La porte des Enfers


La porte des Enfers de Laurent Gaudé

283 pages, éditions J’ai Lu, à 6,90€


Résumé : Au lendemain d’une fusillade à Naples, Matteo voit s’effondrer toute raison d’être. Son petit garçon est mort. Sa femme, Giuliana, disparaît. Lui-même s’enfonce dans la solitude et, nuit après nuit, à bord de son taxi vide, parcourt sans raison les rues de la ville.

Mais, un soir, il laisse monter en voiture une cliente étrange qui, pour paiement de sa course, lui offre à boire dans un minuscule café. Matteo y fera la connaissance du patron, Garibaldo, de l’impénitent curé don Mazerotti, et surtout du professeur Provolone, personnage haut en couleur, aussi érudit que sulfureux, qui tient d’étranges discours sur la réalité des Enfers. Et qui prétend qu’on peut y descendre…

Ceux qui meurent emmènent dans l’Au-Delà un peu de notre vie, et nous désespérons de la recouvrer, tant pour eux-mêmes que pour apaiser notre douleur. C’est dans la conscience de tous les deuils – les siens, les nôtres – que Laurent Gaudé oppose à la mort un des mythes les plus forts de l’histoire de l’humanité. Solaire et ténébreux, captivant et haletant, son nouveau roman nous emporte dans un « voyage » où le temps et le destin sont détournés par la volonté d’arracher un être au néant.


Extraits : « En une fraction de seconde, tout change. Je le sais mieux que personne. La vie que l’on avait envisagée disparaît d’un coup et il faut faire avec le malheur qui ne veut plus vous lâcher. »

« Je sais que la mort nous mange le coeur, répondit le professore en fixant Matteo droit dans les yeux. Absolument. Je sais qu’elle se loge en nous et ne cesse de croître tout au long de notre vie. »


Mon avis : Depuis longtemps en attente dans ma Pile à Lire, je me suis enfin décidé à sortir ce petit roman de Laurent Gaudé. Cela faisait maintenant plusieurs années que j’avais très envie de découvrir la plume de cet écrivain français, dont le talent n’est plus à prouver.

La Porte des Enfers raconte l’histoire d’une famille brisée par un accident. Alors que Matteo promène son fils dans les rues de Naples, une fusillade éclate. Le petit garçon est touché par une balle et meurt sur le coup. Matteo, et plus encore sa femme, Giuliana, sont inconsolables. Cette dernière demande à Matteo de retrouver la trace de l’assassin de leur fils et de venger sa mémoire, puis de ramener leur fils d’entre les morts. Matteo accepte ce défi fou. Accompagné de personnages loufoques, il va réussir un prodige : descendre en Enfer, pour tenter de ramener son fils à la vie.

C’est une histoire assez perturbante que nous livre là Laurent Gaudé. Il y a d’un côté le réalisme de l’histoire, avec l’ancrage historique – le récit se déroule à Naples, durant le célèbre tremblement de terre de 1980 qui a fait plus de 2 700 morts dû à ce phénomène météorologique -, et d’un autre côté, nous avons un récit fantastique, avec des personnages qui se disent prêts à descendre aux Enfers et à y faire revenir quelqu’un. J’ai beaucoup aimé la dualité des genres, qui peut paraître assez surprenante au début, mais qui est parfaitement dosée ici, et donne un récit magnifiquement rédigé.

Laurent Gaudé confronte les lecteurs à l’une des interrogations les plus récurrentes : la mort, et principalement la potentielle vie après la mort. Que nous arrive-t-il quand on meurt ? Notre âme quitte-t-elle véritablement notre corps pour poursuivre son existence ailleurs ? Renaissons-nous d’une manière différente ? L’auteur va mettre en scène sa représentation de la mort, ou plutôt des « Enfers » comme il l’écrit à de multiples reprises. Il s’est habilement inspiré de l’Enfer de Dante, comme décrit dans son oeuvre de La Divine Comédie, qui illustre son idée des Enfers comme un cône inversé à neuf cercles, correspondant chacun à un degré du crime commis par le damné. Laurent Gaudé va également nous immerger dans cet au-delà noirâtre, où les âmes en peines errent dans les ténèbres. Plus que jamais, la frontière entre la vie et la mort est ténue, elle ne tient qu’à un fil. Glaçant, mais fascinant à la fois !

Avant d’achever cette chronique, je voulais souligner le fait qu’on ne peut pas lire sans livre sans avoir une petite pensée pour nos proches disparus… Alors merci monsieur Gaudé pour cette beauté littéraire, qui m’a beaucoup émue. J’ai maintenant très envie de découvrir d’autres oeuvres de ce grand écrivain !


Ce livre est un ovni de la littérature : inclassable, tant il est ambigu et ambivalent. Je vous recommande chaudement cette lecture, qui va vous surprendre et restera très longtemps dans votre mémoire.

Ma note : 8,5/10

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2 réflexions sur “La porte des Enfers

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