Réparer les vivants

Réparer les vivants de Maylis de Kerangal
299 pages, éditions Folio

 

Résumé : « Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps ». « Réparer les vivants » est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le coeur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour.

Extraits :  « C’est un refus, cela arrive. Il faut savoir lui faire une place, la possibilité du refus est aussi la condition du don. »

« Il est temps, maintenant, de se tourner vers ceux qui attendent, dispersés sur le territoire et parfois au-delà des frontières du pays, des gens inscrits sur des listes selon l’organe à transplanter, et qui chaque matin au réveil se demandent si leur rang a bougé, s’ils sont remontés sur la feuille, des gens qui ne peuvent concevoir aucun futur et ont restreint leur vie, suspendus à l’état de leur organe. Ce truc d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête, faut imaginer ça.

Mon avis :  « Le livre aux 10 prix littéraires ». Est-ce mérité ? Oui, cent fois oui. Réparer les vivants est un livre comme je n’en ai jamais lu auparavant. Une lecture éprouvante et émouvante qui nous fait ressentir toute la richesse de la vie.

Simon Limbres aurait pu mourir de sa passion dangereuse, le surf. Mais le destin en a décidé autrement. En revenant d’une séance nocturne de surf, Simon et ses deux amis ont un grave accident de voiture. A partir de ce moment-là, la mécanique s’enclenche, le temps est compté. Arrivée des pompiers, constatation des dégâts, diagnostics. Le coeur et les organes de Simon fonctionnent encore. Mais il est plongé dans ce que l’on appelle un « coma profond », qui efface toute chance à Simon de se réveiller.

Suite à ce décès, nous allons suivre les médecins et spécialistes qui vont s’activer autour de Simon pour sauver ce qu’ils peuvent encore sauver. Pour pouvoir prélever les organes de Simon, les médecins vont devoir s’entretenir rapidement avec ses parents. Mais la réponse n’est pas aisée à donner. A leur place, qu’aurait décidé Simon ? Nous allons suivre les médecins, qui s’occupent du transfert des organes de Simon. On suit également les parents de Simon, depuis l’annonce de sa mort, jusqu’au « oui » tant attendu, qui va enclencher la chaîne du don. On suit aussi Claire, celle qui attend la mort, ou la vie. Celle qui espère, toujours plus fort, jour après jour. Celle qui a peur et qui pleure, en comprenant qu’elle doit sa vie à un drame survenu.

Ce roman est tellement fort qu’il permet de nous questionner nous-mêmes. Si la mort venait à nous faucher soudainement, accepterions-nous de donner nos organes à d’autres personnes ? Cela signifie continuer à vivre à travers un autre, redonner le sourire et la vie à une personne dans le besoin. Mais c’est également perdre une partie de soi…

Même en ayant le coeur bien accroché, vous ne pourrez pas empêcher vos yeux de verser quelques larmes. La plume de Maylis de Kerangal est constituée de mots et métaphores si délicates et subtiles qu’elle émeut incontestablement le lecteur. Cette écriture si poétique nous fait ressentir toute une panoplie d’émotions, qui s’étend de la tristesse de la perte d’un être cher, jusqu’au bonheur de savoir qu’une autre personne va pouvoir survivre à la maladie.

Je tiens à féliciter l’auteure qui a réussie à retranscrire le plus humainement possible, ce genre de péripéties. De nombreuses recherches ont dues être nécessaires, notamment pour se renseigner sur les termes et protocoles médicaux. Je tiens également à donner tout mon respect aux professionnels de la santé, qui s’escriment à la tâche pour sauver des vies humaines.

Une écriture poétique et délicate qui permet d’entrecroiser la vie et la mort. Un roman/documentaire coup de poing sur le don d’organes, qui m’a totalement subjuguée. Un livre qui donne à réfléchir…

Ma note : 10/10
Publicités

Une réflexion sur “Réparer les vivants

  1. Pingback: K

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s