Le lion

Le lion de Joseph Kessel
243 pages, éditions Folio

Résumé : « King lécha le visage de Patricia et me tendit son mufle que je grattai entre les yeux. Le plus étroit, le plus effilé me sembla, plus que jamais, cligner amicalement. Puis le lion s’étendit sur un flanc et souleva une de ses pattes de devant afin que la petite fille prît contre lui sa place accoutumée. »

L’histoire d’un amour fou entre une petite fille et un lion. Plus de deux millions d’exemplaires vendus en France.

Extraits : « Il est des hommes, lorsqu’on les aborde, avec lesquels les approches, les temps morts qu’exigent à l’ordinaire les règles de politesse, n’ont pas de sens, parce que ces hommes vivent en dehors de toute convention dans leur propre univers et qu’ils vous y attirent aussitôt. »
« Personne au monde n’était aussi riche qu’eux, justement parce qu’ils ne possédaient rien et ne désiraient pas davantage.« 

Mon avis : Que de tendresse, d’intensité, d’émotions et de sensibilité y a-t-il dans cet ouvrage… Je ne m’attendais pas à être aussi bouleversée que je ne l’ai été. Comme quoi, chaque livre regorge de secrets desseins.

L’histoire est assez connue – la quatrième de couverture dénote « plus de deux millions d’exemplaires vendus en France« , ainsi donc je ne pense pas qu’un résumé sera nécessaire. De plus, la seule petite phrase qui suit raconte en gros ce que le livre contient ; « l’histoire d’un amour fou entre une petite fille et un lion » (c’est également à cause d’elle que mon attention s’est porté sur ce bouquin : elle est la cause de mon achat).

L’atmosphère dans laquelle nous plonge Joseph Kessel chamboule notre vie, nos habitudes, le quotidien dans lequel nous vivons pour nous dépayser radicalement. Dans une savane sauvage, en plein coeur d’un parc animal, dit le Parc Royal, le narrateur voyage et visualise l’entièreté de ce parc pour s’imprégner au mieux des bêtes sauvages qui y vivent. Mieux qu’un safari animalier, les animaux sont lâchés dans la nature, ils ont tout l’espace qui leur convient, maîtres de leurs droits, de leurs gestes. Pour renforcer cet original espace naturel, l’auteur implante de nombreuses tribus indigènes, des Noirs, avec leurs rituels, leurs traditions, leurs origines. Ainsi, les scènes admirées par le narrateur sortent complètement de l’ordinaire – la construction de la manyatta, les danses rituelles… Tel un spectacle ambulant, un film en grandeur nature, le quotidien particulier de ces gens, dans la faune profonde de ce Kenya inconnu, dénote la créativité artistique de l’auteur.

Grâce à un style d’écriture fluide, simple à la compréhension, ouverte à toutes les générations et imprégnée des termes sauvages et propres au contexte dans lequel il veut nous plonger, Joseph Kessel réussit haut la main son pari syntaxique. Certains mots-clés permettent de s’évader dans la jungle animalière, d’autres nous rapprochent de la petite protagoniste, ou permettent de découvrir d’autres cultures jusque là inconnues du grand public.

Pour en revenir à l’histoire en elle-même et aux nombreux liens qui unissent la petite fille aux animaux sauvages, on peut qualifier ce récit d’émotionnellement chamboulant. Ayant grandie au coeur de cette réserve naturelle, Patricia, l’enfant, en connaît tous les recoins. Elle a appris, au fil du temps, à dompter ses peurs en même temps que les animaux, à respecter, apprivoiser, comprendre et apprend au contact de ceux-la. On peut aisément faire un parallèle avec sa maman, venant d’un milieu urbain et endimanché, européenne dès sa plus tendre enfance, elle ne marque pas le même entrain au contact des bêtes et ne réagit pas de la même façon que sa fille – peur, sueurs froides, sentiment d’isolement, d’inutilité…

En tout cas, Le lion rapproche les hommes et les bêtes et prouve le sentiment inextricable, invisible et ténu qui existe entre eux tous. L’amitié que Patricia a su créer entre elle et King (le lion), est spectaculairement singulière, agréablement touchante. Rien que d’y repenser, les frissons me gagnent. Je parle en connaissance de cause, notamment du dénouement final, l’apothéose émotionnelle, le déchirement sanglant, qui va brutalement mettre fin à la féerie de l’histoire pour retrouver les gestes primitifs… je n’en dis pas plus, pour ne pas gâcher la découverte des futurs lecteurs.

Joseph Kessel dans une écriture époustouflante, narre l’histoire émouvante d’une amitié incommensurable entre une petite fille et le roi de la savane. Ce récit montre un autre visage de ce prédateur sauvage, et délivre de nombreuses valeurs humanistes, qui entraînent dans leur sillage larmes, tristesse, émotions et tendresse. Je recommande fortement ce livre, qui est pour ma part une révélation, un dépaysement, une ouverte passionnante sur le monde et la nature qui nous entoure. A écouter, sentir, apprécier, pour s’imprégner au mieux de l’atmosphère sauvage et hors normes que nous offre l’auteur. Splendide.

Ma note : 8,5/10

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