À la frontière de notre amour


À la frontière de notre amour de Kyra Dupont Troubetzkoy

179 pages, éditions Favre, à 18€


Résumé : Gaïa, une jeune humanitaire, brave tous les interdits liés à sa profession pour succomber au charme d’un soldat en mission spéciale qui refuse pourtant de lui révéler sa véritable identité. Rencontré par hasard à un checkpoint en pleine guerre de Tchétchénie, elle ne sait rien de ce mystérieux « Peter » qui disparaît au terme de sa mission alors qu’elle en tombe éperdument amoureuse. Qui est-il vraiment ? Un millitaire, un agent, un espion ? Se sert-il d’elle ? Leur histoire est-elle possible ?

Le lecteur suit Gaïa – et Peter par procuration – au gré de leurs différentes missions dans le Caucase, en Afghanistan puis à New York, doute et espère avec elle, parachuté au cœur de conflits qui ont façonné la carte du monde actuel et dont elle révèle, de l’intérieur, des aspects peu connus.

Basé sur des témoignages exclusifs d’ex humanitaires, ce roman d’amour raconte la guerre de l’intérieur. Le personnage principal, Gaïa, révèle des scènes insolites de la vie sur le terrain, de missions dans des zones de conflits qui ont captivé le grand public. Adrénaline et suspense insufflent de l’énergie à ce récit qui permet un accès unique à des lieux rarement fréquentés – prisons, bases militaires, barrages et zones de guerre.


Extraits : « Les hostilités sont comme des maladies contagieuses, un virus difficile à endiguer. »

« Elles ne se doutent pas non plus que réunir ceux que les combats ont séparés, des proches qui se retrouvent après des mois sans nouvelles, c’est la consécration ultime, la récompense, l’apogée du bonheur. »


Mon avis : Gaïa est une jeune humanitaire, qui exerce ses fonctions dans des zones de conflits extrêmement dangereuses. C’est au cours d’une de ses missions qu’elle croisera le chemin de Peter, un homme séduisant, mais extrêmement mystérieux sur sa vie, en raison de son métier : commando dans les Forces Spéciales. Une jolie idylle va naître entre les deux jeunes gens, brève, mais intense, qui sera ponctuée de départs précipités, de longs mois d’attente, d’absences, d’inquiétudes et de secrets profondément enfouis.

Nous suivons la naissance de cette histoire d’amour atypique, singulière, audacieuse, diront certains. Entre Gaïa et Peter, c’est le coup de foudre instantané. Mais leur histoire est semée d’embûches : Peter ne peut rien dévoiler de ses missions à Gaïa, qui reste parfois sans nouvelle de lui durant des mois entiers. Dans sa situation, comment réagir ? L’inquiétude quotidienne, le désespoir, l’attente insoutenable, l’espoir de le revoir… avec toujours cette peur qu’il meurt au combat. J’admire véritablement cette jeune femme, d’abord pour le courage dont elle use quotidiennement sur le terrain, pour venir en aide aux populations locales, leur apporter nourriture, vivres, soutien psychologique… mais également pour sa force mentale. Elle s’engage dans une histoire d’amour qu’elle sait compliquée, mais elle n’hésite pas une seconde à dédier sa vie à cet homme, qu’elle connaît pourtant si peu.

J’ai aimé la dissonance de point de vue qui survient entre Gaïa et Peter. L’une se bat pour la paix et la liberté d’un peuple qui lui est étranger, elle secoure des populations grandement affaiblies, victimes d’horreurs sans nom ; tandis que l’autre se bat pour la liberté et la protection de son propre peuple, n’hésitant pas à répandre le mal et la mort sur son passage. Cette divergence majeure n’est que très peu abordée durant le récit ; pourtant, elle attise grandement la curiosité et aurait méritée un développement plus accru. Comment construire une histoire durable et stable sur des bases idéologiques mouvantes ? 

Certes, À la frontière de l’amour nous raconte avec émotions l’idylle naissante de Gaïa et Peter, ainsi que son évolution. Mais c’est avant tout un roman sur la guerre qui fait rage dans le monde, les désastres qui se perpétuent à quelques milliers de kilomètres de chez nous, sans toutefois que nous en soyons au courant. Des personnages sont déracinées, arrachées de leur terre, séparées de leur famille, sans plus aucun espoir en l’avenir. Le rôle des humanitaires comme Gaïa est essentiel, pour leur apporter autant de soutien que possible dans cette terrible épreuve. Bien évidemment, les conséquences psychologiques pour les bénévoles sont atroces : ils côtoient la misère, des horreurs indescriptibles, des morts, le danger quotidien.

Grâce à Gaïa, nous pénétrons dans des zones reculées, des barrages militaires, des prisons de guerre… des no man’s land terrifiants, qui attisent la curiosité du public. À des milliers de kilomètres de chez nous, la guerre fait rage, en Ingouchie, petit pays de 500 000 habitants, ou en Afghanistan, pays de 36 millions d’habitants, dévasté depuis 2001 par des attaques armées. Chaque jour, de nombreux soldats se battent pour libérer ces pays du joug de l’occupant, des humanitaires au grand coeur viennent en aide aux populations dévastées par ces guerres. Il est important de rappeler que ces conflits perdurent, que de nombreuses personnes sont encore engagées là-bas, pour venir en aide aux populations locales, souvent au péril de leur propre vie.

 

Malgré la gravité des éléments présentés, il m’a quand même manqué de l’affect, une émotion plus dense, plus prenante, pour apprécier encore plus le récit proposé. Pour être honnête, j’étais parfois seulement spectatrice de ce qui se jouait sous mes yeux, alors que j’aurais voulu pénétrer pleinement dans le récit, être touchée par les personnages, leur singulière histoire, l’horrible contexte guerrier narré. Seul le dénouement m’a apporté les émotions que je recherchais : serrement de coeur, larmes aux bords des yeux, gorge nouée.


Un récit émouvant sur l’histoire d’amour unique d’une humanitaire et d’un soldat des Forces Spéciales. Entre amour passionné et horreurs indescriptibles, Kyra Dupont Troubtzkoy nous plonge dans un univers singulier, en plein coeur des plus grands conflits mondiaux.  

Ma note : 7,5/10

Pour lire plus d’avis

 

ISBN : 978-2-8289-1856-9

3 réflexions sur “À la frontière de notre amour

  1. Miss Obou dit :

    Ces histoires de guerre me mettent souvent mal à l’aise. Comment je pourrais continuer à vivre ma petite vie tranquille alors que c’est l’enfer aux « portes » de notre pays, et même sans aller si loin, la misère extrême se trouve en France. Et pourtant, comment aider? Apporter mon aide à tant de situations? Comment choisir entre aider ici ou là puisque je ne pourrais pas en une seule vie aider tous ces peuples!
    Mais il est bon de se rappeler que nous avons la chance d’être dans un pays en paix!

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