourrir des craintes à l’encontre de Tristan, ce jeune homme de prime abord bienveillant, qui n’en reste pas moins un inconnu qui vit dans la rue. Noémia et Tristan développent une relation pudique, atypique, qui sort des sentiers battus et des règles de bienséance. Un duo improbable certes, surprenant, mais touchant, qui peut émouvoir aux larmes. 

De nombreuses thématiques liées à la précarité sont abordées : l’alcoolisme, le proxénétisme, la drogue, la violence, le froid, la faim, la peur… Des sujets sombres, mis en parallèle du message d’humanisme pur qui se dégage des personnages et de leurs actions, des nombreuses lueurs d’espoir qui viennent espérer une échappatoire à la précarité de Tristan. Noémia, comme un phare dans l’obscurité, vient éclairer l’existence de Tristan et lui apporter toute la gentillesse et la générosité dont il a besoin pour retrouver goût à la vie. On ne peut s’empêcher de s’associer à Noémia : qu’aurions-nous fait à sa place ? On s’interroge, on se remet en question, on voit la vie différemment.

À travers cette histoire émouvante, l’auteure sensibilise son jeune lectorat aux problèmes des personnes en situation d’extrême précarité. En France, ce sont près de 300 000 personnes qui vivent dans la rue ; un chiffre en constante évolution depuis de nombreuses années. Chacun, à son échelle, peut contribuer à apporter un peu de chaleur, de sourire et de soutien à ces personnes, souvent isolées, seules, désespérées. Cette histoire peut permettre de changer notre regard, ainsi que nos actions quotidiennes, aussi infimes soient-elles, pour apporter un peu de réconfort aux sans abris. Sachez qu’en achetant La rue qui nous sépare, 1€ est reversé à l’association La Cloche, qui lutte contre l’exclusion des personnes sans abri. Une manière simple et solidaire de commencer à s’impliquer auprès des personnes dans le besoin.

Enfin, sans vouloir aborder trop nettement le dénouement, sachez que Célia Samba a imaginé deux finalités disjointes à son histoire. L’une est réaliste, brute, froide ; tandis que l’autre est une fin alternative plus romancée. Même si je n’adhère pas forcément aux doubles fins, je comprends l’intérêt de l’auteure de ne pas trop brutaliser son public cible – des jeunes adolescents, à partir de 13 ans – avec la première fin crue et pourtant bien trop concrète. Elle m’a d’ailleurs tiré les larmes, ce qui est très rare !


Un roman young adult touchant sur les sentiments qui peuvent naître au-delà des différences. Un sujet délicat, traité avec tendresse et réalisme, qui pourra, je l’espère, apporter une autre vision des sans-abris.

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-01-714021-4

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