Fin de partie

dbc
Fin de Partie de Samuel Beckett
110 pages, éditions de Minuit, à 6,80€
Résumé : Dans Fin de partie il y a déjà cette notion d’immobilité, cette notion d’enfouissement. Le personnage principal est dans un fauteuil, il est infirme et aveugle, et tous les mouvements qu’il peut faire c’est sur son fauteuil roulant, poussé par un domestique, peut-être un fils adoptif, qui est lui-même assez malade, mal en point, qui marche difficilement. Et ce vieillard a ses parents encore, qui sont dans des poubelles, son père et sa mère qu’on voit de temps en temps apparaître et qui ont un très charmant dialogue d’amour.
Extraits : « La fin est dans le commencement et cependant on continue. »
« Rien n’est plus drôle que le malheur, je te l’accorde.« 

Mon avis : Dans la lignée des oeuvres du XXème siècle de Samuel Beckett que j’ai eu à étudier lors de mon premier semestre de ma licence de lettres, Fin de Partie était l’une des deux oeuvres les plus analysées en cours.

L’histoire se déroule en huis-clos, dans une pièce de maison que l’on peut qualifier de salon, sans décoration apparente, si ce n’est un tableau retourné. Au centre de cette pièce trône Hamm, dans son fauteuil, homme paraplégique et aveugle. Deux poubelles sont posées à ces côtés, dans lesquelles se situent les parents de Hamm, Nell et Nagg, bien entamés par l’âge. Le serviteur, seul être qui semble totalement en emphase avec ses membres, c’est Clov, qui dirige les déplacements de Hamm, et obéit à ses ordres. D’un gris terne et obscur, la pièce n’est pas du tout acceuillante. Y plane une sensation de mal-être, d’angoisse, d’anéantissement et de mort prochaine.

Dans Fin de Partie, on peut déceler un manque d’humanisme flagrant. La chose qui choque le plus est sans doute la destinée de Nagg et Nell, qui finissent dans une poubelle, qui sont traités par leur fils comme des moins que rien, fils qui les rabaisse, les prive de nourritures, et en vient même à les haïr. Clov est réduit à un pantin, qui gesticule, se déplace guidé par la voix de Hamm, exécutant ses ordres à la perfection. Le seul brin d’humanisme peut se voir à l’extérieur, lorsque Clov monte sur l’échelle, prend ses jumelles et regarde à l’extérieur de la fenêtre, les étendues de l’océan, et l’enfant, seul être vraiment vivant de l’ouvrage.

Au fil de la pièce, tout se réduit, s’amoindrit, pour finalement complétement disparaître. Nagg et Nell se voient refusés leurs dragées, remplacées par un biscuit qu’ils ne peuvent pas croquer. Clov n’arrête pas de se déplacer de tous côtés de la scène, pour, au final, complètement disparaître de la pièce, sans savoir réellement la teneur de sa disparition. Le thème de la mort est presque omniprésent, et ce dès le début de la pièce, avec les parents d’âge avancé qui attendent leur heure dans leurs poubelles, le chien-pantin, inanimé, qui tombe aux pieds de Hamm, ce dernier même, ne possédant plus le contrôle de son corps, soumis à quelqu’un d’autre.

Hamm est un bourreau, qui donne continuellement des ordres à son serviteur Clov, se présentant comme une victime consentante, qui n’arrive pas à prendre la décision de partir de son plein grè. Mais au fil de l’avancement de la pièce, on se rend compte que le schéma sadomasochiste qui pèse sur Hamm et Clov se renverse. Hamm est dépendant physiquement de Clov, qui le déplace et s’occupe sciemment de lui. Le bourreau n’est en fait qu’une victime, victime de sa condition, voire de sa vie.

Ce qui est exceptionnel avec les oeuvres de Samuel Beckett, c’est qu’en prenant le temps de lire, de savourer chaque phrase, chaque mot de ses histoires, ont peu y déceler maintes et maintes explications. L’auteur reste vague sur les significations de ses oeuvres, ce qui permet aux lecteurs d’user de son imagination pour mettre en scène mentalement la pièce, s’approprier les histoires, se faire une idée personnelle sur le caractère des personnages, décider du sens global du livre. Je n’ai sans doute exposé qu’un quart des thématiques cités dans Fin de Partie, mais une analyse plus précis de l’oeuvre serait bien trop longue et peu utile ici.

Pour finir, je peux vous dire que j’ai pris du plaisir à déchiffrer Samuel Beckett. Ce genre de plume mystérieuse est très rare ; il faut la lire avec curiosité, sans a-priori, et apprécier pleinement les mots du papier. Une histoire à première vue brinquebalante, mais qui se révèle bien plus moderne et réaliste qu’on le pense.

Ma note : 7/10

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