Le sommeil le plus doux

Le sommeil le plus doux de Anne Goscinny
138 pages, éditions Grasset, à 13,50€

 

Résumé : « Son sourire aujourd’hui me donne envie de découvrir le monde. Elle oublie, je le vois, l’échéance des trois jours. Elle oublie que le temps est compté, elle oublie l’ombre et son murmure.
Il fait doux, Nice ouvre ses cadeaux. Il n’y a personne dans les rues. Je marche, enveloppée dans un caban trop large. Je ne pense qu’à ma mère. Je sais que la parenthèse se referme sur nous. Ma promenade, au gré du vent, au gré de rien, me conduit dans un joli jardin. Je m’assieds sur un banc, déboutonne mon manteau. Je respire. Trois pastels et mon carnet vont immortaliser le bleu, le vert et l’ocre.
C’est alors que je remarque cet homme. Il est là, tout près, assis sur un banc. Il me regarde. Il se lève. Vient vers moi. »
A. G.

C’est à Noël, sous le soleil d’hiver, qu’Anne Goscinny réunit une mère et sa fille pour un dernier voyage. Un roman poétique et personnel.

Extraits :  « Un sourire n’est jamais encombrant. Il est nécessaire, vital. »
« Au début, ce sera difficile, très difficile. Tu auras l’impression que tu ne sais plus marcher, plus parler non plus. Les premiers temps, tu seras paralysée. Un pied et puis l’autre. Tu marcheras jusqu’au Pont-Neuf. Et petit à petit tu rallongeras tes promenades, la rue de Buci, Saint-Sulpice, la rue du Regard. Et retour. Ce seront tes victoires. Tu devras apprendre à être Jeanne sans mère. Apprendre aussi à ne plus prononcer ce mot, maman. Deux syllabes si bêtes quand elles sont là, tout près. Deux syllabes interdites, comme ça, en moins de temps qu’il n’en faut pour mourir. Il faudra que tu découvres un nouvel alphabet. Tu t’apercevras qu’en te servant de l’ancien, personne ne te comprendra plus. Pour les gens que tu aimais et qui t’aimaient, tu ne seras plus que Jeanne qui a perdu sa mère. Ce deuil sera ta particule. Impossible à cacher. Moi je sais que tu apprendras. »

Mon avis :  C’est bouleversant… 140 pages pour décrire la perte. 140 pages profondes et poignantes, qui tentent de mettre des mots sur des sentiments indescriptibles.

Jeanne se rend à Nice, accompagnée de sa grand-mère, et de sa mère, mourante, sur laquelle elle veille au quotidien. Ce voyage spirituel, sur les traces de la jeunesse de sa mère, est une sorte de voyage d’adieu, une façon de boucler la boucle de la vie d’Hélène, sa mère. Atteinte d’un cancer depuis de nombreuses années, cette dernière voit son heure arriver. Mais comment faire face à la mort d’un être cher ?

C’est vraiment triste. Il faut avoir le coeur bien accroché et les larmes pas trop au bord des yeux pour lire ces lignes. Jeanne veille sa mère jusqu’aux derniers instants de sa vie. Une vie pleine de souffrances, dues en partie à cause de cette maladie mortelle, décrite comme un enfer. A partir de là, la mort n’est-elle pas préférable ? N’offre-t-elle pas une perspective plus lumineuse ? Jeanne va se questionner sur l’après, sur son avenir, sans sa « maman », sur le vide qu’elle va laisser, les choses de sa vie qu’elle va manquer.

Anne Goscinny, la fille du très célèbre auteur René Goscinny, père du Petit Nicolas ou des bandes-dessinées Astérix, s’inspire d’une part de sa vie personnelle pour écrire le livre. En effet, son père, sus-mentionné, est décédé alors qu’elle n’avait que 9 ans, d’une attaque cardiaque violente. Jeanne, dans le livre, a également perdue son père dans son jeune âge, à cause d’un infarctus. D’ailleurs, dans plusieurs interviews que l’auteure a donnée, elle dit clairement qu’elle ne s’est jamais remise de la mort de son père, et qu’elle ne souhaitait pas vraiment faire le deuil de cette mort.
Il faut vraiment avoir du courage pour écrire sur ce thème – toutes mes félicitations sont adressées à l’auteure – ; d’autant plus si la mort est entrée dans votre vie, à un moment ou à un autre, pour y apposer une marque indéfectible.

Le sommeil le plus doux, c’est un ouvrage sur la perte, certes. Mais c’est aussi un ouvrage sur l’amour. L’amour passionnel, l’amour inconditionnel, l’amour maternel, entre une fille et une mère. Jeanne veille sur la fin de la vie de sa mère, comme sa mère a veillée sur le début de la vie de Jeanne. Un lien indéfectible les unit.
Outre cet amour maternel, il y aura également de l’amour au sens premier du terme.

Gabriel va faire son entrée dans la vie de Jeanne. Cet homme, qui pourrait être son père, va bouleverser la vie de la jeune femme. Ils vont s’aimer d’un coup d’œil, d’un amour simple, sans fioritures. Un homme comme tombé du ciel, qui va faire son entrer dans la vie de Jeanne au moment où cette dernière en a le plus besoin.
Les chapitres vont s’alterner entre Gabriel narrateur et Jeanne narratrice. Une alternance de voix qui prend sens quand on arrive à la fin de notre lecture. Je ne vous en dis pas plus, je vous laisse seulement savourer l’exquis dénouement de ce livre.

Anne Goscinny a réussie le pari fou de poser des mots simples, emplis d’émotions et de sincérité, sur un sujet douloureux. On ne peut qu’être emporté par la poétique du récit, la justesse de la plume et la douceur de l’histoire.

 

Ma note : 6/10
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