La tresse


La tresse de Laetitia Colombani

234 pages, éditions Le Livre de Poche, à 7,20€


Résumé : Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.


Extraits : « On naît videur de toilettes, et on le reste jusqu’à sa mort. C’est un héritage, un cercle dont personne ne peut sortir. Un karma. »

« Le pire, Giulia ne peut l’envisager. Un père ça ne meurt pas, un père c’est éternel, c’est un roc, un pilier, surtout le sien. »


Mon avis : Encensé par la critique, vivement plébiscité par les lecteurs, qui lui décernent le Prix Relay des voyageurs lecteurs en 2017, La tresse est un livre qui a fait parler de lui. Et pour cause : l’originalité du récit, la puissance des mots et la force des protagonistes incitent à une réflexion sur la place des femmes dans la société.

Trois destins de femmes que tout oppose s’entremêlent. Smita, en Inde, exerce un métier humiliant : faute de latrines, elle nettoie les excréments des autres.  Mais la jeune femme rêve d’offrir à sa petite fille Lalita des conditions de vie plus favorables. Réunissant toutes ses maigres économies, elle l’inscrit à l’école, dans l’espoir qu’elle puisse lire et écrire pour s’élever dans la société. Mais étant issue d’une famille pauvre, l’intégration sociale de Lalita à l’école est comprise. Cette mère, qui n’a plus rien à perdre, est prête à tout pour pourvoir au confort et à l’élévation social de sa fille : elle s’enfuie, persuadée de pouvoir trouver le bonheur ailleurs. On se rend compte avec horreur des conditions de vie déplorables dans lesquelles évoluent Smita et sa famille, du manque de confort, de l’humiliation dont ils font face quotidiennement. En tant qu’Occidentaux, nous n’y pensons certainement pas assez, mais l’Inde est un pays très pauvre, surpeuplé, hiérarchisé, où les inégalités sont légions, les femmes peu considérées. Laetitia Colombani nous met face à ces réalités, difficiles à concevoir, mais pourtant bien vraies.

À Palerme, en Sicile, nous rencontrons Giulia. La jeune femme travaille dans l’entreprise familiale de confection de perruques issues de vrais cheveux italiens. Malheureusement, elle doit faire face à un drame : son papa est dans le coma, maintenu entre la vie et la mort. Souhaitant garder le cap de l’entreprise en son absence, elle découvre, horrifiée, que cette dernière est dans une position très inconfortable : la liquidation judiciaire est toute proche. La jeune femme va se battre pour sauver l’entreprise familiale et conserver les emplois des femmes, qui y travaillent depuis des années. Elle sera aidée par un bel inconnu à la peau bronzée, originaire des pays de l’Inde, qui l’aiguillonnera et l’aidera à surmonter toutes les difficultés d’une telle entreprise. Giulia va se battre pour son père, pour redresser l’affaire familiale, pour l’emploi et l’indépendance de son entreprise, mais aussi pour la tolérance et l’acceptation de son couple mixte. De beaux combats, menés avec ferveur et jovialité.

Enfin, au Canada, nous suivons Sarah, grande avocate associée d’un cabinet répudié dans la ville entière, elle se consacre entièrement à son travail, se négligeant, elle, sa vie personnel ses proches. Mais sa vie vole en éclat quand elle apprend être atteinte d’un cancer. D’abord déterminée à cacher cette nouvelle, elle va très vite se rendre compte que la chose est impossible. La nouvelle se répand et sa carrière professionnelle, sa principale raison de vivre, en est profondément anéantie… Car, dans l’imaginaire collectif, le cancer est une maladie qui affaiblie, puis tue à petit feu. C’est ce que pensent les patrons de Sarah, qui la néglige, la destitue progressivement de ces fonctions, persuadés que ses capacités cognitives et physiques s’anéantissent et que la fin de leur collaboration touche bientôt à son terme. Mais rassurez-vous, la médecine a fait de réels progrès depuis ces dernières années, et il est tout à fait possible de guérir d’un cancer. Sarah, en bonne avocate, comme elle l’a fait sa vie durant, va se battre face à la discrimination et au manque d’empathie de ses (anciens) collaborateurs.

Rien n’aurait pu relier ces trois femmes que tout oppose : leurs situations géographiques ou familiales, leurs conditions de vie, leurs états d’esprit, leurs ambitions. Et pourtant, un fil ténu va les relier à tout jamais : leur volonté de s’affirmer, de s’élever, de combattre les stéréotypes d’une société discriminante. C’est fort, beau, original, poétique.

Laetitia Colombani rend un bel hommage aux femmes, au courage dont elles font preuve au quotidien, aux difficultés qu’elles peuvent rencontrer – dans leur milieu professionnel par exemple, pour être respectées, considérées au même titre que les hommes -, à l’amour qu’elles portent à leur proches, leurs enfants, à l’intensité de leurs sentiments, leurs forces de conviction, leurs rêves et tout ce qu’elles mettent en oeuvre pour accéder à leurs objectifs. Ces portraits de femmes sont touchants, sincères, purs, ils nous atteignent irrémédiablement en plein coeur. En tant que femme, on ne peut que compatir à ces destins, qui semblent hors normes, mais qui sont bien plus communs qu’il n’y paraisse. Une puissante ode en faveur des femmes, qui apporte fierté et espoirs.


La Tresse est un roman poétique et touchant sur le destin de trois femmes que tout oppose, qui, pourtant, s’entremêle. Une  belle ode au courage des femmes, qui donne force et espoir aux lectrices. 

Ma note : 8/10

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ISBN : 978-2-253-90656-8

6 réflexions sur “La tresse

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