Roman

Je vous sauverai tous


Je vous sauverai tous de Émilie Frèche

285 pages, éditions Hachette romans, à 15,90€


Résumé : Parce qu’elle est sans aucune nouvelle d’Eléa, sa fille de 17 ans embrigadée par Daesh et partie en Syrie il y a maintenant six mois, Laurence commence à tenir un journal. Écrire l’empêche de céder entièrement à la douleur qui la ronge chaque jour davantage, à la colère de n’avoir rien vu venir, et de n’avoir pas su comprendre que tout allait basculer. De trop nombreuses questions sans réponse la hantent : comment Eléa va-t-elle ? Où vit-elle ? Et avec qui ? Comment Eléa, qui avait la tête sur les épaules et des envies par centaines, a-t-elle pu manquer de discernement au point de renoncer à tout… et surtout à sa liberté ? Laurence interpelle sa fille et lui raconte, jour après jour, sa tristesse et sa participation à des groupes de déradicalisation, sa lutte pour éveiller les consciences, tenter d’empêcher le départ d’autres adolescents… Pour tenter aussi de contrer l’absence de sa fille, ne pas la perdre tout à fait…
À ses mots répondent ceux du journal intime d’Eléa, écrits un an auparavant. On découvre peu à peu comment pour cette jeune fille la frontière qui sépare influence et conviction a été franchie. Comment aux rêves d’avenir, aux premiers émois amoureux, aux amitiés sereines, se sont substitués la manipulation, la soumission, l’extrémisme…

Extraits :  « La peur, ça va avec l’amour, on ne peut pas avoir l’un sans l’autre.« 

« Sylvia est une femme si courageuse… Elle doit avoir mon âge, quarante-cinq ans. Elle habite Nice, elle est esthéticienne, catholique, son mari est russe, et chaque matin elle écrit une lettre à son fils Jérémie, dont ils sont sans nouvelles depuis dix-huit mois. Dix-huit mois, tu te rends compte un peu… Mais elle ne dit pas dix-huit mois, elle dit cinq cent quarante-sept jours.« 

Mon avis : Ce roman m’a infligé un véritable coup de massue sur la tête et sur le coeur. En seulement quelques pages, il nous met face à une atroce réalité et nous fait ressentir la montée du terrorisme comme jamais nous l’avions ressenti.

C’est une histoire à trois voix (le père, la mère, la fille), qui se passe dans trois temporalités différentes avec trois points de vue différents sur la même histoire. Durant les grandes vacances 2014, on fait la découverte d’une jeune fille banale, Elea, sans problème apparent, elle vit une vie paisible, entourée de ses parents et de sa meilleure amie Johanna. Mais voilà, sans que personne ne s’en rende compte, dans l’ombre d’Internet, la jeune fille s’est doucement fait embrigadée par des djihadistes qui lui ont retourné le cerveau pour la faire venir à Raqqa. Le lecteur suit des yeux, avec impuissance, son changement comportemental, vestimentaire et caractériel. Septembre 2014, son père, d’origine arabe, ne se remet pas du départ de sa fille et s’en veut de ne pas avoir vu ce qui se tramait sous son toit. Un départ qui le mènera à la folie, puisqu’il est interné quelques semaines plus tard dans un hôpital psychiatrique. 2015, près d’un an après le départ de sa fille et l’enfermement de son mari, Laurence, la mère d’origine française, espère encore le retour d’Elea. Pour ne pas que ce schéma se reproduise dans d’autres familles, elle milite au côté d’une association pour faire de la prévention auprès des jeunes. Un combat de chaque instant, qui est encore loin d’être terminé…

On ne peut pas s’y tromper, ce récit est ancré dans l’actualité. A l’heure où les médias ne cessent de parler de terrorisme, ils en oublient souvent les victimes. La famille d’Eléa, Laurence et Samir a été indirectement détruite par Daech. On se met dans la peau de cette mère, qui menait une vie ordinaire, sans jamais avoir l’idée de ce qui allait changer sa vie. Pire qu’une bombe lancée, la prise de conscience brutale, via un appel téléphonique, du départ de sa fille, de son engagement aux côtés de ceux que chacun souhaiterait voir mort. L’attente ensuite, une attente interminable, où se mêle divers sentiments contradictoires (de la tristesse, de la honte, de la colère, de l’incompréhension, mais aussi de l’amour…). L’ignorance enfin. Ignorance de la nouvelle vie que mène sa vie, de sa survie, même. Ce roman n’est pas violent, au contraire, l’auteure use d’une écriture doucereuse et humaine qui nous rend encore plus douloureuse l’histoire qui nous est contée.

Un récit bouleversant, qui dénonce les manières dont les soldats de Daech embrigadent les jeunes enfants, grâce aux nouvelles technologies. On ne peut que faire un parallèle entre ces actualités atroces et le régime de Hitler, qui, il y a moins de 80 ans, utilisait des méthodes presque similaires (bourrage de crâne) pour enrôler des jeunes dans leur régime et leur faire endosser leur idéologie destructrice.


Une histoire qui semble totalement irréelle, alors que le schéma narratif proposé se reproduit chaque jour, presque à l’identique, dans le monde entier. Ce roman serait à mettre entre toutes les mains (petits et grands), comme élément de prévention face à la radicalisation montante. Il met en lumière les techniques de recrutement des terroristes et prévient des dangers d’Internet auxquels s’exposent les plus jeunes.  A lire absolument !

Ma note : 8/10
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