Le train des orphelins

Le train des orphelins de Christina Baker Kline
340 pages, éditions Belfond, à 20,50€
Résumé : De l’Irlande des années 1920 au Maine des années 2000, en passant par les plaines du Midwest meurtries par la Grande Dépression, un roman ample, lumineux, où s’entremêlent les voix de deux orphelines pour peindre un épisode méconnu de l’histoire américaine.
Entre 1854 et 1929, des trains sillonnaient les plaines du Midwest avec à leur bord des centaines d’orphelins. Au bout du voyage, la chance pour quelques-uns d’être accueillis dans une famille aimante, mais pour beaucoup d’autres une vie de labeur, ou de servitude.
Vivian Daly n’avait que neuf ans lorsqu’on l’a mise dans un de ces trains. Elle vit aujourd’hui ses vieux jours dans une bourgade tranquille du Maine, son lourd passé relégué dans de grandes malles au grenier.
Jusqu’à l’arrivée de Mollie, dix-sept ans, sommée par le juge de nettoyer le grenier de Mme Daly, en guise de travaux d’intérêt général. Et contre toute attente, entre l’ado rebelle et la vieille dame se noue une amitié improbable. C’est qu’au fond, ces deux-là ont beaucoup plus en commun qu’il n’y paraît, à commencer par une enfance dévastée…

Extraits :  « Je voulais juste dire que ce qui est arrivé aux Indiens est exactement comme ce qui est arrivé aux Irlandais quans ils étaient sous la coupe des Anglais. Le combat était inégal. On leur a volé leurs terres, leur religion a été interdite et on les a forcés à se soumettre à une force étrangère. Qu’il s’agisse des Irlandais ou des Indiens, dans les deux cas, c’est injuste. »
« Je crois aux fantômes. Ce sont eux qui nous hantent, eux qui nous précèdent. Il m’est souvent arrivé de les sentir autour de moi, observateurs, témoins, alors que personne parmi les vivants ne savait ce qui se passait ou ne s’en souciait. »

Mon avis : Ce roman m’a tellement touché qu’il m’est dur de poser des mots sur ce que j’ai ressenti. Pleins de sentiments contradictoires envahissent mon esprit : de la pitié, beaucoup de colère, mais surtout, énormément de tristesse.

Commençons par le commencement. En 1929, Niamh est une petite Irlandaise, expatriée aux Etats-Unis avec sa famille, avant de devenir orpheline, suite au décès de ces derniers dans un terrible incendie. A partir de ce jour, Niamh va être envoyé dans un train, avec d’autres orphelins, avec pour but, de leur trouver une maison et une famille qui prenne soin d’eux. Niamh va être choisie, embauchée comme main-d’oeuvre et maltraitée par sa famille d’adoption.
En 2011, Molly, également orpheline, placée dans une famille d’accueil qui ne lui accorde pas l’attention voulue, va rencontrer une certaine Vivian, qui a vécue les trajets du train des orphelins. Malgré les années qui les séparent, les deux femmes vont se trouver des points communs, à tel point qu’une amitié va naître, entre cette vieille femme de 91 ans et l’adolescente de 17 ans.

Ce récit est inspiré de faits réels. Il y a tout d’abord une petite note sur la quatrième de couverture, qui stipule que Christina Baker Kline s’est inspirée de l’histoire familiale de son mari, David Kline, pour écrire son récit. Puis, les histoires d’immigrations sont des faits avérés. Comme raconté dans le récit, les immigrés entraient aux Etats-Unis par Ellis Island ; et les Irlandais faisaient partis de la population immigrée la plus importante aux Etats-Unis, au début des années 1900.

L’auteure nous dépeint avec réalisme et exactitude les conditions de vie déplorables auxquelles devaient faire face les habitants. Ainsi, Niamh a été embauchée de force dans une maison de couture, sans être rémunérée, sans pouvoir aller à l’école – alors qu’elle n’avait qu’une dizaine d’années -. On lui servait des repas insipides et on l’obligeait à dormir sur un matelas, dans un couloir où circulait tous les courants d’air. Des conditions de vie désastreuses, pour une jeune enfant déjà bien entamée par la vie.

Deux générations se rencontrent : Molly et Vivian, toutes deux orphelines. Le lecteur peut alors comparer avec allégresse les conditions de vie de ces deux personnes ; l’une étant maltraitée, mais silencieuse face à son malheur, l’autre, rebelle, ne se satisfait pas de tout ce que ses parents d’adoption lui offrent. C’est vraiment très bouleversant ; on se rend compte de la chance que l’on a de pouvoir vivre au XXIème siècle.

Lors de la Seconde guerre Mondiale en Europe, des milliers de juifs sont parqués dans des trains à bestiaux et envoyés dans des camps de concentration. Dans Le train des orphelins, des enfants sans attaches sont vendus comme des bêtes à des adultes souvent malintentionnés. Deux périodes différentes, deux histoires différentes, avec deux points communs : les trains, symbole de départ vers un ailleurs inconnu ; et la cruauté dont peuvent faire preuve les hommes à l’égard d’autrui.

C’est vraiment touchant et très bien écrit (il est rare qu’un roman historique soit aussi fluide). L’alternance des époques et des narrateurs – on passe du récit de Niamh en 1929 à 2011 – donne une dynamique à l’histoire. Ce qui fait que le lecteur n’a pas le temps de reprendre son souffle. De même, autant dans le passé que dans le présent, le suspens est maintenu, l’histoire est toute aussi prenante.

Ce livre met en lumière une face méconnue de l’histoire Américaine du début du XXième siècle. Empli d’humanisme, Christina Baker Kline prouve qu’avec de la volonté et un mental d’acier, rien ne peut vraiment nous atteindre. Après chaque malheur se cache un bonheur.

Ma note : 7/10
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