Littérature jeunesse

Tant que nous sommes vivants

Tant que nous sommes vivants
d’Anne-Laure Bondoux
300 pages, éditions Gallimard jeunesse

 

Résumé : Folle amoureuse de Bo, l’étranger, Hama est contrainte de fuir avec lui. Commence alors pour eux un fabuleux périple à travers des territoires inconnus. Leur amour survivra-t-il à cette épreuve? Parviendront-ils un jour à trouver leur place dans ce monde?
Extraits : « Laisse tout ça derrière toi, Tsell. Si tu emportes ton chagrin, il t’empêchera d’avancer. »
« Il n’est jamais facile de savoir ce que l’on souhaite vraiment, surtout lorsqu’on a peur de trouver des réponses.« 

Mon avis : Surprenant, spectaculairement original et audacieux, Tant que nous sommes vivants est un condensé d’émotions, de surprises, contenant tous les éléments primordiaux pour un récit qui marque son lecteur. Je ne m’attendais pas à aimer autant un tel type d’histoire… comme quoi, il ne faut jamais se fier à sa première impression, mais approfondir sa connaissance avant de juger.

Les premières lignes auraient pu présager une histoire d’amour banale : Bo et Hama (noms spécialement singuliers, reconnaissables entre mille), vivants de leur bonheur d’aimer, de leurs sentiments tout frais, vivifiants. C’était sans compter sur leur cadre de vie exceptionnel : tous deux travaillent dans une Usine industrielle à la chaîne ; alors que Bo travaille de jour, Hama travaille de nuit. Ils ne peuvent se retrouver chez eux que le dimanche. Cette contrainte ne semble pas gêner leur histoire d’amour naissante, ils s’en accommodent aisément, et sont remplis de bonheur dans leur quotidien – jonglant entre leur travail à l’Usine, le cabaret du Castor Blagueur et la Tsarine, leurs amis Ness et Malakie… Mais comme tout le monde le sait, le bonheur est éphémère et ne dure pas éternellement. Un beau jour, l’Usine s’enflamme, avec Hama à l’intérieur, qui laissera ses deux mains aux flammes ravageuses. Bo, dans ses qualités de forgeron, pour amoindrir la grande tristesse de sa femme et lui prouver son amour, va commencer à lui fabriquer de fausses mains, pour une plus complète usage de ses sens…

Ce qui est magnifique dans l’histoire d’amour des deux protagonistes, c’est l’absence de mots. Tout est dans la démonstration, le non-dit ; leurs sentiments se sentent et se ressentent, sans que quiconque est besoin d’en dire mot. Un amour simple mais passionné, qui peut se lire sur leurs visages, reflètent leurs états d’âmes et rendent heureux les personnes alentours, comme une maladie contagieuse, qui se propage aux nombreux spectateurs. Leur amour semble immortel, incessant, bien qu’ils finiront par se séparer dignement par trop de divergences…

Dans le chemin de leur merveilleuse aventure, Bo et Hama vont faire la découverte d’une famille nombreuse, de petite taille, qui vit sous terre, en Bas. Pour vous représenter la scène, visualisez le monde magique d’Arthur et les minimoys de Luc Besson. Au sein de cette famille, chaque membre a sa propre fonction : Un et Deux s’occupent de la forge et du feu, Douze est sage-femme, Huit s’occupe de la menuiserie et de la plomberie… chaque tâche est consignée, chacun à son rôle à jouer dans le bon fonctionnement de la « maison » souterraine. Nos deux héros s’intègrent facilement, bien qu’ils ne soient plus deux, mais trois, accompagnés de leur bébé, leur nouveau née du nom de Tsell, qui deviendra aussi la narratrice de cette fin de roman. Ce changement de narrateur, entre externe et intérieur se fait progressivement, mais est assez original ; alors qu’elle n’était pas encore née, Tsell parle et ressent la vie extérieure à son foetus. Sans l’avoir lu, mais pour en avoir longuement entendu parler, je sais que le schéma du livre Max de Sarah Cohen-Scali se fait dans le même genre que celui-ci : un narrateur-foetus, omniscient sur la vie humaine.

Dans la vie de nomade qui s’engage, les protagonistes sont en totale adéquation avec la nature environnante, à telle point que le lecteur se sent plongé dans un autre monde, parallèle au quotidien moderne. Un monde quasiment imaginaire, féerique, que l’on découvre avec fascination, les yeux grands ouverts, les sens aux aguets.

Sans vouloir vous révéler la fin de l’histoire, je tiens à dire que la boucle finale effectuée est spectaculairement bien mise en scène, ce qui prouve une fois de plus le talent et le génie de l’auteure. Un petit point négatif que je tiens à relever serait la mystérieuse histoire de la plume soit disant magique ; je ne trouve pas son utilité, ni son adhésion dans le récit. Un mystère de plus à ce monde sorti du néant, qui rajoute de l’étrangeté et de la singularité si chère à Anne-Laure Bondoux.

Tant que nous sommes vivants frôle le coup de coeur – il me manquait un rien, un petit quelque chose de plus, ou quelques pages supplémentaires… Avec ses bizarreries, son originalité, sa créativité, son pouvoir d’évasion, l’intense amour qui s’en dégage… tout est bien présent pour marquer à vie le lecteur. Personne n’en ressortira sans rien avoir éprouvé tant l’auteure s’applique à surprendre et atteindre un maximum de points distincts. Je le conseille grandement ; il peut s’adresser à tout type de personne, tout le monde y trouvera son compte.

Ma note : 9/10
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2 réflexions au sujet de « Tant que nous sommes vivants »

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