Le sang des Belasko


Le sang des Belasko de Chrystel Duchamp
236 pages, éditions l’Archipel, à 18€


Résumé : Cinq frères et sœurs se réunissent dans la maison de leur enfance, la Casa Belasko, une imposante bâtisse isolée au cœur d’un domaine viticole au sud de de la France. Leur père, vigneron taiseux, vient de mourir. Il n’a laissé qu’une lettre à ses enfants, dans laquelle sont dévoilés nombre de secrets. Le plus terrible de tous, sans doute : leur mère ne se serait pas suicidée – comme l’avaient affirmé les médecins six mois plus tôt. Elle aurait été assassinée…
Au cours de cette nuit fatale, les esprits s’échauffent. Colères, rancunes et jalousies s’invitent à table. Mais le pire reste à venir. D’autant que la maison – coupée du monde – semble douée de sa propre volonté. Quand, au petit matin, les portes de la Casa se rouvriront, un membre de la fratrie sera-t-il encore en vie pour expliquer la tragédie ?


Extraits : « Une existence pour bâtir un empire. Quelques secondes pour le réduire à néant. »

« Lorsque la famille s’était installée au domaine, papa avait insisté pour donner un nom à la maison. Selon lui, c’était une marque d’affection, une preuve d’amour. »


Mon avis : L’année dernière, j’avais été enchantée de lire L’art du meurtre, le premier polar de Chrystel Duchamp, brillant mélange de fiction contemporaine et de culture artistique. Avec Le sang des Belasko, l’auteure revient sur le devant de la scène et confirme ses somptueux talents de narratrice.

Après la mort de leurs défunts parents, cinq frères et soeurs se retrouvent dans la villa familiale, nommée Belasko, pour prendre connaissance du testament et répartir les biens matériels et financiers. En ouvrant la lettre laissée par leur père, ils découvrent un aveu surprenant : leur mère ne s’est pas suicidée, mais a été assassinée. D’abord perplexes, les esprits s’échauffent, la colère gronde, les rancunes refont surface.

À tour de rôle, les cinq frères et soeurs deviennent narrateur de l’histoire, de façon à ce que l’on puisse se forger un avis personnel sur le caractère de chacun des personnages. Philippe, le frère aîné, s’est acoquiné de la femme de Matthieu, qui depuis, le hait. Solène et Garance, les deux soeurs, se détestent également, jalouses mutuellement. Seul David semble lucide et pragmatique, rescapé de la fratrie, c’est sur lui que repose tous nos espoirs d’apaisement. Autant vous dire que ces cinq frères et soeurs sont très différents, tant dans leur tempérament que dans leur manière de vivre et d’affronter les péripéties quotidiennes. Des histoires familiales somme toutes banales, qui tournent rapidement à l’extrême chez les Belasko.

C’est un huis-clos oppressant que nous décrit l’auteure : enfermés dans la casa Belasko, sans aucune issue possible, nous assistons à des scènes de violences horrifiantes, dont nul ne semble pouvoir échapper. C’est une maison maudite, spectatrice silencieuse depuis plusieurs décennies de querelles familiales, elle renferme bien des secrets qu’il aurait été préférable de taire à jamais. Petite mention spécifique pour l’ingéniosité de Chrystel Duchamp, qui consacre son premier chapitre à la casa Belasko, narratrice incongrue, qui pose les bases d’une intrigue inquiétante, bien éloignée des règles de bienséance. L’atmosphère qui règne à l’intérieur de la maison offre tous les ingrédients indispensables à un bon thriller psychologique : beaucoup de suspense, une bonne dose de mystères et une tension croissante. C’est un polar explosif, qui monte crescendo en puissance pour finir en apothéose : une explosion détonnante et totalement inattendue, qui clôt avec brio ce huis-clos spectaculaire.

Fait surprenant, qui rend l’histoire d’autant plus singulière et très originale : elle se construit comme une tragédie classique, en respectant les trois règles d’unité (lieu, temps et action). Le récit prend place dans un lieu unique – la casa Belasko -, dans une temporalité réduite – moins de 24h -, avec un seul fil conducteur. On retrouve dans Le sang des Belasko des thématiques très souvent développées dans les plus grandes tragédies classiques : l’honneur, la vengeance, l’amour, ou encore la fatalité. Enfin, le dénouement des tragédies est connu pour être très souvent malheureux… et l’histoire de David et de ses frères et soeurs n’échappe pas à la règle.


Un deuxième polar qui se place dans la lignée du premier : original, addictif, rythmé, écrit d’une main de maître. Chrystel Duchamp nous dépeint une machination familiale morbide, digne d’une tragédie classique !

Ma note : 8,5/10

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ISBN : 978-2-8098-4040-7

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