L’enfant papillon

L’enfant Papillon de Gabrielle Massat
397 pages, éditions Hachette, à 16€

 

Résumé : C’est au XXIIe siècle que la Cité a été frappée par un virus mortel. Depuis lors, les habitants vivent emmurés pour endiguer le fléau. Des messages de l’Extérieur, relayés par le gouvernement militaire, promettent une libération qui ne vient pas. Maïa, sous-lieutenant de 17 ans, rêve de quitter sa ville natale et cherche une faille dans les murs de la Cité. Mais un jour, son mentor Dimitri est condamné pour trahison par sa faute. La nécessité de s’échapper devient alors beaucoup plus urgente. Elle n’a qu’une seule piste : retrouver la trace du mystérieux « Enfant Papillon », seul habitant de la Cité à avoir jamais franchi le mur. Elle va pouvoir compter sur l’aide de Zéphyr, un tueur à gages atrocement défiguré, et Nathanael, un individu contaminé par le virus.

Extraits : « Son procès, le matin même, avait fait à Maïa l’effet d’un électrochoc. Le désespoir dans lequel l’avait plongée l’arrestation de son mentor s’était atténué pour laisser place à une énergie nouvelle. Elle sauverait Dimitri. Elle l’emmènerait avec elle hors des Murs avant qu’il subisse le Châtiment. Le compte à rebours avait commencé. »
« Elle voulait abandonner sa ville sans un regard en derrière mais, en cet instant, elle souhaitait aussi que quelqu’un reste et la bouleverse de l’intérieur. »

Mon avis : Enfin une dystopie moderne fruit d’une auteure française. Et il faut dire que nous n’avons rien à envier aux Américains, car L’enfant Papillon est un pur régal.

Ce roman dépeint une société futuriste noire, où le monde entier a été terrassé par une épidémie dévastatrice, qui a fait succomber de nombreux êtres humains. Pour pouvoir survivre, un Mur à été érigé autour d’une parcelle d’habitants. Seule marque encore visible de ce virus ; les Lazulis, sorte de créatures humaines bleues, touchées d’une dégénérescence qui les empêcheront de dépasser une trentaine d’années. Mais notre héroïne, Maïa, ne conçoit pas d’être recluse à l’intérieure d’un périmètre délimité, sans pouvoir aller explorer la grande surface de la terre. Son père, avant sa mort, complotait avec Dimitri, qui deviendra le nouveau mentor de Maïa, sur des plans pour s’échapper. Mais Dimitri a été surpris en pleine trahison, et a été retenu en prison dans la Cité, avec une trentaine de jours devant lui avant le châtiment suprême. Maïa doit tout faire pour délivrer son mentor ; pour cela, elle va se tourner vers les plus démunis, dans le ghetto, pour tenter de trouver des êtres bienveillants poursuivant les mêmes objectifs qu’elle, prêts à l’aider.

Avant toute chose, je tiens à souligner la magnifique mise en page de ce roman, composée de décors noirs qui illustrent chaque entrée de chapitre. Une attention originale, qui plonge le lecteur dans la noirceur du récit. Vient ensuite le cadre spatio-temporel, avec les camps et les pratiques militaires mentionnés dès le début, le tout implanté en plein désert, dans une sphère hermétiquement cloisonnée. Gabrielle Massat nous plonge d’autant plus dans l’angoisse en mettant en place dès la première page un décompte suspect, qui ne trouvera réponse que bien plus tard. Le décor est donc un espace suffoquant, où tous les personnages semblent emprisonnés par une muraille qui délimite l’entièreté du territoire.

En ce qui concerne les personnages, on peut être frappé par le lien fort qui unie Maïa et Dimitri ; lien hautement supérieur à celui qu’entretient Maïa avec sa mère ou son frère, qui semblent délaissés au profit d’un homme nullement membre de la famille. Mais il faut dire que Maïa apprécient davantage les personnes qui partagent son point de vue. En effet, sa mère est totalement opposée à l’idée première de la jeune fille ; celle de sortir de la Cité. C’est en allant chercher de l’aide dans le ghetto, terre aride, où la pauvreté sied en masse, qu’elle fait la rencontre incroyable de deux hommes. L’un s’appelle Zéphyr, c’est un tueur à gage redoutable et expérimenté, qui cohabite avec l’autre homme, Nathanaël, un jeune Lazuli bleu sympathique mais rejeté par la population.

La première rencontre entre la protagoniste et le Lazuli est glaciale. Le manque de considération de la jeune fille, ses propos insultants, son manque de discernement et le mépris qu’elle dévole envers Nathanaël peut choquer. La différence de cet être est vu comme un handicap important. On peut rapprocher cette idée du stéréotype, où l’apparence devient reine, sans qu’aucun jugement ne soit effectué sur la personnalité cachée. L’auteure montre également explicitement la différence de classe de population, avec un ghetto à l’apogée de la pauvreté, et une Cité plus riche. Deux mondes qui se cotoient, sans pourtant jamais se rejoindre – comme le montre la peur des militaires d’intervenir dans le ghetto.
Finalement, la population subi un terrassement de cerveau ; on leur apprend dès leur plus jeune âge à se méfier des Lazuli, à ne pas s’approcher des murailles, à obéir aux ordres dictés par la Cité, à ne pas chercher à découvrir l’extérieur du camp… Une propagande époustouflante qui rappelle immanquablement le roman 1984 de George Orwell.

Mais à travers ce schéma plutôt noir dressé par le contexte, la volonté de Maïa fait naître un espoir lumineux. AIdée de ses amis Nathanaël et Zéphyr, elle montre à la face de tous que des liens d’amitié et d’amour sont encore possibles, malgré les réprimandes et les directives presque robotiques des dirigeants de la Cité.

J’ai vraiment passé un excellent moment aux côtés de Maïa, dans une course-poursuite contre la montre semée d’obstacles. Vous ne vous ennuierez pas une seule seconde, soyez-en sûrs ! Néanmoins (les personnes susceptibles d’être intéressées par cette lecture ne devraient pas lire les quelques lignes qui vont suivre), le but tant recherché du début du roman étant atteint à la fin, j’aurais voulu en découvrir un peu plus sur ce monde soit-disant dévasté, qui fait tant frémir et qui a presque coûté la vie à notre protagoniste. Une suite n’aurait pas été de tout refus. Je reste sur une touche d’inachevé…

Ma note : 8/10

Une réflexion sur “L’enfant papillon

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