Le muscle du silence

Le muscle du silence de Rouja Lazarova
154 pages, éditions Intervalles, à 16€

 

Résumé : Le Paris des années 1990 est le décor d’un amour improbable entre un psychiatre et sa jeune patiente. Pour lui, septuagénaire, survivant des camps nazis, le souvenir semble la clé de la joie de vivre. Pour elle, élevée derrière le rideau de fer, le corps est un obstacle dont il a fallu apprivoiser les limites.
Cet amour passion, amour transgression, dérangeant et fascinant, cocasse parfois, jaillit comme une nécessité des débris des mémoires totalitaires. Il se développe dans la fugacité d’un présent hanté par le passé mais sans véritable avenir. Car la maladie fait son apparition, telle une tierce personne qui s’infiltre dans la relation. Les deux amants pourront-ils s’aimer dans, plutôt que contre elle ?

Le roman, telle une recherche sur Internet, s’organise autour de mots clefs comme la « peur », le « désir » ou le « pouvoir ». Chacun de ces mots se fait l’écho d’une expérience intime de la vie des protagonistes, bouleversée par les totalitarismes, et qui se trouve revisitée par la parole, par le désir ou le souvenir dans le Paris indolent de la fin du XXe siècle.
Plutôt que de traiter de la vie sous les totalitarismes, nazisme ou communisme, le roman de Rouja Lazarova traite de la vie d’après. Il pose la question de la survie, des séquelles ou des déficits de la mémoire. Dans une langue sobre, précise, délicate, souvent empreinte d’humour, Le Muscle du Silence nous donne à voir des personnages qui, malgré un passé tumultueux et des luttes intérieures douloureuses, se délivrent des chaînes qui les entravent.

Extraits :  « Je me leurrais terriblement. La mort était un mot dont on n’apprenait vraiment le sens que quand elle advenait. »
« « Nourriture ». Quand on répétait obstinément un mot, il devenait mot-clé et ouvrait les cadenas de l’oubli. Il aidait la navigation dans la mémoire, il accélérait les recherches. »

Mon avis :  Voilà une lecture très intéressante, quoi qu’un peu déconcertante.

Rouja Lazarova nous raconte énormément de choses en très peu de pages. Il y a tout d’abord une rencontre fortuite entre un psychiatre et sa patiente. Lui a survécu aux camps nazis, elle a vécu derrière le rideau de fer. Deux générations qui ont connus d’énormes atrocités liées à la guerre. L’attirance physique et amoureuse va rapidement se faire ressentir entre ces deux êtres, que tout oppose (l’âge, le métier, le milieu), mais qui se comprennent dans leur regard posée sur la vie après ces horreurs vécues. Seulement voilà, une malédiction a dût tomber sur ces deux jeunes gens, qui, après avoir fait face à des situations horribles, se retrouvent maintenant aux prises avec la maladie.

On voit clairement que la guerre a laissée des traces. Pas seulement physiquement, mais surtout mentalement. Des souvenirs traumatisants sont racontés par la protagoniste, souvenirs qui la hantent quotidiennement. La recontre entre les deux héros va permettre d’adoucir leurs traumatismes. Mais la maladie va prendre le dessus et venir gâcher cette nouvelle vie. A première vue, c’est bien vrai, ce roman paraît dur et difficile émotionnellement à lire. Mais il est en fait très beau et rempli d’espoir.

Car, selon moi, Le muscle du silence est une ode à la vie. Après de multiples difficultés liées à la guerre, ils ont sût se relevés et essaient de continuer à vivre en oubliant le passé. Chacun, différemment, va de l’avant. Et alors qu’ils n’y croyaient plus, l’amour réapparaît dans leur quotidien, un amour passionnel et fusionnel. Malgré le peu de temps qu’ils leur reste à partager, ils vont se concentrer sur l’essentiel : leurs sentiments, en profitant pleinement d’être ensemble. Leur goût de la vie est revenu.

Ce roman est écrit avec un style très personnel. On se retrouve dans la plus stricte intimité des personnages, personnages qui nous touchent par leurs histoires et leurs vécus. L’auteure fait s’alterner les points de vue des deux protagonistes, avec une grande place accordée à la jeune femme et une parole plus restreinte accordée à l’homme. On a vraiment l’impression qu’ils se confient tous les deux aux lecteurs.

J’ai bien aimé lire ce livre, même si j’aurais aimé en savoir un petit peu plus – sur le contexte, les personnages, leurs caractéristiques, leur vie d’avant… Nous sommes tellement proches des personnages qu’on a envie de découvrir vraiment ce qui constitue leur vie. Néanmoins, j’ai beaucoup aimé cette histoire d’amour incongrüe, entre deux êtres déchirés par la noirceur de la guerre, qui retrouvent espoir et joie de vivre grâce à l’amour.

 

Ma note : 6/10

Une réflexion sur “Le muscle du silence

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