Littérature française·Roman

La petite fille de Monsieur Linh


La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel

183 pages, éditions Le Livre de Poche, à 5,60€


Résumé : C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh.
Il est seul désormais à savoir qu’il s’appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort.
Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.


Extraits :  « Penser au village, même au passé, c’est un peu y être encore, alors qu’il sait qu’il n’en reste rien, que toutes les maisons ont été brûlées et détruites, que les animaux sont morts, chiens, cochons, canards, poules, ainsi que la plupart des hommes, et que ceux qui ont survécu sont partis aux quatre coins du monde, comme lui l’a fait.« 

« La mort lui a tout pris. Il n’a plus rien. Il est à des milliers de kilomètres d’un village qui n’existe plus, à des milliers de kilomètres de sépultures orphelines des corps morts à quelques pas d’elles. Il est à des milliers de kilomètres d’une vie qui fut jadis belle et délicieuse.« 


Mon avis : Je reste sans voix face à cette pépite. Un livre écrit d’une façon simple, mais qui délivre un message si fort et intense qu’on en perd ses mots…

Monsieur Linh est un vieux monsieur, qui a fuit son pays, où la guerre sévissait, pour se réfugier en sécurité en France. Séparé des siens et sans repères, il se sent perdu et seul dans cette grand ville, lui qui a vécu toute sa vie dans un petit village chaleureux et convivial, dans lequel chacun se connaissait. Son seul lien avec sa vie d’avant : Sang Diû, sa petite-fille de quelques semaines, qu’il a sauvé de la mort et à qui il veut offrir une nouvelle vie décente. Propulsé dans ce nouveau monde, Monsieur Linh va faire la connaissance de Monsieur Bark, un homme bon qui a perdu sa femme il y a peu, avec qui il va lier une amitié, qui va surpasser tous les obstacles langagiers. Une amitié authentique et émouvante, entre deux êtres peu épargnés par la vie.

Ce livre, c’est l’histoire d’un exil forcé. C’est le combat d’un homme seul, déraciné de son pays natal, de sa vie passée, qui va tenter de se reconstruire entièrement, dans un monde nouveau. C’est aussi l’histoire d’un deuil, celui de Monsieur Bark. La solitude l’empli chaque jour, alors qu’il se promène aux abords du parc dans lequel sa femme défunte travaillait. Ces deux destins meurtris vont se croiser et se lier. Ils vont partager des moments forts, et bâtir une amitié authentique, fondée sur le respect et l’humilité. Mutuellement, sans se connaître, sans se comprendre, insidieusement, sans même qu’ils le remarquent, ils vont s’entraider à surmonter les difficultés que la vie sème sur leur passage.

On peut aisément replacer cette histoire dans un contexte actuel, dans lequel on voit nombre de populations migrantes obligés de fuir leur vie passée, pour venir se réfugier dans un pays étranger, dans lequel tout est à apprendre (langue, coutumes…). Une bonne manière de se mettre à leur place et de mieux comprendre leur motivation et les sentiments qui les animent à leur arrivée en terre inconnue.

Ce que j’ai fortement apprécié avec l’écriture de Philippe Claudel, c’est qu’il parle de sujets graves, mais ne le fait pas de façon larmoyante. Je pense que l’auteur a voulu que son écriture soit la plus sobre et simplifiée possible pour faire ressortir toute l’intensité émotive des personnages qu’il met en scène. Et c’est réussi, puisqu’il arrive ainsi à tempérer les émotions de ses personnages, les rendant bien plus profonds que s’il les avait fait geindre à tout va. Tendresse et poésie font bon ménage dans ce récit.

Et pour démontrer sa puissance narrative et émotive, l’auteur nous a concocté un dénouement surprenant, qui vous laissera pantois. J’ose vous avouer qu’une fois le dénouement passé et la dernière page du livre tournée, je suis restée plusieurs minutes assise, les yeux dans le vague, à réfléchir sur ce que je venais de découvrir. Autant vous dire que l’intensité de cette lecture, cumulée à cette claque finale, c’est tellement percutant que ça pousse à la réflexion.


Une histoire forte, qui vante l’humain autant qu’il le condamne. Un roman empli de réflexions – sur la guerre, l’immigration, la solidarité… -, qui donne encore un mince espoir en l’humanité. C’est touchant, c’est profond, c’est poétique… on n’en ressort pas indemne. 


Ma note : 9/10
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2 réflexions au sujet de « La petite fille de Monsieur Linh »

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