Classique·Roman épistolaire

Lettres

Lettres de Madame de Sévigné
95 pages, éditions Larousse, collection Petits Classiques

 

Résumé : Les lettres de la marquise de Sévigné sont considérées aujourd’hui comme l’un des plus beaux témoignages sur le siècle de Louis XIV. D’une plume alerte et enjouée, l’épistolière raconte à ses nombreux correspondants les grands événements de son temps, du mariage de Lauzun à l’éxécution des grands empoisonneuses. Mais cette correspondance est surtout le plus vibrant témoignage d’amour d’une mère à sa fille, à qui la marquise enverra des centaines de lettres pour lui faire part aussi bien des derniers potins de la ville que de sa tendresse sans limite.

Extraits :  « Je vous cherche toujours, et je trouve que tout me manque, parce que vous me manquez. »
« Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu’à aujourd’hui, la plus brillante, la plus digne d’envie ; enfin une chose dont on ne trouve qu’un exemple dans les siècles passés : encore cet exemple n’est-il pas juste ; une chose que nous ne saurions croire à Paris, comment la pourrait-on croire à Lyon ? une chose qui fait crier miséricorde à tout le monde ; une chose qui comble de joie Mme de Rohan et Mme d’Hauterive ; une chose enfin qui se fera dimanche, où ceux qui la verront croiront avoir la berlue ; une chose qui se fera dimanche et qui ne sera peut-être pas faite lundi. Je ne puis me résoudre à la dire, devinez-la, je vous le donne en trois ; jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien ! il faut donc vous la dire : M. de Lauzun épouse dimanche au Louvre, devinez qui ? […] il épouse, dimanche, au Louvre, avec la permission du roi, mademoiselle de… mademoiselle…, devinez le nom ; il épouse Mademoiselle, ma foi ! par ma foi ! ma foi jurée ! Mademoiselle, la Grande Mademoiselle, Mademoiselle, fille de feu Monsieur, Mademoiselle, petite-fille d’Henri IV, Mlle d’Eu, Mlle de Dombes, Mlle de Montpensier, Mlle d’Orléans, Mademoiselle, cousine germaine du roi ; Maddemoiselle, destinée au trône ; Mademoiselle, le seul parti de France qui fût digne de Monsieur. »

Mon avis :  Marie de Rabutin-Chantale, plus connue sous son nom de mariée, Madame de Sévigné, est l’une des plus grandes épistolières française de l’époque (si ce n’est la plus grande). Ses lettres sont souvent étudiées dans les structures scolaires ; mais les amateurs de bons mots sont aussi ravis de lire le très grand nombre de lettres écrites par Madame de Sévigné.

La majeure partie des lettres de cette chère dame sont adressées à sa fille, devenue comtesse de Grignan, dans le sud de la France, en Provence. La correspondance avec sa fille va durer plus de 25 ans, avec un débit de deux à trois lettres envoyées par semaine. Une correspondance volumineuse, qui va être rendue public par la petite-fille de Madame de Grignan. Bien que les éditions Larousse n’aient publiées qu’une infime partie des lettres écrites, on y voit quand même nettement l’amour maternel débordant, presque excessif qu’exprime Madame de Sévigné à l’encontre de sa fille.
Il y a peu de temps, j’ai eu l’honneur de pouvoir lire un ouvrage regroupant des lettres d’artistes et/ou de personnages célèbres qui écrivaient à leur maman. Le livre s’intitule Lettres à ma mère ; il est plein d’amour, et pourrait vous intéresser.
Dans le cas de Madame de Sévigné, les lettres d’amour maternels sont assez délicates à écrire. D’un côté, elle veut ardemment écrire son amour à sa fille. Mais d’un autre, elle veut éviter un trop grand épanchement lyrique et redoute d’importuner sa fille en en disant trop. C’est là qu’on voit son talent d’écriture : elle va user de précautions et de tournures oratoires pour ne pas tomber dans le pathétique. Ainsi, l’humour et le burlesque vont être pleinement utilisés par cette charmante dame, ainsi que l’auto-dérision sur soi-même.

Mais la richesse des lettres de Madame de Sévigné est sans doute contenue dans son style d’écriture. Dans une seule lettre, de nombreuses informations sont présentes. On a tout d’abord les sentiments maternels qui apparaissent à chaque correspondance, mais nous avons aussi des nouvelles de la cour et de la vie à Paris (la mère habitant Paris, elle informe des actualités quotidiennes sa fille habitant la Provence). On trouve aussi une certaine dimension religieuse atténuée, avec un langage religieux couplé au romanesque, ce qui désacralise les passages bibliques « Nous vous aimons en vous, et par vous et pour vous« . L’art de la louange à sa fille est très présent dans les lettres, tout comme l’art du persiflage mondain, qui mène en jeu la satire.
Vraiment, tout le talent de cette épistolière réside dans sa capacité à écrire. Une fois les règles et codes de l’époque absout, elle laisse place à son talent et à sa qualité d’épistolière pour rédiger de magnifiques lettres.

Bien que les lettres de Madame de Sévigné soient constituées d’éléments hétéroclites (par exemple elle met sur le même plan des réflexion profonde face aux petites histoires de la cour), le fil rouge de ses lettres est incontestablement l’amour maternel qu’elle témoigne à sa fille. Par simple curiosité, lisez au moins une lettre de cette épistolière ; le maniement des mots est imppecable et l’écriture est tellement jolie… C’est un pur régal de lire ces lettres.

 

Ma note : 8/10
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