Le Berger


Le Berger de Anne Boquel
285 pages, éditions Seuil, à 18,50€


Résumé : Lucie est conservatrice d’un petit musée de l’Oise. Rien ne va vraiment mal dans sa vie, rien ne va vraiment bien non plus. Le jour où une amie l’embarque dans un groupe de prière, son existence prend une couleur plus joyeuse. Elle se sent revivre. D’autant que le Berger et maître à penser de la communauté lui fait intégrer le cercle restreint des initiés. Sans le mesurer, elle consacre bientôt toute son énergie à la Fraternité, négligeant son entourage. L’incompréhension gagne ses proches, qui, désarmés, la voient s’éloigner d’eux. Mais, lorsqu’ils s’en inquiètent, leurs questions se heurtent au silence.
Dans son désordre enfiévré, jusqu’où Lucie poussera-t-elle le zèle ?

Premier roman captivant, poignant portrait d’une jeune femme en plein désarroi, Le Berger dépeint sans complaisance la réalité sordide des mouvements sectaires, tout en s’interrogeant sur la quête de spiritualité dans nos sociétés individualistes.


Extraits : « Un peu de bon sens psychologique suffisait. Savoir quoi dire au bon moment pour ne fâcher personne : elle maîtrisait cet art à la perfection. Et ses fiancés successifs l’avaient quittée satisfaits, vaguement désolés de laisser en plan une fille aussi conciliante. »

« Il y avait des choses qu’il fallait vive, et même sentir, si l’on voulait, une fois pour toutes, changer de vie. »


Mon avis : J’ai été agréablement surprise par ce que j’ai découvert dans Le Berger et j’avoue honteusement que je ne m’attendais pas à aimer autant cette histoire, qui sort clairement de l’ordinaire. Anne Boquel nous raconte la descente aux enfers de Lucie, une conservatrice de musées, mal dans sa peau, perdue dans sa vie, qui se tourne vers le Seigneur et intègre un groupe de prières particulier : la Fraternité. Entourée de ses petits frères et petites soeurs, elle fait la rencontre de Thierry, le Berger, la voix de la raison, qui lui dicte son chemin et l’aide à retrouver goût à la vie.

Une histoire surprenante, osée, qui sort des sentiers battus. Une thématique taboue, peu abordée en littérature, mais souvent mise en avant dans les médias, notamment en ce qui concerne les sectes religieuses musulmanes, je pense notamment à Daech, le groupe djihadiste qui fait tant parler de lui ces dernières années, qui embrigade des femmes ou des enfants pour les forcer à des actes terroristes innommables. Dans Le Berger, ce sont des êtres seuls, démunis, faibles d’esprit, perdus dans leur vie, qui sont attirés par La Fraternité. Lucie en est un exemple criant : sans attache amoureuse, en mauvais terme avec ses parents, engluée dans un travail qui l’ennuie, elle est la cible parfaite pour Thierry, le Berger. L’insertion dans la secte comble des besoins souvent longtemps restés vides : besoin de reconnaissance, besoin d’attention, besoin d’affection, de soutien, de lien social.

Anne Boquel aborde avec justesse et rudesse les méandres des sectes religieuses. Elle nous montre le chemin vers l’endoctrinement, la fragilité des esprits qui se laissent facilement manipuler à loisir. C’est effrayant, diaboliquement malsain, mais criant de réalisme. On suit avec fébrilité toutes les étapes vers l’emprise totale de Lucie ; tant psychologique, physique, matérielle que financière. La jeune femme se donne corps et âmes à la Fraternité, vouant une confiance absolue et aveugle au Berger, s’oubliant soi-même. J’avais par moments envie de la secouer violemment, de lui faire ouvrir les yeux, de la reconnecter à la réalité. Mais l’emprise psychologique est tellement forte, perverse, que la personne endoctrinée ne se rend pas compte de l’ampleur de l’avilissement qu’elle subit. Violence, soumission, jeûne forcé…, Lucie, comme toutes les autres personnes endoctrinées, deviennent les esclaves d’une force qui les dépasse. L’auteure en dresse une analyse psychologique intéressante et factuelle, pour sensibiliser et alerter les proies vulnérables vis-à-vis de ces pratiques malsaines. Le climat est oppressant, l’histoire lugubre, glaçante d’effroi.

Se pose ensuite la question de la reconstruction, pour les quelques chanceux et/ou les courageux, qui arrivent à se dépêtrer de cette emprise dominante. Après avoir subi de telles épreuves, l’âme et le corps détruits, comment continuer à vivre normalement ? Comment arriver à faire de nouveau confiance ? Le chemin est long et difficile, la « désemprise », pareille à une cure de désintoxication, se pare de sentiments honteux, culpabilisants, vis-à-vis de soi, mais également de ses proches. Ces derniers, pleins d’incompréhension et de compassion envers Lucie viennent renforcer l’abject souvenir de la situation dans laquelle elle était engluée.


Un récit oppressant, original mais addictif sur l’endoctrinement religieux ; un sujet tabou, peu abordé en littérature. J’ai aimé l’audace de la thématique, le cheminement poussé et insidieux qui nous plonge au sein de cette secte religieuse. Un roman qui sensibilise et alerte sur ces méthodes dangereuses.

Ma note : 8/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-02-145965-4

7 réflexions sur “Le Berger

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s